LE I* MARQUIS DE 6IUMCBY
Et reçoit en toute euBon,
Les gens fort bien dans sa maison (1).
La duchesse de Nemours faisait éUe-mème souvent
partie de ces réceptions , auxquelles elle se plaisait fort , au dire de son poète Loret (2).
Nous savons encore par le môme auteur que
Monsieur de Flavacourt Fouiileiise, Homme de valeur merveilleuse , Fut gouverneur du St-Esprit (3).
Un fils né du mariage de M"* de Grancey avec le marquis de Flavacourt suivit comme son père la carrière des armes. Mais nous manquons de détails sur son compte, aussi bien que sur ses descendants, s'il en eut.
(1) Loret, Muu Mttorique, lettie Si du S aeÙt leSS. (1) /Mrf., lettre 1» du 19 mai ia$7.
(S) Mtf., leltn AS du IS diecttbie 166A.
ib
Digitizeu Lj oOOgle
Le MARicnAi. DS MÉDAVY.
Jacouïs-Léonor ROUXEL de MÉDAVY-GRANGEY ,
Dcuitoie nutfécbAl dn nom , dieraUer dw Ordres du rot.
Jacques-Léon or Rouxel de Médavy-Grancey , connu sous le mon de comte de Médavv avant d'être maréchal de France, naquit au diAteau de Chalencey, en Bourgogne, le 31 mai 1655, du mariage de Pierre II, comte de Grancey et d'Henriette de La Palu-Bouligaeux, sa première femme*
Les cérémonies de son baptême ne furent célébrées que le 2 décembre 1657 par son irrand oncle, François de Médavy , archevêque de Rouen , alors évéque de Séez.
U eut poar parrain le maréchal de Graneey, son grand-père, et pour marraine M"* de Damas*
Le comte de Médavy, Tatné de la famille, était na«
tLiiellement destiné à perpétuer cette lignée de généraux , parmi lesquels il occupe un des premiers ran^. Dès l'âge de 18 ans, en 1673 , on en lit un cadet des gardes du corps. Le comte Pierre II de Grancey venait seulement de se retirer, eu sorte que le nom
de Rouxel ne cessa pas de figurer dans les armées , où il avait jeté tant d'éclat.
Le siège de Maastricht fut le début de Médavy qui, Tannée suivante, accompagna le roi à la conquête de la Franche-Comté et se trouva à la sanglante bataille de Senef.
En i673 , le marquis de Grancey , son oncle , alors chef d'escadre, s'étant démis de son régiment, Médavy reçut la commission de colonel du régpiment de Grancey, le 6 mars de la même année.
Le 11 août suivant, il commandait ce beau régiment à la journée de Consarbrick , où le maréchal de Créquy subit une défaite. Dès ce moment, le jeune colonel donna la mesure de sa valeur et de son intrépidité. Blessé dans le combat, il tomba au pouvoir de l'ennemi et fut £dt. prisonnier.
En 1676 , il était au second siège de Maëstricht sous le maréchal de Schomberg.
L'année suivante , il assistait au siège et à la prise de Saint-Guillain ; en 1678 , à la bataille de Saint-Denis ; en 1683> au siège et à la f^îse de Gourtray.
Fait brigadier le 24 août 1688 , à la reprise des hostilités, il servit en cette qualité aux sièges de Philipsbourg, Manheim et Fraakendal.
£a 1689, il assistait à la glorieuse défense de Bonn. L'année d'après , il se signalait d'une manière toute paiw ticulière sous le maréchal de Catinat , à la bataille de la Staflàrde, et au siège de Suse.
L'encyclopédie du XVIII* siècle cite du comte de Médavy un acte de bravoure héroïque qui rappelle le trait du maréchal son grand-père , rapporté par le même ouvrage.
