‹ Familles illustres de NormandieChapitre 13 sur 50 · L. 18 el $1 4«l 94 mil «t $0 ao«( 16$S · texte numérisé non relu

L. 18 el $1 4«l 94 mil «t $0 ao«( 16$S

et le comte de Quineé, qui Tavaient précédé en SaTOie et eh Piémont , les marquis de Vardes et de Montpezat.

Le 18 septembre il prit congé de leurs altesses royales, à Moncaglieri, et partit le lendemain pour * rejoindre son armée.

Jusqu'à ce moment, il ne s*était rien passé d'important, quoique la saison lilkt bien avancée. Ce ne fut donc qu'à son arrivée que s'ouvrit la campagne.

Mais il était temps : le marquis de Caraoène , jrénéral en chef de l'armée espagnole , après avoir fait construire un pont sur le Tanaro, se disposait à surpendre le$ troupes du eomte de Quincé et du marquis de Ville , retranchées derrière la rivière. L'armée ennemie venait dépasser le pont, lorsque le maréchal, arrivant à l'improviste, rangée ses troupes en bataille, fait sonner la charge et donne le signal du combat. Le commandement de l'aile droite est confié à Montpezat ; de Vardes commande Taile gauche ; le maréchal se met au centre avec le comte de Quincé. Les Piémontais étaient conduits par les marquis de Ville et de Monty. La lutte fut opiniâtre et la victoire disputée pendant plus de quatre heures demeura enfin à l'armée française. Garacène, contraint d'abandonner le champ de bataille, y laissa neuf cents des siens , non compris ceux qui se noyèrent au nombre de plus de trois cents, en voulant repasser la rivière. Le comte de Galeazzo Trotti, son neveu, général de la cavalerie, et plusieurs de ses officiers périrent dans la mêlée ; lui-même, blessé dangereusement au bras, ne parvint à se sauver qu'avec peine. On fit en outre bon nombre de prisonniers (4).

(i) L» Soinev fiicnt mmettle: lean telles étaat tpuMes» Ui la vonidacèrent itee lents iNiutiMi» d^éttUii,

Quant aux pertes des Français, elles furent relativement insigiiiliantes. Le maréchal demeura toute la nuit en bataille, à portée du mousquet des ennemis. Son fils aîné , le comte Pierre II de Graneey , qui avait reçu un coup de pique à la culsfie, ne 8*en acharna pas moins à la poursuite des ennemis et les harcela pendant leur retraite.

La Gazette fit une longue et pompeuse description de cette brillante affaire, qui prit le nom de combat de la Roquette (1).

Le maréchal pénètre alors dans VAlexandriu , le ravage jusqu'à Serravalle, et s'abouclie avec le général ennemi qui lui demande une entrevue dans une campagne ouverte, en vue des d&ux armées, à vingt milles de Felizano. Cette entrevue eut lieu le 9 octobre 161(3, ne dura pas moins d'une heure, et se passa avec beaucoup de courtoisie de part et d'autre. Les généraux français et espagnols étaient accompagnés de leurs principaux ofiiciers ; le déiilé du retour se fît au son des tambours et aux accords des trompettes des deux camps*

(I) Lofet neumMiiie pas de célébrer ce triomiilie :

< Le preux marechai de Graocc^ , S^^tant en Piémant âTineé, Mt m fartpM de temps la peint Ifaltaqa» M. Cmeka» »

Awfvd a font mil bim d beau Nwf canli dMiiem m le cuteu.

Ledit Graneey , guerrier bouillaot.

En ffls lieui rarcrn*"nt 5%'"tonuc ; SoQ procédé c'est : donoc I donne!

Dame I il n*entend point raillerie. •

&.S7«diilioetolwe<eS9.

ûigmzeu by CjOO^Ic

126 LES GRANGEY DAMS LES ARMÉES.

Cependant , aucune trêve n'ayant été conclue , le maréchal passe la Sezia , s'enipare du château de Carpignanoy et parcourt eo vainqueur le ^ovarrais jusqu'au Tesm.

La prise dis Carpîgnano ne lui livrait pas seulement rentrée du Novarrais^ elle lui iMimissait en outre le

moyen de pourvoir aux approvisionnements de l'armée en vivres et en fourrages.

Au milieu de cette marche triomphale , il apprend que la marquise de Caracène vient de tomber dangereusement malade à Milan. Âvee une courtoisie chevaleresque, il accorde aussitôt une trêve de six jours an marr[nis pour lui permettre de voir sa femme, et la campagne finit au milieu des témoignages de sympathie échangés entre les officiers des deux armées.

Le 31 décembre, le maréchal retourne à Turin rejoindre son armée , dans laquelle rè^e une discipline parfaite , errâcc à une sévérité et à une vigilance de chaque instant.

Le 16 février 4654, le duc de Savoie obtient de la cour de France que le maréchal repassera les monts pour aller hiverner à Pignerol.

Le 17 mars , il va visiter le Crescentin et Verrue, où il fait entrer 300 mousquetaires pendant qu'on la fortifie.

Son séjour devant se prolonger en Savoie , la maré* diale se décida à aller le rejoindre.

La maréchale arriva le 23 mai à Turin. Elle fut

reçue avec une grande distinction et fêtée par le duc de Savoie et M""^ Royale. Toute la cour, dit la Gazette, alla lui rendre visite, lia campagne suivante fut signalée par un nouv^

Digitizod by G

L£ MARÉCHAL DE GEANG£Y. 127

avwitage remporté par le maréchal de Gfancey sur le

marquis de Caracène.

Il s'agissait de pénétrer dans ie Milanais; le 9 octobre, il passe le Tanaro dans Tintention de se loger à Castelas, entre les deiu bnis de la Bormida. Garaoène le piévient, s'empare d'un bras de la rivière , tandis que Montpezat passait l'autre; le maréchal marche résolument sur Caracène qui veut lui disputer le passage, engaere avec lui un combat acharné qui dure plus de trois heures , le chasse de ses positions , et le force à se retirer sur Atexaodrie , à la faveur de la nuit, qui préserva l'armée eanemie d'une ruine complète (i).

€ Le preux maréchal de Graneay,

Attaquant un gros d'ennemû ,

En a tné pins ds sept cents.

