‹ Familles illustres de NormandieChapitre 20 sur 50 · LE COMTE PIERRE II DE GRANCEY. SUS · texte numérisé non relu

LE COMTE PIERRE II DE GRANCEY. SUS

feu d*artîfice dressé sur une terrasse qui donne sur le cours, et composé de bottes, roues h feu, lances et

fusées volantes

« La fête fut continuée le lendemain au ( hâteau , où M. le gouverneur, en présence des dames et de toutes les personnes distinguées , fît faire la curée d'un gros cerf qu'il avait pris. C'était un plaisir de voir cent des meilleurs chiens qu'il y ait en France , dont sa meute est composée , démembrer et manger ce cerf au son de vingt cors de chasse (4). »

Comme on le voit, Pierre de Rouxei aimait passionnément la chasse. Sa meute , composée de cent des meUlsurs ehioM qu'il y eût en Francê, était appuyée par vingt cors et devait faire grande figure. Le voisinage de la forêt d'Argentan , de tout temps si renommée pour les bêtes fauves et le gros gibier, lui permettait de se livrer fréquemment à son délassement favori. Le marquis de Grancey, son prédécesseur dans le gouvernement d'Argentan , n'ayant point le même goût que son frère atné, la forêt s'était peuplée d'une grande quantité de cerfs. A peine le comte fiit-il mis en pos^ session de son gouvernement par la mort du marquis, arrivée en 1679 , qu'il s'empressa de former sa magnifique meute, et pendant les années 1684, 1685 et 1686, plus de deux centi cerfi furent forcés par son équipage.

Les étangs de Silly étaient la plupart du temps le théâtre des exploits de cette meute. Le 4 1 décembre 4686,

h 3 heures d aprù^-raidi , le cerf étant venu comme à l'ordinaire se faire prendre dans l'étang inférieur de Silly ,

(i) HUrture gfUaHtf novaibre iSSS, p»

216 LES 6RANCEY D4NS LES ABHÊES.

en présence de tous les chasseurs , trois serviteurs du comte montèrent dans une mauvaise barque pour aller le chercher et le ramener à la rive. La barque ayant ' chaviré , ils furent tous noyés, sans qu'on pût leur porter

sec.uurs. Plein d'anxiété , le comte leur criait : « Mes pauvres enfans invoquez Juaus et Marie. » Le lendemain , leurs corps ayant été retirés de l'eau , ils furent inhumée par les religieux de SiUy dans le cimetière de Tabbaye (i).

En 1683 y le gouverneur avait été parrain de la première cloche de St-Martin d'Argentan avec la marquise deGrancey,sabelle-so 111 , veuve du précédent gouverneur.

Thomas Prouverre nous parle d'une petite émeute qui eut lieu à Ai^entan en 1691, à l'occasion d'une querelle survenue entre les gens du comte de Grancey et les Irlandais réfugiés à Brest. Ces soldats, nom- * breux et indisciplinés, avaient été envoyés, avec d'autres troupes , pour observer les côtes de Normandie , sur le bruit d'une descente projetée par le prince d'Orange; car c'est le triste privilège des deux nations d'exciter à tour de rôle les craintes de leurs voisins par ces alertes, le plus souvent dénuées de fondement.

Au printemps de l'année suivante , cette armée d'observation était portée de 25 à 29,000 hommes, et le commandement en était confié au vertueux maréchal de Beilefonds , dont la piété édifia toute la ville d'Argentan , pendant le court séjour qu'il y fit au mois de mars 1692. Le comte de Grancey fut un des commençaux du maréchal, logé chez M. de Bélzais, curé d'Argentan (2).

(1) llàmuerit de thonu Pnmmiei (9) Ibld.

LE COMTE PIERIIX U DE GBANGEY.

Le comte Pierre II de Grancey mourut à Afgentau le 20 mai 1704 , à l'âge de 78 ans. Son corps fut

déposé pendant quarante jours dans l'église St-6ermdn de cette ville , et de là transporté à Médav7 dans le caveau de ses ancêtres.

Voici en quels termes peu flatteurs Saint-Simon rapporte la mort du comte dans ses Mémoim: « Le vieux Grancey mourut en même tempe et au . même âge (que la duchesse de Yemeufl morte à 82 ans, ce qui est manifestement une erreur), marié pour la quatrième fois depuis six semaines. 11 était lieutenant général depuis la paix des Pyrénées (1). En ce tempslà on allait vite, puis choisi ou laissé (2), et c'est ainsi qu'on &it des génératut utiles et non pas des gens usés dont le corps ne peut plus aller. Gelui'-ci était demeuré depuis obscur et dans la débauche , toujours chez lui en Normandie et sans avoir rien de recommandable que d'être le fils et le père de deux maréchaux de France (3). n

Ce jugemént nous semble bien sévère , et s'il n'est malheureusement pas tout à fait sans fondement , Il peut au moins être considéré comme entaché de cette exa- ?é ration qu'on rencontre trop souvent, chez le noble écrivain.

Gomme le dit Saint-Simon, le comte de Grancey venait de contracter son quatrième mariage lorsqu'il îai surpris par là mort. C'est ici l'occasion de parler de ses nombreuses alliances.

