‹ Falloux et le monument commenoratif de la loi de 1850 sur la liberte d'enseignementChapitre 28 sur 73 · PRÉLATS · texte numérisé non relu

PRÉLATS

S. E. le cardinal Luçon, archevêque de Reims.

S. G. Mgr RuMEAU, évêque d'Angers.

S. G. Mgr Chapon, évêque de Nice.

S. G. Mgr Grellier, évêque de Laval.

Pasquier (Mgr H.), recteur des Facultés catholiques de l'Ouest.

Baudrillart (Mgr Alfred), recteur de l'Institut catholique de Paris.

Legendre (Mgr), doyen de la Faculté de Théologie aux Facultés catholiques de l'Ouest.

Andigné (comte Geoffroy d' ), conseiller général du canton de Segré.

André (Henri), directeur du « Phénix » à Angers ; fils de Jules André, directeur de « l'Union de l'Ouest » et ami personnel de M. de Falloux.

Archer (Léo), rédacteur au Gaulois.

Armaillé (Marquis d'), maire du Bourg-d'lré.

Armaillé (Marquise d').

Baugas (Paul), professeur aux Facultés catholiques de l'Ouest.

Becdelièvre (Marquis et Marquise de).

Bernier (chanoine), supérieur de l'Institution Hbre de Combrée.

Berryer (Georges), avocat à la Cour d'appel de Paris.

Berryer (Mesdemoiselles).

Blois (comtesse Georges de), douairière.

Blois (Vicomte Adrien de), maire de Huillé.

Blois (Mesdemoiselles de).

Blois (vicomte René de), sous-lieutenant au 3^^ spahis.

Blois (vicomte Jean do), sous-lieutenant au l'^ chasseurs.

BoBERiL (Mademoiselle du).

Bodijnier (Guillaume), sénateur de Maine-et-Loire, conseiller général, président de la Société d'Agriculture, Sciences et Arts (ancienne Académie d'Angers).

Borde (M. de la), conseiller d'arrondissement de Segré.

Borde (Madame de la).

BoRDEAUx-MoNTRiEux (Gcorgcs), président de la société Industrielle et Agricole de Maine-et-Loire

Borde AUx-MoNTRiEUx (.Madame).

BouGÈRE (Ferdinand), député de Maine-et-Loire.

BouGÈRE (Laurent), député de Maine-et-Loire, conseiller général.

BouTTiER, maire de Pontigné.

Brelle (abLé Maximin), curé de Loire.

Brichet, conseiller d'arrondissement.

Cais^dé (baron et baronne Pierre de).

Candé (baron Louis de).

Candé (Mesdemoiselles de).

Chaillous (Ludovic), ancien magistrat, ancien secrétaire de Berryer.

Charbonneau, conseiller d'arrondissement, maire de Gombrée.

Chevallier (abbé Charles), curé de Psoyant la Gravoyère.

Cholet (baronne de).

Cocard (docteur), maire de Segré.

Conrairie (Georges), adjoint au maire du Bourg-d'lré, membre de la Commission d'initiative du Monument.

Cornu (abbé), ancien curé du Bourg-d'lré.

CouLONNiER (abbé François), curé du Tremblay.

Courson (vicomte de).

CouRSON (Mesdemoiselles de).

Courtes (marquise).

Crosnier (chanoine), directeur de l'Enseignement libre au diocèse d'Angers.

Delahaye (Dominique), sénateur de Maine-et-Loire, membre de la Commission d'initiative du Monument.

Delêtre (abbé Adrien), ciiré doyen de Montreuil-Bellay, originaire du Bourg-d'lré.

Dezaunay, avoué à Segré.

BÉCEPTION 201

Fabien-Cesbron, sénateur de Maine-et-Loire.

FouGEROLLE (comte de), conseiller général de Maine-et-Loire.

Foucault, adjoint au maire de Segré.

François, adjoint au maire de Segré.

Fresneau (Georges), avocat à la Cour d'appel dWnger.s.

Galembert (comte de). Inspecteur général des Postes Impériales chinoises.

Galembert (Mademoiselle de).

GÉLiNEAu (abbé), curé du Bourg-d'Iré.

Godefroy (abbé Louis), curé de Bouillé-Ménard, précédemment vicaire au Bourg-d'Iré, du vivant de M. de Falloux.