Je crois que H. Caracène

Est fort sage et grand capitaine ,

Hais pour notre dit maréchal ,

Ma foi! quand il est à dieval

Et qn*il tient son grand cuneterre^

C'est un très-rude homme de guerre »

A la suite du passage de la Bormida , le maréchal de Orancey entra dans le Milanais, que son armée occupa jusqu'à l'hiver.

Du reste, les forces dont il disposait étaient trop fidbles pour lui permettre de prendre l'offensive (3).

(1) Gazetu psur iSSA, p. 1187, llM.

(S) Leict, Mme M«loHfM«l k», du Sa oMDtareieSè*

(8) Quincsy, U I, p* 17S*

On a reproché au maréchal son inaction après la. bataille de La Roquette. Les Napolitains recommençaient

à se soulever ; il fallait , ajoute-t-on , profiter de ces mouvements et marcher sur le royaume de Naples, avec le prestige de nos armes victorieuses

n nous semble que la réponse à ce reproche se trouve dans Tinsuflfisancemème de l'armée du maréchal, constatée par M* de Quîncey, dans son histoire militaire.

Le maréchal parait avoir exercé à la suite de cette campagne les fonctions d'ambassadeur en Savoie.

Le 17 mars 1656, il recevait les brevets d'une compagnie de chevau-légers, d'un régiment din&nterie, et le gouvernement de Thionville. Ce poste important ne pouvait être mis en mains plus sûres. Quelques mois après son arrivée, les Espagnols tentèrent de surprendre la ville t mais leurs projets furent déjoués par la vigilance et l'énergie du maréchal ; il ibndit sur une brigade ennemie qui s'avançait à la faveur de la nuit et la tailla en pièces (2).

L arniee suivante, le goLivemeur recevait le roi lui-môme dans âes murs, et lui faisait une magnifique réception :

« Le roi, dit-on, fut l'autre jour

Visiter cette forte ville

Que l'on appelle Thionville ,

Où le maréchal de Grancey,

Dans la guerre maître passé ,

Lui lit avec ai deur et zèle

Une réception si belle ,

Que le roi, des rois rornement ,

S'y divertit extrêmement (3). »

(I) Uir^, Bùtmte Umti XiV, L II, p. AAS à , (S) Muu Muorlqm, U W, du SO juillet 1656. (S) W.,k86bdii6ocliilini657.

Dig'itized by

tE llARÊCaiAL DE aRAMCEt. iSd

Nous avoDS déjà vu ^*oq doit au m&réchal le réta- Uissement de l'^Use des Augustins de Thionvilley où fat intiumé un de ses fils, mort jeune dans cette yille.

Une seule itcoinpense manquait au maréchal de Grancey. Mazarin s'était imposé l'obligation de ne faire aucun chevalier du Saint-Esprit pendant qu'il était au pouvoir. À la mort du cardinal, Louis XIV saisit avec empressement Toccasion de donner à sa cour un nouvel •éclat , en complétant le nombre des chevaliers de ses Ordres, qui de cent était tombé au-dessous de quarante.

Le maréchal de Graiicey lit partie de la nombreuse promotion du 1" janvier 1662. La cérémonie se fit avec beaucoup de pompe dans Téglise des Augustins 'de Paris, oti, d'après les statuts de Tordre , elle devait avoir lieu lorsque le roi se trouvait dans sa capitale. Vingt-six ans devaient s'*'( onler entre cette promulion et celle qui la suivit en i(>SH (1).

Jacques de Grancey , couvert de blessures et de cica* triceSy songea enfin à jouir d'un repos si chèrement acheté. D semble avoir passé dans la retraite les dix-huit années qui lui restaient encore à vivre. Mais ses nombreux enfants remplissaient noblement dans l'égiise et dans les armées le vide que sa retraite un peu prématurée allait laisser.

Le 20 novembre i680, il terminait, dans sa 78* année, une longue et laborieuse carrière. Il fut inhumé dans réglise des Capucines de la place Vendôme , voisine de 1 liùtel d'IIocquincourt , où il résidait à Paris (2).

(1) Walkenaër, Mémoires sur Af"« de Sivignéy 2* partie, p. 595. (?) LVglise des Capucines finit alors trèa-rechercbée pour les sépultures (les graods personnages. £Ue coolenail plusieurs monumeais remarquables

Si ia gloire militaire du maréchal de Graneey fut suipasBée par oeile de plusieurs généraux ses contemporains , à une époque si féconde en grands hommes,

ne lui en rcste-t-il point une belle part et ne put-on pas, à sa mort , lui rendre avec vérité ce erand hommage <i qu'il ne fut jamais battu dans awsum dêi affwrtê où û eommmitt m chef, en Frases, 9oit m AUma/^p toit «n ItaXk (4)? »

Lautouf-Montfort a tracé le portrait suivant du maréchal dans la généalogie manuscrite de sa famille:

« Intrépide dans les combats , bouillant dans les eipéditions, superbe et magnifique dans l'entretien de ses compagnies au service du rrâ, et modeste dans ses habillements , ses manières étaient hautes ; U était ilBvme dans ses résolutions, vif dans les réparties et naturel dans les réflexions. Inviolable dans son attachement au roi , il faisait volontiers parade de sa fidélité , témoin la réponse qu'il fit, en présence du roi, au prince de Gondé et au maréchal de Turenne: « Oui, corbleu I leur dit^il en frappant sur la manche de son pourpoint , ce que je dis est aussi vrai qu'il est vrai que je n'ai jamais tourné casaque î » Sanglante allusion aux tristes déMiances des deux grands capitaines 1

« Des courtisans le plaisantaient sur la négligence de sa toilette et sur l'absence de poudre qui déparait sa ohevdure: « Mesôeurs, dit^l en montrant sa poire

On y admirait, entre autres, la magniOque chapelle du duc de Tresmes et

celle du célèbre ministre Louvois, la plus belle de Paris. 'Note de M. Chéruej dans les Mémoires de Saint-Simon , L ViU) jf, àlà, et Description de la France, par Piganiol de la Force.)