LE MAilLCUAL DE MÉDAVY. 281
« En 1690, dans la guerre que la France dédava au duc de Sairoie, le marquis de Grancey (lisez le comte de
Médavy ) commandant l'aile droite de l'armée de Catinat, trouva un marais bordé de gros bataillons , soutenus de la cavalerie piémontaise, il se mit dans la boue jusqu'au ventre, appuyé sur un de ses gens qui fut tué en lui don- ■ nant la main. Lorsqu'il fut au delà du marais, il eria aux soldats : « Je vais bien voir si je suis aimé. » Â ces mots 7 chacun le suivit et passa malgré Tincommodité de l'eau el du feu des ennemis qui se retirèrent en désoi dre. Il n'y eut pas un seul bataillon oisif et qui ne renversât ce qui lui était opposé (1). »
Telle était la confiance qu'inspirait le comte de Médavy, qu'il reçut, le 1*^ octobre 1692, le gouvernement des ville et citadelle de Dunkerque , cette clef de la France retirée aux Anf^lais par l'habileté de Louis XIY (2).
Fait maréchal de camp, le 30 mars 1693, Médavy abandonna son régiment. Il assistait en cette qualité à la bataille de La Marseille, où il reçut un coup de fusil au travers du corps.
Le comte de Médavy fut un des premiers chevaliers de l'ordre royal et militaire de St-Louis , institué en cette même année 1693 par le roi Louis XIV (3).
Nous le retrouvons, en , au siège de Valence, et l'année suivante au siège d'Âth.
En 1701 , il suivit le duc de Bourgone en Allemagne ,
(1) Esiai de morale relative eat MUUatrtt 1 v<A, io-i2t 1772 , dté par
VEneydapédie du XVIII* siècle.
(2) Le gouvernement de Dunkerque , nous dit Dangeau, était irnli prndant el valait 2â,000 livres de revenu. Le gouvcrncinrnt âp la citadelle valait en outre 6,000 livres. 180,000 livres fiirenl payées au marquis d'Estrades, précédent gouverneur.
;3} MassevUle, Histoire d* Normandie,
filt &it lieutenant général le 29 jan^er 1702 , ét prît, la même année , une part importante à la bataille de Luz*
zara.
En 1703, Médavy coramandail en chef un rorps d'armée dans le Trentain ; le 29 juillet, il s'engageait au milieu des montagnes, dans un défilé où deux hommes pouvaient à peine marcher de firont , forint 600 hommes retranchés sur les hauteurs, et, trois jours après, il s^emparait de Riva , avec son château ; Arco , Nago et Torbolé tombaient en même temps en son pouvoir.
H était en 1704 aux sièges et prises de Verceil, Yvrée, Vérue, et à la bataille de Cassano (I).
Pendant cette campagne et la suivante , le comte de Médavy seconda puissamment le duc de Vendôme contre son redouteble antagoniste, le prince Eugène de Savoie.
L'importante victoire de Calcinato , remportée par Vendôme le 19 avril 1706, fut pour Modavy une nouvelle occasion de se signaler. Le commandement de Taile droite de l'armée lui avait été confié, et il s'attira les plus grands éloges du général en chef , dans son rapport au roi.
Cependant le duc de Vendôme venait d'Ôtre appelé par le roi au commandement de l'armée de Flandres , compromise par l'impéritie de Villeroy.
Le prince de Vaudemont , qu'il fallait ménager , fut un instant désigné pour le remplacer ; mais , par un sentiment chevaleresque qui ne lui fait pas moins d'honneur qu'à son rival, « il avoit mandé au roi que
(1) Pinard, ChronotogU kktoriqut miKtat», nous appveiHl que Uédsry recnt cette nêne «nnée le gMivenieiiieiitd*Aiseiitan, aprâe la mon <le fen père*
MMayy étant le plus ancien lieutenant général des troupes de France, le coramanderaent tomboit si naturellement en bonnes mains, qu'il croiroit ne pas bien servir les deux rois de lui ôter ce commandement là (1).»
Médavy , qui venait de donner de nouvelles preuves de son mérite » fat donc mis à la téle de Tune des deux années d'Italie. L'autre n'était malheureusement pas confiée à des mains aussi sûres. La Feuillade et Marsin ne tardèrent pas à le prouver à la funeste bataille de Turin , qui eut un dénouement si déplorable , malgré la valeur qu'y déploya le duc d'Orléans , depuis régent de France.