(1) ntm 9nm wu «lull VéMt depuis lifiS.

(S) n le ftUaitbiCB* quand m était criblé de bkssuiek

|S) Saiot-SiiDOii» t m» ^ 79.

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218 LES aiUNCEY DANS LES ARMÉKS.

A une époque où la oour et la ville reteûtissaient des prouesses galantes d'une brillante pléiade de coui^ tisans, le comte de Grancey, à peine âgé de 25 ans, fils aîné du maréchal et chef d'une iainille puissante autant que renomnnée, connu lui-même par son intrépide valeur qui lui avait valu si jeune le grade de maréchal de camp, joignait à tous ces avantages les dehore séduisants dont la plupart des siens avaient le rare privilège.

H ne fout donc pas s'étonner s'il prit une large part aux galanteries dont cette époque fut comme la suprême expression. Sa liaison avec Bussy-Rabutin , qui devint son allié, et qui devait plus tard lui offrir un asile dans une circonstance critique , suffirait pour expliquer maint épisode de sa vie aventureuse. Le brillant marquis de'Vardes, le séduisant comte de Guiche, le marquis de Sévigné , le duc de Villeroy formaient avec Bussy un dangereux entourage.

Les galanteries du comte de Grancey ne furent pourtant point toujours frivoles, et dès cette époque il songeait au mariage. Nous en trouvons la preuve dans les gazettes du temps, La première qui reçut ses voeux et fut sur le point de devenir sa femme, M"* de Palaizeau, était alors très-recherchée. Au nombre des rivaux du comte auprès de la belle jeune fille, se trouvaille marédial de L*Hospital , dont Loret nous dit :

Sachez que Van lui donne aussi , La Beuvron, Palaiseau, de Tresmes , Dont les mérites sont extrêmes (i).

(1) Lont, MiiM historié lettie tS dn 1« juillet 1S51*

h& CÛMÏË PiERKE 11 DE GHÂNGEY. 219

lie mariage de Pierre de Gnincey avec AP^' de

Palaîzeau, sur le point de se conclure , fut rompu par la famille du comte , comme n'offrant pas les avantages qu'on en avait d'abord espérés :

On m'apprit , Fautre matinée , Que l'hymen ou him Illyménée Du flls de M. de Granc«f , Était absoltunent cassé ;

I] en voulait , ce damoiseau

A l'infanln de Palaizcau , Mais cela ne s'est pas fait, pour ce Qu'elle n'avait pas dans sa bourse Les cent mille livres comptant Qu'on avait promis en traitant (1).

Vers la même époque, le comte de Grancey était vivement épris d'une jeune lille qui devint bientôt un moment célèbre sous le nom de duchesse de Roquelaure.

Gharlotte^Marie de Daîllon, fille du comte du Lude,

attirait alors tous les liummages dus à son éclatante beauté. Le jeune duc d'Anjou , frère du roi, n'était pas le moins touché de ses charmes. Fort heureusement pour le comte de Grancey , sa recherche ne fut point agréée :

Le jeune comte de Grancey, Étant sensiblonent blessé Des yeux de la beUe du Lude

(1) Loret, Mut kktorique , lettre t7 <hi 9 juUJeC 1851. TndsaiiB après , H*** de PaUdseMi éponnlt le dac dYHval, grand écuyer de là reine, de la lànille des B«liune-8«liy. — Itid^ 1. Al du 10 oclobie 165A.

Ses soins d'amour jiisques ici N'ont pas encore trop réussi (1),

Peu de temps après, la belU du Lude épousait ce &meux due de Ro^elaure qui s'est acquis par ses bons mots et ses bouffonneries une réputation popu* laire. Leur bonheur ne fut pas de longue durée. Une année ne s'était pas écoulée depuis leur mariage que, compromise par les assiduités du dangereux comte de Vardes, la duchesse de Roquelaure succombait aux remords d'une coupable passion , suivie d'un prompt et cruel abandon (2)«

La vie des camps arracha pendant deux ans le comte de Grancey aux séductions de la cour.

II venait d'être fait depuis quelques mois lieutenant général des armées du roi , lorsque , dans les premiers mois de i 654, il épousa Henriette de La Palu-Bouligneux, fille de haut et puissant seigneur Jean de La Palu , comte de Boulîgneux etdeHeîUy , baron de Ghandenay, seigneur de Plantay, La Poispe, Arnay-le-Duc, etc., et de haute et puissante dame Gabrielle de Damas- Thianges.

Leur contrat de mariage fut passé le 6 avril 1654 (6 juillet d'après Lautour-Montfort) au chAteau de Ghalencey , en Champagne , devant François Guillet, notaire à Langres.

Pierre de Rouxel était assisté de François de Médavy, alors évôquc de Séez , depuis archevêque de Rouen , son oncle et son tuteur , en l'absence du maréchal , son

(1) JfM« hUUiHqWt lettre tS da Si «fril 165S.

(i) Walekenafr, Mémoim mr M-« de SMgûè, V* partie, p. SSS.

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