LE COMTE PIERRE I*' DE GRAJNCEY
à Stp-Ouen, et, en présence de Médavy et du premier
président de Bauquemare , « ayant tiré de sa pochette une fort belle escharpe blanche et la luy ayant mise .au col, Viliars cédant à son enthousiasme s'écrie: « Allons morbieu , la Ligue est f...... que chacun
crie y -me le roi. » £t lors il se fit une telle acclamation que tout Tair en retentissoit... (1) »
Le lendemain , le ministre envoie à Verneuil « pour faire le semblable j) et reprend le chemin de Paris.
Il semble pourtant que quelques difficultés s'élevèrent pour l'exécution du traité de Médavy , puisque , quatre mois après le voyage de Sully à Rouen , le roi écrivait à ce dernier :
a Mon amy^ le sieur de Médavid m'a remonstré plusieurs difficultez que Ton fait à Texécution de mon
intention , en ce que je lui ay accordé par les articles du traitté de la rédaction de ma ville de Verneuil en mon obéyssance ; et parce que je ue désire nullement qu'il soit frustré de l'espérance qu'il a eûe en se rendant mon serviteur, je £ais sçavoir ma volonté à mon conseil et à quelques autres particuliers. Mais puisque vous avez , suivant mon commandement , fait cette négociation avec ledit sieur de Médavid , je vous mande par cette lettre que vous apportiez de votre part tout ce qui vous sera possible afin que ce que vous avez ^ct avec luy et que je luy ay promis, luy soit maintenu et gardé , en efféctuant ma volonté de point en point, au contentement dudit sieur de Médavid, sans qii ii soit sujet en autres sollicitations et longueurs de procez , voulant sur toutes choses que Ton recongnoisse le désir que j'ay que ma parole soit inviolable*
(1) Mémoires de 5tt//|f.
72 LES gra^xëy dams les armées.
ment maintenue ; et m'asseiirant que vous satisferez à ce que je vous recommande, je prieray Dieu qu'il vous ayt en sa saincte garde.
« Ëscrit au camp de Laon, le 4 août l{S94. Signé: Henbt, et plus bas, Ruzé. j»
Les hésitations de Sully dans raocomplissement de ses promesses ne semblent-elles point donner raison aux méfiances du baron ? Mais la loyauté du bon Henri ne pouvait s'accommoder de pareils subterfuges , et force fut bien à son ministre d'exécuter les clauses du traité, quelque onéreuses qu*elles fussent pour les finances de l'État.
Médavy ne fut pas seulement confirmé dans son gouvernement de Verneuil : il prit une large part dansles distributions de deniers qui ne coûtèrent pas moins de ;i2,ÛÛÛ,()00 de livres au trésor royal. Les gouvernements de Rouen et du Havre , y compris les dédommagements accordés au duc de Montpensîer , au maréchal de Biron et à quelques autres, absorbèrent à eux seuls 3,477, 800 livres partagées entre ces derniers, le marquis de Villars et le chevalier d'Oyse. 380,000 livres furent en outre accordées à Médavy et à Yitry.
Ce qui fut alors réclamé au trésor royal soit par les Français, soit par les étrangers, à titre de solde « de pensions , de prt^t , d'arrérages de rentes , etc. , montait à la somme, énorme pour le temps, de 330,000,000 de livres 1
a Voilà un beau champ ouvert aux travaux d'un surintendant des finances I » s'écrie, à ce propos, l'illustre Sully. On sait avec quelle prudence et avec quel succès il parvint à s'en tirer.
A défaut d'autres preuves, nous verrions dans ces larges concessions faites aui chek de la Ligue, la preuve
LE GOlfTi: PDCRBE DE GRANGET. 7d
évidente que leur cause n*était point désespérée. Si l^urs bras furQpt désarmés , ne peut-on point attribuer 9xim bien l«iMr soumission à un sentiment tout spontané} inspiré par Tabjuration du roi y qu*à Fimpuissance de continuer une guerre devenue sans objet?
Disons encore à leur allégeance , en présence des avantages considérables obtenus comme prix de leur SQUwisjiiûn, que, pour beaucoup d'entre eux, ce fut à peine une indemnité des sacrifices qu'ils s'étaient imposés y pour soutenir une lutte dont la religion était le principal enjeu.
Quoi qu'il en soit, le baron de Médavy conserva longtemps encore le gouvernement de Vernenil , on il servit le roi avec autant de fidélité qu'il avait déployé d'énergie dans les rangs de la Ligue.
Faut-il croire que sur la demande des habitants ^ fatigués de sa dure administration, ce gouvernement lui fut retiré par le roi Louis XIII , Tannée môme de sa iuort ? U nous l épugne d'autant plus de l'admettre, qu'en Tannée 1599, le roi Henri IV l'avait confirmé dans ses pouvoirs sur Yerneuil et sur Argentan, en même temps qu'il lui conférait le collier de St-Michel, et le nommait capitaiiie de 30 lances, du titre de SO (Ij.
