CONCLUSION
Le Gouvernement Portugais, en faisant occuper le port d'Am briz, a eu en vue les motifs suivants:
1° De punir le Roitelet du pays des insultes et des vols commis sur la propriété Portugaise, et de l'insolence avec laquelle il a traité les avertissements et les sommations du Gouverneur Général d'Angola.
2° De mettre un terme à la traite des nègres, qui s'y est faite en grande échelle.
3° De protéger le commerce licite.
4° D'exercer le droit de souveraineté que la Couronne de Portugal a sur ce territoire.
1er Motif. — Le châtiment des offenses pratiquées par le Roitelet n'était pas seulement utile aux négociants Portugais; il l'était aussi aux négociants Anglais et autres, qui souffraient ses insultes et ses vols, comme il arriva au mois de Novembre 1849 que les nègres d'Ambriz brûlèrent deux magasins avec les marchandises qu'ils contenaient, le tout appartenant à une maison de Liverpool, dont la perte, d'après ce qu'annonça le Consul Britannique à Lisbonne au Ministre des Affaires Etrangères en Février 1850, était calculée a 10,000 Livres Sterling; et comme il est encore arrivé au mois de Mars de cette année, (1855) que le Roitelet a tiré aux facteurs les serviteurs dont ils étaient contents, et les a obligés à en recevoir d'autres en qui ils n'avaient pas de confiance; violence dont il a résulté, outre d'autres excès, un vol fait a une factorerie Anglaise de quatre-vingt-dix-neuf barils de poudre.
A fin de mettre le Roitelet à la raison, au sujet de ce dernier attentat, le Commandant de la station navale Portugaise, avec le Commandant de la Corvette Américaine Baie, et le Commandant du brick Anglais Linnet, est allé lui parler, et le réprimander; ce qui n'a eu aucun résultat satisfactoire.
Tout cela est constaté par la dépêche du Commandant de la station navale Portugaise du 20 Mars dernier, où il expose la nécessité d'infliger au Roitelet un châtiment exemplaire, pour les violences et les vols qu'il a pratiqués dans ces derniers temps.
Il a été fait d'autres remontrances à ce Roitelet par le Gouverneur Général d'Angola, et également sans effet; et les choses en sont venues à ce point, que des officiers de la Marine de guerre Portugaise, qui étaient allés au lieu de la résidence de ce Roitelet, ont été insultés.
Outre ces offenses, il en avait pratiqué plusieurs autres contre des Portugais résidents à Àmbriz, et la destruction de la maison de l'un d'eux est encore récente.
Le Gouvernement ayant entendu le Conseil d'Outre-mer sur cet objet, et s'étant conformé a son opinion, a ordonné au Gouverneur Général d'Angola de procéder sans délai au rétablissement de l'ancienne autorité de la Couronne Portugaise sur cette partie de la côte et du pays voisin.
Le Gouverneur Général Coelho do Àmaral, pour exécuter l'ordre qu'il avait reçu, s'est embarqué à Loanda le 14 Mai de cette année avec les troupes qu'il a crues nécessaires, à bord de la Frégate D. Fernando, accompagnée d'autres navires, sous les ordres du Capitaine de Frégate Rodovalbo, Commandant de la station navale, et a fait voile vers sa destination, où il est arrivé le lendemain.
Pour qu'on puisse juger de la manière dont l'occupation a été faite, nous donnerons ici l'extrait suivant d'une dépêche que le Gouverneur Général a adressée au Ministre de la Marine et d'Outre-mer, datée d' Ambriz le 21 Mai 1855.
«Le 15 j'ai débarqué à Ambriz avec le Commandant de la station navale, et cinquante matelots.
«Les facteurs voulaient s'enfuir dans la crainte des nègres. Je suis parvenu à les tranquilliser.
«Les nègres de très loin ont commencé à pousser de grands cris.
«16. — Les nègres sont venus faire leur commerce comme à l'ordinaire, mais ils paraissaient très inquiets. J'ai écrit au Roitelet.
«17. — J'ai reçu la réponse du Roitelet sur un ton ironique. J'ai écrit de nouveau au Roitelet.
«18. — Les nègres ont paru en force considérable, et en attitude de guerre, enseignes déployées, et poussant de grands cris.
« Us se sont tenus à une certaine distance, mais quelques-uns d'entre eux ont pu, sans être vus, s'approcher de trois maisons qui étaient hors de notre ligne, et y ont mis le feu. Comme elles sont toutes de bois planté verticalement, tapissées de nattes et couvertes de paille, il a été impossible d'arrêter l'incendie, quoiqu'il
soit sorti une force armée pour le faire. A la vue de cette force, toutes celles des nègres se sont retirées.
«Pendant la nuit le feu a éclaté dans une factorerie.
« Les pertes causées par ces incendies ont été très petites, car les propriétaires avaient déjà sauvé ce qu'ils avaient de meilleur, et la troupe a pu sauver une partie du reste.
