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ÉDUCATION INDIVIDUELLE

La seconde situation du professeur est celle dans laquelle il se trouve vis-à-vis de rélève quand il est seul, en tête à tête avec lui. C'est le moment favorable pour exercer sur lui une véritable et tout efficace influence.

Autant on est tenu de montrer de la réserve, et parfois de la raideur, en face de la petite troupe que Voii dirige, autant on doit être expansif, affectueux, avec chaque enfant pris en particulier.

Alors seul, on peut donner libre carrière à son cœur, aller jusqu'à la plaie qu'il

découvre, et lai appliquer la dose de témoignages de tendresse, de conseils et de reproches qu'elle comporte et réclame. Alors seul, on abandonne Tornière mille fois battue des pédagogies à la mode, pour entrer dans le vrai de l'éducation, dans la formation si variée, si difficile et si belle de l'individu.

C'est Téternel avantage des collèges de réunir les bienfaits des deux éducations, Tune commune et l'autre privée, et d'aguerrir l'homme pour la société et pour la famille. Mais à côté des avantages, hàtons-nous de le dire, se trouvent aussi des écueils et des malheurs qu'il faut conjurer.

C'est un bien, sans cloute, d'avoir une discipline ferme et uniforme pour briser les résistances individuelles, et rendre les enfants dignes de la liberté, en les façonnant à Tobéissance ; mais la discipline n'a de valeur morale qu'autant qu'elle s'appuie sur une éducation qui s'adresse avant tout

à l'homme intérieur. Sans cela, on fait des esclaves et l'on prépare des révoltes.

La discipline est générale^ inflexible : L'éducation individuelle est souple, et, docile aux inspirations du cœur, elle varie suivant les natures différentes auxquelles elle s'adresse. Le but est le même : il s'agit de donner à tous des habitudes vertueuses, fortes et épurées; si fortes, qu'elles portent leur vigoureuse influence jusque dans Tàge le plus reculé ; mais les moyens diffèrent suivant les enfants qu'on élève. Ce n'est pas en vain que Dieu a fait tel enfant tel, et non pas tel autre ; c'est qu'il a assigné à chacun une fin particulière et des moyens pour y arriver. L'un est pétulant et vif, l'autre endormi et mou. Celui-ci sensible à là moindre parole; celui-là froid comme marbre ; celui-ci doux, mais plein d'énergie ; celui-là violent, hardi, mais faible. En un mot, chaque enfant est unique et réclame, pour être vraiment élevé, des soins propres et particuliers.

Il ne s'agit donc pas de les soumettre tous au moule commun d'une éducation uniforme. Il ne s'agit pas d'étouffer en eux cet esprit d'initiative qui les fera agir de telle façon plutôt que de telle autre. Il s'agit de profiter de leurs qualités individuelles pour combattre leurs défauts personnels.

Il s'agit encore de se plier à leur nature, de les comprendre, de s'emparer de leur cœur; et une fois maître de cette place dominante, de former et de diriger tout le reste avec le concours de la volonté, qui suit généralement le cœur.

Ah! c'est là chose difficile et qui réclame un tact, une connaissance peu commune de Tenfant, une habileté^ et surtout une souplesse de caractère et d'humeur qui se fait tout à tous. C'est à ce prix cependant que l'on peut espérer un résultat heureux en éducation.

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