FALLOUX
Discours de M. le Marquis de Vogtié, délégué de l'Académie Française.
Messieurs,
Vous avez convié l'Académie française à l'inauguration du monument élevé au comte de Falloux par votre pieuse initiative. L'Académie répond à votre invitation. Elle s'associe avec empressement à l'hommage rendu par vous à la mémoire d'un de ses membres, d'un de ceux dont elle conserve le souvenir avec le plus de fidélité et de respect. Je vous apporte ses félicitations et l'expression de sa sympathie. En me confiant cette agréable mission, s'est-elle souvenue des liens de respectueuse affection qui m'unissaient à Falloux et à ses collaborateurs ? J'aime à le penser et je l'en remercie. J'aime aussi à croire qu'elle s'est souvenue des circonstances qui ont fait de moi comme le gardien de la maison que ces illustres maîtres ont honorée, et où leurs disciples s'efforcent de maintenir la tradition qu'ils ont créée.
Montalembert, Dupanlonp, Lacordaire, Broglie, Berryer, Buffet, Cochin, Gralry, Ozanam..., noms chers et vénérés, je ne puis m'empêcher de vous prononcer, en ce jour consacré à glorifier l'un des vôtres, et où j'ai l'insigne honneur de repré.sentei' l'Académie à laquelle, presque tous, vous avez appartenu. Vous, dont la grande âme, la foi ardente, le dévouement désintéressé à toutes les nobles causes, la claire intelhgence des besoins du temps
présent, ont exercé sur ma génération une si profonde influence, vous qui avez accueilli ma jeunesse, ma pensée vous cherche avec émotion et reconnaissance. Votre souvenir m'enveloppe et me pénètre ; puisse-t-il inspirer à ma vieillesse dos paroles que vous auriez approuvées !
Les traits de celui que vous avez aimé revivent dans l'œuvre distinguée qu'on vient de dévoiler. J'en félicite l'artiste que vous avez choisi. Messieurs. Je ne vous félicite pas moins vous-mêmes du cadre que vous avez donné à son œuvre. Vous l'avez voulu en harmonie complète avec le personnage. Vous l'avez demandé à la terre angevine, à cette terre à laquelle Falloux tenait par toutes les fibres de son être, dont il incarnait, pour ainsi dire, les énergies, les fidélités, les regrets, les espérances. Vous avez planté sa statue sur le coin de cette terre qu'il affectionnait par-dessus tout, à l'ombre de la vieille église qui a abrité son enfance, près de la tombe où il a voulu reposer, en face de la demeure qu'il a créée et ornée, dans ce lieu plein de son souvenir, où tout porte la trace de sa laborieuse activité, où tout parle de sa charité inépuisable et intelligente.
Sa statue le montre tel que je l'ai vu pour la première fois, âgé de trente-huit ans, dans le plein épanouissement de l'autorité et du talent. Je retrouve sa taille haute, élégante et souple, qui semblait par instants s'infléchir avec abandon, mais qui se redressait avec fierté sous l'impulsion des mouvements de l'âme ; je crois subir le charme attirant de ses yeux bleus, qui se voilaient parfois de tristesse et de mystère, mais qui, eux aussi, avaient des réveils d'une autorité décisive ; je crois entendre sa voix rythmée, aux inflexions caressantes, aux fiers accents, qui suivait, avec une docilité merveilleuse, le travail d'une pensée toujours maîtresse d'elle-même, et les nuances d'un langage tour à tour persuasif, mesuré, ardent, que les entraînements de l'improvisation et les mouvements d'une passion généreuse pouvaient soulever aux plus grandes hauteurs, sans jamais en altérer la correction, l'élégance ou l'habileté.
Et entre sa nature physique et sa nature morale, quelle saisissante harmonie ! Comme sa démarche flexible, aux fières attitudes, comme sa voix douce, aux accents impérieux et graves, son âme était souple et forte. Appuyé sur des convictions inébranlables, fidèle aux principes nécessaires, il avait la perception juste des réalités, le sens du possible, l'art des transactions opportunes. Nul ne savait mieux que lui, par les ressources d'un esprit ingénieux et cultivé, par le charme et l'autorité de la pa-
rôle, par l'habileté et la méthode de l'argumentation, conduire une discussion, rapprocher les opinions, amener les solutions ; mais nul aussi ne savait se redresser avec plus de hauteur, se décider avec plus de résolution, agir enfin avec une volonté plus nette et plus persévérante. En un mot, il avait les doas et les qualités de l'homme d'Etat, et il ne lui a manqué que les occasions pour prendre rang parmi les hommes qui ont le plus influé sur les destinées de leur pays. Quelques courtes années de vie publique, quelques mois à peine de l'exercice du pouvoir lui ont suffi pour donner sa mesure et montrer quels services il aurait pu rendre à la France, si la fortune lui eût souri.
A trente-cinq ans, en 1846, les électeurs de Segré lui ont ouvert l'entrée de la vie publique ; il est député, il siège dans la petite minorité légitimiste, mais le régime s'écroule avant qu'il ait eu le temps ou l'occasion de se faire connaître. La tourmente passée, il revient à Paris comme représentant du département de Maine-et-Loire à l'Assemblée constituante, et, dès le début, il se révèle et se place d'emblée au premier rang par un grand acte de vaillance civique et de clairvoyance politique. Les ateliers nationaux, créés par une pensée plus généreuse que réfléchie, sont devenus un grave danger. Ils empêchent la reprise du travail et préparent la guerre civile. Leur dissolution s'impose, mais nul n'ose la proposer. Le jeune député de Maine-et-Loire a ce courage. Dans un langage inspiré à la fois, par la plus touchante compassion pour les souffrances populaires et par la conception la plus nette du devoir public, sans se laisser émouvoir par les sourds grondements de l'émeute qui monte, il enlève le vote de l'Assemblée. La plus formidable des insurrections éclate, mais la victoire de l'ordre, suivie do la reprise normale du travail, justifie les prévisions du rapporteur. Le public apprend à la fois et le nom de Falloux, et la haute valeur de celui qui le porte.
Quatre mois après, il était ministre et, dans les dix mois d'un trop court ministère, il attachait son nom à deux actes mémorables : l'expédition de Rome et la loi de l'enseignement.
Si vous voulez bien. Messieurs, vous reporter en esprit à cette époque troublée, évoquer le tableau qui a frappé mes yeux de vingt ans : l'Europe secouée dans ses fondements, les trônes ébranlés, les convoitises allumées, l'inquiétude et l'hésitation partout, vous pourrez vous rendre compte de ce qu'il a fallu d'habileté et de vaillance, de souplesse et de fermeté dans l'âme et la parole de ce jeune ministre, pour obtenir d'une Assemblée inexpérimen-
DISCOURS DE M. DE VOGUé 149
lée, d'un cabinet divisé, d'un chef du pouvoir exécutif hésitant, cet acte d'énergie militaire et diplomatique, ce fait inouï et nouveau du débarquement d'une armée française en Italie. Ce geste hardi ne résolvait pas les difficiles problèmes que soulevait la question romaine ; mais, en relevant le prestige extérieur de la France, il empêchait que ces problèmes ne fussent résolus sans elle ou contre elle, et il assurait à la papauté, pour quelques années du moins, l'indépendance temporelle, considérée alors, par tout le monde cathohque, comme indispensable à l'exercice intégral de son pouvoir spirituel.
