LE IP ICARQUIS DE GRANCEY
passage: « Je me rendis sur les quatre heures au palais royal ; un moment après La VriUière y vint qui
me soulagea de la compagnie de Grancey et de Broglie, deux des rayés que j avrils trouvés dans le grand cabinet, au Irais, familièrement, sans perruques (1). »
Les héros de ces saturnales n'avaient pas m6me l'excuse de la jeunesse. Le régent approchait de la cinquantaine, et Grancey l'avait dépassée.
On peut bien croire que , dans une telle passe , le marquis n'était point oublie dans la distribution des faveurs ; aussi fut-il comblé de pensions et de gratifications. Son mérite, il est vrai, ne l'en rendait point indigne, mais nous voudrions pour sa mémoire qu'il ne s'y fût point mêlé d'autres causes.
Nous avons vu qu en 1713 le marquis de Grancey, alors âgé de 47 ans et maréchal de camp, avait épousé Elisabeth- Victoire Rouxei de Médavy, sa nièce, fille du comte de Médavy, depuis maréchal de France.
Malgré la dé&veur qui s'attache avec raison à ces sortes d'alli iri( es , on s'explique facilement le choix du maréchal, menacé de voir périr son nom. D'ailleurs la disproportion de l'Age n'était pas très-considérable entre l'oncle et la nièce , puisque celle-ci n'avait que 20 ans de moins que le marquis. Il ne faut pas oublier non plus que ce dernier n'était pas né du même mariage que son frère aîné, ce qui atténuait d'autant rinconvénient de la consanguinité.
Malheureusement cette alliance demeura infructueuse, puisque la marquise mourut à Paris, le 23 janvier 4716,
(Il Mémoire» de Saiol-SimoDi t. X, p. 802.
en oouches du seul en&nt né de ce mariage et qui ne lui survécut point.
A la mort du maréchal de Médavy, le marquis de
Grancey devint chef de nom et d'armes de sa maison. La baronnie de Médavy tomba par suite eu sa possession, aussi bien que les fiefs et seigneuries des Essards , du château d'Almenesches , de Painthièvre » du Balu , de Boissey , Marey , Messez , Blanche-^Lande, Marigiiy, Boismaheult, Aimenesches , la qiiatorzaine , le fief commun , tous réunis en 1723 à la baronnie de Médavy y ancien patrimoine de cette maison. Il joignit à ces importantes possessions le comté de Grancey, érigé en duché en fiiveur du maréchal de Fervaques, son trisaïeul ; les baronnies de Marey et de Sélongey, situées en Champagne et en Bourgogne, avec toutes les seigneuries en dépendant; la terre de la Mothe-Peley ; le domaine d'Ëssey et le territoire de la Boyère, par échange du roi.
Onze ans s'étaient écoulés depuis son veuvage , lors» qu'en 1727, à l'ftgo de 61 ans, le marquis de Grancey, toujours préoccupé du désir de perpétuer son nom, et sans doute sollicité par le comte de Grancey, son jeune frère, dont le mariage avec M"* de Tourny était demeuré stérile, prit la résolution de contracter une nouvelle âlliance.
Si cette alliance lût devenue téconde , le sang qu'elle aurait ajouté à celui des Rouxel lui eût apporté un nouveau lustre, puisque c'était le sang des Sully et des d'Harcourt.
La nouvelle luarquise de Grancey, Marie-Cazimiie- Thérôse-Genneviève-Eramanuelle de Bélhune , était fille de Louis-Marie- Victoire , comte de Béthune, brigadier
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des armées da roi, et d'Henriette d'Harcourt-Beuvron. ' Arrètons^nous quelques instants sur Torigine de ce comte de Béthune, neveu du roi de Pologne, l'héroïque Jean Sobieski, qui srmva la chrétienté en remportant la ^ctoire de Vienne contre les Turcs y en 1683.
Le marquis de La Grange d'Ârquien , cafàtaine des eent suisses, mort cardinal en 1707 , avait eu de Louise de La Châtre, fille de Claude de La ChAtre maréchal de France, et de Jeanne de Chabot, un fils et cinq filles dont deux se firent religieuses.
La seconde de ces filles, Marie-Gazimire de La Grange d'Arquien ^ épousa en premières noces Jacob Radziivily prince de Zamoski , Palatin de Sandomir. La jeune princesse étant bientôt demeurée veuve sans enfants , hérita des grands biens du prince , et tel était son ^érite personnel , joint à sa haute position , qu'elle ne tarda pas à attirer les r^rds de Jean Sobieski , dont elle devînt la femme en 166S (1).
Cependant la fille atnée du marquis d'Arquien, Louise- Marie de La Grange d'Arquien, qui était demeurée en France, épousa à son tour, en 1669, son parent, François, noarquis de Béthune , fils d'Uippolyte de Béthune, comte de Selles et d*Anne-Marie de Beauvilliers de StpAignan.
A 1 avènement au trône de son beau-frère Jean Sobieski, en 4674, le marquis de Béthune fut envoyé par la cour de France pour complimenter le nouveau Tol de Pologne* Fait chevalier du St-Ësprit au mois
(i) Leur petite fiUe épousa » m i9iS* à thme, le roi Jacques d*Angle« leiie, eomme on disait alon* plus connu sous le nom de chevalier de St* Georges, et derint nèie éi l^lnftartnné Charles-Ëdouanl, sumoHuné le Prttendaut (^aini-SInioiii t. n , p. 81» 171» S77 et luiv.).
de décembre 1675, le marquis , dont le crédit justemeat acquis dans les deux cours ne se démeaUt jamais, repartît a?ec sa femme pour Varsovie, oii il demeura
ambassadeur extraordinaire du roi de France, et où il procura les plus grands établissements à sa famille.