(1) Mercure de janvier ItiSlt pt iH el Encyclopédie du XV Hl* siècle^ verbo Gi uuce/*

à poudre à canon, je ne connais pas d'autre poudre que celle-Jà (1). »

n y a loin de ce portrait à la figure d'uo ooortisaD. Aussi le maréchtd pott6Ba-t41 la haidiesee jusqu'à

braver le tout puissant Louvois, sou compétiteur en galanterie. Les libelles du temps nous représentent , en effet , le maréchal comme ayant partagé quelques-unes des iîùblesses que Ton reproche avec tant de raison au célèbre ministre , comme à son maître. S'il &at en croire Lautoiir-Montfort , la mor^e du mimstre dot céder le pas à l'audace du maroclial dans une entreprise de ce genre. Le nom de l'héroïne nous a môn^e été conservé.

D s'agissait de oette M"* du Mesnil , fort à la mode alors et très-recherdiée dans un eertain monde. Bussy- Rabutin, dans le triste livre qui lui valut sa disgrâce ,

n'a garde de passer son nom sous silence. Le vieux maréchal n'est pas plus épargné. Ancien compagnon d'armes du comte de Grancey, fiusay y qui portait si haut ses aspirations ambitieuses , n'avait sans doute point vu sans un secret dépit l'élévation à laquelle était parvenu son rival. Aussi s'en donne-t-ii à coeur joie à l'endroit du pauvre maréchal et de M""^ du Mesnil.

On sait du reste avec quelle réserve il faut accueillir «es élucubrations malsaines d'un esprit aigri, qui n'eut pas même la pudeur d'épargner sa vertueuse cousine , Al^* de Sévigné. Aussi nous gaiderions-nous bien de

(1) Le mapnifiqnp portrait que Dous possédons du maréchal de Grancey ne dément point l'esquisse de LautoupMontfort. La noblesse des traits de cette mâle figure n'a d'égale que son indomptable énergie, ^ous tenons d'autant plus à ce portrait contemporain du marécliul, qu'il ne figure point, comme celui de son pelil-filS) dan» les galeries de Veciuiiles.

relever ces diatribes , s il ne s'y trouvait sur le maréchal des particularités qu'où cherclierait vainement ailleurs. La scène se passe dans les salons du iisaneux baigneur Xautèfiffie, ce rendez-vous des libertins de haut lieu. Le duc de Saulx , le marquis de Sablé et quelques autres y mènent uiie joyeuse vie. Survient un garde de MM. les maréchaux de France, envoyé par le maréchal de Grancey pour conduire le marquis de Sablé au Fortl'Évôque. Grand émoi chez nos écervelés qui ne trouvent rien de plus expédient que de fûre asseoir à leur table le maréchal, demeuré non loin de là dans son carrosse , avec son fidèle valet de chambre Gendarme, sorte de faquin , au franc parler , moitié Galeb , moitié Scapin, auquel est confié, entre autres attributions I le soin de fixer et de détacher chaque jour la jambe de bois de son maître. On devine le reste : le nouveau venu est bientôt mis au diapason des convives, et le marquis , dont le principal crime aux yeux du maréchal était une rivalité en galanterie auprès de M'^*' duMesnil, échappe à Tarrestation qui le menaçait.

Sans le pamphlet de Bussy, nous ignorerions U glorieuse mutilation du maréchal. Quant aux grandet oreilles plaies qu'il prête aux Graacey , nous n'y saurions voir qu'une boutade du satyrique écrivain.

Nous voudrions également douter de la légèreté de mœurs du maréchal, à l'époque oti écrivait Bussy ; mais le témoignage du généalogiste confirme malheureusement l'imputation du pamphlétaire.

Faut-il croire encore avec ce dernier qu'un enfant né de cette coupable liaison était élevé à l'hôtel de Grancey? Un tel exemple ne serait point isolé parmi la haute société du temps.

Dig'itized by

LE lIARÉCStAL DE GRANGET. i93

Heureusement pour la mémoire du maréchal , ce relâchement de mœurs devait bientôt Hure place à de meiUeurs sentiments. Ses dernières années furent, employées à Fiinlieier par d'abondantes aumônes, de pieux legs et de uomJbreuses fondations les funestes entraînements auxquels il avait tîop facilement cédé. Ce retour lui fut d'autant plus facile qu'il avait toujours conservas un fond de religion , dû en partie peutrétre aux sages exhortations de Tarchevèque de Rouen, son frère, dont l'influence était si grande auprès de sa famille.

Le maréchal avait en outre une grande déférence pour sa vénérable mère, Charlotte de Fervaques; il se plaisait même à s'associer à ses bonnes œuvres. Â. la mort de la comtesse, en 1633, il avait tenu, de concert avec ses frères , à faire exécuter les intentions de la défunte , en donnant à l'abbaye de St-Nicolas, fondée par elle, une somme de 23,700 livres montant des libéralités de la comtesse envers cette abbaye, dirigée par Guyonne-Scholastique de Médavy.

n vendit également à Tabbaye, moyennant 33,0(H) livres, le domaine de Verneuil, engagé par le roi Henri lY au comte de Grancey, son père.

Le maréchal avait pour aumônier le digne abbé Le Tdlier, qui visitait souvent l'abbaye de Yerneuil et lui servait d'intermédiaire auprès de Tabbesse sa sœur. Ce fut ce dernier qu'il chargea, en 1638, de remettre à l'abbaye une relique de saint André, apôtre, arrachée en Allemagne à des soldats qui se la disputaient (1). ' Parlons maintenant des deux mariages et ^ nombreux enfimts du maréchal de Grancev. , .

(1) Archives de l'abbaye de yerneuiU

Bien jeune encore, à vingt ans, il épousait en premières noces Catherine de Monchy d'Hocquincourt ,

dame d'honneur de la reine Anne d'Autriche et sœur du célèbre maréchal auquel nous consacrons une notice.

Catherine de Monchy était fille de haut et puissant seigneur Creoiges de Monchy , seigneur d'Hocquîncourt, grand prévôt de France, et de haute et puissante dame Claude de Monchy , dame d'Aussen et dlnquessen.