Il devait être donné à Médavy de réparer ce désastre par une éclatante revanche. Le prince de Hesse-Gassel ,
ce beau-iVcre de Charles XII, qm lui succéda sur le trône de Suède , assiécreait, avec 12,000 hommes, Castif^lione, délie Stivere , pour s'ouvrir un passage dans le Milanais. Médavy, feignant de fuir un engagement , simule un mouvement de retraite vers Hantoue ; fl renforce son armée à même les garnisons de cette ville , de Guastalla, et des autres places voisines, et se voit bientôt a la tAtp de 2S bataillons et 3F> escadrons ; il fond alors à l'improviste sur le prince de Hesse, qui , déjà maître de la ville, s'attaquait au château. Ce dernier s'avance au devant de lui dans la plaine, entre Gastiglione et Guidizzoio; un combat acharné s'engage, avec des chances longtemps incertaines , mais Médavy ayant fait mettre . l'épée à la main à toute son infanterie, l'ennemi ne put soutenir ce choc , et la cavalerie ennemie , voyant plier rinûinterie, prit elle-même la fuite, laissant sur le champ
(1) Jowmal (le Dan^eau , du 25 jaiifter 1706»
de bataille 4,000 tués ou prisonniers, toute Tartillerie et beaucoup d'étendards et de drapeaux.
Un siècle plus tard , le général Bonaparte rendait le nom de Casti^lione doublement nloi ieux pour nos armes.
Les mémoires militaires du marquis de Feuquières , si bon juge ea pareille matière , nous fournissent une appréciation judicieuse de la victoire de Gastiglione :
« La bataille de Gastiglione , gagnée par le comte de Médavy sur le Landgrave de Hesse, le 9 septembre 1706 , deux jours après la levée du siège de Turin , est de la première espèce des grandes actions, puisque les deux armées se sont chargées par tout leur front, quoiqu'elles n'aient pas entré en action partout ce front.
« L'infanterie de la gauche de l'ennemi entra d'abord sans peine dans notre droite, oti M. de Méda\7 avoit été obligé de mettre l'infanterie espagnole. Ce vuide fit même un peu prospérer la cavalerie de la gauche de rennemi , qui fit perdre le terrain à la cavalerie de notre droite. Biais la seconde ligne ayant marché en avant tout entière , et M. de Médavy ayant fait sortir des ba« taillons de la seconde ligne pour remplir le \uide que le désordre de l'infanterie espagnole y avoit fait, ce premier désordre se rétablit avec d'autant plus de iacilité que toute notre gauche de cavalerie et d'infanterie, ayant emporté la droite de l'ennemi , et nos brigades d'infanterie de la gauche s'étantreployées sur le centre de l'ennemi et ayant chargé cette infanterie en flanc, le désordre fut général sur tout le front de la première ligne des ennemis. Le champ de bataille fut entièrement abandonné avec le canon; et ce qui voulut se sauver ne put le faire qu'en désordre et à la faveur des monticules, qui , dérobant les
fuyards à la vue, leur donndrent le moyeu de rqMSser
le Mincio , au pied de Ponti-Castellî.
« Si l'on avait c(ini])a[tii aubsi heureusement à Turin, le roi d'Espagne seroit encore maître de toute l'Italie , et M. de Savoie auroit perdu tous ses états (1). »
L'abbé de Grancey , premier aumônier du duc d'Orléans, et onde du comte de Médavy, venait d'être tué sous les murs de Turin; œ fat le marquis de Grancey, frère puîné du comte, qui fut chargé par ce dernier de porter à Versailles la nouvelle de la victoire de Castiglione.
£n homme prudent et réservé, le marquis fit tout d'abord une relation modérée des avantages ren^portés par son frère. Cette modestie fut d'autant plus goûtée, que bientôt parvinrent au roi des détails plus circonstanciés et tout à l'avantage de nos armes.
Le monarque témoigna immédiatement sa haute satisfaction aux deui frères, en nommant le comte de Médavy chevalier de Tordre du St-Ësprit , et le marquis de XïraDcey maréchal de camp de ses armées (2)*
Médavy pouvait justement attendre une récompense plus grande du service qu'il venait de rendre à la France. Le cordon de l'ordre , quelque précieuse que fût cette £aveur, ne parut point alors la seule à laquelle il pouvait prétendre :
Médavy se plaint d avoir eu le cordon
Pour le bâton ; Que lie iail-il donc comme les auUes lunt :
(1) Mémoires du marquis de Feunuières, Ldil. de 1750, t, IV, p. 30 à 33. (Si Journal de DdDgeau , IG et 20 seplembre i 706 ; Mémoires de Saint- Simon et Gatêtte i» Ftwue , auaée 1706.
