‹ Faits et considérations relatives aux droits du Portugal sur les territoires de Molembo de Cabinde, et d'Ambriz et autres lieux de la côte occidentale d'Afrique située entre le 5. degré 12 minutes et le 8. degré de latitude australeChapitre 5 sur 8 · OBJECTIONS DU GOUVERNEMENT BRITANNIQUE · texte numérisé non relu

OBJECTIONS DU GOUVERNEMENT BRITANNIQUE

Les motifs, que l'Angleterre pourrait avoir pour réclamer contre l'occupation du port d'Àmbriz par une force Portugaise, semblent se réduire à un, tout au plus, des trois suivants:

1° Atteinte à quelque droit de souveraineté que la Grande Bretagne considérerait avoir sur le territoire d'Ambriz.

2° Préjudices que pourrait causer l'occupation Portugaise aux intérêts des Sujets Anglais, qui y sont établis.

3° Facilité pour l'augmentation de la traite des nègres, qui a continué à se faire dans ce port.

Quant au premier: l'Angleterre n'a jamais jusqu'aujourd'hui réclamé aucun droit de souveraineté sur ce territoire, ni ne saurait le faire, à la vue des Traités qu'elle a célébrés avec le Portugal en 1810, en 1815 et en 1817.

Quant au second : le Gouvernement Anglais a déclaré au Gouvernement de S. M. T. F., qu'il prétend maintenir entre les Sujets Britanniques et cette partie de la côte une communication libre et non restreinte (a free and unrestricted intercourse).

Il est donc à propos d'examiner quel était le véritable état des relations des négociants Anglais et autres Européens et Américains dans le port d'Ambriz, et quelles ont été les mesures prises par l'autorité Portugaise dans l'acte d'occupation, et quelles sont celles qui à l'avenir devront servir de règle sur cette matière.

Les négociants, qui font le commerce dans le port d'Ambriz,

ont été jusqu'à présent sujets à différentes entraves et à différentes charges, et entr'autres aux suivantes:

1° Ils ont été obligés à faire aux Roitelets, ou Chefs nègres du pays, des présents dont le montant dépendait du caprice de ces Roitelets.

2° Ils ont payé des droits, qu'on y appelé Coutumes pour chaque navire qui déchargeait des marchandises dans ce port, et le montant de ces Coutumes dépendait aussi du caprice des Roitelets.

3° Ils fournissaient aux Roitelets des présents extraordinaires, que ceux-ci exigeaient d'eux, sous différents prétextes, dont un des plus fréquents était l'entrée de quelque navire de guerre dans le port d'Ambriz.

4° Les Roitelets ne leur permettaient de construire d'autres sortes d'habitations que des baraques de planches, de paille et de nattes.

5° Ils essuyaient des vols, faits quelquefois par ordre des Roitelets, comme il est arrivé il n'y a pas longtemps.

6° Ils souffraient quelquefois des violences corporelles, ainsi que d'autres vexations de différentes espèces.

7° Us étaient obligés d'employer les Roitelets, ou ceux qui en dépendaient, dans leurs transactions d'achat et de vente avec les nègres de l'intérieur, ne pouvant les faire directement avec ceux-ci.

Ces nègres de l'intérieur qui apportaient des denrées pour les vendre aux facteurs d'Ambriz, étaient obligés de s'arrêter dans des endroits éloignés du port, et de livrer leurs denrées à certains individus, sujets des Roitelets, espèce de courtiers, qu'on appelle dans le pays Linguisteres, pour que ceux-ci les vendissent aux facteurs.

On y évaluait le montant de la valeur des marchandises de différentes espèces, données en présent aux Roitelets, et à leurs nobles, afin qu'ils permissent le négoce, comme équivalant, en général, à cinq ou six pour cent de la valeur des marchandises vendues; et quand c'était pour la traite des nègres, ces présents allaient jusqu'à huit ou neuf pour cent. Mais ce n'était pas encore tout; car, quand les Roitelets voulaient des présents extraordinaires, et que les facteurs refusaient de les leur donner, ils les accusaient de quelque crime qu'ils inventaient, et qu'ils appe-

laient Caballa> et exigeaient des amendes pour ces crimes supposés; et si ces amendes n'étaient pas payées, ils se réunissaient au nombre de plusieurs centaines d'individus, et obtenaient enfin ce qu'ils voulaient, en poussant de grands cris, et en menaçant de mettre le feu aux factoreries; et la valeur de ces amendes allait quelquefois jusqu'à 1,200 francs.