Leur contrat de mariaLc fut passé le 12 février 1624, devant les notaires du Chàtelet , au palais du Louvre , en présence de la reine, de M"* la princesse, de M" légitimée de France, duchesse de La Valette, de Mgr le prince de Conli , de haut et puissant seigneur Jean de Monchy , seigneur de Montcavrel , oncle paternel de l'épousée , et autres seigneurs et dames de la cour.

La comtesse douairière de Grancey , retenue dans ses terres en Normandie , s'était Mt représenter au mariage de son fils par on gentilhomme de notre contrée, Daniel Gouhier, écuyer, sieur de Fonlenay.

La dot de Catherine de Monchy était de 108,000 Uvres, et sa fiunille une des plus anciennes de France. Le P. Anselme en donne la généalogie depuis Drion , seigneur de Monchy , qui accompagna le roi Louis le Jeune en la Terre-Sainte, en IliG, et épousa Adde de Picquigny.

On peut voir les armes des Monchy sur le pla^ fond de la salle des Croisades, au palais de Versailles.

Les maillets de ces armes , timbrées d'une t6te de Maure, leur étaient venus de ce que, dans une bataille contre les Sarrazins , un de leurs ancêtres, après avoir lait des actions héroïques, écrasa d'un coup de massue

ia tête d'un des rois Maures. Ce trait est rapporté dans rhistoire du sieur de Boufilers, liv. I, ch. xxxyi.

Georges de Monchy d'Hocquincourt , beau-pôre du maréchal de Granoey, était le second fils d'Antoine de Monchy et d*Anne de Balzac.

Son frère aîné , Jean IV de Monchy , seigneur de Montcavrel et de Rubempré, etc. , chevalier des Ordres du roi, gouverneur d'Ardreset d'Étaples, avait épousé en 1S96 Marguerite de Bourbon , fille d'André de Bourbon, dame deRoncberolles, et petite-fille de Jacques de Bourbon , fils naturel de Jacques II de Bourbon , comte de Vendôme , quatrième aïeul du roi Henri IV.

Le père de la comtesse de Grancey fut successivement capitaine de chevau-légers , maréchal de camp des armées du roi, premier maitre-d'hdtel de la reine (1), grand louvetier de Boulonnais, grand prévôt de France, le 25 février 1630, lieutenant général de Lorraine en 1636 et gouverneur de Monthulin , Boulogne et Péronne en 163d. H avait, en outre, obtenu gratuitement le gouvernement de Nancy.

Ces différentes chaiges lui assuraient une position des plus considérables.

L'office de grand prévôt lui avait à lui seul coûté 300,000 livres (plus d'un milion de notre monnaie), et cet énorme prix , il avait pu l'acquitter avec les libéralités dont le roi l'avait comblé.

Le gouvernement de Péronne était évalué à la moitié de cette somme.

(1) Georges de Monchy obtint cette charge importante par la faveur du maréchal d'Ancre, et malgré le duc d iipernou, qui voulaity faire nommer le marquis de RouiUac {Mémoires du cardinal de Richelieu, année 1617, p. iôO. )

Aussi Georges de Monchy, malgré les riches dots par lui données en 1624 à la comtesse de Graacey , sa fille, et en i%28 au marquis d'Hooquincourt) son fils, depuis maréchal de France, lorsqu'il épousa Éléo-

nore d'Etampes de Valencey , avait-il trouvé le moyen d'acquérir pour 50,000 écus de terres, de 1622 à 1628 (1).

lie grand prévôt de France , ou prévôt de Thôtel du roi, comme on l'appelait le plus souvent depuis que ces deux ofiBces avaient été réunis en un seul, sous

Henri III, en 1378, était un officier d'opée qui jugeait toutes les personnes à la suite de la cour, en quelque Heu qu'elle se transportât ; sa juridiction s'étendait audedans de dix lieues à l'endroit de la personne du roi et de sa cour. Le grand conseil seul pouvait réviser ses sentences en matière civile; il jugeait sans appel toutes les causes criminelles et de police qui survenaient à la suite de la cour (2).

Le premier grand prévôt de France fut François du Plessis , seigneur de Richelieu , père du cardinal. Hocquincourt fut son quatrième successeur. Après lui , cette charge fut successivement occupée par son fils en 1642, par Jean du Bouchet, marquis de Sourches en

(I) Tmu ces dMails tout poiié» dam na manikicrit de la BiUiolfaèqaf Inhale ( dOHier des Rouid de Médavjr }•

(S) La tribunal de la piéfAlè éUdt eomposé do grand ptMit » de denx lieutenants généianx» civil, criminel et de police, d*an pmeareitf du toi avec son snlMtitntt d^un trésorier pajreor, d*nn greffier receveur des consignations , deux commis greffiers, doure procureurs, quatorze huissiers, tirois notaires. Le grand prévôt avait en outre sous lui un lieutenant génital ordinaire d'épée, douze capitaines exempts, quatre-vingt-huit gardes, un mnréchal dp logis et un trompé. — Enc^ctopidû du XVIJI' siècle, L XXVII, p. 271-375.

LE ICABÉCHÂL DE GRANGEY. 137

i643y et par trois autres membres de cette dernière fiuniUe.

Le grand prévôt d'Hocquincourt était, comme on

le voit, un haut, personnage. Aussi ne faut-il point s'étonner de le voir figurer dans les chroniques du temps. Tallemant des Réaux nous a laissé sur lui quelques carieux détails : nous ne pouvons les passer sous silence^ malgré la source équivoque où nous les puisons.

D'après Tauteur des historiettes, une aventure galante à laquelle se trouvait mêlé le grand prévôt d'IIocquincourt suggéra à La Galprenêde le sujet de son fameux roman de Cassandre. Tallemant , en racontant cette intrigue dans riûstoriette de La Calprenède, nous donne en même temps le récit assez piquant du mariage de La Calprenède avec une dame appartenant à une famille honorable de Basse-Normandie. Cette dame était tellement folle des romans de La Calprenède qu'elle consentit à l'épouser , à la condition qu'il achèverait la CléopAtre y et cette incroyable clause fut mise au contrat.

