‹ Familles illustres de NormandieChapitre 9 sur 50 · LE COMTE PIERRE I*' DE* 6RANGET · texte numérisé non relu

LE COMTE PIERRE I*' DE* 6RANGET

Mayenne, lai accordait les provisions de bailly d'Alençon, et un an après , le mai 1^90 , il recevait du. chef de la Ligue le gouvernement des ville et eh&teau de Verneuil , qu'il avait su conquérir à son parti» 11 n'avait alors que 28 ans à peine.

Voici comment cette ville était tombée au pouvoir du baron de x\iédavy.

Après avoir combattu intrépidement h la bataille d*Yvry, où il fut fait prisonnier, Médavy recouvra bientôt la liberté. Étant parvenu à gagner un soldat de la garnison de Verneuil , ancien partisan de la Ligue, et, par le moyen de ce dernier, deux autres de ses compngnons d'armes , Piei le Roiixel se concerta avec le vicomte de Tavanoes. Partis de Rouen à la tète- de 200 chevaux , ils marchèrent quatre jours sur la route de Caen, pour dépister les soupçons, et tournèrent brusquement sur Évreux. Arrivés 4 lieties de Verneuil . les deux génoraux prennent les dcvaaîs, à la tombée de la nuit, suivis seulement de 60 maîtres, mettent leurs chevaux au trot, et, parvenus ainsi jusqu'aux fossés de la ville, ils s'y jettent résolument , ajant Teau jusqu'au cou , et guidés par le soldat gagné à leur cause. La porte leur est ouverte par les deux complices de leur guide, et le château du gouverneur, surpris à l'improvisle, tombe en leur pouvoir.

Restait h forcer la tour Grise et le reste de la ville, où commandait Jean de Dreux-Morainville (I) , nommé gouverneur du Perche par le roi de Navarre.

(i) Jean de Horainrine, qnt atrait épaoïé en secondes noces Charlotte de la FajrcUe-Soint-Roniaio, Ait le dernier représentant de la branebe rojale de DrenX'lforaiaTlUe» deMendue en ligne direeie dn rai Louis le Gras.— Jfùftftrc dits mmcm êonMrtÊÛut d*lî«n^» par le P. Buffier* U I*% p. iSS.

os LEB GH&KCBT DAK9 LB» ARMÊBB.

Morainville avait sou» ses ordres troia compagnies do cbevau-Jégers» formant 250 hommes, et 300 arquebusiers.

Tavaniies n*avaît encore pu réunir que 190 hommes.

Avec ces forces il parvient à prendre la tour Grise. Il détache alors un capitaine et iij hommes pour parcourir la ville , les fait soutenir par 50 cuiraâsiers , et se met avec Médavy à la téte du reste de ses troupes. Cependant MorainviUe s'avance à leur rencontre, culbute Favant- * garde des ligueurs et se trouve bientôt aux prises avec Tavannes et Médavy. L'engagement devient acharné; Morainville est mis hors de combat d'un coup d'arquebuse dans laine , et sa troupe effrayée prend la fuite, laissant au pouvoir des IJgueurs trois cornettes de cavalerie et trois enseignes d'infanterie.

. Le gouvernement de Verneuil devait être pour Médavy la récompense de ce hardi coup de main , dont lut témoin la nuit du 20 avril \^90.

Rien ne lut négligé par le nouveau gouverneur pour rendre sa ville imprenable. C'est dans cette vue qu*il lit raser en IS91 , le vieux Verneuil situé sur une émincnce , à une faible distance de la ville.

Deux ans après, le 20 mai 1593, il avait acquis assez de titres à l'estime du duc de Mayenne, pour être nommé par lui gouverneur des pays et comté du Perche.

iiédavy avait pour lieutenant dans ces importantes fonctions Jacques des Mou lis , sieur de la Morandière ,

qui avait épousé Louise de Yicuxpont, fille du seigneur de Chailloué (i). C'est à ce dernier que fut coufico

(1) Louise de Vteai|H)nt était veuve en pfeiiii6res nece» de Joeques de Lyée, eo deuiièmes nooet de Jcao GUtain* «dsoeur de Selnt-Man, et en

us eôvfE possaœ i** de oiuncft.

par Je baron de Médavy une expédition dont l'issue ne fut pas aussi heureuse.

La Tille de Mortagne , qui Ikisait partie du gonvernenNmt du Perche , avait pris le parti du roi. Des Mouti? ,

chargé de la soumettre, y pénétra sms difficulté, dans la nuit du 12 au 13 juillet; mais ce fut en vain qu'il tenta de s'emparer du fort, dont la fondation était due à Jean I** , comte d'Aleoçon en 1411 . 11 fut contraini de se retirer , après avoir essuyé des pertes sérieuses.

