LE I**" MARQUIS DE GRANCET
leurs discrétions et volontés de Tun et de l'autre ; mais pensez qu'il commandoit, car quelque grande qu'elle soit, elle est toujunrs subjuguée par le supérieur, selon le droit de la nature et de Tagent en cela. Je tiens ce conte de feu le grand cardinal de Lorraine dernier, lequel le faisoit à Poissy au roy François II, lorsqu'il faisoit 18 chevaliers de Tordre de StrMichel (1). »
Quelle était la reine qu'épousa secrètement le seigneur de Rabodanges ? Brantôme ne la nonune pas : ce pourrait être Louise de Savoie, mère de François P', mais c'est plus vraisembablement la duchesse d'Orléans, mère de Louis XII , qui en effet, dit le commentateur de Brantôme, avait épousé un de ses domestiques y nom sous lequel on désigna longtemps les officiers de la maison des grands.
Claude de Rabodanges épousa Jeanne de Cinerieu , dont il eut Louis de Rabodanges , gouverneur de Meulan après son père , en 4845.
Louis de Rabodanges eut, de Jeanne de Silly, François, comte de Rabodanges , seigneur de Crèvecœur , chevalier des Ordres du roi , l'un des principaux chefs des Calvinistes normands, homme d'une bravoure éprouvée (2).
François de Rabodanges épousa, le 4 août 1^68 , Anne d'Oilliamson qui lui apporta en mariage la terre de Culey-sur-Orne , située dans les environs de Falaise, non loin de la ville d'Argentan, et connue plus tard sous le nom de Rabodanges.
De ce mariage naquit Louis n de Rabodanges, ca-
(1) Brantôme, L lU, éd. <!« Lahayei 17A0, p. SA.
(S) Glivétieii, Muumadt orgmiMeiuâ$ pour iSASi |i» 197«
270 LES GfUgSfCEY PANS LBS AfiUÊ^.
pitaine de 50 hommes d'armes et chevalier des Ordm du roi, marié en 1598 à Catherine d'Angennes.
C'e$t en faveur de leur fils» Um» UI de Rabodasges , que fut érigée en marquisat , sous le nom de Rabodanges , la terre de Culey-suM)rne , apportée à son grand père par Anne d'Oilliamson. Les lettres patentes de cette érection, en date de juillet i649 , furent enregistrées en la cour des comptes de Rouen au mois de mars 1651.
Louis UI de Rabodanges avait épousé, m 1633 , Marie de Lonchamp , dame de Fumichon , fiUe de Jean, baron d'Évilly , et de Fumichon , chevalier des Ordres du roi, gouverneur de Lisieux, etc. (1).
De ce mariage naquirent six garçons et sin filles :
L'aîné, Guy, marquis de Rabodanges, baron de Fumichon, épousa, au mois d'août 1660, Charlotte L'Gscalopier, dont il eut:
Louis^César, marquis de Rabodanges, aide de camp du comte de Montrevel, marié en 1693 à Cécile- Adélaïde de La Ferté-Senneterre , fille du maréchal duc de La Ferté-Senneterre et de Madeleine d'Angennes, daine de L^ Loupe. Dangeau nous &it oonnaltre la triste fin de cette marquise de Rabodanges , qui prise de la petite vérole dans une maison dont les hôtes effrayés la firent inhumainement sortir, mourut à Parie le 14 janvier il2Q,
(1) Le iMmii de FtamkboD ii*«vait que deux filles : f^me, la marquiae de RalwdeiitM» <t l*aitfK qni époun Cénr d^Oftliotf nMuqnii de liravot Le facaii chAteau de Famichon, échut au marquis de Rabodanges, qui devint baron dp Fumichon, et le château d'Oaillie au marquis de Livarot, qui devint baron d^Ouillie. (M. de Gaumoot, /StatiitUfiu fHOfumemUU* du Cal- «odot , airondlMenMnt de JUMeos. )
LE 1^ UAJMUm DE GRAIMST. 274
Leur fils Henri , marquis de Rabodanges , mort le 30 novembre 1751 , avait épousé , en 1731 , M"' de Néufviile de Cléray, qui lui donna un fils et trois filles (1).
