LE MARÉCHAL D'UOCQUU^GOURT
de ne pas avoir attendu d'flocquincourt et le duc de Bouillon , son frère ; mais , avec cette sûreté de coupd'<Bil qui le caractérisait » Turenne avait wla profiter de la position avantageuse qu'il s'était choisie et, en définitive , le succès lui donna raison.
Quant au maréchal d'Hocquincourt , surpris dans sa fausse sécurité par une attaque imprévue, il avait fait des pertes sérieuses ; 3|0Û0 chevaux et tout son bagage étaient tombés au pouvoir de Gondé
Profondément humilié de cet échec , il voulut en rendre en partie responsable l'inaction de Turenne , arrivé tardivement a son secours, et en conçut contre celui-ci un ressentiment dont nous trouverons encore des traces' plusieurs années après. Dans une entrevue qu'il eut presque aussitôt avec Gondé, il se plaignit amèrement de cet abandon (2).
Le pçince ne semble pas avoir approuvé ces griefs, mais il s'efforça de mettre à profit pour sa cause le dépit du maréchal , auquel on avait exagéré le mécontentement de la cour. S'il fiiut en croire les mémoires assez détaillés de M. de Bordeaux, le grand Gondé chercha à ébranler la lidélité d'Hocquiiicoiirt , en se servant d'un gentilhomme de sa maison tombé entre les mains des Frondeurs après l'affaire de Bleneau. Les propositions qu'il fit faire au maréchal par cet intermédiaire étaient des plus séduisantes. D lui donnait à espérer le gouvernement d'une province, et joignait à cette offre celle de 100,000 écus comptant. La célèbre duchesse de Ghâtillon , dont était épris Hocquincourt
(1) Hocquincourt perdit plus de 300«000 livres en vaisselle d'aigent» pisloles , chevaux et autre:) équipages.
(S) Mémoires de Turenne et 4e M*** (le comte de Br^).
aussi bien que Condé, fut employée par ce dernier pour entraîner une défection qu*elle devait obtenir plu8 tard. Le comte de Grandpré (I) conseillait au maréchal d*a€cepter les propositions du prinoe et semblait disposé & se laisser séduire lui-mtoie.
Ilocquincourt résista à toutes ces avances, que ce fût par dévouement à la cour , comme nous aimons à le croire , ou seulement par l'impossibilité oii se trouvait Gondé de réaliser ses offres , ccmime parait l'insinuer l'auteur des mémoires que nous venons de citer (2).
La cour , redoutant le mauvais effet du combat de Bleneaii sur les dispositions des provinces , et voulant peut-être calmer l'irritation d'Hocquincourt , se h&ta d'adresser aux gouverneurs une lettre qui atténuait singulièrement la portée de cet écbee.
« Hier au soir, écrivait le roi, mon cousin , le ma** réchai d'Hocquincourt, qui est, logé à Blesneau , ayant eu advis que le prince de Condé s'en venoit à GhâtiUoUy envoya aussitôt ses ordres pour &ire assembler les troupes et donner advis, en mesme temps, à mon cousin, le maréchal de Turenne, de faire assembler les siennes. Mais ledit prince étant arrivé au quartier des dragons, avant qu'ils fussent deslogés, il y en eut quelques-uns de pris, et néanmoins la perte ne fut pas grande , tant parce que la plupart étoient di^rsés en plusieurs cbasteaux, que parce qu'il y en avoit encore d'autres commandés ûlleurs. Le prince de Ck>ndé «s'est ' advancé ensuite vers le quartier de mondit cousin le maréchal d'Hocquincourt et n'y ayant plus trouvé per-
fi^ fharff^î-Fmnroi'; dr Jovrij'>(\ rfiuiio de Grandprét chevalicr dtt Ordres
du roi, lieuU'iianl p^cncraî , rnort ;i P;iri>^ fn 1680.
(2) Mémoires de M. de Bordeaux , t. iil, p. 65 et suit. .
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l£. MARÉCUAJU jD'HOCQUINCOURT. 155
sonne , parce que ledit sieur maréchal étoit déjà au rendez-vous, marcha vers les autres quartiers et rencontra en sa marche quelques autres bagages et quelques tioupes du corps dudit sieur maréchal d'Qooquincourt ^ que l'obscurité de la nuit sans lune avoit fait esgarer en venant au même rendez-vous. A la vérité, quelques soldats du régiment d'infanterie de Navailles ont esté pris et perdus en ce rencontre , mais toute la cavalerie qui y estoit aussi s'est sauvée, et outre que celle dudit prince, qui suÎToit cette partie des troupes du corps dudit maréelial d'Hoequincourt, a esté en général fort maltraitée, le duc de Nemours a esté grièvement blessé.