Telle était la manière dont le commerce licite se faisait à Ambriz entre les Européens et les naturels. Et on ne saurait appeler cela une communication libre et non restreinte (a free and unrestricted intercourse). Cette communication libre n'y existait pas.

Lors de l'occupation d' Ambriz par la force Portugaise, il y avait onze factoreries, dont six Portugaises, deux Anglaises, deux Américaines et une Française. Une des Portugaises était la plus importante de toutes; après celle-là les deux Américaines réunies, et ensuite les deux Anglaises réunies.

Le Gouverneur Général d'Angola, lorsque Ambriz fut occupé, offrit des soldats aux négociants étrangers, Anglais et autres, pour garder leurs factoreries contre les attaques et les tentatives d'incendie de la part des nègres du pays, qui avaient en effet incendié quelques factoreries Portugaises ; et ces négociants acceptèrent l'offre du Gouverneur.

Et celui-ci publia une Ordonnance datée du 26 Mai 1855 qui se trouve dans le bulletin officiel d'Angola du 2 Juin, où on lit:

Art. 1er Ambriz est considéré comme un port-franc pour le commerce étranger de toutes les nations pendant un an, à dater du 16 Mai de l'année courante de 1855.— Pendant la susdite année, les marchandises qui y seront importées, et les denrées qui en sortiront sur des navires étrangers, ne payeront aucunes sortes de droits, et les navires étrangers qui transporteront ces marchandises et ces denrées ne seront sujets à aucune imposition.

Et le Gouvernement Portugais, ayant en vue de donner aux négociants de toutes les nations, qui ont des relations avec ce port, le temps d'agir selon leurs intérêts, a ordonné au Gouverneur général d'Angola de faire publier dans le Bulletin officiel de cette colonie, que le délai d'un an, après lequel l'importation et l'exportation de denrées pourront être sujettes au payement de quelques droits, sera compté du jour où le tarif de la douane res-

pective sera publié, et que jusqu' alors le district d'Àmbriz devra être considéré comme un port franc pour le commerce de toutes les nations.

C'est donc depuis l'occupation de ce port, par une force Portugaise, quelles communications commerciales sont devenues libres et non restreintes, ce qui de fait n'arrivait pas auparavant.

Quant à ce que fera à l'avenir le Gouvernement Portugais à cet égard, ce ne peut être un sujet de doute, quand il est certain que tous les ports importants des colonies Portugaises ont été dans ces dernières années ouverts au commerce étranger. Àmbriz sera donc accessible à tous les Pavillons sans aucune exception; et les négociants et leurs propriétés seront à l'abri de toutes les vexations qu'ils ont souffertes jusqu'à présent; ils pourront construire des maisons, cultiver des terreins et faire tout ce qui leur est permis chez les peuples civilisés.

Il résultera de là, que la sûreté de personnes et de biens amènera à Àmbriz une augmentation considérable de gens et de denrées; les transactions se multiplieront, et l'accroissement du commerce augmentera dans ce port les intérêts des négociants Portugais et des négociants étrangers. Ainsi les sujets Britanniques tireront profit de l'occupation Portugaise à proportion des capitaux qu'ils emploieront; et de cette manière les marchands Anglais et ceux des autres nations trouveront effetivement établi dans ce port le commerce libre et non restreint, que réclame le Gouvernement Britannique.

L' extrait suivant du récit fait par le Dr. Livingston de son récent voyage par terre depuis le Gap de Bonne Espérance jusqu'à Loanda, montrera encore combien l'étendue de la domination portugaise dans ces régions contribue à l'accroissement du commerce licite, en mettant un terme aux extorsions que les peuples indigènes se font mutuellement.

