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CHAPITRE III

élever un enfant

c'est former son caractère

et son cœur

Le cœur de Tenfant est une sensitive que la moindre parole vive, le moindre mouvement brusque contracte et ferme, et que le plus petit sourire, la plus légère voix amie, la plus insignifiante caresse même^ dilate et ouvre, comme une fleur, au plein soleil de l'affection et de Tamitié, pour en boire les rayons bienfaisants.

S'occuper de chacun, comme s'il était seul, et en même temps diriger Tensemble par des moyens généraux; avoir en soi

et cette volonté immuablement droite qui produit le respect, et cette flexibilité de caractère qui met au niveau de toutes les exigences; savoir tourner patiemment autour des natures les plus rebelles et les plus inexplicables, jusqu'à ce que l'on ait découvert leur secret et surpris le côté par lequel on peut pénétrer dans la place; en un mot, être pour les enfants ce qu'est Dieu pour l'univers : la Providence spéciale, la Providence maternelle qui veille aux besoins de la plus petite et de la plus délaissée des créatures avec autant de sollicitude qu'aux lois de l'attraction universelle... Tel est le devoir de l'éducateur. Il faut se mettre bien avant dans la tète que les maîtres chargés de l'éducation sont les tenants du père et de la mère; car c'est la famille qui a, de droit naturel et divin, mission d'élever les enfants. Et comme Dieu a mis dans chacun de nous des dispositions et des facultés en rapport avec les obligations qu'il nous impose, il

a ménagé dans la fermeté du père et dans la tendresse de la mère des trésors de moyens divers pour former et diriger les enfants.

Donc, le maître qui est chargé de l'éducation doit réunir en lui les ressources du père et de la mère.

Il faut que l'enfant trouve sa mère dans son maître, qu'il puisse aller à lui, comme il court à elle, qu'il puisse s'ouvrir à son aise et à sa fantaisie, lui dire son cœur et tout ce qui s'y passe, paraître dans toutes ses variétés, ses grandeurs et ses faiblesses sans crainte ni contrainte, et tout uniment.

Si le maître est froid, d'un abord glacial, s'il croit devoir se tenir toujours sur la réserve et se défendre même contre ces manifestations et ces ouvertures d'enfant, ce petit cœur prêt à s'ouvrir se resserre, se concentre, se ferme et ne se forme pas. Et une fois qu'on n'a plus le cœur de Tenfant pour l'élever, il n'y a rien à faire. L'enfant a besoin, à tout instant, de lu-

mière, de conseil, de consolation, de soutien, de direction, en un mot. Comment le diriger, si on ne le connaît pas ? Comment le connaître, s'il n'ouvre pas son cœur?...

Or, que de fois^ surpris par la raideur, ou du moins par l'indifférence d'un maître, ne se retire-t-il pas confus, alors qu'il avait été pour lui confier ses pensées et ses sentiments !...

L'enfant, timide par nature, trouve facilement que ce qu'il voudrait dire est ridicule, qu'il ne vaut pas la peine d'y penser, qu'il ennuiera son maître ou qu'il le fera rire; si on ne l'aide pas à découvrir ces petits détails, ces vétilles, ces riens qui sont d'une si haute importance en éducation, il les refoule au fond de son àme, et il faudra plus d'un effort de tendresse pour les faire remonter à ses lèvres.

Combien y en a-t-il qui gémissent ainsi, méconnus dans l'obscurité I... Non !...

non!... le prestige causé par la crainte sur un enfant, est un ornement qui sert plus à la vanité du maître qu'au bien réel de l'enfant. Le dehors est sauvegardé, quoi de mieux pour la vanité ? Mais quelle révolte au dedans î... L'amourpropre n'est pas vaincu, mais refoulé, et tôt ou tard, il se montrera plus puissant et plus indomptable.

La confiance, au contraire, diminue le prestige extérieur. La majesté du maître s'adoucit et devient petite pour gagner plus facilement le cœur et se ménager un plus libre accès dans l'àme de Tenfant. Il importe de se faire petit et de ramper quelquefois pour pénétrer dans des cavernes profondes. Le cœur de Fhomme est un labyrinthe où il faut entrer sans chaussures, c'est-à-dire, avec douceur et ménagement, en s'abaissant le plus possible. Alors seul, on peut y pénétrer, en étudier les endroits faibles, se rendre maître de la place, en un mot. Alors seul.

on peut s'emparer de lenfant et être plus sûrement maître de lui que tous ces pédants à la mode qui veulent mieux paraître les maîtres que Tétre réellement. Leurs regards et leur voix en imposent. Ils sont fiers, ils font la roue. Tout le monde convient qu'ils dominent à l'extérieur. Personne n'ignore qu'ils préfèrent paraître à être. Quel déplorable état pour l'élève dans le présent ! et quel déchaînement dans l'avenir!...

Eh quoi ! pour le plaisir de voir des yeux baissés, un front qui plie et des membres qui tremblent, on laisse le cœur, cette partie essentielle, sans laquelle on ne peut rien et avec laquelle on peut tout !... car former l'homme, c'est surtout former son cœur î!î

Comment le former, si on ne le connaît pas?

Comment le connaître, si Ton n'y entre pas?

Soyons donc des mères tendres pour

les enfants, afin que nous puissions obtenir d'eux de loyales ouvertures et profiter

de tout ce que nous démêlons en eux,

pour leur bien.

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