La loi de 1850 sur l'enseignenient a eu des conséquences plus profondes et des efïets plus durables. Elle constitue un fait historique d'une haute signification. Elle a inauguré en France la liberté de l'enseignement secondaire ; on peut même croire, en dépit des mutilations qu'elle a subies et des attaques qui se préparent contre ce qui reste d'elle, qu'elle a définitivement fondé cette liberté. La Charte de 1830 l'avait promise et ne l'avait pas donnée; la Constitution de 1848 en avait également proclamé le principe, mais le gouvernement ne se hâtait pas de l'accorder. Falloux fit de la réalisation de cette promesse la condition expresse de son entrée au ministère. A peine au pouvoir, il la prit en main et sut la mener à bien avec une suite, une habileté et une maîtrise qui ne se démentirent pas un instant. Son action s'exerçait partout : dans la Commission extraparlementaire, si sagement composée, qu'il avait chargée de préparer la loi, dans les négociations préliminaires et intimes, dans la discussion publique. Violemment attaqué par ses ennemis naturels, combattu par une partie de ceux qu'il voulait servir, il faisait tête de tous côtés, recrutait des alliés dans les rangs de ses adversaires, décourageait les interrupteurs par l'écrasante hauteur de ses réparties,
— certains de ses mots, dira Gréard, appartiennent à l'histoire ;
— tour à tour inflexible, accommodant, incisif et séduisant, toujours maître de soi, semant de traits acérés les plus beaux mouvements oratoires, il dominait l'Assemblée par l'autorité du talent et du caractère.
La vigueur de son corps n'était pas à la hauteur de la vigueur de son âme : gagné par la fatigue, il dut quitter le ministère. Il n'était plus au pouvoir le 15 mai 1850, quand la loi fut définitivement adoptée, mais elle était bien son œuvre et elle devait légitimement porter son nom.
C'était une loi de conciliation, et par cela même assurée de l'efficacité et de la durée. C'était une loi de Hberté, de hberté
sage et mesurée, qui pouvait déplaire aux esprits absolus, mais à laquelle les esprits pratiques devaient faire produire les plus heureuses conséquences. C'était l'œuvre d'un homme politique qui revendiquait lui-même le titre délibérai, et qui l'honorait par sa sincérité, par son loyal respect pour la liberté d'autrui, mais qui savait quelles limites doivent être assignées à la liberté pour qu 'elle soit vraiment durable et féconde.
C'est enfin une œuvre qu'il faut juger par ses résultats, par les approbations qu'elle a reçues, par les colères qu'elle a soulevées. Ses résultats ont dépassé toutes les prévisions et toutes les espérances. Elle a favorisé la rapide éclosion de toute une floraison d'écoles Hbres, qui, en quelques années, ont ouvert à l'enseignement chrétien le champ le plus vaste. Il n'est pas un esprit impartial et sincère qui ne reconnaisse, avec un de nos plus distingués confrères de l'école libérale, que la loi de 1850 était « la plus favorable à l'Église que les catholiques aient connue dans ces siècles » et ne déclare, avec un grand pape, qu'en la donnant à la France, Falloux ne se soit montré « un bon, un grand serviteur de l'Église ». Il fut aussi, en cette circonstance, un bon serviteur du pays, car la loi de 1850 a largement servi les intérêts généraux de l'enseignement. La culture générale a profité des initiatives qu'elle a suscitées et de la féconde émulation qu'elle a provoquée dans le corps distingué de l'Université de France. A quelque point de vue qu'on se place, la loi a été bienfaisante. Tel sera, nous n'en doutons pas, le jugement de la postérité.
Peu de temps après ce grand acte, Falloux était définitivement rendu à la vie privée par le coup d'Etat de décembre. Il avait trente-neuf ans. Sa carrière publique était terminée. Jusqu'à son dernier jour, il sera un vaincu, mais un vaincu qui ne connaît pas le découragement et qui continuera à serA'ir, par les moyens qui restent à sa disposition, les causes auxquelles il a consacré ses affections. Il continuera à les défendre par la plume et par la parole, à les honorer par la dignité de sa vie, par l'exemple de sa vertu, — oui, de sa vertu, messieurs, — n'hésitons pas à prononcer ce mot, dût le scepticisme à la mode en sourire, car, par ses acceptions multiples et par ses mâles étymologies, il est celui qui exprime le mieux l'ensemble de nobles énergies, de qualités charmantes et pures, qui caractérise la longue retraite de Falloux.
Tout lui sera occasion d'agir et instrument d'action : les lettres, dont le goût a précédé chez lui celui de la politique et se sent stimulé par les suffrages de l'Académie ; l'agriculture, dont la paix des champs lui a révélé le charme ; les intérêts locaux, auxquels il
se mêle activement et qu'il apprend à servir. Il ne perd d'ailleurs pas le contact avec Paris : une tribune libre y a été élevée au « Correspondant « par les plus illustres de ses compagnons de défaite : il y monte et y prend une part active aux luttes de la politique quotidienne et de foi religieuse, acte de protestation contre les atteintes portées à sa politique et aux deux grands résultats qu'elle a produits : la liberté du Saint-Siège et la liberté d'enseignement ; il lui reste imperturbablement fidèle, fidèle aux principes qui l'ont inspirée, à la sage méthode qu'elle a suivie. Les événements n'ont ébranlé ni sa foi ni sa confiance, il persiste à ne réclamer pour l'Église que la liberté, sans privilège ni monopole ; il ne veut pour elle que le droit commun, loyalement appliqué, avec ses périls, mais avec ses garanties, et avec la faculté qu'il lui assure d'exercer auprès des âmes, dans la sphère sereine qui domine les intérêts de parti, sa haute mission de lumière, de paix et de charité.
Au cours de ces luttes, Falloux a eu la douleur de retrouver en face de lui des défenseurs des mêmes causes, mais qui comprenaient autrement que lui la manière de les servir. Polémiques attristantes, qu'en historien fidèle je dois rappeler, mais dont je me garderai bien de réveiller les échos endormis, aujourd'hui surtout où l'union est le premier devoir de tous ceux qui partagent la même foi.
N'est-ce pas aussi un acte, le monument littéraire que Falloux élève à la mémoire de M'"» Swetchine, cette sainte et noble femme, à l'âme pénétrée de tendresse et de raison, soulevée par les élans d'un mysticisme qui se ressentail parfois de ses origines slaves, mais que tempéraient une forte discipline intellectuelle et morale, et les responsabilités d'une sorte de maternité spirituelle qu'elle exerçait sur des âmes d'élite ? En elle, écrit Falloux, « toutes les qualités, toutes les vertus, toutes les puissances étaient réparties dans le plus parfait équilibre...., son âme rapportait tout à Dieu sans se séparer jamais d'aucun des intérêts de l'humanité ». Rien de plus touchant, de plus instructif, de plus utile que le tableau de ce commerce entre esprits d'une aussi haute valeur, que l'exposé de cette action discrète, tendre, décisive, qui a si profondément influé sur le mouvement des idées. Rien de plus achevé que le portrait que Falloux a tracé en quelques pages, d'une plume magistrale et émue, de la femme supérieure dont les conseils avaient si utilement contribué à l'orientation de sa propre vie. Ce fut un acte de véritable piété filiale et de haut enseignement moral.
