‹ Familles illustres de NormandieChapitre 30 sur 50 · LE 1^ MARQUIS DE GRANGET · texte numérisé non relu

LE 1^ MARQUIS DE GRANGET

meilleure partie du régiment de Grancey-infanterie, dont le comte Pierre II, son frère aîoé, s'était démis eu sa fkvear^ au mois de mars précédent. Il épia le moment oft la mère et la fille allaient faire une visite dans les environs, arrêta leur carrosse , et, croyant sans doute sauvegarder ainsi l'honneur de celle qu'il destinait à être sa femme, il les enleva toutes les deux et les conduisit dans son château de Médavy.

L'alarme s'étant répandue parmi les amis de la fisimiUe de Nouant y le siège du château de Médavy fut bientôt entrepris par une petite armée , qui ne comptait pas moins de 200 chevaux. Mais la famille du (iraiicey était puissante dans le pays , où ellf nvait beaucoup de partisans ^ et il ne fut pas difficile au marquis d'appeler à son secours de nombreux défenseurs.

Le marquis de Grèvecœur et le comte de Rabodanges, son fils , eurent bien vite rassemblé une foule de gentilshommes de la contrée , parmi lesquels se trouvaient les deux fils de M. de Brosâard, auquel nous devons la plupart de ces détails.

En peu de temps^ plus de 2,000 chevaux se trouvèrent réunis à Médavy , et Ton allait en venir aux mains quand le comte de Matignon , arrivé lui-môme sur les lieux avec une centaine de chevaux , fut assez heureux pour accommoder l'affaire. Il dut, sans doute, le succès de son intervention aux bonnes relations qui l'unissaient au maréchal de Grancey, père du marquis; car le duc de Longueville , gouverneur de la province , qui avait envoyé le capitaine de ses gardes à Médavy , avait vu son autorité méconnue.

L'arrangement proposé par le comte de Matignon et accepté par le marquis consistait à conduire M^" de

Nouant à l'abbaye d'Almenesches , située dans le voisinage, et à la confier aux soins d*^ Tabbesse Marie-Louise de Médavy, sœur du marquis. Là elle pourrait recevoir les visites de M. de Grancey^ sans blesser la bienséance. Quant à la marquise de Nonant , elle devait retourner ehez elle , aprè$ awir reçu le9 eiviUUs du marquis pour V entreprise qu il avait faite {{).

Un arr^t du Parlement vint mettre fin à cette espèce de séquestration et rendre la liberté à M''' de Nonant.

On a vraiment peine à comprendre comment une semblable équipée , loin de soulever la réprobation ^ trouvait, au contraire, de nombreux et zélés complices. La grande jeunesse du marquis de Grancey serait à nos yeux une excuse bien insuffisante , si le souvenir des intrigues de la Fronde n'eût été encore si récent.

Les aventures de cette sorte n'étaient, en effet, point rareé au temps de la Fronde, témoin Tenlèvement odieux de la vertueuse M" de Bfiramion par Bussy- Rabutin. Le duc de Longoeville passait même pour les favoriser dans son prouvernement de Normandie , et beaucoup affectaient de ne voir dans ces violences qu'une forme de galanterie.

Au mois de novembre de la même année 1659 , Le marquis de Grancey se trouvait encore, avec une partie de son régiment , au cbftteau de Hédavy , lorsque se passa, dans les rues d'Argentan , la scène tragique dont nous avons parlé ailleurs , entre Nicolas de Heudey de Pomni;iiiivilie et un autre gentilhomme de la contrée. Averti par M. du Four du Saussay , chez lequel M. de Pommainville avait cherché un asile contre ses lâches

(I) Journal inédit de M. de BroanitL Odolant Desnos.

Digiiizixi by Coogle

agresseurs, le marquis de Graneey accourut à la tête de 30 ou 4û cavaliers et parvint à soustraire M. de Pommainvilie à la fureur de ses adversaires. Le marquis prit la défense de M. de Pommainville avec d*autantplu8 d'ardeur que ce dernier avait épousé , vers i^l , Charlotte Le Conte de Nonant , qui devait toucher de trèsprès à celle dont il recherchait l'alliance , si ce n'était sa propre sœur (i).

lie marquis de Graneey » hAtoos-nous de le dire , n'époosa pas liT^* de Nonant, et ce qu'il y a de plus piquant, ce qui montre combien peu de pareilles entreprises atteignaient la considération de leurs auteurs, c'est que le marquis de Rabodanges , qui l'avait si vi- - goureusement soutenu dans cette triste expédition, lui donna plus tard la main de sa sœur.

Nous avons vu , en parlant du troisième mariage du comte Pierre II de Graneey , frère atné dn marquis , qu'on avait d'abord songé à lui fiiire épouser en 1672 cette demoiselle de Laval lée-Corné , qui ne parvint jamais à obtenir le rang de curatesse de Graneey, auquel elle semblait avoir droit. Le marquis se trouvant alors en mer, son frère aîné lui (îit substitué, comme nous l'avons raconté.

Le 25 janvier de l'année suivante, il épousait noble daaie Jeanne-Aimée de Rabodanges , fille de haut et puissant seigneur René, marquis de liabodanges, et de Madeleine-Claude de Idartineau dé Thuray.

Nous ne pouvons nous dispenser de parler avec quel-* qoes détails de la bmille de Rabodanges, à plaquelle le marquis venait de s'allier et qui habitait notre contrée.

(1) Voir notre Hûtoire de Sévigni, pages 283 et suit.

Cette famille, d'origine flamande, conserva la terre de Rabodanges , située aux environs de 8t-()mer , jusqu'au traité de Gambray , sous FVançois I" (1).

Le premier des seigneurs de Rabodanges dont il soit fait mention fut Claude de Rabodanges, chambellan du roi François 1" et son conseiller d'état. Claude de Rabodanges suivit le vaillant Lautrec en Italie dans sa dernière expédition contre le royaume de Naples. Rabodanges, capitaine des gardes de Lautrec, fut nommé gouverneur du chftteau de L'Œuf. Son illustre mattre ayant succombé dans cette dernière campagne à l'épidémie qui ravageait la ville de Naples , Rabodanges, inconsolable de sa perte, se retira du service et vécut loin de la cour, jusqu'au jour où, dans un âge très-avancé, il vint recevoir à Poissy, du roi François II, le grand cordon de l'ordre de St-filicbél. D obtint en outre le gouvernement de Meulan.

L'origine quasi-royale que Claude de Rabodanges lirait du mariage secret de son père avec la mère d'un roi est racontée ainsi par Brantôme : « La reine Blanche (2) vint à espouser son maistre d'hôtel qui s'appeloit le sieur de Rabodanges , ce que le roi , son fils, pour le commencement, trouva fort estrange, mais pourtant, parce qu'elle estoit sa mère, il excusa et pardonna au sieur de Rabodanges pour Vavoir espousée, en ce que le jour, devant le monde, il la servoit toujours de maistre d'hôtel , pour ne priver sa

mère de sa grandeur et majesté qu'elle s'en ser-

viroit ou de valet ou de maistre , remettant cela à

(1) Chrétien , AlTnanach argenlenais pour 18^2. (S) On appelait ainsi les veiiiea douairières, {laioe <ia*eUee portaient le deuil eu blanc.

Page 1