« J'ai demandé aux maisons Américaines et Anglaises établies ici de ne pas faire d'échange de poudre avec les nègres dans cette occasion, mais elles ont poliment refusé d'accéder à ma demande. L'agent, chargé de la maison Française qui existe ici, s'y est prêté tout de suite. J'ai payé leur refus en leur offrant de faire garder leurs maisons par des soldats, afin que les nègres ne vinssent point y mettre le feu par méprise. Ils ont accepté mon offre et m'en ont beaucoup remercié.
«Les maisons incendiées étaient des factoreries Portugaises. »
Par l'extrait qui précède on pourra apprécier la manière dont furent traités les négociants Portugais et les négociants étrangers, qui résidaient à Ambriz lors du débarquement de l'expédition. Ce qu'il y a de certain, c'est que la troupe débarqua sans opposition; que le Gouverneur Général offrit aux facteurs des soldats pour garder leurs magasins, et qu'ils "acceptèrent cette offre; et que quelques uns d'entre eux continuèrent, malgré la prière du Gouverneur Général, à faire le commerce de poudre avec les nègres, qui étaient armés contre les Portugais.
Ces facteurs durent éprouver un sentiment de reconnaissance envers le Gouverneur Général, des attentions qu'il eut pour eux, et de l'assurance qu'il leur donna, que leurs personnes et leur propriété seraient à l'abri de l'oppression et des vols des nègres, ainsi que de la certitude qu'ils eurent de pouvoir à l'avenir s'occuper, dans la plus parfaite liberté, de leurs transactions commerciales.
S'il y eut quelque chose de détruit, ce furent des maisons et des denrées appartenantes à des sujets Portugais, qui le furent par les nègres rébelles.
2e Motif. — On a déjà vu dans la section précédente que dans le port d'Ambriz la traite des nègres était considérable et que le seul moyen d'y mettre un terme était de le faire occuper par des troupes Portugaises.
Nous avons déjà dit que le Gouverneur Général, à son arrivée y trouva plusieurs barracons avec des esclaves destinés pour rembarquement. Le nombre en allait au-delà de 150. Et il est à remarquer, que personne ne réclama par devant ce fonctionnaire un droit de propriété sur ces esclaves. Et ils furent tous aussitôt, selon les lois, déclarés libres; quelques-uns furent envoyés à Loanda, et les autres restèrent à Àmbriz pour y travailler à la forteresse qui y a été érigée; et une dépêche de ce fonctionnaire constate que, trois mois après leur affranchissement, aucun de ces affranchis ne s'était enfui, quoi qu'ils fussent tout à fait libres, ce qui prouve qu'ils y étaient bien traités.
Le Gouverneur Général d'Angola, dans les Instructions qu'il donna à l'officier chargé du Gouvernement d'Àmbriz, datées du 21 Juin 1855, dit: § 17e — Il est recommandé au Gouverneur du district d'employer tous les moyens pour réprimer toute tentative pour la continuation de la traite. L'intégrité reconnue, et le zèle à toute épreuve du Gouverneur m'assurent que les ordres positifs de Sa Majesté à cet égard seront ponctuellement exécutés.
Et, pour empêcher la traite des nègres dans ce port, l'occupation en était urgente, vu que ce commerce a augmenté dans ces derniers temps, puisque 11:400 esclaves africains ont débarqué à l'île de Cuba en 1854, comme le rapportent les documents présentés au Parlement Britannique en 1855 (1).
De cette occupation devra aussi résulter l'abolition complète de l'état d'esclavage dans tout le district d'Àmbriz, carie Conseil d'Outre-mer a déjà fait, en date du 25 Septembre dernier, une consultation au Gouvernement à cet effet, et celui-ci l'approuvera sans doute. Et la même chose devra se pratiquer dans les territoires de Cabinde et de Molembo, quand ils seront occupés par des forces portugaises.
3e Motif. — Protection au commerce licite. — Dans les notes, ci-dessus citées, de Mr. Southern, de Lord Palmerston, et du Comte de Clarendon, il est déclaré que, dans l'intérêt du Commerce, le Gouvernement Britannique prétend maintenir le droit, qu'il dit avoir, d'une communication non restreinte avec cette partie de la côte.
(1) Anti-Slavery Reporter Nov. 1855.
Le Gouvernement Portugais ayant stipulé dans la Convention faite avec le Gouvernement Français en 1786, que le commerce serait libre dans les ports de la Côte, situés au Nord du Cap- Padron; et ayant aussi déclaré en 1791 au Ministre Anglais à Lisbonne, qu'il ne serait point mis d'entraves au commerce des sujets Britanniques dans le port d'Ambriz ; et ayant en 1838 donné ordre au Gouverneur Général d'Angola, lorsqu'aurait lieu l'occupation de différents ports de cette même côte qu'il avait ordonnée, de prêter toute protection au commerce étranger de toutes les nations, qui y devait être constamment permis; et le Gouverneur d'Angola ayant proclamé par ordre du Gouvernement, lors de l'occupation récente d'Ambriz, cette même franchise de commerce de toutes les nations, il s'en suit qu'il ne saurait y avoir de question sur ce point-là, puisque tout est décidé selon les désirs du Gouvernement Britannique. Ce principe étant ainsi établi, la manière d'en régler l'exercice, quand il y aura dans les ports des autorités Portugaises, ne pourra donner lieu à des difficultés entre les Gouvernements de Portugal et d'Angleterre.