Un acte encore, le beau livre consacre par Falloux à Augustin Cochin ; public hommage rendu à la vertu et au talent. Toute une A'ie donnée en exemple, et quelle vie ! Laborieuse, féconde, bienfaisante, ornée de toutes les grâces de Tesprit, inspirée et soutenue par le souci permanent du devoir chrétien. Vie d'un grand homme de bien, qu'une mort prématurée a enlevé aux lettres, à la philosophie, aux œuvres sociales, à la patrie, à l'Académie elle-même, où sa place était marquée et qui s'est souvenue de lui quand elle a porté ses suffrages sur le digne héritier de son nom et de ses traditions.
Un acte enfin, les deux volumes des Mémoires de Falloux, qui sont à la fois un récit historique de haut intérêt, l'exposé d'une doctrine et d'une méthode, un testament politique.il les a appelés « Mémoires d'un royaliste, « indiquant lui-même à la postérité le nom sous lequel il voulait être connu d'elle. Il y affirme sa foi politique, montre comment il l'a servie et comment il croit qu'elle doit être servie, c'est-à-dire par les voies légales et avec une juste appréciation des conditions de la vie moderne. L'histoire, étudiée avec une intelligente et loyale curiosité, lui a montré, dans l'œuvre de la monarchie française, une œuvre de progrès continu et d'évolution méthodique, poursuivie pendant des siècles avec une persévérance, une fermeté et une souplesse admirables, arrivant à faire de la Maison de France la première des maisons souveraines, de la France elle-même la première des nations par la puissance de ses armes, par l'homogénéité de son territoire et de sa race, par le rayonnement de son esprit, de sa littérature et de ses arts. L'œuvre interrompue par le grand malentendu de 1789, Falloux rêvait de la reprendre, de lui ouvrir des voies nouvelles, non par un chimérique retour aux formes du passé, mais par un retour réfléchi aux méthodes du passé, à savoir : sur la solide base des principes traditionnels, l'acceptation loyale des transformations légitimes, la part nécessaire faite à la liberté, l'utilisation des forces nouvelles écloses du sein même de la nation, appelées à rajeunir les forces épuisées, à collaborer avec la royauté au maintien de l'unité nationale, au développement de la grandeur du pays. Un jour vint où Falloux put croire que son beau rêve allait se réaliser, jour d'espérances patriotiques trop tôt suivies de cruelles déce})tions. Le rêve s'évanouit...
L'agriculture, com.me les lettres, fut pour Falloux une consolation. En contact avec la terre, et avec ceux qui la cultivent, il avait subi le charme attirant du travail agricole ; il en avait compris le vif intérêt ; il avait deviné les saines et fortes satis-
factions qu'il réserve au propriétaire soucieux du devoir social et qui sait le remplir avec son intelligence et son cœur.
L'œuvre qu'il accomplit est considérable : je ne saurais la décrire en détail ; mais, pour vous en faire apprécier la valeur, il me suffit de vous inviter, Messieurs, à en admirer avec moi les résultats. Il vous suffira d'embrasser d'un rapide cou}) d'œil la scène qui nous entoure : dans un riant décor de haies en fleurs et d'arbres aux puissantes ramures, des champs où d'abondantes récoltes mûrissent au soleil, des prairies verdoyantes où ])aisscnt de beaux animaux de grande race, partout l'image de l'abondance, de l'ordre et de la paix. Que si vous évoquez par la pensée la vision des terres incultes, des broussailles inutiles, des maigres troupeaux qui ont précédé cette transformation bienfaisante, vous pourrez mesurer l'effort accompli, la somme de volonté, de savoir, de persévérance, de bonté dépensée, vous pourrez comprendre le sentiment de légitime fierté avec lequel Falloux se complaisait dans son œuvre, sentir les hautes et pures satisfactions qu'elle apportait à son cœur meurtri. Car, aux déceptions de la vie publique, vous ne l'ignorez pas, sont venues s'ajouter les cruelles épreuves qui ont frappé son foyer. Il supporte tout avec la sereine résignation du chrétien, qui a placé son idéal plus haut que les succès de la pohiique et les affections de la famille. Il est soutenu par la continuité de l'effort, par la certitude du bien produit, du bon exemple donné, ]>ar la respectueuse sympathie qui entoure ses derniers jours. Et, quand l'heure est venue, il s'endort au milieu du domaine qu'il a créé, avec la conscience d'avoir fait tout son devoir et la satisfaction de jienser que deux choses au moins lui survivront : son œuvre scolaire et son œuvre locale.
Sur sa tombe il n'a voulu qu'une courte inscription, la seule mention du titre de membre de l'Académie fran(;aiso. Vous ne vous étonnerez pas, Messieurs, que je comprenne ce sentiment : tous ceux qui, sans les avoir autant mérités que Falloux, ont été honorés des libres suffrages de l'Académie, savent en apprécier la haute valeur et reconnaître qu'ils suffisent à recommander leur mémoire à la bienveillance de la postérité. Mais je me permets de penser qu'à ce titre la postérité en associera un autre. Quand l'heure de la justice définitive aura sonné, quand se seront tues ou auront été oubliées les mesquines récriminations de l'esprit de parti, nul, parmi Irs hommes impartiaux et sincères, soucieux de l'avenir des lettres françaises et de la haute culture nationale, pénétrés de la nécessité d'assurer aux enfants de la France la saine
et vigoureuse formation de l'esprit, du cœur et du caractère, nul, j'en ai le ferme espoir, ne refusera de saluer en Falloux le fondateur de la liberté d'enseignement.
FALLOUX, L'HOMiME POLITIQUE
Discours de M. Guillaume Boclinier, sénateur, conseiller général de Maine-et-Loire.
Éminence, Messeigneurs, Mesdames, Messieurs
Vingt-six années se sont écoulées depuis le 11 janvier 1886, jour où l'église du Bourg-d'Iré ne pouvait suffire à contenir l'assistance qui se pressait aux obsèques du comte de Falloux.
De hautes personnalités politiques étaient venues de Paris, de toute la France, se joindre, dans un sentiment de douleur coramimc, aux amis et aax voisins qui pleuraient l'illustre morl.
Pour ceux-ci, c'était la disparition du bicj)faiteur émérite qui avait su, au cours d'une longue existence, répandre les trésors inépuisables de son cœur ; c'était la source tarie des larges libéralités, car l'on pouvait dire, dans tout le pays de Segré, que, depuis de longues années aucune œuvre, ayant le bien pour but, ne s'était créée sans son puissant concours.
Pour les anciens parlementaires, c'était le culte du souvenir, l'hommage rendu à celui que Tliiers avait appelé « un homme d'Etat de pied en cap », et qui avait mis au service de son pays et de l'Église les admirables ressources de son intelligence et de son éloquence.
Pour tous, c'était un grand Français et un grand Catholique qui venait de rendre son âme à Dieu.
La vie du comte de Falloux ne saurait être tracée, même à grands traits, dans les limites d'un discours.