Une de ses sœurs avait épousé Louis-Philippe Thibault de La Carte, marquis de La Perlé, fils de François- Gabriel Thibault, marquis de La Carte, gouverneur de .loinville, capitaine des gardes du duc d'Orléans , et de Françoise-Charlotte de Ln Fert(^-Senneterre (2). 11 est probable qu'à ia mort du dernier des Rabodaoges, les Thibault de La Carte héritèrmit de ce domaine ; car un des derniers propriétaires de Rabodanges, qui vivait encore il y a peu d'années, appartenait à cette funille.
Hais revenons à la marquise de Grancey , Jeanne- Aimée de Rabodanges, cause de cette digression. René de Rabodanges, son père, devait être un des frères puînés de Guy de Rabodanges , dont nous venons de parler.
Après la mort de son mari, la marquise de Granceir continua d'habiter la ville d'Argentan , dont le gouver* nement fut donné à son beau-frère , le comte Pierre II de Grancey.
En 1673 , l'année même de son mariage, elle avait été marraine de la grosse cloche de St-Germain d'Argentan avec M. du Four de Betlegarde , conseiller du roi, lieutenant général civil et criminel en la vicomté d'Argentan.
En 1683, quatre ans après la mort du marquis, elle élait encore à Argentan, où nous l'avons vue recevoir Henriette de Grancey , sa nièce , qui venait d'épouser
(1) Tahlettex hi^foriqur;^ cf ijrnf'alogiques , V« pallie. {^) Journal ilc ]'rr(lu>i cief du cabinet des prioces). — Voir, m outre* Minwires de Saiat-Simon , t. !•% p. d77.
272 LES GRANCEY OiLMS LES AKMÉES.
le marquis de Putan-os, et conduire les nouveaux époux dans leur gouvernement de Falaise.
Après neuf années de veuvage , elle épousa , en secondes noces, Nicolas-Auguste de La Baume, marquis de flfontrevel , maréchal de France , qui mourut sans en&nts, à Paris, le 11 septembre 1746, dans sa 71* année (1). La maréchale de Montrevel mourut elle-même cinq ans après, le i\ février 4722, âgée de 68 ans.
De son mariage avec le marquis de Grancey , elle avait eu quatre enfants: deux filles dont nous allons parler, et deux fils dont l'aîné mourut au berceau, et le second en i682, à Argentan, âgé de quatre ans seulement. Ce dernier, baptisé au lit de mort, fut porté le 6 mai 1682 , lendemain de sa mort , au château de Médavy, pour ôtre inhumé dans la sépulture des Rouxel.
La fille aînée du maquis de Grancey , née en octobre 1674 , baptisée quelques jours après à Médavy , fut nonunée Bfarie-Françoise-Ëlisabeth par son oncle Hardouin de Rouxel , abbé de Grancey , premier aumônier de Monsieur , frùre du roi , et par la comtesse de La Perrière , sa tante.
Le 2i février 1699 , Ëlisabelh de Grancey épousait Gabriel-Étienne Texier, comte d'Hautefeuille, baron de Malicorne, etc. , mestre de camp du régiment de la Reine (dragons), devenu plus tard lieutenant général des armées du roi.
M"" de Grancey apportait à suu mari 8,000 livres de rentes ; le comte d'Hautefeuille en possédait alors 24,000,
(Ij « Dinant chez le maréchal dur de Biron , une sali^rf s'on répandit sur lui. Il pâlit, se trouva mal, dit quMl était mort ; il fallut surlii de table
et le ramener chez lui Quatre jours après, il était mort. • Saiui-iSùnou,
Mémoires, L VIII, p. UàS'UàQ.