Perdre les balaîlles , Faire rien qui taille , Tout du pis qu'il pourra , Sans doute il l'aura (1).
Dès le 15 septembre 1706, deux jours seulement après la bataille de Castiglione , Médavy va trouver à Milan le prince de Vaudemont pour conférer avec lui sur la marche à suivre dans ces circonstances critiques.
Deux plans de campagne furent proposés par Médavy, nous dit Saint-Simon , mm ajoute-t-il , ils ne furent malheureusement pas suivis.
« Médavy , dit à son tour l'auteur du siècle de Louis XIV , ne remporta qu'une victoire inutile, quoique complète. » La défaite de Turin pesait toujours sur notre armée , qui fut contrainte , faute de vivres , à se replier sur le Dauphiné.
Cette retraite eut lieu au mois d'avril (707 ; Médavy se rendit auprès du roi qui lui fit l'accueil le plus flatteur. L'opinion publique, devançant de plusieurs années la faveur royale, désignait toujours le comte pour le b&ton de maréchal (2). Le roi crut l'avoir assez payé avec le cordon du St-Esprit, auquel il joignit, dès le 10 mai, le gouvernement de la province du Nivernais, appartenant au cél^re neveu de Mazarin, le duc de Nevers.
Le roi était à Marly à l'arrivée de Médâvy :
« U vint, dit Saint-Simon, saluer le roi dans ses jardins, dont il fut trè&-bien reçu, après quoi il le
{!) Ghanion de I706t mr Pair Dm Matêhu, (1) ^(wnief 4« rerdun , juillet i7tt7, p. 408.
LE MARECHAL DE MÉDAVï.
suivit chez M"* de Maîntenon, où il demeura unie heure avec lui à lui rendre compte d'un pays et d*un retour qu'il devoit entendre avec une grande peine. »
« Le roi , ajoute Dangeau , lui a donné ordre de se tenir prêt à partir le 23 de ce mois ; il commandera une armée en chef. H aiisure qu'il a ramené 20,000 hommes des meilleures troupes du monde. Il a une chambre ici (à Harly), et le roi lui a permis d'aller à Paris tant qu'il voudrait pour ses affaires , afin que rien ne retarde son départ (i). »
Quelques jours après, le roi avant appris que le gouvernement du Nivernais avait moins de valeur qu'il ne l'avait supposé , y joignit spontanément une pension de 12,000 livres. « Toutes ces grftces , dit Saint-Simon , oontre l'ordinaire , ne furent enviées de personne , et chacun y applaudit avec grande raison. »
Médavy partit donc iiii mois après pour aller commander en Savoie et en Dauphiné, d'abord sous le maréchal de Tessé, puis bientôt en premier v avec le traitement de général d'armée. H avait sous ses ordres deux lieutenants généraux et deux maréchaux de camp, dont l'un n'était autre que son propre frère , le marquis de Grancey.
Sur ces entrefaites , ie duc de Savoie et le prince Eugène marchaient sur Toulon , pour en former le siège et se ménager par cette importante position une communication avec les Cévennes, à peine pacifiées. Heureusement l'armée du Dauphiné put arriver à temps pour fortifier la garnison, battre l'armée ennemie et la forcer à une prompte retraite. Médavy fut encore le
(i, JmtnuU deOangnu, da 10 mai 1707.
héros de cette rapide et briliante campagne, s il faut en croire les couplets qu'elle inspira , tant en langue française qu'en dialecte provençal :
HeflM GftBiel dit : C'est tout de bon
Que Ton nous fait la guerre , Un maréchal, avec Billon,
Eet jcint i Saint-Patère ; n Unit abandonner Toulon, La faridondaine, la fiuidondon , Pour prendre an filet Hédavy ,
Bvibi, A la &gon de Barbarie, Mon amy.
Per lou héros de Gastilloun (Casli|^îone) ICarquen nouestro recomuiasanço , Quan arribet emé Houngnoun La joyo fouguet en ProtençOb Digné de sa grande naissanço Yenié per Greissé soun renoum, Si ders ennemis la prudenço Laîré pas laissât à Seilloum {IJ.