Goisnard (abbé A.),vicaire à Vihiers, originaire du Bourg-d'Iré.

Goupil (chanoine), supérieur de l'institution libre Urbain- Mongazon, à Angers.

GouvELLO (vicomte de), chef de bataillon en retraite.

Grignon, président du Conseil général de Maine-et-Loire.

Haussonville (comte d'), membre de l'Académie française.

HuAULT-DupuY, conseiller d'arrondissement.

HuAULT-DupuY (Madame).

Jac, doyen de la Faculté de droit aux Facultés catholiques de l'Ouest.

Jaham-Desrivaux, rédacteur au Petit Courrier, à Angers.

Joûbert (Joseph) membre de la Société de Géographie à Angers.

JouiN (Henry), membre de la Commission d'initiative du Monument.

JouiN (M™e Henry, Mlle Fanny, M. Amédée).

Kernier (marquis de), député d'Ille-ct-VilaiiK'.

Kernier (comte et comtesse de).

Latouche (G.), rédacteur à VEclair.

Leboucher (Gustave), directeur du Syndical V^ti oie d'Anjou, ancien zouave pontifical.

Lebrun, ancien maire do Segré.

Lecanuet (R. p.), de l'Oratoire, historien do .Monlalembcrt.

Lefort (abbé), vicaire au Bourg-d'Iré.

Lelong, avoué à Angers.

Lemesle (abbé Jean-Baptiste), curé de Xeuxillc, originaire du Bourg-d'Iré.

Louis-Noël (Hubert), statuaire, auteur du Monument de Falloux.

Maillé (comte François d*^), conseiller général de Maine-et- Loire.

Maillé (comte André de), conseiller municipal de Tiercé.

Mançais (chanoine Henri-Martin), supérieur de l'Institution libre de Saint- Julien, à Angers.

Marolles (de), maire de Loire.

.Meaux (baron de), lieutenant de vaisseau, petit-fils de Montalembert.

MÉRiT (abbé), cure de Pouancé.

Merlet, sénateur de Maine-et-Loire.

MoissAc (M'- et INl'"^ de).

MoNTALEMBERï (comtc de).

MoNTEYNARD (comtc Ilugucs de), ancien zouave pontifical.

MoRiNiÈRE (vicomte Stanislas Le Bault de la), président du Comice agricole de Baugé.

MoRiNiÈRE (vicomtesse Stanislas Le Bault de la)

Narfon (de), rédacteur au Figaro.

Olonne (comte d'), président de la Société des Concerts Populaires, à Angers.

Pascal (Félicien), rédacteur à VEcho de Paris.

Peltier (René), rédacteur au Mercure Segréert.

Perraudière (de la), président du Comice agricole de Segré, ancien conseiller général,

Perraudière (M™e de la).

Philouze (Léon), directeur du Journal de Maine-et-Loire.

PiNiER (chanoine), supérieur de l'Externat Saint-Maurille, à Angers.

PoNTBRiANT (vicomtc du Breil de).

Portier (abbé), directeur de la Croix, à Angers.

Priet (abbé Auguste), curé de Sainte-Gemmes-d'Andigné.

Rayard (abbé René), curé de Contigné, originaire du Bourgd'Iré.

Revelière (comte de la).

RouGÉ (vicomte Olivier de), président de la Société Maiiieet-Anjou, délégué de la Société des Agriculteurs de France.

SÉRiEYx (W), rédacteur à V Eclair.

SiMiANE (comte et comtesse de).

Thureau-Dangin (Paul), secrétaire perpétuel de l'Académie française.

TouBLANC (chanoine), curé-archiprêtre de Segré.

Veillon ue LA Garoullaye (M»" et M»»*' Joseph).

Veillon DE LA Garoullaye (M"" et M"i® Roger).

VÊTiLLARD (le R. p.), directeur de l'École Supérieure d'Agriculture, à Angers.

Vogué (marquis de), membre de rAcadémie française, délégué de l'Académie Française.

WiTTE (Jean de).

Le duc de Filz- James ; le couiLc cl la comtesse Henry de Castries ; le marquis de Castellane, le comte de Castellano, anciens députés ; le baron Denys Cochiu, membre de l'Académie française, député ; jNLM. Henry (locliii), dé])ulé, Etienne Lamy, membre de l'Académie française, Edouard Trogan, directeur du Correspondant, dernier secrétaire de M. de Falloux, Fernand Laudet, directeur de la Revue hebdomadaire, empêchés d'assister à la cérémonie, avaient fait parvenir par lettres ou dépêches, l'expression de leurs plus vifs regrets.

rx

La Presse de Paris

L'ECLAIR (W. Serieyx), 8 Juillet.