D'autres voix vous ont dit ou vous diront les mérites de l'hom-
me de lettres, de l'historien, membre de l'Académie française, de l'éminent agriculteur qui, dans son domaine du Bourg-d'Iré, donna, par l'exemple, les conseils et les méthodes qui ont fait et qui font encore la prospérité agricole de cette région Segréenne.
En ce qui me concerne, et pour répondre au désir qui m'a été exprimé au nom de l'amitié, je voudrais essayer de résumer, dans ses grandes lignes, la carrière parlementaire et politique du comte de Falloux ; et, là encore, je devrai me borner à une esquisse d'ensemble, car si la vie politique de M. de Falloux a été relativement courte, elle a été si remplie que la raconter dépasserait de beaucoup les limites du temps qui m'est accordé.
Après un échec aux élections législatives de juillet 1842, M. de Falloux était élu, le 2 août 1846, parles électeurs de Segré, en même temps que le comte Théodore de Quatrebarbes, le futur compagnon du général de La Moricière à Ancône, était nommé par l'arrondissement de Cholet. Il entrait, jeune encore, à la Chambre des Députés, sur les instances de ses amis Berryer, Montalembert, Pastoret, La Roche jacquelein
Dès la première heure, sa pensée dominante fut de donner à la France les bienfaits de la liberté d'enseignement. L'occasion s'en présenta très vite : un député de la Vienne vit contester son élection, sous prétexte qu'il avait accepté de ses électeurs un mandat impératif. M. de Falloux avait trop d'esprit politique pour ne pas servir, en cette circonstance, deux causes qmi s'y trouvaient engagées : celle de la liberté électorale et celle de la liberté d'enseignement. Il prit part à la discussion et, s'il ne réussit pas à convaincre la Chambre, tout au moins n'avait-il pas perdu une minute pour dire vaillamment et publiquement de quel amour il aimait cette liberté réclamée par les catholiques.
Quelques mois plus tard, le trône de Louis-Phihppe s'écroulait et presqu'aussitôt l'insurrection éclatait.
M. de Falloux fut élu représentant du peuple, à l'Assemblée constituante de 1848, par le département de Maine-et-Loire, le 23 avril.
Dès sa réunion, l'Assemblée se trouva en présence des plus grandes difficultés. Au premier rang, étaient les ateliers nationaux, créés pour venir en aide aux ouvriers dans le chômage, mais qui n'étaient en réalité que l'organisation de l'armée révolutionnaire et un foyer insurrectionnel en permanence.
M. de Falloux fut chargé par la commission de l'Assemblée de présenter un rapport tendant à la dissolution de ces ateliers. Il demandait que cette mesure fut accompagnée d'une large
allocation au budget, destinée à rapatrier les ouvriers dans leurs départements d'origine, et qu'on procédât immédiatement à une organisation pacifique et régulière de la prévoyance et de l'assistance publiques.
Ce rapport n'est pas seulement un acte de fermeté civique, mais, selon le coup d'œil politique de iM. de Falloux, il prévoit ; il cherche à remédier au présent, mais, déjà et surtout, le souci de l'avenir s'y affirme.
La Révolution de 1848 et les journées de Juin avaient eu leur répercussion en Europe.
Rome, naguère à la joie de l'avènement du grand Pontife Pie IX, était alors le rendez-vous d'aventuriers de tous les pays, et des scènes tragiques ne tardèrent pas à se produire.
Le 15 novembre, le ministre du Souverain Pontife, Rossi, était assassiné par les révolutionnaires. Sous un déguisement, le Pape se réfugiait à Gaéte,
Spontanément, le général Cavaignac faisait partir un détachement français, avec mission de protéger le Souverain Pontife au nom de la France. En même temps, le représentant du peuple de Gorcelle se rendait en Italie, comme ambassadeur extraordinaire, chargé de représenter le Gouvernement français auprès du Saint- Siège.
Le prince Louis- Napoléon venait de remplacer le général Cavaignac à la Présidence de la République, et le comte de Falloux était appelé à faire partie, comme ministre de l'Instruction publique rt des Cultes, du premier cabinet du Prince-Président, sur lequel le jeune ministre exerça bientôt un ascendantpersonnel, affirmé par les témoignages des contemporains.
L'anarchie régnait toujours dans Rome, devenue le repaire de la démagogie européenne. L'Assemblée décida l'envoi d'un nouveau corps expéditionnaire, ayant pour chef le général Oudinot, ami personnel do M. de Falloux.
L'arrêt momentané des troupes françaises devant Rome fut un sujet de triomphe pour le parti de la Montagne.
L'Assemblée législative venait de remplacer l'Assemblée constituante, dont les pouvoirs expiraient.
Le comte de Falloux était réélu représentant de Maine-et- Loire ; il continuait à exercer près du Prince-Président une influence discrète, dont les événements d'alors et, depuis, de récentes études historiques ont révélé toute la portée.
A peine réunie, l'Assemblée législative retentit de violents débats sur la question romaine. Après Ledru-RolHn qui avait
DISCOURS DE M. DODINIER 157
prêché rinsurrection et demandé la mise en accusation des ministres, Jules Favre, avec son amère éloquence, attaqua vivement la politique extérieure du Gouvernement.
Le ministre de Falloux fut chargé de répondre aux paroles enflammées et aux injures de l'orateur de la gauche.
11 faudrait pouvoir citer de longs passages d(> ce discours, j)i'ononcé à la séance du 7 août 1849, l'un des plus beaux qui aient honoré la tribune française.
Dès le début, M. de Falloux prononçait ces paroles restées célèbres : « L'injure, disait-il, — rhonoral)le AI. Favic l'ignore « peut-être, et comme il semble tenir à ce moyen de discussion, « il sera bien aise de l'apprendre, — l'injure subit la loi môme « des corps physiques, et n'acquiert de gravité c[u'en proportion « de la hauteur d'où elle tombe ! » {Applaudissements prolongés à droite, murmures à gauche.)
Puis, rappelant les origines de l'expédition de Rome, l'orateur en développe les phases successives et en précise le but, en mettant sous les yeux de l'Assemblée les dépêches de l'Ambassadeur de Corcelle : — « La France n'a qu'un but dans cette « lutte douloureuse : la liberté du Chef vénéré de l'Église, la « hberté des Étals Romains et la paix du monde ! »
« Nous sommes allés à Rome croyant que nous allions y
« porter la délivrance ; nous sommes allés à Rome parce que « nous avons cru que cette délivrance était attendue de nous et
« que c'était de nous qu'elle devait venir Eh bien ! nous ne
« nous sommes pas trompés. »
M. de Falloux raconte dans ses Mémoires qu'il avait tout d'abord refusé de faire partie du premier cabinet du Prince- Président.
n avait résisté aux instances de iVIontalembert et du P. de Ravignan.
L'abbé Dupanloup, le futur évêque d'Orléans, de son côté, lui adressait des remontrances :« Vous allez, lui disait-il, abandonner « l'Italie à ses convulsions, laisser le Pape sans secours à la « merci de ses pires ennemis, rejeter dans l'anarchie la France « qui n'aspire qu'à en sortir. »
A M. Thiers qui, lui aussi, manifestait le désir de le voir entrer au ministère, le comte de Falloux répondait : « J'accepte le mi- « nistère si vous me promettez de préparer, de soutenir et de « voter avec moi une loi sur la liberté de l'enseignement ; sinon, « non. »
« Et voilà comment, dit-il dans ses Mémoires, et à quel prix je
« fis mon entrée dans la carrière du pouvoir. J'avais une double « tâche : la liberté religieuse en France, le salut du Pape en Italie. »
L'œuvre maîtresse de la vie politique du comte de Falloux est d'avoir mené à bien la loi sur la liberté de l'enseignement, de cette loi, comme il l'a dit spirituellement, que l'on appellera la loi de 1850 quand on veut en dire du bien ou la loi Falloux quand on veut en dire du mal.
