‹ Famille et collègeChapitre 12 sur 26 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

QUE l'internat RUINE ET DÉTRUIT l'esprit PAROISSIAL ! CONSÉ- QUENCES DÉSASTREUSES.

L'internat n'a pas seulement Tinconvénient contre nature de soustraire Tenfantà l'éducation de la famille, il détruit souvent en lui, avec ses mœurs, l'esprit paroissial. Malheureusement pour la foi, on combat trop la paroisse dans les collèges. Est-ce une conséquence de l'esprit de famille, que des congrégations ne peuvent s'empêcher

de tirer toujours tout à soi et de faire le vide autour d'elles, partout où elles s'implantent?... Je ne sais. Nous sommes, certes, à une époque où il faut parler haut et combattre le mal partout où il se trouve. A Dieu ne plaise, cependant, que je m'attarde ici en de lâches et mesquines attaques î... Je ne censure personne ; je donne ma manière de voir et celle de beaucoup d'autres qui se contentent de susurrer à Toreille leurs petites animosités. Il est évident pour tout le monde que les jeunes gens, au sortir de leur collège, où ils n^ont bien souvent puisé que les doctrines d^une coterie religieuse, sont en hostilité flagrante avec Tesprit de leur paroisse et ses œuvres. Ils ont le culte de la petite chapelle. Le curé n'est rien pour eux ; le clergé paroissial n'a aucune valeur pour leur direction spirituelle. 11 leur faut des directeurs, à la marquise et à la baronne; des hommes fort courus et dont toute la célébrité est dans l'engouement desgens qui

en sont coiffés. Ils ne donneront rien aux œuvres de M. le curé; ils réservent toutes leurs ressources pour les œuvres de la petite chapelle. Là tout est beau, tout est parfait^ parce que le comte y frôle le marquis. La paroisse!... c'est trop commun, c'est trop plébéien î Je ne voudrais pas tenir mon doigt trop longtemps sur cette plaie qui fait tant crier, et avec justice^ contre les étroites vues qui en sont la conséquence. Je ne changerais rien aux choses présentes ; l'abîme existera toujours entre les familles religieuses, quelque unies qu'ell-es soient, du reste, dans leurs principes, leurs vertus et leurs fins. L'histoire parle assez haut sur ce triste sujet, qui, en somme, n'accuse que les infirmités de notre nature ; mais ce qui fait le plus crier, et qui est la source de toutes les animosités et des haines accumulées contre les congrégations religieuses, ce ne sont pas elles, ce n'est pas leur caractère de famille, leur esprit d'absorption, ce sont les insectes

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malfaisants qui papillonnent au tour d'elles, et qui s'attachent à elles comme des cancers dévorants au visage des gens.

Ces âmes inquiètes qui doivent toujours justifier leurs incartades, leurs folies religieuses de quelque nom qui sonne comme une trompette, elles ne savent rien faire comme les autres, et sans tenir le haut par-dessus M. le Curé et ses vicaires. Fi donc!... le clergé paroissial, c'est le menu fretin de TÉglise. Plus élevées sont leurs vues; elles ne relèvent que d'une direction aristocratique. Si, au moins, elles prenaient la direction qu'on leur donne, elles en rabattraient bien quelque peu : mais non, elles vont trouver le Révérend Père pour prendre sa doctrine à Tenvers, et la mettre ainsi en opposition avec tout ce qui se dit ailleurs. Non î... non î... quoi qu'elles fassent, les malheureuses, contre le clergé séculier, elles atteignent des mêmes coups le clergé régulier, dont elles se croient les colonnes. Ces deux bran-

ches de Tapostolat ont leur caractère, leurs forces et leurs avantages personnels. Qu'on n'aille pas les brouiller, les commettre ensemble, pour les rendre ridicules et les détruire.

Le clergé paroissial qui vit dans le monde des propres paroissiens en connaît mieux l'esprit et les mœurs. Il sait mieux que personne dans quel milieu vit le jeune homme de sa paroisse, quelles influences heureuses ou funestes peuvent s'étendre sur lui pour sa ruine ou son salut. Le curé l'a vu naître; il connaît ses parents, dont il a peut-être béni le mariage ; il Ta vu grandir. Une fois ses études terminées, c'est sous la houlette pastorale que revient la brebis, quelques jours égarée. C'est le curé de son berceau ; il sera celui de sa tombe. C'est le curé qui est le conseil et l'ami de toutes les familles de sa paroisse. Le jeune homme passera donc du collège sous sa vigilante sollicitude. Pourquoi l'arracher à cette bienfaisante in-

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