D'Hocquincourt fut un courtisan assez peu souple ; il conservait son franc parler môme avec le cardinal de Richelieu. Un jour qn'il sollicitait sa nomination comme chevalier de l'Ordre du roi, à laquelle sa place semblait lui donner des droits: ^ « Vraiment, lui dit le cardinal, voilà une belle dignité 1 — C'est pourtant cette dignité qui fît votre père chevalier, lui répartit d'Hocquincourt. »

Tallemant , tout en admirant la hardiesse du grand prévôt I prétend qu'il n'en fut pas mieux à la cour. Nous l'en croyons volontiers sur parole.

Georges de Monchy, étant devenu veuf en 1637, épousa en secondes noces Gabriclle du Châlelet, fille

d'Erard, marquis du Ghftlelet, maréchal de Baroia,

gouverneur de Grey, de la maison princière de Lorraine. Gabrielle du CMteiet était elle-même veuve de Charles, comte d'Ëscars.

Georges de Moûchy laissait deux enfants de son premier mariage, ia comtesse de Grancey et le maréchal d'iiocquincourt , auquel nous devons bien une mention particulière que Ton trouvera plus bas.

Le grand prévôt d'iiocquincourt eut donc la gloire d'être père et beau-père de deux maréchaux de France.

Après 18 ans de mariage, Catherine de Monchy, comtesse de Grancey, mourut le 8 décembre 1638 , à Argentan, au monastère des Bénédictines, fondé l'année même de son mariage par Louise de Médavy, abbesse d'Almenesches, sa belle-sœur.

Son corps, porté à Médavy , fut inhumé dans le caveau de réglise de ce lieu, consacré à la sépulture des Rouxel.

Quatre ans après, le 2^ juillet 1643, le comte de Grancey épousait en secondes noces Charlotte de iNlornay de Villarceaux, que nous retrouverons au chapitre des dames de Grancey à la Cour.

Nous ne quitterons point le maréchal de Grancey sans dire quelques mots du rMe par lui joué dans notre contrée, où il parut souvent , quoique ses éminenles fonctions l'en tinssent la plupart du temps éloigné.

Dès le 1*' novembre 1620 , le comte de Grancey , âgé seulement de 18 ans , mais déjà gouverneur d'Argentan, marchait en tète des notables de la ville, lors de la plantation de la croix des capucins devant la porte aux Telliers (1).

(i) Simmin 4^ eoUi^e d'ArptnUait par M. |<oilft UvUmr.

Le 31 mai de l'année suivante, le gouverneur posait avec !a comtesse de Grancey , Charlotte de Fervaques ,

sa mère, la première pierre du couvent des capucins , sur les instances des oi'ilciers de la ville et des principaux habitants. Les armes de la maison de Aouzel y ftirenl gravées avec une inscription commémorative de cette cérémonie.

En 1644 et 1645, le comte de Grancey fit construire l'autel St-Hyacinthe dans l'église des Jacobins d'Argentan, et ses armoiries furent mises sur l'autel par les religieux reoonnaîssiuits.

En 1688, la translatbn des rditpies de saint Mansnuet dans la chapelle de saint Jean-Baptiste , donna lieu à de? fêtes magnifiques qui durèrent huit jours et auxquelles présida l'évêque de Séez , François de Médavy, frère du maréchal. 5 ou 600 prêtres, qu'accompagnaient idO à i40 religieux, assistaient à cette cérémonie. Trois femmes y abjurèrent le calvinisme.

Telle était rafiluence des fidèles que le gouverneur d'Argentan , suivi de tous les officiers de justice , dut avoir recours à trois haiiebardiers pour fendre la foule (1).

En 1640 « une grande disette ayant occadonné une misère universene dans tout le royaume, le Farinent rendit plusieurs arrêts pour permettre de lever des taxes dans le but de soulager les pauvres.

« Il y fut apporté si bon ordre en notre ville , dit Thomas Rouverre, que ce furent ceux de la province qui furent le mieux assistés. M. le maréchal de Grancey, gouverneur d*Ârgentan , donna ordre à son receveur général de donner tous les jours 100 livres de pain. »

(1) OfnefiSitcmqu8tf*i^

Le 12 août i66i, comme il s'agissait de faire refondre les cloches de SuGermain, le trésorier en chai^ge, Philippe Esnault , alla présenter reqaéte aa maréchal

pour obtenir les vieilles arquebuses de métal , déposées dans la maisoQ de ville , et cette requête fut octroyée en son nom par M. Dubreuil, lieutenant de roy au gouvernement de la ville.

Nous ne pouvons passer ici sous silence Tépisode le plus connu, peut-être, de l'administration du maréchal de Grancey comme gouverneur d'Argentan , quoique , selon nouSy on en ait singulièrement exagéré la portée, dans rintérèt d'une autre gloire locale.

Les fortifications d'Argentan, trop faibles pour présenter une résistance sérieuse , avaient été jusqu'alors le prétexte de nombreuses attaques , souvent suivies de pillages, surtout pendant les guerres de religion et les troubles de la Fronde.

Les faire disparaître, c'était en même temps diminuer les chances d'invasion, en enlevant à la ville le vain prestige d'une position stratégique. C'est ce qu'entreprit le comte de Grancey , consultant eu cela l'intérêt des habitants , bien plutôt que son amouz^propre de gou- ▼emeur. Mais le souvenir du comte de Marey était encore tout récent, et l'esprit frondeur des habitants ne lui avait point pardonné ses triomphes éphémères. Au-^?i quand le marteau des démolisseurs voulut s'attaquer à la tour de l'horloge, particulièrement chère aux bous bourgeois, une vive opposition s'éleva tout à coup contre les projets du gouverneur, qui ne s'attendait pas à cette résistance. Au premier rang des mécontents se faisait remarquer le chirurgien Charles d'Houay, l'un des éohevinsde )a ville, frère du célèbre historien

LE ICABÊCHAL DE GRANCOT. 141

Mézeray. Le comte de Grancey, surpris autant ^'irrité de cette résistance , interpeUe Téchevin avec cette brusquerie énergique dont nous avons rapporté plus d'un trait: « Qui es-tu, s'écrie-t-il, pour oser résister ainsi à mes ordres ? » C'est à ce moment que Charles d'Uouay lui aurait fait cette réponse devenue célèbre : « Nous tommeê trais frères adorcÀeurs de la vérUi : VaM la prêche, le setmd técrit, et moi je la difenârai jusqu'à mon dernier soupir. »

Sans vouloir contester la hardiesse d'une telle répartie, il nous est impossible de n'être point frappé de son allure théâtrale et prétentieuse.