De 1708 à 1713, Médavy se trouva à toutes les affaires
(1) Chansons du temps. Seilhnm était le camp de Médavj. Voici un autre couplet satirique sur le siège de Toulon :
F«n»ta dei soiliMs,
SaTojard , tout les jourt ?
Toiitrs tes eatrepriies Se tournent i rebou» ;
Tb MpNodfW Toulon,
Dott I don , QiM lonque l'oik fem, k. Il , CMuaiuider La FauUiia.
duDauplÛDé, sur les frontières de la Savoie et du Piémont. Après la paix U commanda en chef en Ûauphiné et en Provence, où ses soins vigilants parvinrent k arrêter la peste et à en affranchir le Dauphiné y comme le reste de la France.
Au muib de janvier 17H , le comte de Médavy qui était chevalier de l'Ordre depuis 1706, fut mandé à Paris, de Grenoble où il commandait , pour recevoir des mains du roi l'investiture de sa dignité. H n'en portait pas moins les insignes depuis la iuitaille de Gastiglione (1).
En 1713, Médavy recéda son gouvernement du Nivernais au duc de Nevers, qui le possédait avant lui, et qui lui en donna 50,000 écus.
A U mort du roi , sa faveur ne fit que s*accrottre. En 17 i8 , £(isant revivre la prétention d'un brevet de retenue qu'avait le maréchal de Grancey, son grand père, sur le gouverneracuL de TJiionville, il recevait pour cette cause 250,000 livres en billets d'état. On lui promettait en même temps le commandement en* chef des troupes d'Italie (2).
n n'en obtint pas moins le gouvernement de Thionville le 30 août 17i9 (3j, et des ville et principauté de Sedan, en 1720.
Enfin, en 1722, le roi lui donna gracieusement six des quarante pièces de canon qu'il avait prises à Castiglione, avec permission de les placer à son château
(i) nmMl» Chnmologiê AbioHçiie mUUàin* An noinbK dM dMfiHen leçuf était le prince de ConU.
(S) Jwnud de Daa«mn» des IS juin i7i0 et 18 jenvier 171S. (8) Pinaid, taeo Htûio»
Digrtizeij Ly <jOOgle
290 LES GRAIsCEY DAiSS LES 4RM££S.
de GraDcey , nonobstant toutes ordonnances oontiairesy *
auxquelles il fut dérogé en sa faveur.
Cette même année i! assistait, comme chevalier du St-£sprit, au sacre du jeune roi Louis XV, avec les comtes de Matignon et de Goesbnant» Saint-Simon, si féroce sur Tétiquette , était tout scandalisé de voir figurer ces trois chevaliers , au même rang que le maréchal duc de Tallard (1).
A plusieurs reprises il avait été question de lui pour le bâton de maréchal. On voulut égalemeot faire revivre en lui le titre de duc de Grancey, obtenu par son aïeul, le maréchal de Fervaques, peu de temps avant sa mort. C'est encore les chansons du temps qui nous font connaître ce projet, auquel il ne fut pas donné suite. On retrouve il est vrai dans ces couplets la malignité qui caractérise si souvent ces productions éminemment françaises :
Que Médavy soit élevé
 la plus haute dignité ,
Que le régent le fasse en somme,
Maréchal ou duc , c'est tout un :
On pourra dire : c'est un homme ,
Quand il aura le sens commun.
Les ducs de Montmorency et de Grammont , dont il s'agissait aussi de faire des maréchaux, n'étaient pas plus épargnés dans cette chanson.
Ce n'est qu'en 1724 que lui fut enûn conférée cette suprême dignité , pour laquelle l'opinion publique l'avait depuis longtemps désigné. Les provisions d^ maréchal
(i) mmnre» de Satnl-Simoa, t XUI» p. S.
LE MARÉCHAL D£ MÉDAVY.
Jui forent accordées le 22 février de cette année (!)•
Rien ne semblait manquer à la fortune du maréchal de Médavy: comblé d'honneurs, de gouvernements, de pensions et de gratifications, il joignait à tous ces avantages des revenus énormes.