Un jeune représentant que le département d'Ille-et-Vilaine députait à la législative, à Tâge de 25 ans, et que j'ai eu le grand honneur de connaître à la fm de sa longue carrière parlementaire, M. Armand Fresneau, sénateur du Morbihan, a écrit dans ses Souvenirs inédits : « Au nombre de ses éminentes qua- « lités, M. de Falloux avait colle de connaître la valeur du « temps. L'occasion le trouvait toujours prêt à la saisir ».
En effet, à peine installé au pouvoir, le ministre de l'Instruction publique et des Cultes publiait au Moniteur un rapport adressé au Président de la République, et nommait deux commissions, bientôt réunies en une seule (M. Fresneau était au nombre des commissaires), chargée de préparer une large réforme législative sur l'enseignement primaire et l'enseignement secondaire, réforme promise par la Constitution de 1848.
Cette loi, quoiqu'on en ait dit, n'était pas faite contre l'Université. D'éminents Universitaires avaient loyalement et sans arrière pensée collaboré à ce projet qui organisait la liberté, la libre concurrence. C'était dans la pensée de tous — les discours en font foi — un stimulant, un encouragement à mieux faire. Victor Hugo, adversaire du projet de loi, à la séance du 15 janvier 1850, dans une magnifique profession de foi catholique, ne s'écriait-il pas : « Je veux sincèrement, je dis plus, je veux ardemment « l'enseignement religieux, mais l'enseignement religieux de « l'Église. »
On comprenait, au lendemain des convulsions révolutionnaires, cette vérité qui était alors et qui sera toujours liée au salut du pays, à savoir qu'il n'y a pas d'éducation et de morale sans Dieu, que l'enfant a besoin de savoir d'où il vient, où il va, quelle est l'autorité à laquelle on n'échappe pas, qui seule a le droit de poser la règle du bien et du mal. C'est ainsi, averti et fortifié, que l'enfant doit s'élancer dans la vie.
Écoutez, Messieurs, ces paroles prophétiques écrites par le comte de Falloux en 1849, et qui font partie de précieuses notes manuscrites :
« J'admire avec douleur le zèle inconséquent de certains
« philanthropes, et même de certains gouvernements, qui s'occu- « peut avec tant de soin des prisons et négligent les écoles ! Ils « laissent se former le crime et s'enraciner les vicieuses habitudes, « dans l'absence de toute culture et de toute éducation pendant « l'enfance, et quand le crime est formé, quand il est robuste et « vivace, ils entreprennent de se mesurer avec lui ; ils essaient « ou de le terrasser par la terreur ou de le séduire en quelquo « sorte par des douceurs et des caresses. On s'épuise en efforts « d'esprit et en dépenses et on s'étonne quand tout cela est inu- « tile ! C'est que tout cela est un contre-sens. Corriger importe « sans doute, mais prévoir importe encore plus. »
C'est ainsi, par un sincère accord dans la vraie liberté, que fut votée cette loi, promulguée le 15 mars 1850.
M. de Falloux avait quitté le ministère. Il ne soutint pas, comme ministre, le projet préparé et élaboré par ses soins, mais il n'en restera pas moins, devant l'Histoire, le principal auteur de la loi sur la liberté d'enseignement, et ce titre est le plus grand honneur do la vie politique de notre illustre concitoyen.
Le coup d'Etat brisa la vie publique de M. de Falloux.
Sa santé était ébranlée. Le deuil et la solitude attristèrent la fin de sa vie.
Toutes ses affections familiales s'étaient reportées sur son neveu, le comte Georges de Blois, dont il appréciait hautement les qualités de cœur et d'intelhgence, et qu'il devait instituer son légataire universel.
Le comte de Falloux mourut trop tôt pour avoir la joie, qui eût illuminé sa vieillesse, de voir son jeune héritier entrer à son tour dans la carrière politique et y poursuivre, avec ce charme de parole et cette sympathie captivante dont il avait le secret, la défense des nobles causes pour lesquelles le vieux représentant du peuple avait toujours combattu.
Ce qui lui reste d'activité se concentrera désormais dans son domaine agricole du Bourg-d'Iré, dans ses travaux littéraires et dans la joie de rendre service autour de lui.
L'hospice Swetchine à Segré, le collège do Combrée seront l'objet de sa constante sollicitude.
Ce collège de Combrée, élevé à quelques kilomètres du Bourgd'Iré, aura en lui un puissant protecteur et un ami fidèle. J'ai entendu raconter à de vieux élèves de ce collège les apparitions que M. de Falloux, à cheval, venait de temps à autre faire à cet établissement. Dès son arrivée, les élèves se groupaient autour de lui et ils étaient sous le charme des paroles qui sortaient de
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ses lèvres et des sentiments qui débordaient de son cœur. Des anecdotes charmantes — et personne n'a su conter l'anecdote comme M. de Falloux — faisaient la joie des élèves.
N'est-ce pas d'ailleurs ce centre de Combrée qui, dès la première heure, accueillit avec enthousiasme ce projet de Monument que nous inaugurons aujourd'hui à la mémoire du comte Alfred de Falloux ?
Saluons, Messieurs, cette image qui perpétuera aux yeux le souvenir de cet éminent homme de bien, de ce bon Français, de ce grand catholique, dont le Moniteur de Rome (7 janvier 1886)
disait au lendemain de sa mort : u Pour nous qui nous pla-
« çons, au point de vue catholique, en dehors et au-dessus de tou- (c tes les dissidences, nous ne voulons voir, dans cette féconde et « laborieuse carrière, que les grands, précieux et incomparables « services rendus à la cause de l'Église et du Saint-Siège. «
FALLOUX ET LA FiÉGION SEGRÉENNE
Discours de M. Laurent Bougère, député de Segré.
Éminencf,
Messeigneurs,
Messieurs,
Mes premiers mots seront pour remercier le Comité, au nom des populations de l'arrondissemenL de Segré, de la généreuse initiative qu'il a prise d'élever ce monument à M. le comte de Falloux. Je le prie d'accepter, en même temps, l'expression de ma gratitude pour le grand honneur qu'il a bien voulu me faire en m'invitant à prendre la parole dans la touchante cérémonie d'aujourd'hui.
Il appartient aux éminentes personnalités qui se sont empressées de venir rendre liominage à la mémoire de M. de
DISCOURS DE M. BOUGÈRE 161
Falloux de vous dire ce que fut l'homme d'État, Toratour, le littérateur, le grand catholique et le bon Français.
Ici, il est inutile de rappeler ses sacrifices considérablQS en faveur de l'agriculture et des cultivateurs ; la création de sa glorieuse étable, le relèvement du Comice agricole de Sogré qu'il dotait si largement. Chacun connaît ces œuvres, ainsi que la libéralité avec laquelle il accordait des subventions et son appui à tous, les encouragements à l'instruction, à l'éducation, aux arts et aux lettres.