LE f MÂRQUiS DE GRANCET. 273
tant de sa maison que de ce que lui donnait son oncle, le commandeur d'Hautefeuille, qui s'engageait en outre
à les loger et à les nourrir ({).
La famille Texier d'Hautcfeuille tirait son origine de Duraod Texier, qui vivait en 1251, et fut le premier dont le nom nous soit parvenu (2).
La seigneurie d*Hautefeuille, située dans TAuzerrois, avait été érigée en comté, au mois d'août 1689, en foveur du mari de M"' de Grancey (3).
Ce dernier était fils de Gcrmain-Texier d'HauteieuilIe, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi et conseiller d'état d'épée , et de Catherine-Marguerite de Gourtarvel.
Du mariage d'Élisabeth de Grancey avec le comte d'Hautefeuille naquit Jacques -Étienne- Louis Texîer
d'Uautefeuille , marié en 1729 à Marie-Catherine Sorel, fille de l'ancien gouverneur et lieutenant général pour le roi en l'île de Saint-Domingue.
Leur fils , Charles-Louis , marquis d'Hautefeuille , brigadier des armées du roi en 1770 , épousa en 1749 Charlotte de La Tournelle , et plus tard Léonore de Cauviguy dEscoville (4;.
(1) Mémoires de Daagcan. Ce commandeor d^Hautefeuitle , dont parle JDftDgeau, était Louis-Étienne Texier, mort en 1703, grand prieur d'Aquitaine, abbé du Monl-Sainl-Michcl.licutfTimt général des armées du roi, premier ambassadeur extraordinaire de Malte en France* {TabUtttê liisioriquu et généalogiques, V* partie.)
Saint-Simon prétend que la comtesse dliauiiifeuilîp lit beaucoup parler d'elle. Son portrait, que nous possédons , ue dément poioi sa réputauon de beauté.
(2) La Chesmjc-'Dedioii.
TMttm hUtortqtu» et ginéido^^iÊa, V* partie. (4) La Cbemjeùtàbniê,
274 LES GRAKcer dams ucs armées.
L'atné des trois fils nés de ce mariage et le dernier représentant de cette ancienne fiimille, CSiarles-Louis- Félicité Tezier, comte d*Hautefeiii]le, naquit le S jan*-
vier 1670. Il fut successivement colonel d'état-major, chevalier de St-Louis, commandeur de la Légion-d'Honneur, gentilhomme de la chambre des rois Louis XVIII et Charles X , membre de la chambre des Députés. Ce dernier comte d*Hautefeuille est mort à Versailles le 21 septembre 1865, âgé de près de 96 ans, chez M. le comte de Delley de Blanc-Mesnil , son neveu.
Il avait été présenté au roi Louis XVI , à Versailles , le 19 février 1787 , avec Chateaubriand, comme nous l'apprend l'illustre écrivain dans ses Mémoires d'Outre- Tombe, Le comte d'Hautefeuille avait épousé, en lââ3, fif^^* de Beaurepaîre, fille d'un officier vendéen, digne compagne de ce vieux gentilhonmie , au caractère û élevé , à l'esprit si cultivé.
a J'ai retrouvé M. le comte d'Hautefeuille , nous dit encore Châteaubriand ; il s'occupe de la traduction de morceaux choisis de Byron. M*"' la comtesse d'Hautefeuille est l'auteur plein de talent de VAm ecc/Uée , etc., etc. (1). »
Un fils unique né de ce mariage avait épousé M"* de Portes, veuve du comte de Bellune, et sœur de la comtesse de Colbert (2). Le comte d'Hautefeuille eut la douleur de voir mourir, quelques années avant lui, cet unique rejeton de sa race (3).