« Ëscrità Gien, le 10 avril 16^2 (1). n
Le roi allait même jusqu'à dire qu'il y avait eu dans les deux affidres « beaucoup plus de pertes sans comparaison de la part des ennemis que de la sienne , en ce qui est des officiers et soldats. »
Tout en faisant la part de l'optimisme des bulletins officiels, qui ne date pas seulement de nos jours, il est permis d'inférer de la lettre royale que notre maréchal avait essuyé une défaite moins complète que ne semblent l'indiquer certaines relations , faites pour la plupart par les soutiens de la Fronde.
Quoiqu'il en soit, Hocquincourt ne tarda pas à prendre sa revanche sur l'armée de Condé, retranchée àËtampes. Les deux maréchaux concertèrent si bien leurs eflbrts , qu'après trois heures de combat ils défirent entièrement neuf régiments d'infanterie et quatre ou cinq escadrons de cavalerie. Ils firent en outre 2000 prisonniers et prirent beaucoup d'oiEciers (2).
(i) Doomnmt dlé ptr ]»• Ctnuiib (2; MimoHm deToicmie,
156 LES GRAKGEY BAMS LES ARMËES.
M!** de Montpensîer fit, vers cette époque , de concert avec le duc de Lorraine , de vains efforts pour entratner le maréchal d*Hoequincourt dans le parti de la Fronde. L'intermédiaire de cette négociation, qui ne devait point aboutir , fut le marquis de Vignacourt , ami du maréchal. On peut en voir les détails dans les Mémoires de M"* de Montpensier, année 1652.
Les services du maréchal d'Hocquincourt avaient été tellement appréciés à la cour , qu'un commandement important lui fut confié dans les premiers mois de Tannée suivante.
Nommé vice-roi de Catalogne, il part pour aller commander les armées du roi dans le Roussillon , après avoir pris congé de leurs majestés h St-Germain-en- Laye (1). Le 23 juillet, le maréchal arrive à Perpignan, où il est reçu aver une allégresse incroyable par la bourgeoisie et le peuple. Dès le surlendemain, il part pour le camp de Gironne, où il devait rejoindre l'armée du marquis du Plessia-Bellièvre. Il s'empare en passant de Figuières et de Castillon , dont la possession assurait l'approvisionnement de son armée.
Arrivé devant Gironne le 27 juillet, il commença les opérations du siège, après avoir inspecté Tarmée du marquis. Ses débuts contre la place furent heureux : il parvint à en &ire les approches, sans perdre beaucoup de monde, repoussa les sorties des ennemis et pratiqua à la muraille une brèche qui lui permettait de donner Tassant.
Cette ville était si difficile à prendre que plusieurs généraux l'avaient vainement tenté. Les assiégés, effrayés
(1) Goutte du dl juin 1653.
LE MARÉCHAL D HOCQU INCOURT. 157
des progrès du maréchnl^ s'apprêtaient déjà à capituler, malgré la brayoure de leur chef , don Juan d'Autriche.
Dans cette extrémité, ils implorèrent le secours du ciel et exposèrent sur leurs remparts la châsse de saint Narcisse, évôque de Gironne» en grande vénération parmi le peuple. Nos troupes -se rient de cet auxiliaire impuissant, et se disposent à donner un assaut toieux, lorsque tout à coup la châsse est obscurcie par une quantité innombrable de mouches qui, répandues dans le camp des assiégeants, s'attachent aux flancs de leurs cfaeTaux. Affolés par cette invaâon subite , les chevaux rompent leurs attaches , courent à raventure , se précipitent dans la rivière sans pouvoir se débarrasser de ces myriades d'ennemis microscopiques, et mettent le désordre parmi les troupes.
Le maréchal est contraiat de se replier sur Figuières j don Juan d'Autriche le poursuit sans pouvoir ratteindre. Hooquincourt veut faire reposer ses troupes exténuées par la chaleur; mais apprenant que le. gouverneur de Roses manque de vivres, à peine remis des blessures reçues au siège de Gironne , il entreprend de ravitailler cette place. Don Juan veut couper le convoi escorté par le maréchal en personne, mais celui-ci lui oppose une vigoureuse résistance et lui inflige une déroute complète. 500 hommes tués et i 800 prisonniers furent le résultat de cet engagement (1).
A la iin de décembre de cette même année , Uocquin- Gourt se dispose à rentrer dans le Roussillon. Au commencement de janvier, il fait son entrée-dans Perpignan, au milieu des acclamations universelles.
(1) Voir Im HAmrirM de M. de Botdcaui, t UI> MS et raiTaniei.
158 LES GRANGEY DAMS LES ARMÉSS.
IlnfiD, au commeneement de février I6S4, il revient
à Paris , où il reçoit un chaleureux accueil de leurs Majestés. Il joint le gouvernement de Ham à celui de Péronne et part pour cette dernière nille, d*où il va saluer la cour à La Fère et vient l'attendre aux portes de Ham , à la téte de 80 gentilshommes. Après avoir complimenté le roi et la reine , le maréchal leur présente les clefs de la ville, oij ils entrent au bruit du canon et où il leur ofii e un magnifique souper.