L'occupation d'Ambriz peut n'être pas agréable à une ou deux maisons Anglaises ou Américaines, qui y faisaient des gains rapides et considérables; gains qui augmentaient en proportion de l'activité de la traite des nègres dans ce port, puisqu'elle leur procurait la vente de leurs marchandises. Mais cette occupation sera certainement très convenable à l'Angleterre et aux Etats- Unis, puisqu'elle doit faire diminuer la traite des nègres sur cette côte, et par conséquent la nécessité de croisières nombreuses diminuera aussi, de même que la dépense qu'elles occasionnent. Et elle a encore pour but d'assurer le commerce licite de tous les négociants de ces deux Nations.
4e Motif. — L'exercice d'un acte de souveraineté sur les territoires en question était un devoir pour le Gouvernement Portugais, dès que le Gouvernement Britannique, donnant une nouvelle intelligence aux Traités, a prétendu qu'il n'y avait point reconnu les droits de la Couronne de Portugal sur ces territoires; car on aurait pu inférer qu'il acceptait la nouvelle interprétation, et abandonnait des droits, dont, pendant trois siècles, cette Couronne avait été en possession. Donc, si cet acte n'avait pas eu lieu, le Gouvernement Portugais aurait commis une faute
1res grave, et manqué à ses devoirs envers la Nation et envers le Roi.
Et si cet acte de souveraineté ne fut pas mis en effet, dès que, en Novembre de 1846, la nouvelle interprétation du Gouvernement Britannique fut présentée au Gouvernement Portugais, cela provint sans doute de ce que, dans le temps où cette communication fut faite; la guerre civile existait en grande force en Portugal, qu'elle ne se termina qu'en 1847, et que dans les années suivantes on ne jouit pas de la tranquillité politique nécessaire pour songer aux mesures qu'il convenait d'adopter.
Le Gouvernement Portugais s'étant décidé à faire occuper quelques-uns des ports de la dite côte, ne devait consulter sur sa délibération aucun Gouvernement étranger, car en soumettant l'approbation de quelqu'un acte d'exercice légitime des droits de la Couronne de Portugal, il aurait indiqué qu'il avait quelque doute au sujet de ces droits.
Le Gouvernement Anglais, en même temps qu'il l'a dit en 1846, et qu'il l'a répété depuis, qu'il ne reconnaissait pas le droit du Portugal sur cette partie de la côte, n'a jamais prétendu pour lui-même aucun droit de jurisdiction sur cette même côte, et il n'a jamais non plus fait savoir au Gouvernement Portugais que son intention était de refuser à la Couronne de Portugal la faculté d'occuper, si elle le jugeait convenable, les ports de cette côte. On peut plutôt, inférer le contraire de l'argument dont fait usage le Comte de Clarendon dans sa note du 26 Novembre 1853, lorsqu'il dit que le Portugal a laissé décheoir le droit qu'il avait par la priorité de découverte sur la dite partie de la côte, en ne l'occupant pas.
Or, la conséquence logique de cette assertion est, que, dans l'opinion de ce Ministre d'État, dès que le Portugal pratiquerait le fait de l'occupation effective, il reprendrait son ancien droit, toujours avec la clause, que la communication commerciale libre et non restreinte avec les naturels de cette côte soit maintenue aux sujets Britanniques.
Si le Gouvernement Anglais avait contesté au Portugal le droit d'occuper effectivement sans son consentement préalable quelques-uns des ports de la côte sur les quels il avait réservé ses droits, il aurait élevé une prétention injuste, et contraire à
.a pratique constamment suivie par les nations maritimes, même dans ces dernières années, relativement à des pays habités par des peuples barbares, pratique dont il y a eu, sur la côte Africaine même, ainsi que dans les autres partios du Globe, dans le courant du siècle actuel, de nombreux exemples, dont nous citerons les suivants :
Les Américains ont pris possession d'une portion étendue de la côte située au Nord-ouest du Cap des Palmes, et y ont fondé les colonies de Libéria et de New-Maryland .
Les Français ont fondé une factorerie fortifiée a Sed'hiou sur le bord du Casamansa en Guinée, entre les colonies Anglaises et les Portugaises; ils se sont emparés des ports de Grand Bassam et d'Assinie; dans cette partie de la côte de Guinée appelée côte d'Ivoire; et au Sud de l'Equateur ils se sont établis au grand port du Gabon, près du Cap de Lopo Gonçalves, ancienne limite des possessions Portugaises. Outre ces acquisitions, ils en on fait d'autres très importantes, telles que Alger, l'île de Mayote dans le canal de Moçambique, les îles Marquises, Tahiti et encore bien récemment de la grande île de la Nouvelle Calédonie.
Les Espagnols, dans ces sept dernières années, ont pris possession, par la force des armes, des îles de Balanguingui et de Jolô dans l'archipel des Philippines.