Trois jours après, le baron de Médavy étant accouru à son secours, avec 15 à 1600 hommes, le fort ne put résister h la vigueur de son attaque. Les ofCciers de la ville et les principaux habitants, ne trouvant alors d*autre refuge que Téglise Notre-Dame , s'y retranchent} déterminés & fiiire payer cher leur reddition. Médavy les y assiège ; trois fois il est repoussé par les intrépides habitants qui, forcos dans ce nouveau retranchement, n'abandonnent point la partie ; barricadés dans la tour, ils dirigent un feu nourri sur les assiégeants. Vainement Médavy &it-il tirer 18 volées de canon contre la tour ; vainement encore fait-il allumer dans réglise des feux de paille , pour obscurcir par la fumée le tir des assiégés ; rien ne peut vaincre leur résistance.

troisièmes nocps de Louis de Lombclloo, baron des Esnrds. Jacques des Moulb était donc son quati i('>nip nuiii.

Gabiirlde ViruxponI, seigneur <1e Clinilk.nc, da sic voisinnç^o du château de Médavy , avoit lui-même été un des plus fuM-mcs soiitii ns dn lo Liguo dans notre contn'e; mais di puis ranmc tô89. il h'élail rnliié ù In tuiiscdu Béarnais. Viriispout, qui clail cupilaiiic de cent hommes d*armcs, avait, comme laiil d*M)treii| subi rascendant de ce prince, Joisqiran mob de déceiobro I589t Itt habiumls d^AifenUin lui ayanl ouvert lenfs portes le %iieiii assiitw lia «Msse de mimill dans régUseSt-GcrmaiB, donnant ainsi uo premier gage d*ttne cooTenioii si aidcmmcnt désirfe*

64 LES^ GRANCET DANS LES ARVËES.

Désarmé par tant d'intrépidité, craignant d'ailleurs d'être attaqué par les royaux rassemblés à BeUéme, le baron lait enfin sonner la retraite, à trois heures du soir, après avoir perdu 5 enseignes ou drapeaux, 5 capitaines et 55 soldats (1).

Plus d'une action d'éclat signala le commandement à Verneuil du baron de Médavy. C'est ainsi qu'un jour, il ne craignit point d'aller, lui douzième, reconnaître le camp royal devant Chartres. Une autre fois, h la tête de 50 hommes, il soutint le choc de 800 royaux commandés par les seigneurs de Clermont, d*Âmboise et de la Ferlé, et leur tint tôle pendant uue retraite de 8 lieues , de Scez à Laigle.

Un trait surtout efface tous les autres. Dans un combat sous les murs de Verneuil, il perça de son épée le sieur de Trépigny qui commandait une compagnie de gendarmes, l'enleva de dessus son cheval LûLiL armé et enferré de son épéc, le poilaat ainsi plus de quatre pas en l'air (2).

Plus d'une fuis le camp royal avait retenti des prouesses du baron ; ce dernier fait d'armes excita rébahissement. du roi lui-même , auquel il fut bientôt rapporté.

Un soldat de celte trempe était fait pour inspirer autant de terreur que de respect, il faut croire que le premier de ces sentiments l'emporta parfois sur le second. Aussi lorsque leur gouverneur subissait quelque échec, les bons habitants de Verneuil s'en donnaientîls à ecBur joie :

(1) OMant-DesMl, U II, p. SSS-S7S.

(9) Ce ftU d'âme* inouï Ail robjct «Tan toMeati plaeft au chilMi de

LË COMTE PIERRE DE GRÀXCEY.

« Les messiettra de St-Laurent (i)

Se sont rassemblés en nn^,

Totil le long de la grand*rae,

Pour y passer en revue.

Hédavy s^en esl allé,

Sur le doi^on a monté,

L^artiUo'ie lail tonner Tire-lan plan!

Pour effrayer Thabitant;

A fait tirer le canon

Et payer contribution.

Monsieur de Giniray passa.

Qui mit bientôt le holà.

Tout beau I messieurs de Sl-Laurent Rentres dans vos appartemens. •

Il parait qu'à la faveur d'une sortie du goiivcrncury le parti royal s'était rendu niattre de la ville. Mais son triomphe fut do courte durée. A la nouvelle de cette défection, Médavy, accouru sous les murs deVeroeuil,

se disposait à en tirer une vengeance ('•datante. Les habitaals liaient dans la coubieraalion , lorsqu'un courageux citoyen se dévoua pour les sauver du pillage. Jacques Godeville, curé de la Madeleine de Verneuil depuis Tannée 1584 ^ avait su se concilier la vénération générale, non moins par sa charité que par son zèle vraiment apostolique. Il avait dans sa jeunefisc conquis le grade de maitrc ès-arts h l'Universilé de Caen , où Médavy lui-même avait étudié. C'en fut assez pour lui inspirer Tidéc d'une courageuse médiation. 11 va trouver le gouverneur courroucé , se jette à ses pieds ^ et le conjure de lui accorder «ne grûee. Médavy , qui ne le reconuail point encore, lui demande à quel titre il se

(I) Parabw de Is ville , sur Isquclle $e tfOUVtU le cliAleao,

66 LES GRANCET DANS LES AAMÊES.

présoite aiosi devant lui ; Ib digne |>a6teur Jui rappelle alors leurs études cammunes h TiFnimstté dè Caen. A ee mot de condisciple , 'dont le souvenir est toujours

si puissant, .Medavy le sene dans ses hrns et l'assure que sa demande e^t accordée avant d'èlie connue. — Ah! Monseigtiniir, veuillez épargoer la vie des hommes et riiooneur des femmes ; quaot à Jeiirs biens , je ne sais que trop qu'ils vous appartiennent par le droit de la guerre. — Eh bien 1 je vous accorde moi plus que vous n'osez me demander : je veux qu'on re?pocle les biens comme les personnes. £t il faii publier h son de trompe: défense, sous peine de mort, d*altenter à la vie , h Thonneur et m\ biens des habitants.