La cour étant repartie le lendemain pour Péronne , le maréchal rejoint Turenne avec ses troupes aux environs de Bapaume, et marche avec lui sur Arras assiégé par le prince de Condé en peraonne. Le château de St-Paul tombe sous leurs coups ; Hocquincourt , après une vigoureuse attaque ^ s'empare du Mont-St-Ëloy y à une petite lieue du camp ennemi. Les Impériaux y avaient SOO hommes qui se rendirent à discrétion.
Dans la nuit du 25 août, Hocquincourt, Turenne et La Ferté-Imbault tombent à l'improviste sur les lignes ennemies; l'infanterie plie, la cavalerie prend la fuite, abandonnant son canon et ses bagages. Hocquincourt ^ qui avait commencé Pattaque par le quartier des Lorrains, emporte d'emblée l'un des principaux forts , culbute les ciiuemis , leur passe sur le ventre , traverse la ville délivrée avec 4,000 chevaux, se met a leurs trousses et achève leur défaite. Le prince de Gondé se sauva à grand'peine avec quelques escadrons, subissant à son tour le sort de son adversaire à Bleneau (i).
Loret ne manque pas de glorifier ce triomphe dans sa Muse hislorique :
(A) ^«MitedelSMetJCImoireidatwipi.
LE MABÉCHAÏ. D'HOCQUIMCOURT. 199
Turenne , Ferté , d'Hocquincourt , Que ce fut pour vous un beau jour !
O Ferté , d'Hocquincourt , Turenne , Quelle glorieuse semame !
Turenne, dHocqiimoourt, Ferté, Quel loe n'avei-ifoiis mérité (1) !
Le i*" octobre suivant, la marécliale d'fiocquinooiul vint salaer à La Fère leurs Majestés qui lui firent un accueil des plus flatteurs (2).
C*est peu de jours avant l'affaire d'Arras qu'il faut placer le bizarre entretien entre le maréchal et le Père Canaye , dont Saint-Évremond nous a laissé la piquante relation.
Le maréchal était à son château de Péronne, si célèbre par la captivité de Louis XI. Saint-Évremond
qui suivait l'armée dînait à la table du gouverneur , avec le Père Canaye , son ancien professeur de philosopbie. A en juger par les propos prêtés au maréchal, le repas devait être fort avanoé, et les libations n'y avaient pas été ménagées , lorsque la conversation prit les allures excentriques dont Saint-Évremond s'est ikit l'éditeur responsable. La passion insensée du maréchal pour la duchesse de Mnntbazon, qui servait de texte à cet entretien, parait être un fait bien avéré. Tallemant des Réaux nous dit que^ de tous les adorateurs de la duchesse, Hocquincourt était celui dont on avait le plus parlé. Quant aux propos impies dont Saint- Évremond assaisonne son récit, il nous est difûcile de
(1) Loret, Mu$e hiuoriquet lettre 35 du 29 aoûtl6«>4> (S) Guutu de I6M.
les «scepter à la lettre, et de D'en pas attribuer une partie au scepticisme bien connu de l'auteur. D*afl!eurs, il résulte de la GonTersation même, que
le maréchal était fort attaché à la religion, quelques déplorables motiis qu'il en donnât , inter pocula.
Nous ririons plus volontiers avec Saint-Évremond de l'inexpérience en foit d'équitation du Père Ganaye , auquel le maréchal avait malicieusement foit donner son cheval le plus fougueux , à la grande joie de son compagnon de route , qui se pâmait d'aise à la vue des soubresauts du cavalier aux abois.
C'est au milieu de ce &meux repas que parvint à d'Hocquincourt la lettre de Mazarin lui enjoignant d'opérer sa jonction avec Turenne, pour combattre Condé sous les murs d'Arras. En annonçant à ses hôtes le contenu de cette lettre, le maréchal, qui n'avait point oublié Bleneau, ne put s'empêcher de leur dire : <f Turenne m'a laissé battre à Bleneau. Si Arras étoit sauvé et Turenne battu, je serois content, j*y fèroi mon posdble.
Ârras fut sauvé, mais Turenne compta un triomphe de plus.
La passion du maréchal d'Hocquincourt pour la duchesse de Montbazon n'est pas la seule qui pèse sur sa mémoire. Une femme aussi célèbre par sa beauté que par Tiit»
fluence qu'elle exerça sur les personnages les plus remarquables de son temps, influence à laquelle n'échappa point le grand Condé lui-même, la duchesse de GhAtillon , dont nous avons déjà parlé , compta en effet parmi ses nombreux courtisans le maréchal d'Hocquincourt.