A la mémoire du Comte de Falloux

HIER, ON A INAUGURÉ SA STATUE AU BOURG d'iRÉ

Ckâli(ii> (lu Boiirg-d'Irr, 1 Jinllri.

Piltoresquemcnt juché bur le flanc du \allon sinueux où serpente la Verzé(>, et où se profile coque! temcnt bloUi dans un nid de verdure autour de son vieux clocher du xi^ siècle, le ])elit village du Bourg-dTré, le château de même nom dresse sa somptueuse silhouette en face de coteaux chatoyants, tout pai'semés de bosquets touiïus et de riants pâturages...

C'est là que M. de Falloux, lorsqu'il se retira de l'arène })olitiquc, vint exercer, connue un véritable apostolat, « son devoir social et clu-étien de grand propriétaire », en travaillant au bienêtre moral et matériel de la population, en même temps qu'il s'appliquait avec passion à édifier la prospérité agricole du pays. 11 aimait si fort ce coin de terre angevine qu'il n'en pouvait pas plus détacher ses yeux que son cœur : « Pour ne pas me séparer

LE MONUMENT l-.VLLOUX ET [.A PRESSE 205

(lu paysage, a-t-il écrit dans ses MiMiioircs, ju luac^eoidai un liés grand luxe, le seul que je me sois permis de ma vie : je mis toutes mes fenêtres en glaces de Saint-Gobain, afin de n'avoir pas l'ceil sans cesse contrarié par des losanges ou des carrés... »

Dans ce cadre charmeur du Bourg-d'Iré, si cher à M. de Falloux, on va glorifier aujourd'hui, à l'occasion de son centenaire, la mémoire de l'homme auquel la France doit la loi fameuse de 1850 sur la liberté de l'enseignement : dans quelques instants on inaugurera sa statue, élevée par souscription publique et due au ciseau du sculpteur Louis-Noël... « Il convenait, s'écriera tout à l'heure le petit-neveu de M. de Falloux, le comte de Blois, il convenait que la place de ce monument fût ici... Le village du Bourgd'Iré, cette terre où M. de Falloux connut à la fois tant do consolations et tant de tristesses, cette terre qui garde sa tombe et les tombes des siens, était naturellement désignée. Cette rive aimable et bruissante fut, entre toutes, selon une expression de notre vieux Ronsard, la « parlante rive » pour Alfred de Falloux. Ne méritait-elle pas sa statue, puisqu'elle avait possédé son cœur ? ))

Il est dix heures du matin... La cérémonie commence par une messe solennelle, particulièrement imposante parce que, dite en plein air, à la face du ciel même... Devant le château, richement pavoisé d'écussons et d'oriflammes, un autel a été dressé où Mgr Chapon, évêque de Nice, officie, cependant que sur le perron majestueux de la seigneuriale demeure, le long des gradins, s'échelonne toute une assistance de prélats et d'ecclésiastiques éminents : S. E. le cardinal Luçon, archevêque de Reims ; Mgr Rumeau, évêque d'Angers ; Mgr Grellier, évêque de Laval ; Mgr Baudrillart, recteur de l'Iaslilut catholique de Paris ; Mgr Pasquier, recteur des Facultés cathoHques de l'Ouest ; le P. Lecanuet, l'historien bien connu de Montalembert, etc., etc. L'Académie française est représentée par M. le marquis do Vogué, son délégué, par M. Thureau-Dangin, son secrétaire perpétuel, et par M. le comte d'IIaussonville. Autour do l'autel même se presse, accourue des environs, une foule où se coudoient châtelains et paysans, communiant dans la fidélité de leur gratitude envers le bienfaiteur du pays. J'aperçois beaucoup d'enfants... Les pompiers du Bourg-d'Iré sont là ; la Fanfare de Segré et

l'Harmonie du collège de Gombrée prêtent leur concours musical à l'éclat de la solennité religieuse.