Les Hollandais ont continué leurs conquêtes dans le Grand Archipel Indien.
Quant aux Anglais, il serait bien difficile de mentionner avec exactitude les immenses acquisitions qu'ils ont faites depuis 1815.
Il suffira de citer celles qu'ils ont effectuées sur le vaste continent de la Nouvelle Hollande, et les grandes îles de la Nouvelle Zélande, la meilleure partie de l'empire Birman, le Punjab, le Scinde, le Berar, Aden, Sincapore, Hong-Kong, l'île de Labuan, une partie de la côte de Bornéo, et autres pays; tandis qu'en Afrique, après avoir acquis la grande colonie du Cap de Bonne Espérance, ils ont occupé et colonisé, il n'y a pas encore vingt ans, la Terre de Natal, et, en 1848, ils ont augmenté la colonie du Cap bien au-delà de ses anciennes limites, déclarant possessions britanniques les vastes territoires situés au Nord des rivières Orange et Yaal.
Les Américains, sûrement, ainsi que les Français, les An-
Le Commodore donna ordre en même temps au Commandant Wood, porteur de cette dépêche, d'exprimer au Gouverneur Général son désir sincère d'obtenir la permission de prendre part à toute opération destinée à la destruction de ces barracons.
Le Gouverneur Général d'Angola annonça au Ministre de la Marine et d'Outre-mer, en date du 19 Décembre 1849 «qu'il avait appris extra-officiellement, que les nègres d'Ambriz avaient brûlé le 25 du mois précédent le magasin appartenant à la maison de Hatton et Cookson de Liverpool, dont était facteur le Sujet Britannique À. Perry, qui faisait le commerce licite, et qui dans cet incendie avait perdu une grande quantité d'ivoire et de marchandises, dont on calculait la valeur à 3:000 livres sterling. »
Le même Gouverneur Général annonça le 29 Janvier 1850, que cet événement avait donné lieu à ce que des navires de guerre Portugais et Anglais allassent à Ambriz, et que ceux-ci avaient obligé les Roitelets à indemniser la maisoaqui avait été lésée, en exemptant du paiement des droits de déchargement, qu'on y appelle Coutumes, un certain nombre de navires appartenants à la dite maison; et que le Commandant de la station navale Portugaise, voulant assurer les propriétés des Sujets Portugais qui s'y trouvent établis, et qui y font le commerce licite, avait porté les chefs des Roitelets d'Ambriz à déclarer, au nom de ces mêmes Roitelets, qu'ils se considéraient vassaux de Sa Majesté la Reine, et qu'ils continueraient à traiter, comme ils l'avaient fait jusqu'alors, les Portugais.
Le Ministre des Affaires Étrangères, écrivant à celui de la Marine et d'Outre-mer, le 23 Février 1850, lui disait que le Consul de S. M. B. à Lisbonne lui avait communiqué le contenu de la dépêche du Yice-Consul à Loanda, où il annonçait en détail l'incendie des deux magasins à Ambriz avec les marchandises appartenantes à une maison de Liverpool, dommage que l'on évaluait à 10:000 livres sterling, quoique l'établissement de ces magasins eût été permis par les Roitelets du pays; il ajoutait que trois navires de guerre y étant allés, avaient menacé les Roitelets d'un blocus, et avaient à la fin négocié l'admission de dix charges de marchandises adressées à la susdite maison, franches de droits, qui ne montaient pas, dit la dépêche du Consul, d'après ce qui était établi, au-delà de 200 livres; et que cette condition,
quoique très inférieure au préjudice calculé, avait été promptement acceptée par cette maison; et qu'il avait été célébré une convention entre trois Roitelets, le Commandant de la force Britannique, et les chefs des maisons Anglaises qui y sont établies; il ajoute enfin que lui-même, Vice-Consul, avait été très étonné de ce qui s'était passé, comme d'un attentat à ce qui était dû à la Couronne de Portugal.