Élisabeth-ADgélique de Montmorency était fille de
LE MARÉCHAL d'HOCQUINCOURT. 161
eet iofortuné Boutteville , décapité par Richelieu à la suite de son fameux duel avec le marquis de Beuvron.
Elle avait lipousé en premières noces Gaspard de Goligny, duc de Chàtillon, pair de France , tué à Charenton, à la veille d'être fait maréchal de France, Aprôs avoir mené une vie dlntrigues et d'aventures galantes , elle refusa la main du Roi Chartes n d'Angleterre et finit par épouser en secondes noces Christian-Louis , duc de Mecklembourg-Schwerin, prince des Vandales.
Sa sœur aînée » Marie-Louise de Montmorency , était mariée h Dominique d'Étampes, marquis de Valenœy , frère de la maréchale d'flocquincourt, et père de là sainte abbesse des Clairets , au Perche , qui entreprit la réforme de cette abbaye, avec l'abbé de Rancé, son supérieur.
Dévouée à Coudé, la duchesse de ChâtiUon sut mettre à profit son ascendant sur Tesprit du maréchal pour l'attirer dans le parti du prince, passé définitivement à rennemî. Peut-être fit^-elle jouer habilement le ressort de la jalousie du maréchal contre Turenne , que Mazarin avait remis à la tête des armées, en laissant liocquincourt au second pian. Les places de Péronne et de Ham , d'une importance considérable au point de vue stratégique , devaient tenter Coudé, dont l'armée pesait sur la Flandre. Hocquincourt, ébranlé dans sa fidrilté, allait peut-être livrer ces places , lorsque le cardinal informé de ces machinations, fit arrêter la duchesse de ChAtillon, et eut recours à la maréchale d'Hocquincourt pour ramener son mari, déjà alarmé par l'arrestation de la duchesse. La maréchale , ardente et spirituelle , fit tourner son intervention au proiit des siens , et la double manœuvre du cardinal eut un plein tiuccès.
102 UBS ORANOBT DANS LB8 ARMÉES.
Hocquiiioouit fut fiidlemeiit amené à céder m goor mnements de Ham et de Péronne, moyennant 200,000 écus. Encore cette dernière ville fut-elle donnée au marquis d'Hocquincourt son fils, dont la fidélité ne pouvait être suspecte. M"' de CfaAtiiion fut aussitôt remise en liberté.
Cependant Maiarin était toujours sur le qui vive ; redoutant enôore l'ascendant de la doebesse , il eonçut l'idée de faire servir la rivalité de Condo et d'Hocquincourt auprès d'elle à les brouiller ensemble. Le frère du célèbre surintendant Fouquet fut celui qu'il choisit pour exécuter ce projet* Ce dernier avait trouvé le moyen de s'insinuer auprès de M^* de Châtillon et de suborner quelques-uns de ses gens. H parvint ainsi à intercepter au profit du cardinal des lettres échangées entre la duchesse et le prince. Dans l'une de ses lettres, Taffiftire de Gironne était tournée en ridicule , et l'habileté d'Hocquincourt tenue en suspicion. On mit la lettre sous les yeux du maréchal , comme pour l'exciter à venger son honneur outragé par le pnace. Quelque ressentiment qu'il dût éprouver à la lecture de cette lettre, il sut dissimuler et se contenir. La suite prouva bientôt que ni le prince ni la duchesse n'avaient perdu leur empire sur lui.*
Mécontent de n'avoir pas été traité fiivorablement depuis le siège de Gironne, et toujours harcelé par les conseils de la duchesse et du prince, il Unit par céder à leurs suggestions réitérées.
Au mois de mars 1658 , il se remit à conspirer en &vear de Gondé, en dierehant à soulever la Normandie et le Vexin. Il parvint à détacher Hesdiu du parti de jia cour, et ût remettre cette place au prince de Coadé.
LE MARÉCHAL d'hOGQUINCOU^T. 103
U voulut également livrer Péronne, mais il en fut empêché par son propre fils, le marquis d'Hocquinoourti qui venait d'en obtenir le gouvernement.
Il y eut une tentative de soulèvement dans la Normandie, travaillée de longue iiuuu par M™^ de Longueville, mais le mouvement fut facilement comprimé.
Le cardinal tenta un dernier effort pour prévenir la défection d'Hocquincourt : il voulut attirer le maréchal & la cour, où il n*eût pas manqué de s'assurer de sa personne; mais celui-ci se tenait sur ses gardes. Trop compromis pour espérer une rentrée en grâces , il se hâta de négocier son traité et d'aller rejoindre en Flandre Tarmée de Condé. A peine arrivé, U se jeta dans Hesdin qui s'était révolté.