Le comte de Grancey , son pôre , s'était démis en sa fiiveur de la baronnie de Médavy, se réservant seulement 42,000 livres de pension ; son grand-onde, Tarchevêque de Rouen , après lui avoir donné la terre et le corn Lé de Grancey, lui lé^ua tous ses biens en mourant ; le marquis de Grancey , son oncle , lui avait abandonné les terres du chAteau d'Almenesches , de Paintbièvre, de la Quatorzaine et du fief commun, qu'il unit à la baronnie de Médavy , ainsi que les fidb et terres de Boissey, Marigny et Bois^Maheut.
L'abbé de Grancey , son oncle, premier aumônier de Monsieur, la comtesse de Marey , gouvernante des enfants de Monsieur, et Madame de Grancey, dame d'atours de la reine d'Ëspagne , ses tantes , lui avaient abandonné tout ce qui pouvait leur revenir de la succession du marécbal son grand-père; enfin , ses frères, les marquis et comte de Grancey, avaient renoncé en sa faveur à la succ^sion de leur père (2).
Son alliance dans la puissante maison de Colbert, mettait le comble à tous ces avantages. Tout semblait
{i) T a marquisp de PHp , «a oousine, quî , sous le premier ministre , M. le duc de Bourbon, gon\ernait alors la h t Lince , aidt-l-elle à la promotion du maréchal? En tout cas, ce ne serait pas la i>lus mauvai&e page de son règne de deux ans.
(2) En 1718, il obtint en oatie da fégent 50,000 livres, sur une ancienne prétealk» tfiin biCfCC deieleiMie du nutdial de Grancej, ion grand-père, à roocaaioif du gni^vamenient de TbionviUe qu^avait poMèdé ce deniier.
292 LES aaANCËÏ DAMS LES ARMÉES.
donc lui sourire , quand une mort subite vint le surpreiiure le 6 novembre 1725, à l'âge de 70 ans, tout, sauf ce que lui et les siens désiraient le plus ardemment, la joie si légitime de voir perpétuer son nom. Nous avons raconté, en parlant des enfants de Pierre II , père do maréchal , par quelle suite de déceptions toutes ces espérances s'évanouirent entièrement.
Dès le iâ juin 16^ , le comte de Médavy, n'étant encore qipe colonel au régiment de Grancey , avait épousé très-haute et trè&-puissante dame Marie-Thérèee Golbert de Maulévrîer, à laquelle nous consacrerons un
article parliculiei' au chapitre des dames de Grancey à la Cour.
Si, grâce aux rares qualités de la comtesse, sa femme, il put goûter le bonheur domestique pendant les 40-ans qui s*écoulèrent depuis son mariage jusqu'à son décès , il eut la navrante douleur de voir mourir sans postérité
les deux seuls enfants que lui donna Marie-Thérèse de Maulévrier.
Le premier de ces enkats, Elisabeth-Victoire Rouxel de Médavy, née à Paris, le 27 mars 4686, eut pour parrain, à St-Eustache, où elle fut baptisée, le marquis de Seignelay cousin germain de sa mère.
Dans son ardente préoccupation de perpétuer parmi sa descendance le nom de Rouxel qui menaçait de s'éteindre, le maréchal de Médavy choisit pour gendre le marquis de Grancey, son propre frère. Ce mariage eut lieu en 17 f4 , d'après Dangeau , quoiqu'on lui assigne ordinairement pour date l'année 1713. La dispense obtenue du pape coûta, toujours d'après Dangeau, 10,000 écus.
Lté maréchal avait obtenu un congé d'un mois pour
Oigitizeci by
LE ICARÉCSIAL DE MÉDAYT.
assister à ce mariage, et la survivance du gouvernement de Dunkeique fut gracieusement accordée , sur sa ^Uicitation^ au marquis de Grancey* Cette alliance ne porta point d'heureut fruits. La
marquiic de Grancey raoui ut à Paris, le 23 février i716, en couches d'une fîUe qui ne lui survécut pas.
Une autre fille du comte de Médavy et de Marie- Thérèse Golbert , née à Pont-Saint-Maxence en 1687, était morte avant d*6tre nommée.
Le maréchal de Médavy , déçu dans toutes ses espérances de postérité, mourut lui-même subitement à Paris le 6 novembre 1725 , à 6 heures du soir , âgé de 70 ans i/2 (1).