Je ne parlerai pas de ses charités dans la contrée, ù Angers et à Paris. Je me bornerai à rappeler brièvement les bienfaits que le pays de Segré doit au comte de Falloux, comme député, élu, soit au scrutin d'arrondissement, soit par le scrutin de liste.
En 1846, aussitôt nommé, il tient à contribuer personnellement, de ses deniers, au travail d'amélioration de l'Oudon. En 1851, il fonde une m.aison de retraite pour les vieillards, au Bourgd'Iré ; en 1864, il crée l'hospice Swetchino, à Segré.
En étudiant ce qu'a été le député de Falloux, on reste confondu de l'étendue de son œuvre parlementaire.
Il est nécessaire de relire les journaux de l'époque si troublée de 1848, Journal des Débats et autres, pour savoir comment, le 15 mai, il prit, sans hésiter, l'initiative, en l'absence du Président défaillant, de haranguer, suivi de MM. de Kerdrel et de Dampierre, les gardes mobiles qui s'étaient répandus dans les jardins du Palais-Bourbon, et comment, par ses paroles vibrantes de patriotisme, il amena ces jeunes gens à lui promettre de défendre la représentation nationale contre les émeutiers qui voulaient envahir la salle des séances. Après avoir assuré la sécurité de l'Assemblée, il entraîna, accompagné de son collègue de Mornay, les membres du Gouvernement, Lamartine et Ledru-Rollin, avec les gardes nationaux fidèles, vers l'Hôtel de Ville, foyer de toutes les insurrections, afin d'y arrêter le mouvement et ses auteurs.
Ce jour-là, le courage civique et la rapide décision du député de Maine-et-Loire sauvèrent la société d'une révolution démagogique, dont les conséquences eussent été aussi terribles pour la province que pour Paris.
Mais, à côté de ces titres universellement reconnus, combien d'autres demeurent ignorés qui méritent également notre reconnaissance.
Au nombre de ceux-ci, on doit mentionner la réforme postale.
En 1847, le port des lettres était réglé, comme au temps de
162 DISCOURS DE M. BOUGÈRE
la Révolution, d'après le poids et la distance, entre le lieu d'expédition et celui de destination. Pour sept grammes et demi, la taxe maximum de 0.20 s'élevait progressivement jusqu'au maximum de 1.20. Le port devait être payé par le destinataire, avant remise ; comme conséquence, des milliers de lettres étaient refusées.
M. de Falloux intervint éloquemment en faveur d'une taxe uniforme de 0.20.
En relisant la discussion d'où sortit cette réforme et la naissance du timbre-poste, on ne peut qu'admirer les heureuses expressions par lesquelles M. de Falloux savait frapper l'attention de ses auditeurs.
A ceux qui trouvaient sa proposition trop hardie, il répondait : « Dans le domaine de la politique, je crois que ce sont les abus qui sont révolutionnaires, les réformes qui sont conservatrices. En matière de finances, je crois que c'est la routine qui appauvrit le trésor public, et que ce sont les innovations judicieuses et réfléchies qui l'enrichissent » .
Hâter la construction des chemins vicinaux, afin de faciUter l'exploitation des terres, avait préoccupé, dès 1846, M. le comte Théodore de Quatrebarbes, le distingué député de Gholet, ainsi que son ami et collègue de Segré. Tous deux avaient soutenu un projet de modification de la loi des prestations. M. de Falloux reprit la question en juillet 1848.
La création des ressources communales pour les chemins vicinaux fut accordée sous le second Empire, et, actuellement, nos cultivateurs jouissent des bienfaits de cette modification dont l'urgence avait été signalée par M. de Falloux.
Le 29 mai 1848, rapporteur du Comité du travail, il s'exprimait en ces termes : « L'un des premiers actes de votre Comité « a été l'élaboration de la loi des prudhommes, c'est-à-dire le « jury dans son acception la plus populaire, appliqué aux « moindres contestations industrielles.
« L'association libre des travailleurs, l'éducation profession- « nelle de leurs enfants, l'assistance préparée d'avance à leurs « laborieux invahdes, attesteront de jour en jour nos études « nouvelles et nos efforts constants. »
Complétant sa pensée le 23 juin 1848, il dit : « Souvent l'ou- « vrier a été arrêté dans l'essai d'une idée utile par l'impossibi- « lité de se procurer tout d'abord un capital.
« Nous vous demandons une allocation de 3 millions pour « encourager, dans de justes proportions et sous le patronage
DISCOURS DE 11. BOUGÈRE *• ibo
« des syndicats, les premiers essais de ce genre qui pourront « donner vie, encouragement, et avenir à ce principe §i fécond « et si populaire de l'association. »
Il demande en même temps le vote de crédits pour des travaux de constructions qui, devant employer tous les corps d'état, lui paraissent les plus favorables à la l'oprise du commerce et de l'industrie.
Dans ce but, il indique la démolition d'un quartier de Paris, pour permettre à la fois l'agrandissement des Halles et la construction, pour la classe ouvrière, de logements aérés et salubres.
L'amélioration des logements qu'il réclame pour Paris, il l'assure successivement dans ses fermes, et bientôt son exemple est suivi dans toute la contrée.
Son profond sentiment religieux, source de son amour fraternel pour ses semblables, l'amène tout naturellement à l'idée de l'assistance par la mutualité que, l'un des premiers, il préconise en France.
Tout le monde sait la part qui lui revient dans le vote de la loi sur la liberté de l'enseignement. Mais, à cette occasion, ses détracteurs n'ont pas hésité à le représenter comme un adversaire déterminé des membres de l'enseignement public.
Pour reconnaître l'erreur de cette calomnie, il suffit de relire, dans le compte rendu de la séance du 18 juin 1848, l'exposé des motifs du projet de loi :
« Un autre moyen, dit M. do Falloux, d'améliorer l'institution « est d'améliorer aussi le sort do Tinstituteur lui-même. »
Il demande, en conséquence, l'élévation des traitements des instituteurs et l'établissement d'une retraite qui, jusqu'alors, n'était pas prévue pour eux.
Dans le même temps, l'École des Arts et Métiers d'Angers était menacée de disparaître. Apportant son puissant concours à son collègue, M. de la Tousche, maire d'Angers, M. de Falloux réussit à la faire maintenir.
Qui, dans le pays de Segré, pourrait méconnaître l'importance de ce service ? N'est-ce pas à cette école que notre chef-lieu d'arrondissement doit de posséder les habiles et consciencieux ingénieurs propriétaires des deux établissements de constructions mécaniques, MM. Gauthier et Guilleux,qui fournissent aux besoins de l'agriculture et de l'industrie de la région, et qui assurent en même temps, avec la prospérité de la ville de Segré, l'existence des laborieuses familles ouvrières qu'elles emploient ?
Je ne puis m'empêcher de rappeler que,le 29 juillet 1849, M. de
164 DISCOURS DE M. BOUGERE
Falloux accompagnait le Prince-Président à l'inauguration de la gare d'Angers. Le prince remit à huit angevins la croix de la Légion d'honneur. Voici leurs noms et qualités :
Guillory, président de la Société Industrielle et Agricole ;
Bodinier, Guillaume, peintre ;
Bourcier, doyen des Administrateurs des Hospices d'Angers ;
Daillière, Julien, poète, auteur dramatique ;
Labarthe, ouvrier charpentier ;
Pelle, ancien artilleur de la garde impériale ;
Jubeau-Royné, reheur ;
Froger, ouvrier perrayeux.