Cette triste campagne devait être pour lui la dernière, et moins heureux que son illustre chef , il ne lui fut pas donné de racheter par des services , auxquels son âge et son expérience de la guerre le rendaient si propre, une défaillance qui lui coûta bien cher. .
Le i3 juin i658, l'armée royale assiégeant Dunkerque, Hocquincourt fit une sortie pour reconnaître les lignes françaises, et comme s'il eût recherché le terme d'une vie devenue à charge, il s'exposa tellement au danger , qu'il reçut sept coups de mousquet, dont il mourut une heure après dans une chapelle où ses gens le portèrent.
Voici comment cette mort est raoonlée par l*hi^ torien des Montmorency dans la vie du maréchal de Luxembouig , alors engage i^ous la mûme bannière :
(( Le lendemain , • tous les généraux , escortés de 4,000 hommes de cavalerie, s'avancèrent pour reconnaître la position de Turenne« et choisir un terrain pour le campement de Tannée.
164 LES GnANCKT DANS LES AlOlÉfiS.
« Pendant que le duc d'York, le marquis de Caraoène et d'Estevan de Gamare obeervaient le camp des Fonçais qui s'étendait jusqu'à la mer, le comte de
Boutteville (Luxembourg) chargé du même soin pour l'autre partie du camp , se coula , à la tête des Cravates , par le chemin qui est entre les dunes et les prairies ; il surprit la grande garde de Tennemi , la battit et la poursuivit jusqu'aux li^es, dont il examina avec beaucoup d'attention la force et la position. Comme il retournait rendre compte au prince de Coudé de l'objet de sa mission , il rencontra le maréchal d'Hocquincourty qui, auui impatimi de sigwUer sa vtUêur çtie «'tt M été à sa première campagne, lui proposa de raccompagner de nouveau jusqu'au camp des Français. Boutteville lui représenta qu'il serait dangereux de s'avancer si près d'un camp où il avait répandu l'alarme. D'Hocquincuurt, loin de se rendre, le pressa avec tant d'instance, que Boutteville cédant enfin à son âge et h sa dignité , consentit à le suivre. Cette bra* vade , non-seulement coûta la vie h d'Hocquincourt, mais manqua d'être funeste au prince de Condé , à don Juan, au duc d'York et à Luxembourg.
« En effet, Condé ne se fut pas plus tét aperçu que d'Hocquincourt marchait aux lignes, qu'il y marcha lui-même. Don Juan d'Autriche, qui n'était qu'à quelques pas de là, honteux de voir les généraux français s'exposer si fort à ses yeux, voulut iiutager avec eux le danger. Le duc d'York les joignit, et tous ensemble s'éloignèrent de près d'une demi-lieue de leur escorte, n'ayant pour toute défense que les deux compagnies de Cravates commandées par Boutteville. On conçoit combien celte troupe légère était incapable
LK MAKLGllAL D llOCQUliNCOURT . 165
de soutenir le choc de la cavalerie pesamment armée. Cependant , d'Hocquincourt et Boutteville chai^nt
la garde ennemie, la renversent et ki suivent juaqu'aux lignes : le comte , avec toute la précaution qui doit accompagner la valeur, le maréchal , avec tant de témérité qu'il approcha jusqu'à la demi<portée du mousquet d'une redoute. On vit alors sortir du camp des Français, que la première alarme avait rendus plus vigilants, un gros de cavalerie qui s'empara d une hauteur voisine , afin de couper et d'envelopper la poignée d'Espagnols qui venait ainsi les insulter. A l'instant même le maréchal d'Hocquincourt tomba mort d'un coup de feu au bas-ventre: c'en était fait de tous les généraux , ils allaient être coupés et enveloppés par les ennemis dont le nombre augmentait à chaque moment, sans la manœuvre hardie du duc d'York et du comte de Boutteville qui, pour leur donner le temps d'échapper , s'arrêtent et présentent le front aux Français. Cette fière contenance leur en imposa au point qu'ils balancèrent s'ils chargeraient. Condé et don Juan profitèrent de cet instant de doute pour fuir avec le cadavre de d'Hocquincourt , qu'ils eurent beaucoup de peine à emporter.
• Le prince de Gondé parut très-sensible è la destinée du maréchal d'Hocquincourt qui , après avoir affronté la mort en tant de combats , venait de périr d'une manière si peu convenable à la dignité et à la réputation d'un vieux généraL Cet accident jeta tant de tristesse et de découragement dans le camp , que plusieurs augurèrent mal de la bataille à laqueUe on se disposait (1). 9
(1) BiiUnn de la maiêat dè Mùnimoreneg, par H. Deicniieaiix, L IV» toi M et SS.