Le Capitaine E. Wilmot, Commandant de la Division du Sud de la station navale Anglaise sur la Côte Africaine, dans une lettre imprimée, datée du fleuve du Congo, le 19 Janvier 1853, et adressée à Lord Palmerston, Secrétaire d'État des Affaires Étran^ gères, où il est question de l'état présent de la Traite des nègres, fait quelques observations au sujet des Traités avec les Roitelets de la Côte Africaine pour la suppression de la Traite, et dit:
« Qu'ils signeront le papier quand ils trouveront quelque intérêt à le faire, mais pas sans cela ; excepté si l'on emploie la force, et si l'on bloque strictement toute la ligne de la côte dans le sens rigoureux de ce mot; qu'un étroit blocus serait le moyen d'effectuer cet objet, vu que les nègres de ce pays-là sont habitués aux denrées et aux manufactures de l'Europe, sans lesquelles ils ne sauraient vivre; que les négociants Européens, qui ont leurs agents sur cette côte en souffriraient, mais que ce sont eux qui soutiennent indirectement la traite des nègres; que l'Américain, de même que l'Anglais, fournit toutes les denrées dont le Chef nègre a besoin quand il veut vendre ses esclaves, et que, quoique à Ambriz, à Loango et dans un ou deux autres endroits, il se fasse un grand commerce en ivoire, en gomme, en cire, en orseille, etc. on ne peut toutefois se dissimuler, que l'homme blanc établi dans ce pays est en faveur de la traite, et n'ose rien dire, lors même que les esclaves sont embarqués en sa présence; que de fait, plus la traite des nègres est active, plus il en tire de profit, puisque l'argent donné en échange d'esclaves, revient à sa factorerie en échange de denrées de toute espèce. »
Il dit encore « que le pavillon américain est employé pour le plus vil objet; — qu'il arrive sur la côte d'Afrique des bâtiments de la Havane, de Baltimore, de la Nouvelle-Orléans, avec le pavillon américain, des papiers américains, des Capitaines et des équipages américains, et qu'il y en a très peu qui apportent un charge-
ment; — qu'ils sont destinés pour la traite des nègres, et qu'ils l'avouent ouvertement, quand ils arrivent sur cette cote; — qu'ils tiennent tout prêt pour l'embarquement des esclaves ; — qu'ils portent jusqu'à des planches pour faire un pont pour l'arrangement des esclaves à bord, ce que l'on reconnaît exactement lorsqu'on leur fait la visite des papiers de bord; — que les croisières Anglaises n'ont pas l'autorité d'y faire la fouille, ni de saisir ces navires, quoiqu'ils sachent, puisque les Américains le disent euxmêmes aux Officiers Anglais, qu'ils vont être vendus, en indiquant même le prix de la vente ; et que malgré cela les dites croisières ne peuvent rien faire tant que le pavillon américain flotte sur leurs mâts, et tant que les papiers américains qu'ils présentent sont en bonne forme; — que tout se conserve dans cet ordre jusqu'au dernier moment; — que, quand ils croient que l'occasion est arrivée de changer de maîtres, parce que les croisières fie sont point en vue, et qu'il n'est pas probable qu'elles puissent entraver leurs opérations, la vente se fait; le nouveau capitaine et le nouvel équipage vont à bord, le pavillon américain est amené et détruit avec les papiers, et le navire cesse de jouir de la protection américaine, reste probablement sans aucun pavillon, et met à là voile avec sa cargaison vivante, comptant sur sa bonne fortune pour arriver sain et sauf à l'endroit où les esclaves sont consignés ; et enfin, que le Capitaine américain se moque (des Officiers) des croisières, en disant=qu'ils le touchent, s'ils l'osent. » =
Et le Capitaine Wilmot s'écrie avec raison: «Voilà un navire négrier sous notre artillerie, mais nous ne pouvons le saisir, ni même ouvrir ses écoutiiles!»
Il dit ensuite que sous ce pavillon la traite des nègres est encore considérable sur cette côte, et que cela continuera jusqu'à ce que le Gouvernement Américain juge à propos de prendre cette cause à cœur avec le même esprit et la même activité que l'Angleterre l'a prise, et donne aux croisières britanniques la permission de retenir les navires suspects et de les envoyer aux Etats-Unis. »
Il dit encore: «Que les Américains retirent tout d'une fois toutes leurs croisières, et qu'ils nous permettent d'agir à leur place, s'en reposant sur l'honneur britannique. »
Et il ajoute que les Officiers choisis pour commander lescroi-
sières américaines sont des hommes des Etats du Sud de l'Union, qui ne sont pas contraires à l'esclavage.
Le Capitaine Wilmot, en parlant spécialement de cette partie de la côte, qui s'étend depuis le Cap de Lopo Gonçalves, jusqu'à la baie de Mossâmedes, c'est-à-dire, depuis 36 minutes, jusqu'à 15 degrés, 12 minutes de latitude Sud, dit: «Que, en 1853, il y avait à peine trois bricks et un bateau à vapeur dans la station navale Anglaise, destinée à garder contre la traite des nègres cette ligne de côte, qui a près de mille milles d'étendue, tandis que pour ce service il faudrait neuf navires, dont quatre à vapeur. » Et enfin il dit, que si le nombre des bâtiments de l'escadre était diminué, toute la Côte Occidentale d'Afrique serait fréquentée par les navires négriers, ce que l'on ne pourrait éviter; car tant qu'il y aura la plus légère probabilité de pouvoir faire la traite des nègres, l'homme blanc agira de concert avec l'homme noir, pour rendre vains tous nos eflorts. »
Nous allons maintenant rapporter des faits d'un autre genre.
Depuis la fin de 1852, si même cela n'a pas eu lieu antérieurement à cette année, quelques Commandants de navires de guerre Anglais ont tâché de faire des Traités avec les Roitelets d'Ambriz, de Cabinde, et d'autres endroits de cette partie de la Côte, sur la quelle la Couronne de Portugal a des droits, qui ont été reconnus par l'Angleterre.
Ces tentatives, réitérés avec grand empressement, ont été sans résultat près des Roitelets.