«Me trouvant dans la proximité du territoire portugais de Cassange (sur la frontière orientale d'Angola), dit le célèbre voyageur, la première chose qui fixa mon attention, fut le grand obstacle qui s'opposait à ce que le commerce s'étendit jusqu'aux tribus les plus éloignées des possessions portugaises, lorsqu'il est certain que les indigènes d'Afrique possèdent à un haut degré l'esprit commercial. Mais ces tribus éloignées ne peuvent mon-

trer cette spécialité de leur caractère, par les entraves qu'elles rencontrent chez les tribus qui vivent dans le voisinage des établissements des blancs, et qui, par la proximité où elles se trouvent des commerçants blancs, sont mieux armées, et plus puissantes que celles qui sont à une plus grande distance. Ce ne sont pas elles qui produisent les denrées. Mais elles empêchent les vrais producteurs de pénétrer jusqu'à la résidence des blancs; car elles leur imposent tant d'amendes sous les prétextes les plus frivoles, et exigent d'eux des rétributions si exorbitantes en échange de la permission de passer sur leurs terres, que ceux-ci leur abandonnent souvent leurs marchandises pour des prix nominaux. Mais ils connaissent parfaitement la source d'où ces peuples intermédiaires tirent les armes et la poudre dont ils sont pourvus, ainsi que les avantages dont ils pourraient jouir aussi eux, s'il leur était permis de s'avancer, plus qu'ils ne le peuvent faire, vers l'occident. »

Quant au troisième motif: nous dirons, que, pour pouvoir évaluer l'influence que peut avoir à Ambriz l'occupation Portugaise pour l'augmentation ou la diminution de la traite des nègres, il faut examiner d'abord quel a été dans ces derniers temps l'état réel des choses dans ce port relativement à cette traite.

Dès que le Décret du 10 Décembre 1836, qui abolit la traite des nègres dans toutes les colonies Portugaises, commença à être mis en exécution, les marchands d'esclaves des différentes nations commencèrent aussi à diriger vers les ports du Nord leurs transactions, et Ambriz fut un des principaux marchés d'esclaves.

Le Commandant de la station navale Britannique sur la Côte Occidentale d'Afrique, informa le 23 Août 1843 le Gouvernement ad intérim d'Angola, que, ayant été à Ambriz il y avait appris par des renseignements exacts, qu'il y avait trois ou quatre barracons pleins d'esclaves, à cinq ou six milles dans l'intérieur de cette baie; qu'on n'attendait que des navires pour les embarquer; et il disait que quelques Portugais de Loanda y séjournaient et y achetaient des esclaves, et que les marchands d'esclaves avaient abandonné le territoire immédiat d'Angola, et étaient allés dans ces voisinages.

Cette information du Commandant de la station navale montre deux choses: Tune, que la traite se faisait avec activité, et

avait augmenté à Àmbriz, où il n'y avait pas d'autorités Portugaises; l'autre, qu'elle avait diminué sur le territoire sujet à l'action immédiate de l'autorité Portugaise.

En 1845, un navire Portugais de la croisière prit dans le port d' Ambriz le brick Anglais Lady Sale, qui fut condamné comme négrier par la Commission Mixte de Loanda.

En 1848, le Commandant de la station navale Portugaise d'Angola, alla, à la prière du Commodore Britannique de la station navale respective, à Ambriz, où il débarqua et brûla plusieurs barracons, où il trouva des chaînes et d'autres objets qui servent à îa traite des nègres; dans un de ces barracons, situé à deux milles d'Ambriz, il trouva des esclaves à la chaîne; et plus loin dans l'intérieur du pays, il y avait encore d'autres barracons, qui furent détruits.

Dans la lettre du Capitaine Wilmot, adressée le 17 Février 1853 à Lord Palmerston, dont nous avons déjà fait quelques extraits il parle des négociants établis dans les ports de cette Côte, et dit: «Ce sont eux qui soutiennent indirectement la traite des nègres; l'Américain, de même que l'Anglais, fournit les denrées dont le Chef nègre a besoin quand il vend ses esclaves; et quoique, à Ambriz et dans d'autres endroits, le commerce en ivoire, etc. soit grand, on ne peut toutefois déguiser, que l'homme blanc établi dans ce pays est en faveur de la traite, et n'ose ouvrir la bouche, lors même que les esclaves sont embarqués en sa présence; et en effet, plus la traite des nègres est active, plus il tire de profit, car l'argent donné en échange d'esclaves, revient à sa factorerie en échange de denrées de toute espèce. »

Il dit aussi que, sous le pavillon Américain, la traite des nègres se fait encore en grande échelle sur cette côte.