166 LES GRANGET DANS LES ARMfiES.
M"° de Montpensier rapporte dans ses Mémoires une curieuse particularité sur la mort du maréchal : « On lui trouva dans sa poche une lettre de M"* de Lîgni-
ville, qui était nièce de M"* d'Hocquincourt , sa bellemère. Je l'ai connue , c'était une honnête fille. Elle s'était retirée dans un couvent du faubourg St-Germain, qui s'appelle les Filles-du-Saint-Sacrement. Elle lui écrivit , malade d'un crachement de sang , que si elle eût été en état d'aller à la grille , eUe Teût prié de la venir vuir pour l'avertir qu'il ne vivrait pas longtemps, et qu'il fallait eiiiployei le peu qu'il lui restait à faire pénitence ; elle lui donnait beaucoup de bons avis de cette force. La lettre était fort tendrement écrite; à la fin elle lui disait : « fit pour marquer la vérité de ce que je vous écris, c'est que je mourrai dans un tel temps; » elle lui marquait le momeoi de sa raort. Il donna cette lettre à M. le prince qui Talla voir, et par son testament qu'il avait îait après qu'il avait reçu cette lettre , il ordonna que Ton portAt son corps à N.-D. de liesse. Le roi en refusa la permission alors, et depuis il l'a accordée (1). »
S'il faut en croire Guy Patin, dans ses Lettres récemment publiées, le maréchal d'flocquincourt aurait, avant de mourir, £ût d'importantes révélations arra-i chées par un sentiment de patriotisme , ravivé aux approches de ta mort , et qui n'avait jamais sans doute cessé d'obséder ^^a conscience. Grâce à ces révélations, Turenne put s'opposer aux projets de secourir l)unkerque, et conjurer pour la France un danger considéré comme très-sérieux.
(1) Mémoire de M"* de M onlpeniier , année lafiS.
LE MARÉCHAL D'HOCQU INCOURT. 167
La postérité a depuis longtemps amnistié les égarements des Condé, des Turenne et des Luxembourg; ne soyons pas plus rigoureux pour la mémoire du maréchal. Sa triste fin n'a pu efTacer le souvenir des services qu'il avait rendus à la France, et d'Hocquin* court figure aujourd'hui dans la galerie des maréchaux du palais de Versailles, entouré de ses illustres contemporains.
€ Charles de Monchy , maréchal d*Hocquincourt , nous dit Bussy-Rabutin qui ne l'a pas flatté, avait les yeux noirs et brillants , le nez bien fait et le front un peu serré, le visage long, les cheveux noirs et
crépus, et la taille belle; il ivait fort peu d'esprit; cependant il était fin à force de défiance ; il était brave et toujours amoureux, et sa valeur, auprès des dames, lui tenait lieu de gentillesse. M** de Ghâtillon qui le connaissait, crut qu'il était tout propre à faire les folies dont elle avait besoin. »
Voici un trait sur le maréchal rapporté par TaUemant des Heaux :
« Roger de Grammont, comte de Louvigny, frère du maréchal, se battit en duel avec Hocquincourt , encore assez jeune. Grammont lui ayant dit : « Otons nos éperons » profita de ce qu'il se baissait pour lui donner un grand coup d'épée qui passait d'outre en outre. Hocquincourt en fut malade six mois , et comme on croyait qu'il en mourrait et qu'on lui parlait de pardonner , il dit qu'il voulait bien lui pardonner s'il en mourait, mais pas autrement. »
Hocquincourt avait épuuoc à Calais , le 7 septeiubre 1628, Éléonore d'Étampes de Valencey, dont il eut huit en&nts. L'un d'eux, Armand d'Ëtampes, fut
évéqae comte de Verdun ; l'afné fut ce marquis d'Hoc-
quincourt qui succéda à son père dans le gouvernement de Péronne, où il se conduisit si noblement lors de la défection du maréchal. Il n'hésita pas à faire tirer le canon sur les troupes de son père qu*il contraignit à se retirer. Couvert de confusion par la conduite du maréchal , il alla se jeter aux pieds du roi à Amiens et voulut lui remettre le gouvernement de Péronne; mais le roi refusa sa démission et lui confia les defs de la ville , qu'il conserva jusqu'à sa mort , arrivée en C689. XiOuis XTV n'oublia jamais ce trait de fidélité, et 30 ans après, il s'en souvenait si bien, qu'en faisant une promotion de chevaliers de ses Ordres , il y comprit le marquis d'iiocquincourt , en lui rappelant gracieusement son principal titre à cette haute dignité (I).
Le marquis d'Hocquincoart servit avec distinction et fut fidt lieutenant général en 1655.
Il s'allia dans l'illustre &miUe des Molé (2) et laissa six enfants dont le dernier, Eléonor de Monchy , abbé de^.-D. des Boheries, mourut en 170?) âgé de 40 ans.