Prenant la parole à la fin de la messe (1), au nom de l' Église et de l'épiscopat français, Mgr Luçon, avec l'autorité qui lui est propre, montre à quel point la loi de 1850 sur la liberté de l'enseignement conciliait à la fois les droits de l'Église, de la famille et de l'État, — et le vaillant cardinal décerne un éclatant hommage aux services rendus par M. de Falloux à la cause catholique.

Ensuite a lieu la bénédiction du monument (2). Un chœur est entonné, qui emprunte aux circonstances un caractère de symbohsme particulier : « Dieu dans l'École ». Puis commence une série de discours. M. de Vogué ouvre le feu.

Académicien, président de la Croix-Rouge, président de la Société des agriculteurs de France (3), ancien ambassadeur, M. de Vogiié, à ce quadruple titre, était plus qualifié que quiconque pour célébrer à la fois, dans M. de Falloux, l'écrivain, l'iiomme de bien, l'agriculteur et l'homme d'État... L'éloquent orateur s'acquitte de sa tâche avec la magnifique élévation de pensée et de langage qui le distinguent. Je cueille au vol cette péroraison magistrale :

Sur sa tombe, il n'a voulu qu'une courte inscription, la seule mention du titre de membre de l'Académie française... Mais je me permets de penser qu'à ce titre la postérité en associera un autre. Quand l'heure de la justice définitive aura sonné, quand se seront tues ou auront été oubliées les mesquines récriminations de l'esprit de parti, nul, parmi les hommes impartiaux et sincères, soucieux de l'avenir des lettres françaises et de la haute culture nationale, pénétrés de la nécessité d'assurer aux enfants de la France la saine et vigoureuse formation de l'esprit, du cœur et du caractère, nul, j'en ai le ferme espoir, ne refusera de saluer on Falloux le fondateur de la liberté d'enseignement.

La place me manque malheureusement pour analyser les intéressants discours de M. le sénateur Bodinier, conseiller général

(1) Le cardinal a parlé à l'Evangile.

(2)Vovez plus haut, (pp. 130-131) l'explication du contretemps qui a mis obstacle à la bénédiction.

(3) Ancien président.

do Mainc-ct-Loire ; do M. Lauronl Bouf^èro, dopuLé do Sogré ; do M. le chanoine Crosnier, dirccleur de l'Enseignement libre du diocèse d'Angers ; de M. le vicomte de Rougé, président de la Société Maine-et-Anjoii ; do l\I. le marquis d'Armaillé, maire du Bourg-d'Iré ; de M. le marquis do Kcrnier, élu député dp Vitré, il Y a un moim.

Enfin M. Henry Jouin, qui fut la « cheville ouvrière » du long travail de préparation, dont la fête d'aujourd'hui est le couronnemont, u remet le monument » à la Société civile du Bourg-d'Iré, Puis l'actuel châtelain du Bourg-d'Iré, M. le comte de Blois, prend la parole.

Insistant sur ce point que la manifestation de ce jour « reste en dehors et au-dessus de toute politique », le petit-neveu du comte de Falloux estime toutefois qu'il n'ofîensera aucun « des partis les plus divers qui ont bien voulu s'unir pour cette manifestation », en donnant lecture de ce télégramme que lui adresse le duc d'Orléans :

Au jour de l'inauguration de la statue du comte de Falloux, votre oncle, je tiens à fêter avec vous celte gloire de votre famille, à m'unii- par la pensée et par le cœur à tous les catholiques français qui rendent un hommage mérité à celui qui sut toute sa vie magnifiquement défendre les grandes et les nobles causes de la liberté de l'Eglise et de la liberté de l'Enseignement.

Voli-e affectionné : imhlippe.

De l'excellente allocution de M. de Blois, je détache ce passage où il rend un hommage ému aux concours dévoués qui ont assuré le succès de la présente commémoration :

La sympathie la plus large, la plus loyale, la plus intelligente, vous a tous conduits ici, Messeigneurs et messieurs...