Le M Janvier 1854, le Capitaine Wilmot, le même dont nous avons parlé ci-dessus, alla à Cabinde, et s'adressant au Mambuco, Chef principal du port, et délégué du Roi, qui réside dans l'intérieur du pays, exigea que lui et les d'autres Chefs signassent un Traité pour la suppression de la traite des nègres, et pour d'autres effets. Ces Chefs refusèrent de signer, malgré les offres et les menaces qui leur furent faites. Le Capitaine Wilmot se retira alors: mais il y retourna le 10 Février suivant, et il paraît qu'il obtint que le Mambuco, qui ne savait ni lire ni écrire, fît une croix sur le papier, qu'on lui présenta; et c'est ce papier que le Capitaine appelle un Traité.
Aussitôt que cet Officier fut parti du port, le Roi de Cabinde, e Mambuco lui-même, le Gouverneur de Porto Rico, peuplade
située dans la baie de Cabinde, et les autres Chefs, envoyèrent quelques-uns des leurs à Loanda, avec un message pour le Gouverneur Général, lui faisant part de ce qui était arrivé, et déclarant qu'eux et leurs peuples ne reconnaissaient que la souveraineté de la Couronne de Portugal, comme leurs ancêtres l'avaient fait.
Ils dirent aussi que le Capitaine Wilmot avait obtenu que le Mambuco fit une croix sur le papier qu'il lui avait présenté, après l'avoir enivré avec de l'eau-de-vie. Mais cette dernière assertion a été ultérieurement nié par le Capitaine Wilmot.
Le Bulletin Officiel d'Angola du 5 Mars 1853, rapporte les nouvelles de ces occurrences.
Le Gouverneur Général écrivit au Commandant naval Anglais, se plaignant que de tels actes, qui étaient un empiétement sur les droits de la Couronne de Portugal, eussent été pratiqués. Il envoya aussi des navires de guerre Portugais aux ports d'Ambriz et de Cabinde, où ils trouvèrent, à leur arrivée, le pavillon Portugais arboré par les Roitelets respectifs.
Quant au prétendu Traité, il en sera parlé plus avant.
Le l.er Avril 1853 l'Amiral de la station navale Anglaise sur la Côte Occidental d'Afrique écrivait de Loanda à l'Amirauté: « On dit que quand le Silenus chargea à Ambriz 600 esclaves, dans le mois de Février dernier, une chaloupe appartenante à Mr. Félix Walker, Sujet Britannique, qui y réside, en qualité d'agent de Mrs. Hatton etCookson, de Liverpool, fut un des bateaux employés dans cette occasion au transport des esclaves à bord de ce navire. »
Ce n'est pas seulement sur les côtes d'Afrique qui appartiennent au Portugal, que la traite des nègres a continué jusqu'à présent; puisque la même chose est arrivée dans beaucoup d'autres endroits, y compris ceux où l'action des Autorités Britanniques a été la plus constante, et a pu le plus facilement être exercée.
Quelques extraits de la Correspondance relative à la traite des nègres, présentée par le Gouvernement Britannique au Parlement en 1850 et 1854, suffiront pour le démontrer.
Le Commodore Hotham écrivait de Sierra Leone à l'Amirauté en Février de 1849 : « Que sur la Rivière de Gallinhas et à Sherbro on continuait à faire la traite des nègres; qu'il avait fait débar-
quer 300 hommes sur la rive de ce fleuve, et y avait fait brûler plusieurs barracons; et qu'ensuite il avait bloqué la côte qui y correspond. »
Le 4 Mars suivant, le Commodore Fanshawe écrivait à l'Amirauté: « Qu'il avait des raisons que le portaient à croire que des facteurs espagnols s'occupaient à réunir des esclaves dans certains endroits au Nord de Sierra Leone. »
Dans une dépèche du Juge Commissaire de la Commission Mixte de Sierra Leone, datée du 12 Janvier 1851, et adressée au Comte de Cîarendon, on lit: k
« Que sur le Rio Pongo il avait été pris en 1853 deux navires négriers ; que du port de Sherbro on avait chassé dans la même année plusieurs marchands d'esclaves, qui déjà antérieurement avaient été renvoyés pour le même motif de la rivière de Gallinhas. »
Encore dans la présente année de 1855, le navire de guerre Anglais Ferret a pris, sur le Rio Pongo, unbrickquisepréparaitàcharger des esclaves ; et sur la côte même de la Colonie de Sierra Leone, à cinq milles de la ville de Freetown, qui en est la capitale, on saisit plus de quarante esclaves qui étaient destinés pour la traite. (1)
Il faut savoir que le Rio Pongo est à peine à la distance de cinq ou six heures de navigation des îles de Loss (2); et la rivière de Gallinhas à un peu plus de distance des îles des Bananes, et que toutes ces îles sont des dépendances de Sierra Leone, et que la dernière de ces rivières est considérée par quelques écrivains Anglais comme appartenant à cette colonie. Sherbro est situé à un peu plus d'un degré de latitude de Freetown.