Deux de ses fils (Unés avaient été tués en combattant. La perte de l'un d'eux fut assez vivement sentie par Turenne pour qu'il la mandât personnellement au roi. Quelques heures après avoir écrit au prince , ce canon chargé de toute élermté enlevait le grand homme à la
(1) Lettres de M»* de Sévigné.
(2) J'avais oublié Taulre^our,
Que le deur marquis tfHooqdncourt
GoDUM épons «fidl accolé Ifademoiielle de Molé»
Loret, tfmr MitoH^, letUe il dn 30 man 4660.
LE MARÉCHAL B^HOCQUINCOUltT. 169
France , et le roi recevait en môme temps la lettre de Turenne ^ la nouvelle de sa mort (1).
GeUe qui seule devait perpétuer ce sang, Marie- Madeleine d'Hocquincourt , jeune , riche et charmante
pupille j avait été confiée à la garde d'un de ses parents, René de Marillac, conseiller d'état ordinaire, et conseiller d'honneur en tous les parlements de France. Ce dernier la maria, en 1694, au marquis de Feuqaières, malgré l'opposition de Tabbé dHocquîncourt, qui redoutait pour l'avenir de sa sœur la arande disproportion d'Age , l'humeur dure et la physionomie peu avenante du marquis. Les chansons du temps n'épargnèrent ni Marillao, ni son protégé.
Feuquières n'est });is Ibrl beau, Cependant on se démène , Pour avoir ce jouvrnronti.
J'en sais la raison cei taine, Mai'illac lassé do la belle, Ne peut se défaire d'elle Sans lui donner un magot.
Je ne veux point de Feuquières, On me prendrait pour un sot , S'il devenait mon beau frère.
Son humeur et sa noire mine Le rendent propre à Proserpine , C'est la lemiue qu'il lui faut (2).
En dépit des quolibets des chansonniers , Talliance
(1) Lettre de M"* de Sévigné, é» M joiilel 1675.
(2) Recueil de chansons du temps. La marquise de Feiiquîères mourul en 1737, dans le mnnusière de Port-Royal , à l'âge de 68 ans. C'estelle qui vendii, vers 1096, la terre d*Hoci|uiiioonrt dont elle avait hériléi
du marquis de Feuquières était digne de rhéritière de l'antique maison de Monohy*
Le marquis de Feuquières deeoendait au vingtdeuxième degré de WaUon de Pas, vivant en 1060. Sa
famille , l'une des plus anciLumes de l'Artois , avait donné à la France Ansel de Pas qui soutint victorieusement l'assaut donné par Saladin au château de Daron , en Ii70« Baudouin de Pas combattit vaillamment à Bouvînes sous les yeux de Philippe-Auguste. Le bisaïeul du marquis fut tué à la bataille d'Yvry. Henri IV en apprenant sa mort s'était écrié : « Ventre St-Gris , j'en suis fâché I La race est bonne, n'y en a-t-il plus? — La veuve est grosse. — Eh bien I je donne au ventre la même pension qu'au père. » La veuve de ce seigneur de Pas était Madeleine de La Fayette ; eelui qui devait jouir de la pension fut le grand-père de notre marc] I lis, Mtinassès de Pas, luoiL si tristement au siège de Thiouvilie , lieutenant général , dont nous avons parlé à l'artide du maréchal de Grancey. Le père du marquis ^ Isaac de Pas y marquis de Feuquières y devint lui-même lieutenant général et rendit comme ambas* hudeur en Suède des services importants h la France.
M. Étienne Gallois a publié , en 1845 , cinq volumes de lettres qui mettent en relief le rûle joué par Manassès de Pas et ses desaendants ^ pendant le cours du XYII" siècle.
Isaac de Feuquières avait eu , dans son gouvernement de Verdun , l'occasion d'apprécier le jeune Bossuet , chanoine de Metz , dès l'année 1640. Son séjour et ses emplois militaires dans les trois évéchés, avaient mis Isaac de Pas à même de connaître à Metz le père de Bossuet et de prendre de la bienveillance pour son
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LE MARÉCHAL d'HOOQUINGOURT. ili
fils. U devint mâme , sans l'avoir peut-être prévu , l'un des premiers auteurs de la réputation du grand évôque. Le marquis parlait souvent à M'^* de Rambouillet et à
son entourage du talent extraordinaire et de la facilité prodigieuse du jeune abbé. Ce fut à sa sollicitation que Bossuet prononça , vers onze heures du soir , à Thôtel de Rambouillet , où il Tavaît présenté , ce £uneux sermon à Toccasion duquel Voiture disait plaisamment V qu'il n avait jamais ouï prêcher ni si tôt ni si tard (1), » faisant une tlonble allusion h l'heure avancée du sermon et à la grande jeunesse du prédicateur.
Quant au mardis Antoine de Feuquières y marié à M"* d'Hooquîneourt y son illustration dépassa celle de . ses ancêtres. Ses importants Mémoires, encore consultés de nos jours , sont souvent cités par Fauteur du siècle de Louis XÎV , à l'appui de ses appréciations sur les guerres du grand roi.