Son corps fut exposé le lendemain en son église paroissiale de St -Eustache, avec toute la pompe due à sa position. H fut inhumé dans Téglise des Dames Capucines de la place Vendôme, à côté du maréchal de Grancey, son grand-père.
Lautour-Montfort a tracé ce portrait du maréchal de Médavy :
« n était de moyenne stature, mais très^bien fait dans sa taille ; il avait de grands yeux , les sourcils fort hauts , le nez aquilin et les lèvres trèi-vermeillcs, ce qui lui donnait une représentation agréable et majestueuse tout à la fois. II était fort adroit et léger dans les exerdees, et particulièrement dans ceux du
(1) Notre impartialité ne nous permet point de paner «nis ailenoe un témoignage dn fdtehenent de WÊOsan du marécfaaL Un fibnUural né de lui eideCkarkitMlBQde IHmdicu, le S8 décembre 1698, fiit reçu dere delà diapcfle da doc dXMéansen 17S0, et «Jnpdain de Poidre de St<Laaare en 172a> n irait nça. les piénon» d*Éléoow HogocB. (P. Audme^ irlide Bonid.)
cheval , où il excellait , témoin ce qu'il fit en présence du roi Louis XIV , étant à la chasse.
c Le maréchal était grand , libéral , doux y affable » et humain envers tout le monde. Ses largesses et sa douceur le foisaîent adorer du soldat ; sa politesse et son humanité Uii attiraient les acclamations amoureuses des peuples ; son grand art de commandér le faisait souhaiter de tous les officiers de l'armée.
ff n était curieux des beaux-arts et se piquait même de les connaître parfoitement n
Quelque flatté que puisse paraître le portrait physique du maréchal, il n'est point en désaccord avec la gravure ? de la bibliothèque Impériale représentant le comte de Médavy en général d'armée, le bftton de commandement à la main , sur un champ de bataille.
Cette belle gravure , qui fut sans doute inspirée par le souvenir de Castiglione, est pour nous bien préférable au portrait de Mauzaisse qui se trouve dans la galerie des maréchaux, au ch&teau de Versailles (1). »
Quant aux quaUtés morales dont Lautour-Monfbrt se plaît à orner son héros, on a pu se convaincre dans le courant de cette notice qu'elles sont , pour la plupart , amplement justifiées.
A l'appui de la libéralité du maréchal, nous ajouterons, avec sou panégyriste , que ses immenses revenus ne lui suffisant point, il fut contraint d'aliéner une partie de ses biens. Aussi Louis XIV disait*t-il, en
. (i) Nous possédons un portrait du maréchal de Médavy, éTidenuBent
nnléi-iour ;iu portrait de Versailles, mais fiil apii(» la léCCpUott du COmle dun» ronliL' 'Ut H) K>|) i< . dm. .1 »Hc (.;• ui i^iie».
...... ^le
LE IIARÉGHÂL DE IIÉDÀTT. 295
parlant de lui , « qu'il connaissait deux seigneurs à la cour qu'il ne pouvait enrichir (1). »
Les Champs-Élysées de Grenoble, exécutés sur ses plans et à ses frais, témoignent assez de son goût pour
les arts et de sa m 'rosité.
Mais ce fut surtout son chÂteau de Grancey qui porta 1 empreinte de sa magnificence. C'est au maréchal de Médavy qu*est en effet due la reconstruction de ce magnifique château , isolé sur un rocher de 200 pieds, et orné, dit Lautour-Monfort, de tout ce que l'architecture moderne a de plus recherché.
Nous avons dit qu'il avait obtenu du roi, pour les y transporter , six des canons pris par lui sur 1 ennemi. On y admirait surtout la statue équestre du maréchal, de grandeur naturelle. Cette statue en bronze était due h, un habile sculpteur italien , qui avait reproduit avec la plus grande fidélité les traits et l'attitude du comte de Médavy. Elle reposait sur un piédestal en marbre d'Italie, de neuf pieds de hauteur.
Le parc du château de Grancey renfermait une héronnière entretenue avec le plus grand soin ; elle était peuplée d'hôtes si nombreux que, quand les hérons prenaient leur vol, Taîr en était obseurd. Aussi la héronnière de Grancey n'avait-elle point de livale , pas même celle de Versailles , malgré les emprunts que ie roi avait faits au maréchal.