La population agricole et ouvrière du Segréen pourra méditer sur le choix des décorés préposés par M. de Falloux. Elle y verra un hommage public rendu au travail, à l'agriculture, aux arts qui consolent et à la charité qui soutient les pauvres et les vieillards.
La pensée qui a dirigé tous les actes de la vie de M. de Falloux était de bien servir Dieu et la France.
Toutes ses lettres le montrent dépourvu d'ambition.
Au milieu de ses multiples occupations, il se reposait en écrivant à M. le chanoine Levoyer, supérieur du collège de Combrée, et lui demandait des prières.
Je dois à l'obligeance de Mgr Pasquier, recteur des Facultés catholiques, la lettre inédite dans laquelle il annonçait à Combrée son entrée au ministère.
« Monsieur le Supérieur,
« Je ne puis vous répondre qu'un mot, mais du moins je veux que vous soyez l'un des premiers confidents de mon « sacrifice .»
« Après deux refus, des plus catégoriques ; après des instances, inexplicables pour moi, émanant des hommes en lesquels j'ai le plus de confiance, j'ai dû céder, et je viens de prononcer le « oui ^) fatal qui me fait ministre des Cultes et do l'Instruction. Le cabinet est faible, mais très honnête; Paris fort tranquille, et moi fort troublé. Priez Dieu pour qu'il me donne tout ce qui me manque ou dissipe ce malentendu le plus promptement possible.
« Quand reverrai-je Combrée ? »
Ainsi donc il accepte le portefeuille par devoir.
Plus tard, il se retirera de la vie publique par conscience et pour raison de santé.
Dans sa lettre du 23 janvier 1852, il en donne les motifs.
Je ne vous en rappellerai que deux axiomes, car ils seront tou-. jours vrais.
« Il n'y a pas pour un grand peuple do prospérité sans autorité. — Il n'y a pas d'autorité sans unité. »
L'œuvre de M. de Falloux, dans ces courtes années de 1846 à la fin de 1851, est considérable.
J'ai pu énumérer seulement quelques-uns des services qu'il a rendus comme député à notre contrée ; je ne pouvais les signaler tous.
Il n'est plus. Mais ses discours comme ses œuvres nous restent. Nous continuerons à y venir puiser les idées les plus nobles et les plus généreuses, à y retremper notre amour pour les faibles et pour les humbles, à y apprendre les plus belles leçons de patriotisme, la vertu du Travail et de la Prière, la nécessité de l'EfTort et de la Prévoyance pour y préparer l'avenir. Nous nous confirmerons dans notre foi en Dieu et en la Liberté.
Discours de M. le Chanoine Crosnier. directeur de rEnseignement libre du Diocèse d'Angers.
Eminence,
Messeigneurs,
Messieurs,
Nousfêtons aujourd'hui un homme et une liberté ; une liberté, plus encore que l'illustre Angevin, son principal auteur : l'une des plus précieuses, celle qui est la condition de presque toutes les autres, la liberté d'enseignement, qui est la reconnaissance officielle, par l'État, des droits im.prescriptibles de la famille et de l'Église dans l'éducation des enfants.
La loi de 1850, qui nous l'a octroyée, non pas entière ni parfaite, assurément, mais telle que pouvaient l'accepter et la voter
les hommes d'alors, nourris dans le monopole : cette loi qui fut, selon l'heureuse expression de Mgr d'Hulst, « le Concordat de l'État enseignant et de la France libre et croyante « n'a pas été exclusivement l'œuvre de M. le comte de Falloux. Elle ne pouvait pas être l'œuvre d'un seul homme. Mais si elle porte son nom dans l'histoire ; si IMontalembert, qui en fut le plus ardent promoteur, s'effaça humblement devant le jeune ministre de l'Instruction publique (1): c'est que M. de Falloux, que M. Thiers appelait <f un homme d'État de pied en cap » et qui n'avait accepté du Prince-Président un portefeuille que pour procurer à son pays la liberté d'enseignement, M. de Falloux, habile à saisir l'occasion qui s'offrait, et à profiter d'un mouvement d'opinion favorable, eut l'art merveilleux de grouper autour de lui toutes les bonnes volontés et de les entraîner à la conquête que tant d'excellents esprits rêvaient. Dans la Commission extraparlementaire qu'il nomma pour élaborer le projet de loi, l'abbé Dupanloup coudoyait le philosophe Victor Cousin et le politique Adolphe Thiers ; Roux-Lavergne, collaborateur de Louis Veuillot à V Univers, et Laurentie se rencontraient avec les universitaires Dubois et Saint-Marc GJrardin ; à côté d'ardents orateurs comme Montalembert et Cochin, il y avait des travailleurs silencieux, comme cet Armand Fresneau qui sauva le projet en un jour de détresse : bref, des représentants de toutes les fractions de la majorité dont le ministre de l'Instruction publique avait besoin. Par le charme de sa personne et la séduction de sa parole, M. de Falloux réalisa l'union désirée et, avec ou sans portefeuille, assura le succès de la campagne à la fois patriotique et chrétienne, que ses adversaires dénommaient ironiquement « la campagne do Rome à l'intérieur (2). »
Belle et fructueuse campagne en vérité ! Le Concordat de 1801 avait rouvert à Dieu, chez nous, des milliers d'églises matérielles. Celui de 1850, en brisant la tyrannie du monopole, a ouvert à Dieu des milhers, mieux que cela, des millions d'églises spirituelles, âmes d'enfants et de jeunes gens. Cette loi de liberté, combien elle fut féconde ! Elle élargit, en lui faisant sortir tout son effet, la loi de 1833 sur l'enseignement primaire ; et, lorsque Napoléon III, au lendemain du 2 décembre, eût supprimé la faculté, si naturelle et si précieuse, que le législateur y aA^ait inscrite, à
(1 ) Il 'avait~tronte-huit ans.
r (2) Mémoires de M. Armand Fresneau. Cf. Revue des Facultés catholiques de rOuesi, août 1912.
DISCOURS DE M. CnOS?fIER 167
savoir, que les Conseils municipaux auraient le choix de leurs instituteurs et de leurs institutrices, elle fit jaillir du sol les premières petites écoles libres. Elle a produit, dans l'enseignement secondaire, sur tous les points de la France, une floraison de collèges chrétiens. Cinquante ans plus tard, vers 1897, le nombre de nos élèves, tant des Petits Séminaires que des autres institutions, dépassait très sensiblement celui des lycéens ; ce qui fit dire à un sénateur de ce temps-là : « Encore quinze ans de la loi Falloux, et la France nous échappe.» Enfin, je n'ai garde d'oublier, devant les deux éminents Recteurs des Instituts catholiques de Paris et d'Angers (i), que la loi du 15 juillet 1875, sur l'enseignement supérieiu' libre, dont la France, hélas ! a trop peu profité, est la vraie fille de la loi du 15 mars 1850: l'une n'a été possible et applicable que par l'autre. Le jeune ministre de 1849 avait-il prévu tout cela ? Peut-être ; mais plus que cette vision consolante, le sentiment du devoir accompli fut sa plus douce récompense. Il n'en chercha point d'autre. Il accueillit avec joie les félicitations de ses amis. Avec la fierté aristocratique qui lui faisait mépriser toute décoration, il dédaigna les injures, et les attaques des ennemis ; et l'acharnement qu'ils mirent à mutiler sa loi a dû lui en manifester, d'autant mieux, ainsi qu'à nous, toute la valeur. Il eut donc très justement conscience d'avoir bien mérité de la France et de l'Église, ses deux mères.
