‹ Familles illustres de NormandieChapitre 29 sur 50 · LE V MARQUIS DE GRANGEY · texte numérisé non relu

LE V MARQUIS DE GRANGEY

La dépouille mortelle du marquis de Grancey fut transférée du château d Argentan, où il était mort, dans le caveau de Médairy, à côté de ses ancêtres.

Le marquis de Grancey avait plus â*un point de re^ semblance avec le maréchal son père.

Élevé à cette dure école qui donna à la France les Jean Bart , les Duquesne, les Tourviîle, mêlé comme eux aux luttes qui illustrèrent notre marine sous le règne du grand roî, gr&ce à la forte organisation de Colbert, il parli^^it quelques^ns des travers de nos plus célèbres oaarins. Négligé dans sa tenue, rude et inculte dans son langage, il cachait sous ces dehors peu séduisants une âme haute et fîère, un esprit vif et pénétrant. Pas plus que le maréchal , il ne semblait propre à jouer le rôle de courtisan ; comme lui aussi, il se permettait des réparties dont la naïve brusquerie tranchait au vif sur le langage apprêté de la cour. Étant un jour dans Fantichambre du roi, auquel il allait rendre compte d'une expédition sur mer, il se trouva avec deux maréchaux qui semblaient regarder d'un œil moqueur son accoutrement de marin, plus imprégné de l'odeur du goudron que des parfums à la mode. Le mot malsonnant de palefrenier ayant frappé son oreille : — « Palefrenier ! soit I dit le marquis, et tout prêt & vous étriller (1). »

Parfois ses réparties étaient plus fines sans être moins piquantes. Un plaisant avant remarqué qu'il n'avait point de carreau pour s'agenouiller, lui jeta son manchon ; car les hommes en portaient alors aussi bien que les femmes : — < Monsieur, lui dit-il , vous m'aves jeté le chat aux jambes (2). »

(4) Lautour-Montrort, Généalogie manuscrite, \2) Menagiana, t. 1", p. 195,

â62 « LES GRANCaST BANft LES ABHÉES.

Avant de parler du mariage et de la postérité du marquis de Grancey, nous ne pouvons passer sous silence un curieux épisode de sa jeunesse dont notre contrée fîit le théâtre» et qui eut alors un assez grand retentissement.

Au mois d'août l(io9, pendant que l'évêque de Séez, François de Médavy, son oncle, accompagnait le cardinal Mazarin dans son fameux voyage des Pyrénées, où fut négocié le mariage du roi , le marquis de Grancey» privé de la salutaire direction du prélat, conçut le projet de la folle entreprise dont un contemporain nous a transmis le détail (1).

Parmi les voisins du marquis de Grancey, se trouvait la marquise douairière de Nonant et ses deux filles, dont il nous £aut dire quelques mots avant de commencer notre réât.

Érigée en marquisat dans les premières années du XVII* siècle, Tancienne baronnie de Nonant, située dans

rélection d Argentan, au diocèse de Lisieux, appartenait depuis longtemps aux Le Conte, barons, puis marquis de Ponant.

La branche des Le Ck>nte de Nonant s'était éteinte depuis quelques années seulement, en la personne du fils unique de notre marquise deNonant, François Pompo&ne Le Conte , marquis de Nonant , baron de Beaumesnil , lieutenant pour le roi au gouvernement des bailliages d'AJençon et d'Évreux, mestre-camp d'un régiment de cavalerie. Ce dernier marquis de Nonant, très-riche héritier, jeune et brillant courtisan, avait épousé, au mois de m^i 1651, M"* de Lyonne,

^1) Jownal inédit de M« de BroMard.

LE f MARQUIS DE GRANCEY. * 263

Ayant, sans en rabattre hen, S^t cent nulle livres de bien (1).

M*'* de Lyonne n'était pas seulement recherchée pour

sa dot : sa merveilleuse beauté pouvait se passer de cet appât, et le marquis de Nonant avait eu à lutter contre plus d'uD rival éconduit. Le comte de Selle , l'un des concurrrats malheureux du marquis de Nouant, conçut un si vif ressentiment contre ce dernier, qu'il le provoqua en duel peu de temps après son mariage. Le marquis sortit sain et sauf de ce combat; mais, peu de temps après , il mourait , âgé seulement de vingt ans et sans postérité.

Catherine de Lyonne, sa veuve, épousa en secondes •noces François de Rohan , prince de Soubise, lieutenant général des armées du mi , mort en 1712 , à l'Age de

quatre-vingtpun ans (2).

A la mort du marquis de Nonant, ses deux sœurs héritèrent de sa grande fortune. L'une d'elles , Catherine Le Conlede Nonant, épousa le 2 octobre 1660 liérard Bouton, comte de Chamilly, et eut en partage le magnifique chfttean de Beaumesnil, que Ton admire encore dans l'arrondissement de Bernay (3) .

L*aiitre sœur de Pomponne Le Conte , devenue propriétaire du domaine de Nonant , 1 apporta en mariage au marquis du Plessis-Ch&tiUoo, et ce dernier prit à son

(1) Loret, AfiiM Mnwiqtte,

(2) (Tétait eette telle iwinoeHe àe Soobliei trèMiTant dan» les Imhmm» grêeei d« roi Louis XIV, «ni éleia ai hant la tetnne de sa maison.

(S) Passé sneeessiTonient, par allianoe , des Harld auk BéUmne-Charost Ctam MOBtmorenqr, ce château apuarUcnt aujourd'hui au comte Rodolphe de Maistre, flls du célèbfe écriTain, qui l'a recueilli dans la sueossiioD du due de Lafal«liontaBOieiMj, nuwt il y a peu d'années*

264 L£S GtlANCEY DANS LES ARMÉES.

tour le titre de marquis de Nouant, que ses descendants continuèrent à porter (1).

La maïquiûC douairière de Nouant , quoique mère de trois enfants et parvenue à la aiatuiiLc de l'âge , était elle-même assez recherchée à l'époque du mariage de son fils, car Loret nous apprend que le maréchal de L'Hospital fut sur le point de Tépouser en 1681. Nous savons encore , par Fauteur de la Muse hUtorique, la grande %uie qu'elle faisait alors tant à la cour qu'en province :

Et la marquise de Nonant Qui se pique de grand ménage, Tant à la ville qu'au village.

Rien d'étonnant que le voisinage d'une aussi cliarmante société ait fréquemment attiré le marquis de Grancey. Le château de Médavy n^étaît en effet éloigné de Nonant que d'une faible distance.

Une des filles de la marquise, nous ne saurions préciser laquelle, avait surtout été l'objet des soins du jeune marquis. Loin de repousser ses vœux , M'" de Nonant les avait , parait-il , encouragés jusqu'à lui promettre de l'épouser ; mais il fallait le consentement de sa mère, et celle-ci le refusait absolument. Void ce qu'imagina notre marquis pour y suppléer.

Il se trouvait alors au cMteau de Médavy avec la

(«} Les du Pteasb-CliAtElh», désomais acquis à notre pa;s, j contractèfenl pituleun alliances. Nous avons parlé allieuts de celle des Gantier de GhIliirevUle, aiqoiinrbai représentés par les Cfaolsenl-Pnislla. De i72S ft €750^ deux maninis de Nonant de oetle funille Airent sovwiiears d'Argentan. Vers la même époque, Lonise du Piessis^CliMiUoo était ablicsse de Vignals.

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