ÉTUDE, PRIÈRE
Un premier tintement a déjà averti les élèves et les maîtres que le temps de la toilette et de tous les apprêts du matin est passé. Les élèves, la figure fraîche et reposée, se rangent en file les uns après les autres, et, à un second signal, se rendent à Tétude. Le maître les y attend. Ce maîtrelà préside donc aux exercices pieux et au travail des élèves : c'est le maître d'étude. Il n'est rien de plus important ni de' plus sacré que cet homme au visage austère qui, du haut d'une chaire, promène ses
regards sur sa troupe bien ordonnée et bien rangée. Il n'est rien, cependant, de plus injustement méprisé que cet homme; car c'est sur lui que repose la maison tout entière ; il est la clef de voûte de l'éducation, de la piété, de l'ordre, du travail. Un collège qui manque de maître d'étude, ou qui a un maître d'étude manqué, est perdu d'avance, la piété, le travail, Tétude étant la base et le fondement de Téducation. Tous les élèves sont entrés; chacun d'eux a gagné sa place et attend le signal du maître. Le signal se donne; tous ploient les genoux devant le Dieu trois fois saint qui fait luire son soleil éclatant de lumière sur leurs jeunes fronts. C'est la prière. C'est le premier soin de rhomme tous les jours, c'est aussi le dernier. S'élever un instant, par delà les pensées ordinaires, les préoccupations de la vie, et se reposer tendrement dans le sein du Père qui est au ciel pour lui dire nos peines, nos joies, lui exposer nos
besoins et lui demander le pain de sa grâce, c'est assurément ce qu'il y a de plus grand et de plus noble dans la vie de chaque jour. Si l'homme s'avilit en s'inclinant devant l'homme, il grandit et s'ennoblit en se prosternant devant Dieu. 11 importe beaucoup de mettre bien avant dans le cœur des jeunes gens la haute importance de leurs relations avec Dieu : aussi bien y puiseront-ils de grandes et nobles pensées, de généreux et héroïques sentiments ; car les relations font les hommes ce qu'ils sont : a Dis-moi qui tu hantes et je te dirai qui tu es. ;) Si donc ce que Ton est dépend de ceux que l'on fréquente, la noblesse de ceux que l'on hante fait celle de ceux qui les voient. Si telle est la condition de notre humaine nature, qu'il nous faille subir l'influence heureuse ou funeste de nos relations, je donne à penser quelles seront les bienfaisantes conséquences des relations suivies avec Tétre le plus grand, le plus parfait, le meilleur : Dieu î
M. TabbéThenon, le directeur et le fondateur de l'école Bossuet, disait, un jour, aux mères chrétiennes qu'il groupait autour de lui : (( U éducation d'un enfant, cest développer en lui l'idée de Dieu. » Je montrerai dans un second traité la justesse de ce principe, qui était Tàme tout entière du saint abbé. Je montrerai comment le développement de cette idée élève Tenfant, l'ennoblit, en fait Thomme de cœur, l'homme du sacrifice et de l'héroïsme. Je m'étendrai alors sur les relations si hautes, si délicates, si douces de l'homme avec Dieu. Pour le moment, je me borne à quelques mots. Le premier devoir du maître d'étude est de veiller précisément à la perfection des rapports de l'enfant avec le Père commun, qui a toujours son oreille sur notre âme, pour en épier les moindres soupirs, et son cœur sur notre cœur, pour en écouter les battements.
J'ai dit, dès le début de mon travail, que les facultés se perfectionnent par leur
objet, que la perfection de l'objet ennoblit et développe la faculté, et que, partant, la fréquence et l'assiduité de nos rapports avec l'objet grand, noble, généreux raffermissent en nous les sentiments et les pensées qui lui correspondent. Par cela même, il est facile de conclure à la haute importance, au rôle éminemment sacré de celui qui préside à la sainteté de ces relations. Qu'il sache bien lui-même la hauteur de sa mission, et pour cela, qu'il connaisse ses devoirs, qu'il comprenne ce qu'est Tentretien de la créature avec le Créateur. Mettre une àme en relation avec le foyer de toute lumière et de tout amour, quelle mission sublime ! ! '
CHAF^ITRE IV