L*abbé Godeville rentra dans la ville au milieu des bénédictions de ses ounllles.

Son portrait, longtemps conservé chez un boni ireois de Vcrueuii du nom de Marc, portait cette inscription :

fc M. Godeville, ancien curé de la Madeleine de Verneuil, lequel s*est distingué par ses vertus et les qualités les phi s recommandables, notamment en ayant

préservé la ville des outrages, \iolenccs et pillage qu'un détachement d'armée était près de commettre, ainsi que des pièces authentiques et lu tradition en font foi. »

L'abbé bodeviile avait été confesseur du roi HenTi III ; il céda au vœu de ses concitoyens en revenant habiter son pays natal. Il y mourut à Tâge de 68 ans , le 17 des calendes de mai 1613. Une inscription commémorativc de son dévouement fut placée dans l'église de la Madeleine* L'inscriplion a disparu depuis longtemps, mais le souvenir de ses vertus s'est perpétué dans le cœur de ses compatriotes*

LE COMTE PIERRE l" DE CIUNGEY. 67

IVous avons tenu à finir par ce traita quoiqu'il se rapporte évidemment aux débuts de Médavy dans son

gouvernement de Yerneiiil , parce qu'il répond, selon Dous , aux accusations de sévérité outrée dont a été taxée son administration. Il prouve au rooios,, à n'en pas douter , que le baron était accessible aux sentiments les plus généreux.

Cependant le moment approchait où tout préteste allait manquer aux Ligueurs pour continuer leurs liûsUlités.

Au commencement de Tannée 1393 , Ids instances redoublaient de tous côtés auprès du roi pôur le ramener à la religion catholique. Sully lui-même l'engageait à se rendre h ces instances.

EnGn , le 25 juillet, le roi mit un terme à ses indécisions, en abjurant solennellement à St*Denis. « Le roy s'en alla à Sainct Denys, où la cour se trouva plus grosse que de longtemps on ne l'avait vue, chacun désirant voir une action si célèbre , laquelle en espérance, comme elle le fut en effet, devait apporter de si notables changemens (4). »

Alors , de tous côtés arrivèrent au roi les offres de soumission. La Basse-Normandie était déjà réduite à l'obéissance royale ; mais en Ilaute-Normandio le marquis de Villars à Rouen , et Je baron àe Médavy 'à Yerneuîl, tenaient toujouis pour la Ligue, et leur adhésion était de première importance. D anciennes relations d'amitié unissaient î^lLtlavy à Villars, et ne lui permettaient point de traiter sans ce dernier. Mais Villars ^talt tout disposé 4 entrer en composition.

(1) àUmmmét SuUyt CQllecUon Michaud, année 1S9S.

SuIIy , chargé de la négociation , n'eut point de peine

à la mener à bien. Il ne s'agissait pas seulement pour ces puissants chefs de la Ligue d'échapper à toutes représailles : ils stipulaient encore de grands avantages qui leur furent courtoisement accordés ; non-seulement Yillars conserva ses gouvernements de Rouen , du Havre et des bailliages de Rouen et de Caux , mais II fut nonitan par le roi ainirul de France, et le servit fidèlement tout le reste de sa vie.

Médavy euthii-mêrae Thonneur de traiter direcleraeat avec Sully. Aussitôt après Tabjuration du roi, un nommé Desportes de Verneuil [i) avait été envoyé par le baron àÉvreux, auprès du grand ministre logo dans son abbaye de St-Taurin , pour s'entendre avec lui. Le roi , informé de ces propusiilons , écrivait dès le 3 septembre 1593 à Sully pour y donner suite.

Au mois de janvier suivant , Desportes va trouver Sully & Chartres et en * obtient la promesse de se rendre au chftteau de Condé-sur-Iton , que Févôque d'Évrcux a bien voulu mettre à lu disposition de Médavy, pour y conférer ensemble du traité à intervenir. . Sully, muni des pouvoirs du roi, quitte Chartres dans les derniers jours de février , après les cérémonies du sacre, et va trouver à Anet la duchesse d*Aumale, qui , tout en cherchant à se le concilier pour raccommodement du duc son époux , lui donne dans ce magnilique château une piteuse hospitalité. Après s'ôtre morfondu toute une nuit d'hiver dans une chambre

{!) Il ne s*a|2:it point sans doute ici du célèbre Philippe Dr$|>orlcs , abbé de Tiroti, oiictc du suljriquc Rcgntcr, qui Tul en eflcl chaire de la négociation • entre Su liy et le liuif^iiis do Vtll;irs. C'est plutôt sou fràre, Jostcbim DC9* porte», auteur d'uu abrégé de la vie du roi Cbaries IX.

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