‹ Familles illustres de NormandieChapitre 19 sur 50 · LE COUTE PIERRE H DE ORANGET · texte numérisé non relu

LE COUTE PIERRE H DE ORANGET

cassé d'un coup de mousquet, en faisant travailler à la tranchée devant Orsoy , sous les yeux de son âouverain. Cette campagne fut la dernière du comte de Graneey.

Ses nombreuses blessures lui avaient sans doute rendu nécessaire un repos acheté au prix d'une carrière brillamment inauguiée et trop tôt interrompue.

Nommé en 1679 , après la mort du marquis de Graneey, son frère, gouverneur de la ville et du ch&teau d'Argentan , il passa dans ce gouvernement les vingtcinq années qui lui restaient encore à vivre.

Le comte de (irancey affectionnait tout particulièrement la résidence d'Argentan , située dans le voisinage de Médavy. Il finit par abandonner le chÂteau de Graneey à son fils atné, depuis maréchal de France.

A peine arrivé dans son gouvernement , le comte de Graneey s'occupa de Tembellissement de la ville. Depuis longtempb déjà, les fossés des fortifications no servaient plus à leur destination primitive. Le nouveau gouverneur eut ridée d'utiliser la portion de ces fossés qui longeait les murs du chAteau , pour en &ire une promenade publique. Le terrain « naturellement en pente, fut nivelé à grands frais et recouvert d'un sable fin. Une terrasse avec parapets occupait chacune des extrémités : celle d en bas donnait sur la rue du Beigle , qu'elle dominait de six pieds ; l'extrémité supérieure était au contraire en contre-bas des terrains avoisinant la place Mahé. Deui contre-allées de tilleuls , formant berceau , accompagnaient l'avenue centrale et offraient un charmant ombrage aux promeneurs.

Une partie du château ducal , servant de résidence au gouverneur , faisait saillie sur les fortifications : le comte la fit raser et la convertit en terrasse. 11 pouvait ainsi

jouir , sans sortir de l'enceinte du château , de l'agréable vue qu'offrait ia promenade , perpétuellmeiU honorée de toute la nobUoe des étuœ tefloet (i).

H manquait au gouverneur ce que Lautour-Montfort appelle un cabinet de plaisance : void comment il y fut pourvu. La belle chapelle St-Nicolas , fondée en 1373 par Pierre 11 , comte d'Alençon , n'était séparée du château que par une faible distance ; le gouverneur Ty fit rdier par une galerie qui a depuis longtemps disparu. La chapelle de saint Gôme et saint Damien, qui occupait le premier étage du pavillon du «Mteau r^rdant la ville , devenait alors inutile. Cette chapelle, fondée en 4135 par Henri roi d'Angleterre et duc de Normandie , fut donc supprimée , et son revenu fut joint à la dotation de St-Nicolas.

Ce changement dut avoir lieu vers 1690 , car Thomas Prouverre nous apprend qu'avant cette époque la cha» peUe St-Nîcolas , se trouvant dans le plus triste état , servait de magasin à fourrages. Le naïf chroniqueur a pris soin de nous faire connaître les circonstances qui donnèrent lieu à la restauration de la chapelle. £n 1689^ quelques pieux ecclésiastiques ayant pressé aux écoliers en philosophie de former entre eux une congrégation de la Sainte-Yierge , plusieurs habitants demandèrent à y être admis. On songea à la chapelle St-Nicolas pour en (aire le siège de l'Association ; le duc de Vendôme ,

(1) Les beaux ormeaux qui ont disparu i! y a une vingtaine d^années ne dataient point de cette, époque. Ils avaient été plantés lors de la festauntioft do «onn, opérée de 1759 II i758» mr k» pitiit grabiiU de Lautoar-Hoiittort» qui nous tramnel cet détalb. Ifooe nooi toaresMOs d*j avoir vu ettadier, en iSSO, lesdievaiu detgaidesduMiiis, londue^onrà Afgenttn du rai GInilesX, ftrtant pour r^l.

le' COMTE PIERRE II DE GRANCBT.

seigneur engagiste du domaine, donna sans peine son agrément au projet , et le 5 mars 1690 , la chapdle, restaurée aux frais de la congr^tion , était bénite par l'alibé Hérouard , petît-fils de Thomas Prouverre (1).

