LE COMTE PIERRE I*' DE GRANCET
dont les verrières étaient effondrées, Sully part de grand matin pour le château de Gondé , où Tattend une meilleure réception de la part des gens de l'évêque. Mais ' laissons parler les auteurs des (Beonomies rayaln :
« Vous partistes de fort matin , allastes dîner à Condé , où vous fustes très-bien reçu par les gens de M. d'£vreux et vous mistes aussitôt au lict , pour vous récompenser de la mauvaise nuictée que vous aviez eue à Anet, en attendant la venûe de M. de Médavit qui arriva sur les midy. Vous le trouvastes au commeocemeiU fort irrésolu, ne scaciiant quasi ce qu'il vouloit faire, et grandement douteux et défiant, tesmoignant de croire que Ton ne tuy tiendroit jamais rien de tout ce que Ton lui promettoit. Mais finalement, après que vous luy eustes conseillé en amy de se désembarasser de ses mauvaises affaires , iesqueUes , comme vous le saviez très-bien , yroient toujours en empirant , voire ne vaudroient plus du tout rien , s'il attendoit que llouen , le Havre , Paris, Amiens , AbbeviUe et une infinité d'autres places meilleures que la sienne, qui traittoient, fussent rendus, il vous bailla des articles et conditions, sur lesquelles ayant longtemps contesté , vous tombastes enfin d'accord ; mais il vous pria de ne l'astreindre point à se déclarer que M. de Villars n'eust traitté, ou que le mois de mars nefust expiré, pour ce qu'il s'estoit engagé de paroles à luy jusques à ce jour là seulement , et qu'il envoyeroit son Desportes avec vous à Rouen, pour voir comment les affaires passeroient, afin de luy en donner ad vis (1). »
(1) Mémoires de iiuU$ ou OKcononUeê roj/aUê, «nuée ld93.
70 LES GRÂNCEV DAISS LES ARMÉES.
On ne sait miment ce qui remporte dans cet entretien , de la défiance un peu normande du baron ,
ou de l'adresse un peu cauteleuse du ministre. Aussitôt que le roi eut connaissance du projet de traité , il écrivit à son ministre pour y acquiescer et lui témoigner sa satisfaction :
« Mon amy^ j'ai vu par vostre lettre du dernier février ce que vous avez traitté avec le sieur de Médavid, ce qui in est encores plus particulièrement représenté par les articles que vous m'avez envoyez , lesquels je suis content d'accorder en la forme qu'ils sont , dont vous pourrez donner asseurance au dit sieur de Médavid^ et que je trouve bon qu'il voye le sieur de YillarB , et qu'ils se remettent ensemble à mon service ; mais je veux que , dès à présent , le dit sieur de Médavid fasse suspension d'armes , comme je feray faire de ma part , et qu'il vous donne asseurance de se faire et déclarer mon serviteur dans certain temps , encore
que le dit sieur de Villars ne fit le semblable
« De Chartres, le 2 mars 1594. Signé, Heniit. Et plus bas, Potier. »
Sur cette assurance, Médavy se rend à Rouen auprès du gouverneur (Ij. Le roi, « remettant à la prudence et loyauté tant esprouvée de son fidèle ministre le parachèvement de cet ceuvre, » Tenvoie le 25 mars auprès de Villars, qui lui fait l'accueil le plus cordial , malgré de perlides conseils ; Sully soupe avec le gouverneur , le baron de Médavy et quelques invités dans la grande galerie de St-Ouen.
Le surlendemain^ Sully va de nouveau trouver Yillars
(1 » Andfé de Branca», marquis de Villan, amiral de fnuoe.