Âprès avoir marié en 1678 M"'' d'Arquien, sa belle-sœur , au grand chancelier de Pologne , le comte de Wicillopolski , il fit épouser, en 1690, Talnée de ses propres filles au prince Ratziwil, neveu du roi de Pologne, grand maréchal de Lithuanie, et la seconde, en 1693, au conUe Jablonouski, grand enseigne de Pobgne, palatin de Wolhynie, puis de Russie, frère de la comtesse finin OpaHnska, mère du roi Stanislas et grand'mère de la reine de France , Marie Leczinska.
Outre ces deux filles , le marquis de Béthune avait eu de Louise-Marie d'Arquieu deux fils qui revinrent se fixer à la cour de France, après avoir refusé le cardinalat en Pologne. L'aîné fut tué sans alliance à la bataille d'Hochstsedt. Le second, Louis-Marie-Victoîre, comte de Béthune, épousa en 1708, Henriette dllarcourt , dont il eut la marquise de Grancey.
Henriette dllarcourt, sœur du maréchal duc d'Uarcourt , était fille de François d'Harcourt, marquis de Beuvron , chevalier des Ordres du roi , lieutenant général au gouvernement de Normandie, et d'Angélique Fabcrt, fille du maréchal de ce nom (i).
Les Bcthune-Selles , dont était le comte de Béthune, descendaient de François de Béthune, baron de Rosnj, auteur commun des branches de Béthune-Sully , de
(t) Après la mort d*Henrieite d*Harcourt, le comte de Béthune épwMf en seeomles noces , Tannée 1715 , la ûUe du due de Ticmei.
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Béthune-Selles ) de Béihune-Gharost et de Béthuned*Orval.
Le contrat de mariage du marquis de Grancey avec
M"" de Bt'thune fut passé à P iris le 28 avril 1747, devant M' Doyen, notaire , en présence et de l'agrément du roi Louië XV, de la reine , des princes et princesses du sang.
Les parents de la nouvelle marquise y figurèrent en grand apparat. C'étaient : Maximilien-Henry de Béthnne, duc de Sully, pair de France, chevalier des Ordres du roi, prince d'fiemiclimont , etc.; Louis- Âbraham d'Harcourt, marquis de Beuvron , abbé commendataire de la riche abbaye de Signy , au diocèse de Reims ; Louise-Mfarie de la Grange d'Arquien , marquise de Béthune , sœur de la reine de Pologne , dame d'atours de la reine de France ; très-puissante dame Angélique Fabert , fille du maréchal Fabert , veuve de François d'flarcourt, marquis de Beuvron; Qaude de Brulart de Genlis, veuve de Henri d*Harcourt , duc , pair et maréchal de France ; et plusieurs autres seigneurs de la cour.
Les cérémonies religieuses du mariage furent célé* brées à Paris le mai i727 , dans la chapelle partie culière de la marquise de Béthune , grand'mère de M** de Grancey.
A tous les avantages de la naissance, la nouvelle marquise de Grancey joignait les grâces de la plus séduisante physionomie. Il suffit pour s'en convaincre de jeter les yeux sur les deux gravures de la bibliothèque Impériale^ recueil de Bonnard, représentant la charmante jeune femme, la première dans un très-
riche costume de cour, la seconde avec les attributs de Gérés , ornée d'une écharpe de Ûeurs.
Le marquifr de Grancey était lai-môme, dans sa jeunesse, un cavalier accompli.
A défaut d'autres témoignai^es , nous n'en voudrions pour preuve que le portrait en notre possession. On pourrait seulement reprocher à cette gracieuse physionomie une délicatesse un peu trop efféminée.— >Yoyez donc le jeune marquis de Grancey, comme il est beau ! disait-on à la marquise de L Ilospital (1). Mais la jeune femme avait des préventions singulières contre certaines armoiries et certains noms patronymiques. N'avait-elle pas refusé d'épouser le comte de Ghoiseul , gouverneur du Dauphiné et ambassadeur à Vienne , parce que, disait-elle, il avait un écusson à fond d*azur? — Fi ! donc , répondait-elle , le marquis a des armes affreuses, des armes à fond bleu, c'est tout dire , avec un tas de petites pièces , comme un anobli de l'hôtel de ville. Ët puis il a nom Rouxél , c'est horrible à penser ; comment . peut-on s'appeler Rouxel (2)? — Autant de mots , autant d'erreurs , pour le dire en passant. Les armes du marquis étaient' à fond d'argent, eiy au lieu de ce tas de petites pièces^ il portait 3 coqs de gueules.
Quant au nom de Rouxel , il n'était à coup sûr pas plus singulier que beaucoup d'autres portés par
d'illustres familles , tels que ies Chabot , les Pot , les Bouton , les Fouquet , les Talon | les Coiftier , ies Brûlarti etc.
(1) Elisabeth de BouUognet fille du contrôleur.
(2) Souvenits de ta marquUe de Criqui, compilftlioo apoci^phe et and peu uùmée, U IV, p. 3d.