Le comte de Grancey fit encore d'autres additions au château. E se fit autoriser à bâtir une maison (2) sur l'emplacement des fossés de la ville , entre la tour des Étampes et le donjon , et y joignit plus tard un jardin oontigu, que lui cédèrent les héritiers de Luc Viél, écuyer (3).

Au mois de juillet 1682 , h Foocasion de la naissance du duc de Bourgogne, la ville d'Argentan voulut s'associer à la joie umvei\<eUe par des fêtes publiques,

(1) La chapelle St-Nicolas» depuis longtemps abandonnée, est sur le point de disparaître pour faire place aux constructions du nouveau palais de jastice* Il est rq;rettable qu^on ne cherche point plutôt à utiliser son beau ndmBu pour y imtaOer quelque annexe dn pabto, pour leqnd en traafenill ftcfleincnt no cmplieement anid WBUtgieaau

(S) Cette mniaon , que ron appelait ta «ftnrtte, Qoae ne satow trop ponnpioi, Mnit probalilanent k loger Fkançois de Chantelon, rieard*Abbe» fOle. nommé en iSSS lieutenant de rai des fille et chfttean. Le oomle semble ravoir InlHuême habitée, car Lantonr-llontibit nens apprend fn*II monnit dans la maison du lieutenant de roi.

Les Jésuites l'acquirent à mort, aver quelques terrains voisins, pour y fonder un établissement; mnis m projet n'eut jininf fie snitf^ , qnoique les PP. eussent, pour plus de sûreté, ililiriu de la marquise de Grancey, Teuve de ravanl-dernier gouverneur, une concesiion sur laquelle elle ne semble avoir eu aucuns droits.

(3) Ce Lne Vld» sienr dn ffeel, d%piès Lauloap-llontiMt , était an exempt des gardes qui, en récompense de ses serviees* obtint dn roi, en 16SA, la donatioo des terrains préeédeanmemeocupéspar les fossés et murailles dn donjon et dn cfcàlean. Nous crojons qae ee peisonnsfe' n^étalt anlie ipie Lncee Vid, slenr des Parquets, anebli en iSSé comme associé delà flotte du Canada, demeurant à St-Germain-en-Laye , eu quaUté de commissairo ordkaire de l'artillerie. Àtmuairt de CBure pour ISéd,

S14 LES GRANGET DANS LES ABJIÉBS.

dont Thomas Prouverre et le Mercure galant nous ont laissé la pompeuse description (1). Tout le monde prit les armes ; il y eut le soir de grands feux allumés dans les rues, avec aooompagnement de fusées, bottes, couleuvrînes et mousquetades. Le comte de Grancey servit un grand festin à tous les officiers de la. ville. Les bourgeois suupèrent en grand régal dans les rues , à la lueur des feux. Le vin valant alors douze sous le pot, la ville paya le quart de deux pipes, pour que chacun pùt s'associer à l'allégresse générale.

« M. le comte de Grancey, gouverneur d'Aigentan, nous dit le Merewre galant , y fit faire les réjouissances publiques le dimanche 23 août. Toute la bourgeoisie sous les armes alla le prendre au château , où s'était rendu tout le corps de justice et quantité de noblesse et le conduisit à TégUse St-Germain. Le Te Dwm fut solennellement chanté en musique avec différents motets. Au sortir de là, le comte alluma le feu de joie préparé dans la place d'armes. Le bruit de toute l'artillerie de la ville et du canon du château se mêla aux décharges que firent trois M& les mousquetaires. Us remenèrent M. le gouverneur dans le même ordre jusques au chAteau, qui fut édairé le soir dedans et dehors d'une infinité de lumières sur les balcons et sur les leiiêtres. Il donna un magnifique repas dans la grande salle h quantité de personnes considérables , gentilshommes, magistrats, officiers de la ville et du voisinage, et après qu'on eut soupé, il fit jouer un

(1) • A VemiUet» nom dit IWé ét Cluisy • on devint pveiqae km ehacon se damait la liberté d'embrasser le nd..**. le bat peuple paraissait bon de sens; on disait des feux de joie de tout, kl porienn de dMise btA* leknA lunilièieiaeût la chaise dflcée de leur ■MUreai&.... •

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