Or, ce que les fonctionnaires Britanniques disaient en 1849 et en 1853, relativement à la traite des nègres faite sur le Rio Pongo et la rivière de Gallinhas, est exactement ce que d'autres fonctionnaires Anglais avaient dit, relativement à ces mêmes rivières en 1838, comme on peut le voir dans la Correspondance présentée au Parlement en 1839; en sorte que la traite des ne-
(1) Slave Trade. Correspondance. 1855.
(2) Iles de Loss est la transformation que les Anglais ont fait du nom que les Portugais ont donné à ces îles, le quel est:— Ilhas dos Idolos — Iles des Idoles. De même ils ont fait Cape Coast du nom portugais Cabo Corso: et ainsi d'un grand nombre d'autres noms.
grès, dans ces ports, qui sont voisins de Sierra Leone, se continuait encore en 1855, comme dix sept ans auparavant.
La même Correspondance constate que sur la Côte de Mina, la traite des nègres a continué. Dans le volume cité ci-dessus, il se trouve une dépèche du Consul Anglais dans le port de Lagoa (ou Lagos des Cartes anglaises) adressée à Lord Clarendon, en date du 30 Juillet 1853, où il lui dit que, dans le mois de Juin précédent, il est sorti du port d'Aghwey trois navires avec 350 esclaves chacun.
Le 6 Septembre de la même année ce même Consul dit, que dans le mois de Mai précédent un autre navire était parti du port d'Aghwey avec 654 esclaves.
Le Consul Anglais à Fernando Pô, dans une dépèche adressée au même ministre, en date du 29 Mars 1853, dit que dans le Nouveau Calabar il avait été pris une goélette destinée à la traite des nègres; et le 6 Avril suivant il annonçait qu'un bâtiment américain avait pris à son bord une cargaison d'esclaves dans le voisinage de Popo.
Il faut se rappeler que sur cette Côte l'Angleterre a la forteresse de Cape Coast, et plusieurs autres; qu'elle domine effectivement dans l'île de Fernando Pô, et qu'elle exerce, de fait, une espèce de Protectorat sur les Roitelets de ce littoral. Que dans les ports de cette Côte il existe un grand nombre de négociants Anglais, dont le principal commerce est l'huile de palmier, et qu'elle est fréquentée par un grand nombre de navires de la croisière Anglaise, dont les Commandants ont obtenu des Roitelets du pays des signatures, qui sont de simples croix, sur des papiers, que ces Commandants appellent des Traités, et où les Roitelets promettent l'abolition de la traite des nègres. Et que, malgré toutes ces circonstances, cette traite continue à s'y faire.
On trouve aussi dans la susdite Correspondance, que la traite a continué avec plus ou moins d'activité sur la côte située au Nord de Loanda, et que à Ambriz il y avait des factoreries pour cet effet.
De tout ce qui a été dit, et de ce que l'on pourrait dire encore, si cela ne devenait trop long, il résulte: que la traite des nègres a été faite avec plus ou moins d'activité pendant ces dernières années, sur une grande partie de la Côte Occidentale d'Afrique: que dans des endroits voisins de la colonie de Sierra Léo-
ne elle a continué à se faire, et que la même chose est arrivée dans le voisinage des établissements Anglais de la Côte de Mina, depuis le Cape Coast jusqu'à Fernando Pô, ainsi qu' à Ambriz et sur quelques points de la côte au Nord et au Sud de Loanda ; et qu'elle a été faite malgré les croisières, malgré les Traités faits avec les Roitelets nègres, et malgré le développement qu'a eu le commerce licite sur toute la Côte.
Il est également certain que rien ne constate, que dans les ports de la Côte où il existe des Autorités portugaises ou anglaises, la traite ait été faite dans ces dernières années.
Voilà la vérité. Et s'il n'y a pas-lieu à faire des récriminations au Gouvernement Anglais au sujet de la traite faite sur le Rio Pongo, àSherbro, et sur la rivière de Gallinhas, lieux situés dans la proximité de Sierra Leone, il n'y a pas lieu non plus à faire des récriminations au Gouvernement Portugais au sujet de la traite faite à Ambriz et sur quelques points de la côte d'Angola.
La conclusion de tout ce qui vient d'être exposé est que, tant qu'existeront les marchés des Antilles Espagnoles, ils seront approvisionnés d'esclaves d'Afrique, et que tant qu'ils s'y vendront à haut prix, il sera aussi impossible de mettre un terme à cette contrebande, qu'il a été impossible de mettre un terme à la contrebande qui s'est faite, et qui se fait encore, entre la France et l'Angleterre, malgré les systèmes rigoureux de surveillance, et le grand nombre de douaniers qu'il y a dans ces deux pays.
La seul moyen qu'il y a de mettre un terme à la traite des nègres sur la côte Occidentale d'Afrique, consiste à faire disparaître les marchés de Cuba et de Porto Rico. Et le Gouvernement Britannique ferait un grand acte d'humanité et d'économie, s'il appliquait l'argent qu'il dépense pour empêcher la traite, à obtenir de l'Espagne l'abolition complète de ces marchés.