Les Commissaires Britanniques de la Commission Mixte de Loanda écrivaient, en date du 26 Décembre 1853, au Comte de Clarendon :

« Peu de négociants Britanniques sont allés jusqu'à présent à Àmbriz pour faire le commerce licite. Nous sommes informés que les naturels de cet entroit n'ont trouvé aucun intérêt à faire le commerce licite d'aucune espèce, et il est bien à craindre, que tant que les négociants d'esclaves trouveront qu'ils peuvent impunément tenir leurs cargaisons vivantes prêtes pour l'embar-

quement, aidés et défendus, comme ils le sont maintenant, par les Chefs du pays, qui ont jusqu'à présent résisté à toutes les tentatives qui ont été faites pour leur persuader de suivre une conduite différente, il sera très difficile de déraciner entièrement dans ce pays la traite des nègres, et surtout tant qu'il existe un pavillon qui en couvre les opérations inhumaines, comme le fait maintenant celui des Etats-Unis. »

En Avril 1854, le Ministre de Sa Majesté Britannique à Lisbonne envoya au Gouvernement Portugais une liste de noms d'individus qui faisaient la traite des nègres, indiquant les endroits où ils faisaient leurs transactions; et un de ces endroits était Àmbriz. -

Et dernièrement encore le Gouverneur Général d'Angola, dans l'occasion où il fit occuper ce port, y trouva quelques barracons, et des esclaves destinés à être embarqués.

De ces informations, dont la plupart sont données par des fonctionnaires Britanniques, il résulte que la traite des nègres entravée par les Autorités d'Angola, a augmenté dans le port d'Ambriz et dans d'autres ports de la côte du Nord; qu'à Ambriz elle se faisait en grande échelle, que les négociants Anglais et autres qui y sont établis, favorisaient la traite parce que leurs profits étaient proportionnés au développement de cette traite; que quelqu'un de ces négociants avait même aidé à la faire directement en y employant son bateau ; qu'un navire anglais pris dans ce port a été condamné comme négrier; et que le pavillon Américain protège ces transactions.

Il est donc évident que tant qu'aurait existé l'état des choses antérieur à l'occupation, il n'y aurait pas eu moyen de faire cesser ni d'empêcher dans ce port la traite des nègres, car les navires de la croisière ne pouvaient y stationner qu'accidentellement, et il ne leur est pas permis de visiter les navires sous pavillon Américain.

D'après ces circonstances, le Gouvernement Portugais a la conviction qu'un des moyens les plus efficaces, peut-être Tunique, d'empêcher dans le port d'Ambriz la traite des nègres, consiste à y établir des autorités responsables, accompagnées de quelques forces destinées à y maintenir la police, et qui donnant toute protection au commerce licite, seront un grand obstacle pour la dite traite.

Ainsi, si le Portugal abandonnait maintenant ce port, la traite des nègres en recevrait une nouvelle impulsion, et les négociants Anglais et autres, qui y ont des factoreries, en tireraient de nouveaux profits. Ils sont, par conséquent, les plus intéressés à ce qu'il n'y ait aucune autorité, ni aucune force Portugaise dans ce même port. Peut-être se plaindront-ils que l'occupation ait fait tort à leur commerce; et ils diront probablement vrai pour ce qui a rapport aux gains qu'ils retiraient de la traite des nègres. Mais ces plaintes doivent mériter autant d'attention, que mériteraient celles d'un négrier, qu'on empêcherait de faire dans un port le chargement d'esclaves à bord de son navire, tout préparé pour les recevoir.

L'extinction de la traite des nègres à Ambriz, qui, dans ces dernières années a été un des plus grands marchés de l'Afrique Occidentale, est un objet de la plus grande importance pour la prospérité de la Province d'Angola ; car ce marché y nourrit le penchant pour cette contrebande, qui n'y est pas encore éteint, et distrait par conséquent l'attention et les capitaux de quelques négociants, qui autrement les employeraient à des négociations licites.

Or, comme les croisières Portugaises ni les Anglaises ne peuvent mettre un terme à la traite à Ambriz, parce qu'elle est faite par des navires couverts jusqu'au moment convenable du pavillon Américain, il s'en suit que l'occupation permanente de ce port par une force Portugaise, est une nécessité pour le développement industriel de la Province d'Angola.

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