J'essaierai de traduire, au nom de la famille de mon grand-oncle, rémotion qui m'étreignait tout à l'heure lorsque j'écoutais M. Henry Jouin remettre à notre société civile du Bourg-d'hé ce monument dû à sa courageuse initiative, à sa sollicitude constante, à son goût éclairé, à son habileté enfin, et à sa persévérance, qui reçoivent aujourd'hui leur couronnement,

tandis qu'elles consacrent en ce coin d'Anjou une gloire qui nous est chère.. Je me reportais à un an de distance, à l'an passé : que d'obstacles semblaient alors se dresser à rencontre de notre rêve ! jNIesseigneurs, messieurs ; ces obstacles, votre concours les a dominés ! votre concours, réalisé dans ce qui peut unir par delà les nuances d'une même opinion, parfois par delà les opinions elles-mêmes ; votre concours réalisé dans ces hauts sommets de la pensée où se complut Falloux, et qui s'appellent la santé morale d'un pays, l'utilisation de toutes ses forces, la prospérité de son sol, et l'accomplissement de ses historiques destinées ! Tandis que M. Henry Jouin poursuivait sa tâche, aidé de l'infatigable dévouement de ses deux premiers collaborateurs, M. le sénateur Dominique Delahaye, nom cjui claque comme un drapeau, drapeau de courage, de convictions ardentes, d'honneur, et M. Georges Conrairie, voué en cette région au service de toutes les justes causes ; tandis que la compétence de M. Henrj'^ Jouin nous désignait un véritable artiste, héritier, gardien des traditions magnifiques de nos vieux maîtres statuaires, et que son « David d'Angers » a, pour ainsi dire, naturalisé Angevin ; tandis que la presse, dans un élan quasiunanime, proclamait en d'éloquents et de persuasifs articles le bien fondé de notre désir à tous les Français libérés de l'esprit de secte, notre vénéré, j'ose dire notre cher — oui, notre bien cher évêque d'Angers — daignait accepter la présidence du comité d'honneur, et, en même temps qu'il rehaussait notre œuvre, il la marquait du signe qui, dans la nuit des temps, n'a cessé d'être le signe do l'Eglise. 11 la marquait d'un signe de paix aux veux des hommes de bonne volonté...

Parmi ces « hommes de bonne volonté », il en est un à qui songeait toute l'assistance : c'était l'orateur lui-même, dont le tact et la courtoisie suprêmes ont tant fait pour la réussite de l'œuvre entreprise à la mémoire du comte de Falloux. Par son activité calme, féconde, discrète et modeste, par sa droiture souriante, par sa fermeté aussi douce que courageuse, et par son sens exact des possibilités, M. de Blois s'est affirmé le digne continuateur des traditions de son grand-oncle, dont on connaît la réplique célèbre, lancée naguère du haut de la tribune : « La France ne veut plus ni des trembleurs, ni de ceux qui font trembler, ni des hommes qui ne sont capables de rien, ni des liommes qui sont capables do tout. »

W. Serieyx.

{Reproduction autorisée)

LE GAULOIS (Léo Archer), 8 Juillet Le Monument de M. de Falloux

A LA GLOIRE DE LA LIBERTÉ DE l'eNSEIGNEMENT

Segré, 7 Juillet.

La cérémonie de l'inauguration du monument du célèbre auteur de la loi sur la liberté de l'enseignement, le comte Alfred de Falloux, au Bourg-d'Iré, son pays natal (1), cérémonie à laquelle je viens d'assister, a été en tous points réussie. L'honneur de ce succès va tout entier aux organisateurs et surtout à l'aimable et distingué petit-neveu du fameux homme d'Etat, M. le comte Louis de Blois, dans le château duquel, château bâti par M. de Falloux, se passait une grande partie de la fête.

Un seul incident, qui a retardé un peu le commencement de la cérémonie et qui n'a heureusement pas eu de suites graves, bien qu'ayant pu entraîner des conséquences tragiques, s'est produit ce matin. L'automobile qui précédait de quelques mètres celle où avait pris place le cardinal Luçon s'est brisée dans un fossé, par suite d'un coup de volant trop violent, entre Segré et le Bourgd'Iré. Mgr Baudrillart, recteur de l'Institut catholique de Paris ; le chanoine Guillotteau, qui fut l'ami personnel du comte de Falloux ; Mgr Pasquier, recteur des Facultés catholiques d'Angers, et le chanoine Crosnier, qui s'y trouvaient, ont reçu des contusions. M. le chanoine Guillotteau et le chaufîeur ont dû même être transportés à l'hôpital par suite de la commotion reçue.

L'automobile du cardinal Luçon, qui suivait immédiatement, a pu, fort heureusement, s'arrêter à temps, sans quoi un double accident, peut-être très grave, eût été à déplorer.