A la vue de ces faits, le Conseil d'Outre-mer, dans sa consultation du 5 Avril 1853, disait au Gouvernement:
« Un des devoirs imposés à ce Conseil par le Décret de sa création est de veiller à l'exécution des lois, qui défendent la traite des nègres dans les colonies Portugaises. »
« Le Conseil est informé que parmi les ports voisins de Loanda c'est dans celui d' Ambriz que cette traite se fait sur une plus grande échelle. Il n'y existe pas d'Autorités Portugaises qui s'y
opposent; c'est pourquoi les agents de cette contrebande ont afflué dans ce port, et ont établi dans l'intérieur à deux ou trois lieues leurs dépôts d'esclaves, afin de les soustraire à la vigilance des croisières. Il est certainement du devoir du Gouvernement Portugais d'employer tous ses efforts à mettre un terme à cet infâme commerce, non seulement parce que l'accomplissement du Traité du 3 Juillet 1842 célébré avec la Grande Bretagne l'exige, mais parce que l'exécution de nos lois actuelles ne l'exige pas moins. »
Dans une Consultation du 14 Juillet 1854, il disait qu'il était urgent:
« De faire occuper au plus tôt, par une force Portugaise, le port d'Ambriz, mesure indispensable pour éviter que les négociants établis à Loanda continuent à y faire l'embarquement d'esclaves, et par la nécessité qu'il y a pour Angola, que ce marché principal d'esclaves cesse d'exister dans le voisinage de sa capitale. »
Dans une Consultation du 20 Octobre 1854, le Conseil insistait à ce que l'occupation d'Ambriz eût aussitôt lieu, et recommandait au Gouvernement d'ordonner dans ses instructions qu'il fût exercé la plus grande sévérité dans ce port contre la traite des nègres, qui devait être persécutée de toutes les manières possibles.
Le Conseil, tant dans sa consultation du 5 Avril 1853, que dans celles du 14 Juillet et du 20 Octobre 1854, proposait qu'il fut donné au commerce de toutes les nations dans le port d'Ambriz, la plus grande protection de la part des Autorités Portugaises.
On ne saurait douter qu'une des mesures les plus efficaces pour empêcher la traite des nègres, ne consiste à établir des autorités, accompagnées d'une force suffisante pour faire la police, dans les ports, où la traite a continué à avoir lieu ; et à rendre ces autorités responsables.
L'avantage de ce système vient de ce que, par la connaissance que ces autorités acquièrent du pays, et par leur séjour effectif sur les lieux, elles peuvent empêcher que les agents de ce commerce ne s'y établissent; que les nègres esclaves ne soient retenus pour l'embarquement dans des dépôts situés à des distances considérables de la côte, et que les navires ne reçoivent des cargaisons d'esclaves, puisque, comme autorités locales, elles ont
le droit d'exercer la police dans les ports; et qu'ainsi les navires sous pavillon américain pourront être examinés, et même saisis, s'ils se trouvent compris dans les dispositions du Décret du 10 Décembre 1836; ce qui aujourd'hui n'arrive pas, parce que les croisières Portugaises s'abstiennent de les visiter dans les ports et sur les mers, dont le Portugal réclame la domination, mais dont le Gouvernement Anglais prétend, depuis 1846, méconnaître les droits.
Ainsi, tandis que les bâtiments des croisières ne paraissent qu'accidentellement dans ces ports, et ne peuvent empêcher que la traite des nègres se fasse sur des navires américains, tandis que les esclaves qui y sont réunis pour l'embarquement sont rapidement transférés dans l'intérieur du pays, dès qu'on aperçoit quelque navire des croisières ; tandis que les Roitelets, avec qui les Commandants Anglais sont convenus de la défense de la traite, ne donnent aucune exécution à ces conventions toutes les fois qu'ils peuvent impunément tirer profit de l'infraction à leurs promesses : la même chose n'arrivera pas, quand dans ces ports résideront des autorités vigilantes, actives et responsables de tout embarquement d'esclaves qui s'y fera. Ce n'est que par ce moyen que la traite peut être abolie dans certains endroits, tant que les marchés des Antilles continueront à subsister.
L'établissement d'autorités Portugaises dans ces ports d'Afrique, où la traite des nègres se fait depuis longtemps, et où elle continue encore plus ou moins à se faire, aura en outre l'avantage de protéger dans ces mêmes ports le commerce licite de toutes les nations, dont le développement sera aussi un des moyens les plus efficaces de supprimer la traite; car les nègres pourront par ce commerce obtenir les marchandises d'Europe auxquelles ils sont habitués, et dont ils se sont jusqu'à présent approvisionnés en échange d'esclaves.
Ayant en vue ces circonstances, le Gouvernement Portugais a pris, dans ces dernières années différentes mesures pour parvenir simultanément à ces deux fins: Tune d'elles est l'occupation de quelques uns de ces ports des colonies qui se trouvaient sans garnisons; mais il a ordonné en même temps que les principaux d'entre eux resteraient toujours ouverts au commerce de toutes les nations. C'est ce que l'on a fait dans le port d'Ambriz.