‹ Faits et idées de l'histoire des artsChapitre 8 sur 13 · I.A VÉNUS DE VÉLASQUEZ · texte numérisé non relu

I.A VÉNUS DE VÉLASQUEZ

Londres. Ce portrait est fort beau. A qui donc l’attribuer ? A Baptiste del Mazo ; M. Beruete n’y manque pas.

Voilà donc Mazo à la mode. Quoi de plus naturel que de lui donner la Vénus ? Un Vélasquez de plus à restituer à ce peintre : cette ouverture devait plaire d’autant plus, que le tableau étant plus célèbre, piquait davantage l’esprit de contradiction. L’apparence d’une signature, en s’y ajoutant, faisait merveille. Les lettres d’approbation affluèrent. Le Morning Post les publiait au milieu de protestations diverses. Pendant plusieurs jours, trois des larges et longues colonnes du journal furent occupées par ce qu’on voulait bien y appeler une controverse. A la Galerie Nationale ce fut une presse effroyable.

Les visiteurs armés de loupes s’écrasaient devant le tableau. La visite du musée en fut gênée. Il fallut prendre le parti de faire payer l’accès du tableau contesté. Ainsi, l’affirmation lancée par M. Creig prenait une importance considérable.

Cependant, à la considérer en soi, les gens au fait de ces choses devaient la trouver frivole. L’opinion de ces derniers est très bien exprimée dans cette réponse faite par M. Jean Guiffrey à un correspondant du Morning Post, venu pour le consulter au Louvre : « Rien n’est si facile que de s’imaginer trouver une signature sur un tableau où il n’y a rien. Nous en avons au Louvre d’incessants exemples. Des craquelures dans la pâte, quelques traits laissés par le pinceau, forment aisément des caractères dans l’imagination d’un homme qui a regardé longtemps un endroit de tableau. » Ajoutez que c’est à travers la vitre dont sont couverts tous les

tableaux de Londres, que M. Creig avait examiné celui-là ; ajoutez que les caractères publiés dans le journal donnaient parfaitement l’impression de traits de hasard sollicités. Sans l’avouer, M. Greig le reconnaissait lui-même, en les donnant non pour des lettres, dont la forme est toujours plus ou moins rigoureuse, mais pour des monogrammes, où l’on peut supposer tout le caprice qu’on veut.

Ces considérations prenaient beaucoup de force quand on se rappelait qu’avant d’être acheté par la société du Fonds des Musées Nationaux, la Vénus avait été exposée de longs jours chez Agnew, à portée de l’examen le plus attentif, sans verre, et que des hommes déclarés contre le projet d’achat, parce qu’ils trouvaient soit le prix trop haut, soit le tableau trop faible, n’avaient rien signalé de semblable. Intéressés à contrarier ce projet (quand la moindre apparence d’une signature étrangère était capable, en devenant publique, de le compromettre ou même de l’empêcher), ils n’ont rien dit. C’est qu’ils n’avaient rien vu. Et comme ils devaient faire tous leurs efforts pour voir, c’est qu’il n’y avait rien à voir.

Voilà comme on raisonnait. M. Sidney Col vin fit valoir ce point de vue dans une lettre qui est un chefd’œuvre de bon sens. Il ajoutait qu’outre le mérite de l’ouvrage et sa conformité au faire de Vélasquez, son authenticité s’appuyait d’une muséographie solide.

M. Mac Coll écrivant à son tour, reprit ce point devant les lecteurs, renvoyant au résumé de l’histoire du tableau qu’a donné M. Claude Phillips dans le Rapport du Fonds des Musées Nationaux de l’année 1905. Le résumé de ce rapport ne sera pas de trop ici.

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