Avec un courage digne d'éloges, Mgr Baudrillart et M. Crosnier, malgré d'assez fortes contusions, n'en ont pas moins assisté

(1) Le comte de Falloux est né à Angers.

à la cérémonie tout entière, La réception du cardinal Luçon à l'entrée du Bourg-d'Iré n'a donc pu avoir lieu qu'avec une heure de retard.

Le village tout entier avait revêtu sa parure de fête. A toutes les fenêtres, drapeaux, oriflammes, fleurs jettent une note vive et gaie.

L'archevêque de Reims est accueilli à sa descente d'automobile par le comte de Blois, le marquis d'Armaillé, maire du Bourgd'Iré, et les sénateurs et députés du département. Le cortège s'organise immédiatement. En tête viennent la musique des pompiers et l'harmonie de Segré ; puis, sous le dais, le cardinal Luçon, en « cappa magna » rouge, accompagné des évêques de la province de Tours en vêtements violets : NN. SS. Rumeau, évêque d'Angers ; Grellier, évêque de Laval, ainsi que NN. SS. Chapon, évêque de Nice, ancien ami personnel du comte de Falloux ; Baudrillart, Pasquier, Legendre, et de la délégation de l'Académie française : MM. le comte d'Haussonville et Thureau- Dangin, secrétaire perpétuel. Le marquis de Vogué, qui prendra tout à l'heure la parole, est déjà arrivé au château. Les parlementaires présents, en habit avec l'écharpe tricolore en sautoir, sont : M!\I. Bodinier, Merlet, Dominique Delahaye, Fabien- Cesbron, sénateurs ; MM. Laurent et Ferdinand Bougère, de Kernier, députés, ce dernier neveu de la comtesse de Falloux, l'eprésentant la famille de Garadeuc de La Ghalotais. Citons encore: MM. Geoffroy d'Andigné, Grignon, comlo François de Maillé, conseillers généraux.

Le cortège se rend d'abord, au son d'une marche entraînante, à l'église où a lieu une très courte réception ; puis, à travers de superbes prairies, au château du Bourg-d'Iré, où aura lieu la messe en plein air.

Là se trouve la gracieuse maîtresse de maison, M'"*' la comtesse Louis de Blois, qui accueille ses invités avec une grâce charmante.

L'autel est placé en face du perron du château. Il a pour cadre d'immenses pelouses verdoyantes où se pressent tous les habitants du pays, au nombre de plusieurs milliers, et, dans le fond, les jolies^collines du pays angevin. Le coup d'œil de cette cérémonie unique est vraiment superbe.

'■ Le cardinal Liiçon prend place sur le trône pontifical, placé sur la terrasse du château, ayant à ses côtés les évoques et les principaux invités ; puis la messe commence, dite par Mgr Chapon, évêque de Nice. A l'Évangile, le cardinal Luçon se lève et, debout sur le perron, prend la parole, face au peuple immense qui l'écoute avec recueillement. L'archevêque de Reims, comme il convient en ce jour de la glorification de M. de Falloux, a pris comme sujet de son allocution, prononcée d'une voix vibrante, l'œuvre qui a rendu célèbre l'homme d'État catholique : la loi de 1850 sur la liberté de l'enseignement. Je ne pourrais pas le suivre dans tous les développements de son beau discours, de même que je ne pourrais rendre compte que sommairement des quatorze discours ou allocutions (1) qui ont été prononcés au cours de cette journée, car autrement plusieurs colonnes du Gaulois n'y suffiraient pas.

Mgr Luçon fait l'historique de cette loi qui a donné aux cathohques la liberté de l'enseignement primaire et secondaire, à laquelle le comte de Falloux a attaché à bon droit son nom. Il nous trace un très beau portrait de l'homme d'État cathoUque, qui s'était donné deux buts dans sa vie pohtique : restaurer le pouvoir pontifical et faire obtenir enfin à ses frères en rehgion la liberté d'enseigner. Cette liberté qu'il a donnée aux catholiques, on la leur reprend peu à peu aujourd'hui. C'est par milliers qu'on ferme les écoles ouvertes en vertu du régime de la liberté de conscience. Pour^,la conserver, la défendre et l'augmenter, nous devons lutter pieà à pied, sans cesse, avec opiniâtreté, et ainsi, avec l'aide de l&ieu, pourrons-nous reconquérir la hberté que nous avait donnée M. de Falloux et à laquelle nous avons droit, en vertu du droit de Dieu et de celui de la famille, qui priment celui de l'État.