L'Église catholique, elle, n'est jamais ingrate. Elle n'oublie aucun service rendu. Reine de vérité, elle redresse nos erreurs, elle plane au-dessus de nos préjugés et de nos illusions ; mère compatissante et juste, elle absout nos faiblesses, et toujours elle récompense magnifiquement, au nom de Jésus-Christ dont elle tient sa mission, notre zèle à la servir. Par la grande voix de Pie IX et de Léon XIII, elle a salué en M. de Falloux l'un de ses « grands serviteurs ». Elle a cru faire un « acte de justice » en priant sur son cercueil : car, selon le mot de Mgr di Rende, nonce du Pape en 1886, elle se « rappelait le grand nombre d'âmes qui doivent leur foi chrétienne à la loi de 1850 ». A cette heure, elle tient à lui renouveler, ici, le témoignage public de son souvenir et de son affection.
Un cardinal angevin, Vendéen, grand ami de Pie X, illustre cette fête de sa pourpre romaine et de son éloquence toute fran-
(1) Mgr Pasquier, recteur d'Angers ; Mgr Baiidrillart, recteur de Paris.
çaise. Monseigneur FÉvêque d'Angers, et son vénérable frère dans i'Épiscopat, ne représentent-ils pas très dignement tout le clergé de la France ? Et, avec nous qui entourons ce prince de l'Église, il me semble que tout un cortège s'est mis en mouvement. Je vois la longue théorie des professeurs et des écoliers qui, depuis plus de soixante ans, ont bénéficié de la loi Falloux, se diriger vers cette statue que nous inaugurons. Si, en passant devant elle, ils jetaient simplement une rose, tout le monument disparaîtrait bientôt sous l'amas des roses. Mais il n'a voulu, le comte de Falloux, aucune fleur sur son tombeau. Ils lui disent seulement, ces chrétiens d'autrefois et d'aujourd'hui, avec une prière pour son âme, le merci le plus reconnaissant et le plus joyeux de leur cœur.
A leur suite, nous ferons mieux encore que de prier pour cette âme, et de fleurir sa mémoire des témoignages de notre reconnaissance. Par notre foi chrétienne, par notre travail, par notre courage civique, par toute notre vie, nous serons de plus en plus dignes de la liberté. On a dit : « La liberté ne se donne pas, elle se prend. » Nous la prendrons, s'il le faut. Quelqu'un ajoute : avec plus de raison, « Elle ne se prend pas, elle s'apprend. » Voilà soixante ans, et plus, que nous sommes à cette bonne école. Les élèves ne vont-ils pas devenir des maîtres accomplis ? Nous apprenons la liberté pour nous ; nous la réapprendrons au peuple de France, qui ne la connaît plus guère, hélas ! et qui se laisse éblouir par de fausses apparences ou par les sophismes les plus déconcertants. Et un jour — fasse Dieu qu'il arrive bientôt ! — rendu à son bon sens et à ses traditions chevaleresques, il rouvrira toute grande sa maison, il rappellera de l'exil les meilleurs d'entre nous, ceux qu'il nom.mait justement ses « sœurs,» ses « frères, » ses « pères » et qui étaient les excellents éducateurs de ses filles et de ses fils. Alors, nous compléterons la loi de 1850, pour refaire « la plus grande » France, je veux dire une France plus unie, plus paisible, plus glorieuse et plus forte, parce qu'elle sera plus chrétienne.
Il est juste de rappeler les bienfaits du passé, il est consolant d'évoquer cette vision de l'avenir, dans ce calme horizon de notre doux Craonnais, dans ce bourg tranquille, sur les bords de l'humble Verzée au cours indolent, non loin du château seigneurial, aménagé pour l'étude, où M. de Falloux a vécu, en bon lettré, en bon propriétaire campagnard, en bon chrétien, les plus longues années de sa vie, après une glorieuse et brève apparition dans la politique ; et dans ce diocèse d'Angers, qui, par tous les degrés de
renseignement, a profité, autant que nul autre, de sa loi bienfaisante. Je m'assure que, si ce bronze, qui reproduit fidèlement son attitude, ses traits, et jusqu'à l'air de son époque, pouvait parler, nous n'entendrions guère sortir de sa bouche d'autre parole que celle de la paysanne irlandaise à son mari, qui allait capituler, dans la grande lutte suscitée par O'Connell pour la libération de son pays. En femme vaillante, et devant la prison où il lui fallait rentrer, clic lui cria : « Souviens-toi de ton âme et de la liberté. (1) » A notre pays, pour lequel il a tant travaillé, M. de Falloux répéterait, ce me semble, la même vibrante exhortation : « Souviens toi de ton âme, et de la liberté, pour qui nous autres nous avons si longtemps et si vaillamment combattu. » C'est à dire : « 0 France, souviens-toi de ton Dieu qui a fait ton âme chrétienne et chevaleresque. Souviens-toi de Jésus-Christ, ton véritable Roi, comme le proclamait avec raison Jeanne d'Arc ; de Celui qui crie la Vérité, et qui, par la Vérité, veut te rendre la vraie et sainte liberté. » N'est-ce pas le programme que M. de Falloux s'était tracé, et que vous avez rappelé, Monseigneur, dans votre belle Lettre-circulaire ?
« Dieu dans l'école :
« Le Pape, vicaire de Jé.sus-Christ, à la tête de l'Éghsc ;
«L'Église à la tête de la civilisation. «
Ce programme, des voix pures et fraîches, fidèles interprètes de jeunes âmes, déjà vaillantes, vont nous le redire, avec l'harmonie de la musique et de la poésie, au nom de ce collège de Combrée, que M. de Falloux a beaucoup aimé, qu'il a éclairé des rayons de sa gloire et de la gloire de ses illustres amis et visiteurs ; mais aussi, et surtout au nom. de tous les petits enfants de son école primaire chrétienne, des adolescents de nos collèges secondaires, des étudiants de nos Universités catholiques. Écoutons-les.
Les élèves du collège de Combrée exéc nient alors avec accompagnement de leur Harmonie, la cantate : Dieu dans VEcole dont le leit-motiv est la fière parole de l'Irlandaise : « Souvienstoi de ton âme et de la liberté ». Les vers sont d'un ami de l'enseignement libre, et la musique de M. l'abbé Jouin, curé de Saint-Augustin.
(1) liememher your soûl and liberuj. Cette parole a été rappelée à la tribune du Sénat, par M. Dominique Delahaye, le 19 février 1912. La fière paysanne s'appelait Bridcritte Struenty.
Après cette exécution impeccable, qui souleva de chaleureux applaudissements, M. le vicomte Olivier de Rougé prit la parole.