‹ Familles illustres de NormandieChapitre 34 sur 50 · LE 11' MARQUIS DE GRANGE Y · texte numérisé non relu

LE 11' MARQUIS DE GRANGE Y

Fait maréchal de camp en récompense de sa belle

conduite à Castiglione, le 21 septembre 1706, il se démit de son régiment en faveur du marquis de la Chesnelaye, frère du duc de Gesvres, qui lui eu donna 66,000 francs.

Envoyé le 20 avril 1707 à l'armée du Daupbiné , sous le comte de Médavy , il se trouva avee ce dernier à la défense de Toulon , et partagea sa popularité à la suite de cette heureuse campagne.

Pendant les cinq années suivantes, il continua à servir en Savoie et Dauphiné dans les armées du maréchal de VUlars et du maréchal de Bervik.

Lu i7i3, il fît la campagne du lllua et se trouva aux siéi^es de Landau et de Fribourg.

£n 1714 , le roi lui accorda les provisions du gouvernement des ville « citadelle et pays de Dunkerque, sur la démission du comte de Médavy.

Le 8 mars 1718 « il fut fait lieutenant général des armées du roi.

Enfin le G octobre 1725, après la mort du maréchal, son frère , il obtint le gouvernement des ville et châteaa d'Argentan , que sa famille possédait depuis plus d'un siècle et demi.

Le marquis de Grancey avait dans le duc d'Orléans un ami dévoué non moins qu'un puissant protecteur. Lautour-Montfort va jusqu'à dire qu'il fut un des plus intimes confidents du régent; s'il se tait prudemment sur la nature de cette liaison , Saint-Simon a pris soin de nous la faire connaître : c'était un de ces roués si tristement célèbres dont il nous a retracé la vie :

M La chère exquise s'apprêtait dans des endroits faits exprès, de plain-pied, dont tous les ustensiles étaient d'ar*

geiàt; eux-mêmes mettaient souvent la main à l'œuvre avec les cuisiniers. C'était en ces séances où chacun était repassé, les ministres et les familiers tout au moins comme les autres, avec une liberté qui était licence effrénée. Les galanteries passées et présentes de la cour et de la ville sans ménagement , les vieux contes, les disputes , les plaisanteries , les ridicules , rien ni personne n'était épargné. M. le duc d'Oriéans y tenait son coin comme les autres , mais il est vrai que très» rarement tous ces propos lui faisaient-ils la moindre impression.^ On buvait d'autant , on s'échauffait, on disait des ordures à gorge déployée, et des impiétés à qui mieux mieux, et quand on avait bien fait du bruit et qu*on était bien ivre , on s'allait coucher , et on recommençait le lendemain. IJu moment que l'heure venait de l'arrivée des soupeurs , tout était tellement barricadé au dehors que, quelqu'affaire qu'il eût pu survenir, il était inutile de tâcher de percer jusqu'au régent. Je ne dis pas seulement des affaires inopinées des particuliers, mais de celles qui auraient le plus dangereusement intéressé l'Etat ou sa personne, et cette clôture durait jusqu'au lendemain matin (i). »

Les rou^ n'étaient pas bien nombreux, dix ou douze tout au plus. C'étaient le duc de Broglie , frère aîné du maréchal , le duc de Brancas, le duc de Biron, Nocé, fils de Fontenai sous-gouverneur du régent, Canillac , membre du conseil de régence , et enûn le marquis de Grancey. Le nom de ce dernier ne figure point dans tous les mémoires contemporains , mais Saint-Simon le désigne en toutes lettres dans un autre

(l) Mitnvii-es de Sainl-âiinoii, l. ViU, p. a<i8.

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