Une prudente réaction s*est opérée de nos jours contre ces mots à grand effet, dont on peut souvent suspecter rautlienticité. Traduits en lansrage vulgaire, ils gagnent parfois en énergie ce qu'ils perdent en élégance ; nous n'en voulons d'autre preuve que la piquante anecdote de Gambronne.

Pour nous , Charles d'Houay s'est acquis un titre bien plus solide à la reconnaissance de ses concitoyens , lorsqu'avec La Fontenelle et Prouverre, il déploya tant de dévouement pendant la peste de 4638.

Avons-'nous besoin d^ajouter que » puissant comme il rétait, le comte de Grancey donna un exemple de modération trop rarement suivi, en arrêtant les travaux de démolition de la tour de l'horloge , qui ne fut détruite qu'en 1727?

Le Maabghal d'HÛCQUINGOURT , CkmUtr dM OfdM dm rot.

Qu'on ne s'étonne point de voir Qgurer le maréchal d'Hocquincourt dans une étude consacrée aux Grancey.

Émule et contemporain du maréchal de Grancey , son beau-frère, sa \ie ne fut pas moins mêlée que son sang aux destinées de la famille qui nous occupe. L'originalité de cette figure ne pouvait d'ailleurs manquer de tenter notre pinceau , et nous ne résistons point au désir d*en donner une ébaucbe.

Charles de Monchy , marquis d'Hocquincourt , naquit en 1599.

£n 1636, il succéda à son père dans le gouvernement de Péronne » et y joignit les gouvernements de Roye et de Montdidier.

n exerça en outre les hautes fonctions de grand

prévôt de France, en 1642, sur la résignation de son père.

Cependant, dès 1639, il se distinguait au combat de Moranges , où il occupait déjà sans doute un grade lâevé , puisque Tannée suivante il servait , comme

maréchal de camp» sous M. de rHôpital-du-HalUer, devant Ârras.

H se trouvait à la Marfée en 1641 , et l'année suivante il était en Catalogne avec le maréchal de la Meilleraye.

Détaché par le maréchal de la Mothe-floudancourt\ le 17 mars de cette année 16429 pour s'opposer, à la jonction de l'armée espagnole de Catalogne avec celle

du Roussillon , dans le dessein de secourir CoUioure , investi par nos troupes » Uocquincourt, k la tête de 5,000 hommes, charge vigoureusement Tennemi , le met en déroute et fait prisonnier le général de la cavalerie ennemie , don Yincentio de la Maria.

Quelques jours après, le 3! mars, une partie des troupes espa,£rnoles , pouisuivies par les Français , furent battues à Yillefranche par La Mothe-Houdancourt,^dont le marquis d'Hocquincourt commandait l'arrière^rde. En 1646 , Hocquincourt était au siège de Gravelines.

Envoyé Tannée suivante en Allemagne , comme général des armées du roi, il contribua beaucoup à la prise de Schorndorff et à celle de Tubingen.

En 1649 se place un premier épisode de la vie si agitée de Charles de Monchy. La cour avait quitté Paris le 7 juin pour se rendre à Amiens. A son arrivée dans cette ville , le cardinal Mazarin manda au marquib d llocquinrourt , sfouverneur de Péronne , de le venir trouver , pour l'entretenir de quelques affaires importantes : il n'était pas content de ce que ce dernier avait laissé passer la duchesse de Chevreuse , qui était revenue de Flandres sans le consentement de la reine. Le cardinal avait encore d'autres vues : il convoitait le gouvernement de Picardie, et Péronne lui en pa-

Dig'itized by

LE MARÉCHAL d'hûCQUINCOURT. 145

raissait l'accessoire obligé ; il voulait donc traiter de cette place avec le gouverneur, dont la fidélité lui semblait ébranlée.

« Hocquincourt , dit M"* de Motteville, était un homme vaillant et de grand cœur , mais léger et fiusîle à dégoûter. H avait pris liaison avec les frondeurs sur quelque petit mu contentement , et avait quitté l'armée pour aller se renfermer dans sa place (1). Sur l'ordre qu'il reçut du ministre, il vint le trouver avec une bonne escorte , étant convenus , avant leur entrevue , du lieu et de la quantité de gens qu'ils devaient avoir l'un et Tautre , et de toutes leurs sûretés. Us se virent enfin dans une campagne , au milieu de ;jO hommes de cheval de chaque côté. Uocquincourt était un bon Picard, franc cavalier et bon ami. Il dit au cardinal qui lui témoignait vouloir 6tre de ses amis, à des conditions avantageuses , qu'il ne lui pouvait accorder son amitié ni recevoir ses offres, s'il ne lui permettait de travailler à les remettre bien ensemble, lui et le duc de Beaufort , ayant promis de De rien faire sans ce prince. Le Ministre, qui ne demandait que la paix, lui donna pouvoir d'aller traiter avec le duc de Beaufort et consentit même à quelques offres, qu'il lui permit de lui faire de sa part. Hocquincourt partit ensuite de Péronne et vint à Paris chercher le prince pour tâcher de lui persuader cet accommodement. Sa mission échoua ;

(4) Voici, d'après leJum nal mtdtt, cequi s'étsil passé. La marquise d'Hoc* quincourt renfermée dans Péroune, en rabscnce du gouverneur son mari, en avait fermé les portes à quelques compagnies des gardes qu'on y avait cmojèet ddont die avait pn» <nibns& HocqidMOiirt, Ucasft luIniiAme* quitta PannCe devant krm et se retini inédiiitammeiit à Péronne. {Joumai MiUt, n* 10,178, 1. 1. p. 410*}

146 LfiS GRANCEir DANS l.£S ARMÉES.

mais Uocquincourt fit son accommodement avec le cardinal, conserva son gouvernement de Péronne, et devint un des meilleurs soutiens de la cour (1). j>

La |iaix était 8i bien faite quej nous le voyons » le 45 décembre prendre une part considérid)Ie à la bataille de Réthel, oh il commandait l'aile gauche de l'armée; son appui décida la défaite de Turenne, encore engagé dans le parti de la Fronde , qu'il allait bientôt quitter pour combattre dans les années du roi » côte à e6te avec Hooquincsourti son adversaire de la vdlle.