Nous avons vu, en parlant du comte de Grancey,
(1) Naus possédons, dans.nos papiers de famille, l'étal des bieos laissés pnr le nnvâdMl 4e Médavy à n mort. H en lésatle que malgré les aliéna* liom bite» amérienremeot, le capital de ces biens était encore érataéà IfSSOiOOO Unes» équivalant à piès de étOOS,000 de nos jonrs. Il est vrai que •es dettes ne montaient pas à moins de 800,000 livres.
296 LES GRÂI^CFA' DANS LES ARMÉES.
chef d'escadre I comment le chÀteau de Grancey , donné en douaire à la comtesse sa veuve, fut par elle légué à son neveu le marquis de Tourny, et comiiiotU ce dernier le transmit à son tour au baron de Mandat, dont le fîls, le comte de Mandat-Grancey, le possède aujourd'hui.
Quoiqu'il ait en grande partie conservé son ancienne
splendeur, le château de Graricev a perdu, pendant la tourmente révolutionnaire, quelques-uns de ses plus précieux souvenirs. C'est ainsi que la belle statue du maréchal est tombée sous le marteau des démolisseurs. Quant aux canons pris à Gastiglione, ils ont également disparu à la même époque , sans qu'on sache ce qu'ils sont deveuus.
François ROUXEL de MËDAVY ,
François Roiixel de Médavy , marquis de Grancey , qu'il ne fâut pas confondre avec le premier marquis de Grancey , son onde , était fils du comte Pierre II de Grancey y et de Anne du Plessîs-Bezançon , sa seconde femme.
Il naquit au château de Grancey, le 30 octobre 4666, et ne fut baptisé que dix ans après, le 18 août 1676, en l'église paroissiale de St-Martin de Courcelles, au diocèse de Rouen, probablement par son grand-onde, François de Médavy, archevêque de Rouen, nommé & ce siège quelques armées auparavant.
Son parrain fut le prédécesseur de son grand-oncle dans Tarchevèché de Rouen , le célèbre Harlay de Ghanvalon , alors archevêque de Paris ; sa marraine , la comtesse de Hally de La Perrière , Marie Rouxél de Médavy, fille du premier comte de Marey.
D'après un usage qui n'était point partieulier à sa famille , François de Grancey , dont les deux aînés avaient pris le parti des armes , fut d'abord destiné à
298 LES GRANCEY DANS LES AïlMEES.
rËglise* Confié aux soins de Tarchevéque de Rooen , son grand-oncle , il reçut la tonsure des mains de ce
prélat le 22 décembre 4679, à i'âge de 13 ans. Chez lui, comme chez ses devanciers, Tinstinct guerrier ne put être refoulé, et son second frère étant venu à mourir dans un ftge peu avancé , il fut reçu mousquetaire à l'âge de 20 ans.
Quatre ans plus tard, en 1690, il servait sous le Dauphin en Allemagne. L'année snivante, il assistait au siège de Mons. Le 14 octobre de cette même année , ayant obtenu une compagnie d'infanterie au régiment de Grancey, commandé par son frère a!né, le comte deMédavy, depuis maréchal de France, il alla rejoindre l'armée de Piémont et se trouva aux siège et prise du château de Montmélian. Il assista dans les Vallées à toutes les affaires contre les Vaudois.
L'année suivante, Tarmée se tint sur la défensive ; mais le avril 1693 , le comte de Médavy ayant été fait maréchal de camp, le marquis de Grancey fut nommé colonel de son régiment, à la tête duquel il prit part au combat de la Marsaille, où fut blessé le comte de Médavy , et oîi Catinat se couvrit de gloire.
Pendant les trois campagnes qui suivirent, le marquis continua à servir en Italie.
Le 29 janvier 1G9G, il reçut le collier de Tordre du Mont-Carmel et de St-Lazare.
Ën 1696, la paix fut faite avec le duc de Savoie, mais la guerre continua avec les Impériaux et les Espagnols.
Le marquis de Grancey se trouva au siège de Valence.
L'année suivante, il rejoignît l'armée de Flandres, servit sous le maréchal de Boufflers , et assista au siège d'Âth.