D semble vraiment que, par une sorte de fatalité,
(1) OiMcftabriand {Mimobru d?(hare-Tombé), (S) Botd d^Hantethre iÂmuttin de ta luMem pow ASSA }• (S) Ifolioe' Uiyraplilqiii 4êu Vàmiimft i* fàÊ»fMBm MnMwfo pwr iS66.
m 1^ MâRQtns DE GRANcarr. 275
tout le noble sang mêlé au sang des Rouxel était voué à la destruction. Les Fer vaques , les Monchy » les Castelnau, les Feuquières, les Rabodanges, pour ne parler que des plus connus, ont depuis longtemps cessé d'être représentés parmi nous.
La soru[ide iille tiu marquis de Grancey et de M"* de Rabodanges, Marie-Margueritte de Rouxel, naquit au château de La Forge le 2 février 1676 et fut baptisée dans l'église SirSulpice à Paris, le 27 mai 1689.
Elle épousa , au mois de féwier i7(KS , messire Michel de Pouilleuse, marquis de Flavacourt, capitaine des gardes et lieutenant de roi de la province de Normandie, gouverneur de la ville de Gisors,
Dès le 26 décembre 1704, Dangeau annonçait ce mariage dans son journal : « Flavaoourt , à qui le roi a donné Tagrément pour acheter une compagnie aux gardes , n'avait pas Targent nécessaire pour la payer, n se marie et épouse M^^ de Grancey , fille du marquis de Grancey , chef d'escadre. Elle a 200,000 livres de bien présentement, et on assure qu'elle en aura autant à l'avenir. »
Moins de deux ans après, le dO mars 1706, Dangeau parle du triste état de santé du marquis : « Flavacourt^ capitaine aux gardes, est tombé dans une maladie qui le réduit dans un si cruel état, que ne pouvant plus servir, on lui â permis de vendre sa compagnie (1). »
(1) Cette maladie ne Itat nw dente point aaMtelle, car Dangeau neoa appiend encore, au mob d'oetolwe 1710 que .« Flavacouft, brigadin* et colonel de diagowde Félecteiir de Cologne, passa ponrtué à Aire. »
Au mois de décembre suivant, il levint à la conr, et le roi Louis XIV écrivit à son petit-fils, le roi d'Espaj^ pour le faîro maréchal de camp, S'i' s^agit encore de notre marquis, comme tout porte à le croira il fiuit en conclure qu'il servait alors eu £spagne.
276 LES GEA^iGEY DAI^S LES ARMÉES.
La terre de Flavacourt , située dans le Vexin ,
aux environs de Gisors, avait été (érigée en m,irquisat. Elle appartenait depuis longtemps aux Pouilleuse. Philippe de Pouilleuse , seigneur de Flavacourt , bailli de Gisors, fut député de l'ordre de la noblesse pour le bailliage de Gisors, aux états généraux de 1614.
Cette fiunîlle avait joué un certain rôle dans les guerres de la Fronde. En 1649, la marquise de Fia- ' vacuurt, de concert avec la duchesse de Longueville, avait ourdi une trame pour enlever le comte d'Harcourt (cadet La Perle) qui commandait la province de Normandie sous le gouvernement du duc de Longue^ ville. Le comte d'Ebroourt en ayant eu avis, s'en plaignit beaucoup , « mais ces dames tournèrent cela tellement en ridicule , que tout le monde l'ayant traité de môme, il n'osa plus en rien dire, quoiqu'il ne laissât pas d'en être toujours persuadé (1). »
M^^" de Montpensier ne manquait jamais , dans ses fréquents voyages aux eaux de Foiges, de s'arrêter chez les Flavacourt, soit dans leur gouvernement de Gisors, soit à leur ctiàteau de Cerfontuine , situé à deux lieues de cette ville (2).
Loret, dans sa 3fuse historique , parle des brillantes réceptions faites à Gisors à M"' de Montpensier et à d'autres grands personnages :
Madame âid Flavacourt, Qui fat élevée i la conr ,
Sait parfiutement son monde,
(I ) MémtâM de b ducheMe de {femouiv» année 16i9. (9} Mimmrn de W^* de Montpensier, poM^m,