La Gazette de 4650, en rendant compte de cette bataille et des combats qui la suivirent , dit que a le sieur d'Hocquincourt n'oublia rien de sa conduite et de ce grand cœur qui lui &it tout entreprendre. »

La récompense de ces services ne se fit pas longtemps attendre. Nous lisons dans la Gazette, à la date du 7 janvier 1651 : « Leurs majestés , selon la coutume de tout temps pratiquée dans les états bien policés , voyant cette campagne si glorieusement iinie , se sont appliquées à honorer et récompenser ceux qui s*en sont montrés dignes : ayant la veille des Rois foit prester le serment de maréchaux de France aux sieurs de ViLlcquier, de La Ferté-lmbault et d'Hocquincourt, et envoyé le baston, marque de cet office de la couronne, aux marquis de La Ferté-Senneterre et comte de Grancey,

qui se trouvèrent absents , tous lesqu^ cinq depuis

plusieurs années avaient exercé avec beaucoup dlionneur et de valeur la charge de lieutenants généraux en leurs armées, n

(1) Fasciné par la duchesse de Mootbazon , et sur le poiui de se laisser

CDtndMriNurfltednwles fanssdelafhniiie, illolénlrtflt «Ptonmeert aiabeUedMliellei,i

Dig'itized by

LE MARÉCHAL D'HOGOIIINCOURT. 147

Désormais tout dévoué à ia reine et au cardinal , le maréchal d'Hocquincourt donaa de nombreuses preuves de son zèle ardent pour le roi , jusqu'à l'époque où

cédant de nouveau aux perûdes suggestioiib d une autre passion, il trouva une mort prématurée eu combattant dans les rangs ennemis.

Après l'arrestation des Princes , l'impopularité du cardinal étant portée à son comble , ce dernier se vit obligé, le 6 février 1651 , de se retirer à St-Germain; le duc d'Orléans, 1 un des plus acharnés pour l'instant contre lui , refusait de se rendre au Conseil tant que le premier ministre resterait aux portes de Paris.

Lee marédiaux d'Hocquincourt et de Grancey furent députés à Monsieur par la reine-mèie avec les ducs de Vendôme , d'Elbeuf , d'Epernon et quelques autres , pour tâcher de vaincre sa résistance (1).

Cependant le cardinal , cédant pour un moment à rirritation des esprits, avait quitté la France après être allé lui-même ouvrir les portes de la citadelle du Havre au prince de Ciondé et à ses frères , asses peu reconnaissants de celle faveur forcée.

Le Parlement étend la proscription jusqu'aux nièces du cardinal :

1,16 PariMMBt , deux jouis après , A grands coups d'airéts sur arrêts , Qui sont de fnrieiises pièces , Fit sortir ses trois chères nièces »

Tmt de Paris qoe de la Cour.

Alors le maréchal se fit le protecteur des trois jeunes exilées:

(1) Uémoirts de Gug-JoUg (année lOdlj.

148 LES GRANCEV .DAJSS L£S ARMÉES.

HaÏB le généreux dHocquincourk , Ayant Tâmeob^eante et bonne, Les reçoit , ditK>n , dans Péronne (1).

•L'exil de Mazarîn ne devait pas. être de longue durée. Hocquîncourt est choisi par la reine , parmi les plus dévoués, pour lever une armée destinée à protéger la rentrée du cardinal (2). Le comte de Brienne est chai^ par le roi de feire pour le maréchal une lettre, où il lui est enjoint d'accompagner le premier ministre. (( On eût bien voulu, dit Brienne dans ses Mémoires , lui donner une patente de général d'armée ; mais parce que le sceau était à Paris (la cour se trouvait h. Poitiers ) , on craignit que y l'envoyant pour lui faire apposer , le dessein qu'on avait ne fit découvert. La reine agitant la question pour savoir si sans cette patente M. dllocquincourt pouvait commander, je la résolus en lui disant que les maréchaux de France, pour commander les armées, n'ont pas besoin d'un autre pouvoir que le leur. »

Rassuré par cette fidèle escorte, Mazarin quitte sa retraite de Dinan, vers la fin de novembre , et rentre résolument en France.

liocquincourt, secondé par ses amis , le marquis de de Navailies et le comte de Broglie , s'avance avec prudence au milieu de quelques escarmouches : « Le maréchal d'Hocquincourt, écrit-on de l^esle à la Gazette, ayant eu avis que les ennemis avaient passé l'Escaut à

(1) Loflet, Htise Mtwriqut, U 7, du 14 ftnl«r 1651.

(2) Le maréchal, comme ses officiers, avait adoptt Técharpe veite, qa^U devait plus tard échanger cootie Técharpe îMbeUe , adoptée par rarmée ét Condé.

LE ICABÉGEULL D*HOGQUINGOURT. 149

Vaiendennes et s'avançaient vers cette ville avec infanterie, canon et pionniers, envoya, pour en prendre langue, l'un des âens, avec une petite partie qui lui rapporta

qu'ils étaient composés de 26 ou 27 escadrons et 3 balailions , avec 4 pièces d'artillerie ; il donna aussitôt l'ordre nécessaire à tous les passages de la rivière , y fit aller les officiers avec les mousquetaires, garnit tous les postes de la milice du pays , envoya à Roye et Montdidîer foire assembler la noblesse et les communes , et s'a\ança droit ici avec sa compagnie de chevau-légers, celle de ses gardes, etc.

<( La nuit du 19, une partie de ces ennemis, avec 700 chevaux et âOO mousquetaires en croupe , parut pour s'emparer de la ville. Trouvant le pont bien gardé, eUe se retire en brûlant quelques villages; le maréchal monte à cheval avec ses troupes et les poursuit jusqu'à Ham, les escannoucbant de si bonne sorte, qu'il les fit retirer et rassura ainsi le pays fort alarmé (1). »

Hocquincourt s'acquitta de sa mission avec tant de bonheur que le cardinal , ayant rejoint la cour à Poitiers, songea à lui donner un commandement important.

