CHAPITRE X
QUE l'éducation DU COLLÈGE ET CELLE DE LA FAMILLE POUR ÊTRE MORALES DOIVENT ALLER ENSEMBLE.
L'internat est donc immoral pour de jeunes enfants, immoral pour le père et la mère. Il n'est admissible, en exception, que pour le jeune homme de quinze à seize ans. Je dis en exception, car il y a beaucoup de jeunes gens de cet âge qui gardent encore les sentiments, les vues et les mœurs de Tenfance, et qui, partant,
sont à faire au point de vue de la formation morale.
Règle générale : il importe souverainement que les parents voient tous les jours leurs enfants. A cette condition seulement, Faction étrangère devient efficace et bienfaisante ; car, dans ce cas, les deux éducations, celle de la famille et du collège, se prêtent un merveilleux concours. Il est établi que les communications quotidiennes de maîtres à parents exercent une grande influence sur les enfants. La conduite des enfants en famille est parfois si différente de celle qu'ils ont au collège ! Tel est turbulent, agressif pour ses frères et sœurs, insolent pour ses parents, insupportable, en un mot, dans sa famille, qui est docile, travailleur et modèle à Técole. Il ne bouge pas, il ne parle pas, il y est sérieux ; il se réserve tout entier pour le soir. Mais voici que le père vient se plaindre. Il n'a que des notes excellentes sur la conduite et le travail de son fils, cepen-
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dant il se déclare vaincu. Son fils lui répond mal, lui casse tout, lui brise tout. Sa présence au foyer devient intolérable. Expliquez cette différence de conduite, sous deux autorités distinctes, quoique se tenant Tune à Tautre?... C'est que l'enfant veut avoir ses petites revanches d'incartade. Il veut se détendre sous une autorité en apparence moins rigoureuse, à raison même de la tension soutenue dans laquelle il est resté sous l'autre. Mais que le maître, le directeur l'appelle, lui parle avec fermeté, lui fasse sentir toute l'inconvenance de ses réponses faites à ses parents à la maison; qu'il appuie sur la puérilité de son attitude, le manque d'énergie, de caractère dont il accuse la volonté, aussitôt, l'enfant change de visage. Il croyait se soustraire à une autorité sous une autre; mais il remarque qu'il y a unité entre les deux, et que son père et son directeur se tiennent par la main et le cœur. Il rentre chez lui, calme,
sérieux ; il demande à parler à son père, lui fait mille excuses agrémentées d'autant de baisers, et tout le monde est surpris de sa sagesse et de sa bonté.
Bientôt, c'est le tour de l'école. Le baromètre marque tempête : le travail ne va plus; la conduite baisse; les consignes et les retenues pleuvent à grandes eaux. Tant que la mère n'en dit rien, le fils ne s'en émeut guère. Il commence à se faire à l'indifférence des consignes; il tend le dos avec insouciance à tous les coups de sa mauvaise fortune. Il semble que tout est compromis au collège; mais voici que tout le monde s'alarme au foyer. Le père et la mère se regardent tristement ; on dirait qu'un grand chagrin passe d'une àme à l'autre, dans leurs regards échangés. La mère baisse son front humilié et, reposant ses yeux sur son fils, une larme coule silencieuse sur sa joue pâle. Aussitôt, les petites sœurs s'en émeuvent; elles semblent accuser leur frère du tourment de
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leur mère : le coup est porté, et il n'y a pas d'enfant, pour si désordonné qu'il soit, qui y puisse tenir. Il se lève, le cœur gros d'une immense peine, il se jette dans les bras de sa mère, et, parmi des sanglots déchirants, lui fait serment de s'amender pour son amour ; le père reçoit, à son tour, les mêmes démonstrations et les mêmes promesses. On vient à l'école en famille, et là, dans ce parloir, témoin de tant de sollicitudes attendries, le collégien renouvelle ses engagements entre les mains du directeur. C'est fait; l'impression a été forte ; la cause est gagnée.
Ainsi, les deux éducations se prêtent un mutuel secours. C'est pourquoi elles ne sauraient manquer Tune à l'autre sans ruine. La famille et l'école doivent aller ensemble d'une même main et d'un même cœur. Comment recourir à l'influence de Tune d'elles, quand celle de l'autre est en péril, si les deux n'exercent pas ensemble.
tous les jours, leur action sur Tenfant?... 'Autant Téloignement complet de l'enfant, sa séquestration dans un internat, diminue et, parfois, détruit l'esprit de famille, autant Téloignement de quelques heures seulement, dans la journée, le développe et le parfait.