Depuis lors, Méda\y ne cessa d'Mre ciiniblé des bienfaits du roi. Dans celte même année 1599, au mois d'avril, il fut fait lieutenant, sous le maréchal de Fervaques , son beau-père , du gouvernement du
(i) Le rm avait en outre engagé le domaine de VcnieuQ au oomte de Granccy, pour 99,000 lir. La ardiives de Tabiiaye de VerDenîi , qui nous > fimniiaeui ce renseignement, tendent à absoudre le baioo de Médavy de la dttfelé qu*oo iui a ioipalée dans Tesercice de son gouvemeuienl.
bailliage d'Évreux, auquel fut uni le gouvernement de Yerneuil. Le 8 octobre suivant, il devenait bailly d*Âlençon et d'Évrenx , et, deux mois après , il obtenait
la survivance du maréchal de Fervaques comme lieutenant au gouvernement du bailliage d'Évreux.
La même année , Henri IV , qui aimait tant les braves, lui donnait une bien grande marque d'affection, en consentant à nommer un de ses fils à Verneuil , où le cardinal du Perron vint représenter le roi.
En 46il , It fut nommé conseiller du roi en ses conseils d'État et privé.
Enfin , le roi Louis XIII le fit, en 1613, un de ses lieutenants généraux au gouvernement de Normandie , et créa en sa faveur, en 1616, une compagnie de 60 lances.
A ces témoignages multipliés de la faveur royale ,
ajoutons les nombreuses lettres de félicitations qu'il reçut de ses souverains , et une grande quantité de brevets de pension conçus dans les termes les plus flatteurs.
n &ut donc chercher une autre cause à la disgrAce de Médavy que- la désafPection des habitants de Yerneuii.
Cette cause, les mémoires du temps nous la font
connaître.
L'extrême faveur dont jouissait auprès de la reine son compatriote Goncini , qu'elle avait fait maréchal d'Ancre , avait soulevé l'indignation générale. Les mécontents , comme on les ap])elait , formèrent un parti
puissant, sous la conduite des Grands, et particulièrement du [)rincc de Condé. Le baron de Médavy ne fut pas le dernier à entrer dans la coalition. La reine déploya bientôt contre ces conjurés une rigueur qui ne devait point sauver son favori.
LE CM>1fTE PIERRE I*' DE GRANGET. 75
Le prince de Condé fui arrêté le 2 septembre 1616. Quatre mois après, une armée de 14,000 hommes , sous le commandement du comte d'Âuvergne , fils naturel de Charles IX , fut envoyée dans le Thimends
et dans le Perche. Senonches , La Ferté-Vidame , Nogent-le-Hotrou , La Ferté-Bernard et Verneuil , qui tenaient pour le duc de Nevers , le princp de Condé , le duc de Mayenne et le baron de Médavy, rentrèrent aussitôt dans l'obéissance.
Richelieu , alors tout dévoué à la reine-mère , à la maison de laquelle Tavait attaché le maréchal d* Ancre , traite assez durement le baron de Médavy, qui, dit-il , « était de toutes les séditions (1). »
On voit que le futur ministre n'avait point oublié les troubles de la Ligue, seules séditions qu'on pût reprocher à Médavy. Le célèbre cardinal , qui devait bientôt porter de si rudes coups à la puissance des Grands, les poursuivait ainsi , jusque dans le passé , de ses préventidns rétrospective?.
Cependant la tace des choses ne tarda point à tourner. Le roi , qui n'était pas moins irrité que les Grands contre l'omnipotence du maréchal , conspirait secrètement avec eux à Tinstigation de Luynes, déjà trèsavant dans la faveur royale.
La mort de Concini , assassiné au Loum o le 24 avril 1617 , vint ôter tout prétexte à la conspiration et rendre la sécurité aux conjurés.
Au mois de décembre , le roi alla tenir à Bouen rassemblée des notables. Médavy, qui s'y était rendu, y fut pris d'une maladie à laquelle il succomba le
(1) Mimmrti du earéiMl de AicAe/teH, année 1S17.
76 LES GRANCEY DANS LES ARlfÉBB.
dernier jour de ce mois, âgé de 06 ans seulemetit. H était gouverneur de Verneuil depuis 27 «ns. Son oraison funèbre fut prononcée à ses oiwièques
par le P. Le Rebours (1). Son> corps lut rapporté dans le caveau de M(^davy , lieu de sépulture de ses ancêtres, (charlotte de Hautemer de Fervaques , sa veuve , lui fit élever un magnifique mausolée en marbre blanc, avec colonnes et entablement de marbre noir. Ce monument , d*une structure parfaite , ne mesurait pas moins de 15 pieds de hauteur.
Nous verrons , en parlant des dames de la maison de Médavy à la cour , quel rôle la comtesse de Grancey , sa veuve, allait bientôt jouer à Verneuil, et nous trouverons dans Taccueil sympathique qu'elle y reçut à cette occasion, une nouvelle preuve des bons souvenirs qu'y avait laissés sa bmille.
Pierre 1% baron de Médavy, avait épousé, le 22 mai 1588, C.harlotte de Hautemer, fille du maréchal de Fervaques. Nous donnons , à l'article de ce maréchal, des renseignements détaillés sur Fillustre famille dans laquelle il venait d'entrer.
« L'époux et l'épouse, nous dit Lautour-Montfort , dans sa généalogie manuscrite des Rouxel, étaient accomplis dans leur sexe, et les biens considérables des deux familles , joints aux bienfaits du roi et des princes, les rendirent très-puissants.
« Ils eurent des Rouxel , la baronnie de Médavy , les seigneuries des Essards , du chAteau , de Mâcev , Mersey , Blanche-Lande , la Balu , le Croc , Montchevrei, grandes et petites Occaignes, Boissey et La Mothe;
'J, Bibliothèque du P. Lelonjt.