Le duc de Rohan , espérant empêcher le cardinal de rejoindre la cour, avait soulevé l'Anjou. La reine, effirayée de cette nouvelle défection, eut besoin de toute Taudace du maréchal pour la rassurer. On lui confia le soin d'assiéger les rebelles aux Ponts-de-Cé et à Angers, de préférence au duc de Buuilloii et à Turenne revenus à l'armée du roi. Le Pont-de-Cé fut bien vite forcé. Quant à Angers, il fut plus difficile de s'en

(1) GmttU d€ 1651, p* 1303, à la date du 22 novembre.

LES GaANCET DANS LES ABMÉËS.

emparer, mais 1 intrépidité du maréchal en vint bientôt à bout.

Le cordon du St-Ësprit fut la récompense de ce dé* vooemeiit

Nous voudrions pouvoir passer sous silence une

odieuse machination imputée au maréchal par le cardinal de Retz, dans ses tristes Mémoires. S'il fallait en croire le coadjuteur , Hocquincourt aurait été jusqu'à proposer à la reine d'assassiner le prince de Gondé , après sa sortie de prison. La reine aurait même accueilli cette proposition, qui n'aurait été repoussée que par l'horreur qu'elle inspira au coadjuteur et à la duchesse de Chevreuse (1).

M. Counn, dans son intéressante étude sur M""' de LongueviUe et la Fronde , n'hésite pas à absoudre la mémoire du maréchal d'une accusation si grave. H inclinerait plutôt i\ en charger le coadjuteur, qui en a d'ailleurs été soupçonné. Le savant écrivain explique fort bien que ni l'intérêt ni le caractère d'Anne d'Autriche ne dictaient une pareille conduite , tandis que Retz et la duchesse de Chevreuse avaient tout à gagner à la mort de Condé , leur plus redoutable ennemi. , Bailleurs, njuiile M. Cousin , Retz a pris le soin de nous raconter que, tout jeutie, il était entré dans une conspiration contre la vie de Uichelieu. Plus tard , l'hôtel de Chevreuse ne lui fut pas sans doute une école de scrupules, et on ne fait pas tort à M"* de Chevreuse, la conseillère de Hetz , en admettant qu'elle a bien pu ouvrir un pareil avis, elle la complice de Chalais et de bien d'autres , elle qui, en 1643 , avec M"' de Mont-

(i) Hoivlai «Mcie le «nte d*flftreoiiit à cette odieuse ^rapotitloib

Digitizod by C<.jv.' .ic

LE MARÉCiUL d'HOCQUINGOURT. 151

bazon, avait armé le bras de Beaufort , et l'avait porté à assassiner Alazaiin^ au sortir du Louvre.

B est bien plus vraisemblaUe que le marécbal n'avait pn^iosé à la reîne qu'une arrestation , 8*0 le fallait, li force ouverte (1).

Qu'on nous permette d'ajouter, à notre tour, que rien dans le caractère de Charles d'Hocquincourt n'autorise à le charger d'une aussi coupable conception : on a pu le taxer de légèreté et de fougue , jamais de perfidie et de lAcheté. Loin d'ailleurs de s'être montré l'ennemi personnel du prince, on a déjà vu, et l'on verra bientôt encore , qu'il n'avait que trop d'inclination pour sa personne et de complaisance pour ses déiiaiilanoes.

Tarenne pouvait à bon droit se trouver froissé de l'espèce d'exclusion dont semblait le frapper la faveur

du maréchal d'Hocquincourt , mais sa grande âme était au-dessus de ces mesquines jalousies, il joignit donc sa petite armée à celle de son rival, et, de concert, ils allèrent défendre le pont de Gei^u, où ils firent une barricade et purent s'opposer au passage de l'ennami, grâce à l'arrivée de quelques régiments royaux.

Après avoir rompu ce pont , ils marchèrent sur Gien, oii ils passèrent la Loire avec la cour, mise ainsi à l'abri d'un coup de main de l'armée des Frondeurs.

Tout à coup , Gondé quitte la Guyenne et , bravant miQe dangers , parvient à traverser les lignes du oemte d Uaicourt, avec six compagnies déterminées. Il va se reposer quelques instants à Chàtiiiou, et apprenant que Tarrnée royale est à 8 lieues de là, il y court et

152 LEB ORANCEnr DANS LES ARMÉES.

joint les avant-poste?, le 2 avril 1652. H prend le commandement de son armée , que se partageaient Beaufort et Kemours , la fait reposer un jour, s'empare sans coup férir de Montargis et Qiàteau-Reaard , et fond sur les détachements royaux, dispersés en quartiers, peu sur leurs gardes, et crovaat n'avoir à lutter que contre les lieutenants de Condé.

Cet éparpillement de l'armée royale y motivé par la nécessité de s'approvisionner de fourrages , est considéré par le grand capitaine comme une cause de faiblesse dont il faut se hâter de profiter. Hocquincourt occupait Bleneau, et Turenne, Briare. Ils devaient opérer leur jonction le lendemain. Leur petite armée se composait de 4 à ô^OOÛ fantassins et 4,000 chevaux ; Gondé était à la tète de 6 à 7,000 hommes et de S,000 cheyaux.

Dans la nuit du 6 au 7 , il tombe à l'improviste sur le premier quartier d'Hocquincourt qu'il culbute, et fait bientôt plier les autres. Hocquincourt se hat vaillamment, mais accablé par le nombre, il est contraint de se retirer sur Auxerre, le corps de Turenne n'arrivant point à son secours. Ce dernier, qui ne croyait avoir affaire qu'à Nemours , ne s'était guère ému. Il arrive au milieu de la nuit et apprend qu'il est en face de Gondé. U se retire aussitôt et fait dire à Hocquincourt de le rejoindre , choisit avec sagadté ses positions et tient tète à Gondé , contraint à son tour à la retraite.

Sur le soir H ocquincourt le rejoint avec Bouillon. Les deux armées se retirent alors , l'une sur Gien , l'autre sur Gh&tillon , sans succès bien décisif de part et d'autre.

Napoléon, dans ses Mémoireiy reproche à Turenne

Digitizod by C<.jv.' .ic

Page 1