Après l'allocution du cardinal-archevêque, la messe se termine au son des morceaux brillamment exécutés par l'Harmonie du collège de Combrée, puis le cortège se rend au croisement des deux routes qui conduisent du château à l'entrée du bourg, où s'élève la statue en bronze du comte Alfred de Falloux.

(1) Il ne fut prononcé que dix discours ou causeries.

Les invités prennent place sur une estrade et le voile de la statue tombe, aux applaudissements de l'assistance. Cette statue est une très belle œuvre due au ciseau du sculpteur Louis-Noël. M. de Falloux est représenté debout, tenant de la main gauche son projet de loi sur la liberté de l'enseignement ; la main droite est étendue comme dans un geste oratoire.

Le marquis de Vogué, qui porte l'habit vert d'académicien, inaugure la série des discours avec une haute éloquence, une impeccabilité de forme et de fond qui soulèvent, à de nombreuses reprises, les applaudissements des auditeurs. L'éminent académicien rappelle d'abord avec émotion ses souvenirs personnels sur le comte de Falloux et ses illustres contemporains, Ozanam, Montalembert, etc. Puis il nous retrace la carrière politique de M. de Falloux. En un ministère de dix mois, celui qu'on célèbre aujourd'hui a su attacher son nom à deux actes mémorables : l'expédition de Rome et la loi sur l'enseignement, qui constitue un fait historique d'une haute signification et qui fut, à tous les points de vue, une loi bienfaisante. Ainsi en jugera la postérité. Le marquis de Vogué, avec une claire critique, nous le prouve. En terminant, il nous parle de la fin de la carrière politique de l'éminent homme d'État et de son œuvre littéraire. Je regrette vivement que le manque de place m'empêche de parler davantage de cette magnifique page littéraire, dont cet aride résumé ne donnera qu'un très imparfait aperçu.

Après M. de Vogué, M. Guillaume Bodinier, sénateur du Maineet-Loire, nous retrace à grands traits la carrière politique et parlementaire du comte de Falloux. M. Laurent Bougère, député de Segré, rappelle les bienfaits que l'arrondissement dont il fut député lui doit. M. le chanoine Crosnier, directeur de l'enseignement libre du diocèse d'Angers, traite, naturellement, de la loi de 1850. Les jeunes élèves du collège de Combrée exécutent alors une belle cantate, « Dieu dans l'Ecole », avec accompagnement de fanfares ; puis les discours reprennent.

M. le vicomte Olivier do Rougé, président de la Société Maine-

LE MONUMENT lALLOUX ET LA PRESSE 213

et-Anjou, et délégué de la Société des Agriculteurs de France, célèbre la douceur du pays angevin, si cher à celui qu'on honore aujourd'hui. M. le marquis d'Armaillé, maire du Bourg-d'Iré, apporte au comte de Falloux l'hommage de reconnaissance des habitants du Bourg-d'Iré pour tous les bienfaits qu'il leur prodigua. M. de Kernier, député, parle au nom de la famille de M""' de Falloux. M. Jouin, organisateur de la souscription pour la statue, remet le monument à la Société civile du Bourg-d'Iré, et enfin M. le comte de Blois, petit-neveu de l'illustre homme d'État, prend la parole au nom de la famille de son grand-oncle. Il remercie, avec une vibrante éloquence et une émotion communicativc, tous ceux qui ont contribué, par leurs efforts et leur présence, au succès de la cérémonie d'aujourd'hui, qui se déroule sous les auspices de l'Église et de l'Académie française ; au cardinal Luçon, au marquis de Vogué, aux orateurs, aux députés, sénateurs et conseillers généraux, etc. Avec une modestie trop grande, il n'oublie que le principal artisan de cette fête : luimême. En terminant, M. de Blois donne lecture de cette dépêche qu'il a reçue la veille de Monseigneur le Duc d'Orléans :

Au jour de U inauguration de la statue du comte de Falloux, votre oncle, je tiens à fêter avec vous cette gloire de votre famille à m'' unir par la pensée et par le cœur à tous les catholiques français qui rendent un hommage mérité à celui qui sut, toute sa vie, magnifiquement défendre les grandes et nobles causes de la liberté de V Eglise et de la liberté de l'enseignement.

Votre affectionné,

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