La réputation littéraire d'Antoine de Feuquières était déjà établie de son temps ; car en 1675, M"* de Sévigné donnait sa relation de la mort de Turenne comme la meilleure de toutes celles qui avaient paru. « 11 csi vrai , ajoutait-t-elle , que ce petit Feuquières a un coin d'Arnaud dans sa tète, qui le fait mieux écrire que les autres courtisans. »
Le marquis de Feuquières était, en effet , petit-fils d'Anne Arnaud, cousin germain d'Arnaud d'Andilly, et proche parent d'Arnaud, marquis du l'oaipone, protecteur de toute la famille. La mère d'Antoine de Feuquières était Anne-Louise de Grammont, sœur du maréchal de ce nom.
(1) De Beannei, Uiêtwred* Bmiut,
Le fils unique ri(^ du mariage du marquis de Feuquières avec M'**" d'Hocquîncourt , du nom d'Antoine ccmune lui , fut colonel du régiment de Bourgogne. Étant mort fort jeune et sans alliance, sa sœur, Pauline Corysandre de Feuquières , devint l'unique héritière des biens des familles d'Hocquincourt et de Feuquières. Elle fut mariée au marquis de Soyecourt.
Ainsi s'éteignirent ces deui noms, qui avaient brillé d'un si vif éclat.
Une descendante des Soyecourt, ayant épousé vers la fin du siècle dernier le comte de Sainte-Auiaire , fut mère de M*"" la duchesse Decazes qui, devenue propriétaire des lettres dont nous venons de parler, les a confiées pour les publier à M. Étienne Gallois (1).
(1) Introduction aux 1** et f vol. de» Lettres des Feuquiëras.
Li JlAliiGiiAL DX CASTELNAU,
Cheralior des Ordres da roi.
Nous avons vu Charlotte de Médavy, seconde fille de Pierre I" et de Charlotte de Fervaques , épouser , en 16iûy Jacques de Castclnau, chevaUery baron de JonviUe, seigneur de Mauvissière et autres tieux.
Le Père Anselme fait remonter la généalogie de cette hwS&e à Pierre de Gastelnau , écuyer de l'écurie du duc d'Orléans, depuis Louis XII.
Le beau-père de Charlotte de Médavy était ce célèbre Michel de Casteinau, baron de Jonville, puis comte de BeaumonMe^Roger, chevalier de l'Ordre du roi, auteur de précieux Mémoires sur les r^es de Henri II , François H, Charles IX, Henri III et Henri IV. Michel de Castelnau avait en effet rempli sous ces cinq règnes de nombreuses et importantes missions.
Après la mort de François II « c'est à Michel de Gastelnau que fut confié le soin de ramener en Écosse l'infortunée Marie Stuart , à laquelle on le donna pour conseiller. Il combattit pour elle à la bataille qu'elle gagna sur le comte de Uuntley , et sut pénétrer si
avant dans sa confiance qu'eUe le chargea de négociations délicates auprès de sa fière rivale, Ëlisabeth d'Angleterre.
Catherine de Mériu is (jui, raconte Mézeray, « roulait toujours de vastes et chimériques desseins dans sa tête, avait pensé de rechercher pour son fils Charles IX , la reine Marie Stuart, veuve de son frère. Cette tentative ayant échoué, elle songea à la reine Élisabeth d'Angleterre. Les négociations duraient depuis près de deux ans , quand laitière fille de Henri Vlll r6i)ondit à Michel de Castelnau , notre ambassadeur , que le roi de France était trop grand et trop petit ^ trop grand roi pour aller demeurer en Angleterre, et trop jeune pour elle qui avait 38 ans. »
Apres plus d'un an de séjour, tant en Ecosse qu'en Angleterre, Michel de Castelnau revint à la cour de France, où il reçut le meilleur accueil. Mis à la tête des troupes de Bretagne, en Normandie , il y prit une part considérable à la guerre contre les Huguenots. H eut principalement à lutter contre le célèbre baron de Colouihières, François de Briqueville , qui , après avoir servi avec honneur sous François I*', Henri II, François U et Charles IX, finit par embrasser le parti des calvinistes, et se fit tuer sur la brèche avec ses deux fils, en défendant St-Lo contre l'armée royale (1).
Michel de Castelnau, fait prisonnier par le baron de Colombières , l'ut conduit au Havre, d'où il rejoignit bientôt au siège de Houen le roi , qui avait payé sa rançon.
Henri lU, voulant déjouer les menées des protestants
^1^ Ou \oi! oiifoie <V' nns jours le château de Colombîètes , situé entre Ba^eui et bl-Lo, avec ses lours, ses fossés cl ses mâchicoulis.