‹ Familles illustres de NormandieChapitre 36 sur 50 · LE II* MARQUIS DE GRANGEY · texte numérisé non relu

LE II* MARQUIS DE GRANGEY

Si donc nous rapportons ici celte boutade plus ou moins apocryphe , c'est uniquement parce qu'elle vient à Tappui de ce que nous disons de la beauté du marquis.

Un peu plus d'un an après son mariage avec M"* de Béthune , le marquis de Giancey mourut à l'âge de 61 ans et 9 mois , le 29 juillet 1728 , sans avoir eu la consolation de voir sa nouvelle alliance féconde.

Nous avons vu comment le comte de Grancey, chef d*escadre, son jeune frère, mourut lui-mâme trois semaines après le marquis, sans avoir eu le temps de recueillir son opulente succession.

Avec ce dernier s'éteignit l'illustre maison dont la fécondité longtemps soutenue s'était si vite épuisée dans ses derniers rejetons.

Marie-Cazimire de Béthune, veuve du marquis de Grancey, jeune, belle et riche comme clic 1 était, fut bientôt reclicrchee par les plus grands partis. Elle finit par épouser le maréchal duc de Bcl!e-lsle, petit-iils de Tinfortuné Fouquet, qui devint ministre de la guerre sous Louis XV et membre de l'Académie française.

Les deux marquises de Grancey, la tante et la nièce, offrirent donc ce singulier rappiuchement que l'une et l'autre firent cesser leur veuvage en épousant un maréchal de France. Nous avons vu , en effet, Jeanne- Aimée de Rabodanges , veuve du premier marquis de Grancey, épouser en secondes noces le maréchal de Monlrevel.

Le marquis de Grancey séjourna souvent dans notre contrée. C'est lui qui fit reconstruire avec une grande magnificence le beau chAteau de Médavy. Ce qui reste encore de ce château peut nous donner une idée de ce qu'il était alors.

Le marquis de Grancey avait pris, comme aîné, une part importante dans la succession du maréchal; ses biens personnels s'étaient en outre accrus de la suc^ oèssion de sa tante, la comtesse de Marey, dont il éUdt

légataire universel. Le capital de sa fortune représentait une somme qui ne serait guère inférieure à 3 millions, au cours d'à présent. Mais cette fortune était grevée des dettes assez considérables du maréchal de Médayy, auxquelles venaient s'ajouter les propres dettes du marquis.

Il est vrai qu'il joignait à ses revenus l'appoint important de ses pensions et de ses traitements , sans parler de la dot de sa femme (i).

(1) Nous possédons le détail des revenus et des charges du mait|ui<i, dans nos papiers de famille.

LËS DAMES DE mm\ A LA GOUR.

itiett-iesa.

Chahlotte de FERVAQUES,

La veuve , laquelle a des entants qui ont besoin de son adresse et conduite , et principalement en ce qui concerne leur ftme et rétablissement de leur vie , ne peut ni doit en façon quelconque les abandonner ,

car l'apôtre saint Paul dit clairement qu'elles sont obligées à ce soin là pour rendre la pareille à leurs pères et mères , et d'autant encore que si quelqu'un n'a soin des siens , et principalement de ceui de sa &mille y il est pire qu'un infidèle ; mais si les enfants sont en état de n'avoir pas besoin d'être conduits , la veuve alors doit laiiiabser toutes ses affections et compilations pour les appliquer plus purement à son avancement en l'amour de Dieu (1). »

Il semble vraiment que les conseils du saint Évéque de Genève aient été écrits à l'adresse de la baronne de Médavy, sa contemporaine.

A l'époque de la mort du baron, il n'était bruit que

(1} Saint Fraiifnb de Sales, tnirodueth n àlavU dévoie.

du livre de Tillustre prélat, et plus d'une veuve, dont

les vertus nous ont été retracées, y trouva la règle de sa conduite (1).

Seconde fille du maréchal de Fervaques et de cette intrépide Renée de Marçonnay qui défendit si virilement son château de Graneey en 1S92, Charlotte de Hautemer vint au monde vers Tannée f&65.

Le sMiiq des Gi aiicey, des Châteauvillain, des Montrevel , des d'Annebault et de Saint-Bernard, qui coulait ^ans ses veines, en avait fait un composé de grâce, de noblesse et de pieté, qui devait porter les plus heureux fruits.

Sa sœur aînée, la marquise de Prie, allait devenir la souche d'une illustre descendance, en mariant l'une de ses ûlles au maréchal de la Mothe-Houdancourt.

Sa jeune sœur, la baronne de La Ferté-Imbault, devait être mère du maréchal de ce nom.

A Charlotte de Hautemer n'étaient pas réservées de moindres destinées. Lorsqu'elle épousa, en 1588, le baron de Médavy, celui-ci, âgé seulement de vingt-six ' ans, était déjà maréchal de camp. Si n Tépoux et Tépouse étaient accomplis dans leur sexe, » ils n'étaient pas moins favorisés du côté de la naissance et de la fortune.

Aîné d'une foinille déjà signalée dans les armes et dont l'illustration devait encore srandir, Pierre de -Médavy possédait, avec la baroouie dont il portait le nom, de nombreuses et importantes seigneuries.

Charlotte de Hautemer lui apportait en dot l'antique comte de Graneey, avec son cortège de fiefs et de baronnies.

(1) Voir» entre autnjs* la nouvelle édilion fle« de /tttif «M^aMm vtuwi, 9tet, paMiée ptr M. Charles d*Héricaii1t.

LA f* COMTESSE DE GRANGET. 315

Tout semblait donc sourire à la jeune femme, lorsqu'une première et pénible (épreuve vint troubler sa sérénité.

Le roi Henri îlï succombait, le l" août ^589, sous le poignard de Jacques Clément. Il fallait prendre parti, pour ou contre le Béarnais. Le maréchal de Fervaques, qui lui avait déjà donné tant de preuves de dévouement, ne pouvait Tabandonner dans cet instant critique.

M"* de Médavy, tout en partni^eant, en encourageant peut-être les répulsions du baron, son époux, contre un roi huguenot, eut la douleur de voir dans des camps opposés son père et son mari.

La bataille d'Ivry, oh Médavy fut fait prisonnier, fut le premier acte de ce drame lamentable.

Après la prise de Verneuil, qui valut au baron le gouvernement de cette ville, Charlotte de Fervaques vint s*y établir auprès de lui. Pendant les vingt-sept ans que dura le gouvernement de Pierre de Médavy, la baronne sut, par ses vertus et sa charité, se concilier, à Verneuil, des sympathies qui l'accompagnèrent jusqu au terme de sa vie, et plus d'une fois, peut-être, les habitants durent à sa douce influence auprès du gouverneur d*âtre préservés de la sévérité inflexible qu'on lui a souvent reprochée.

La noblesse du pays, qui était nombreuse à cette époque, et les grandes familles dv. la contrée rendaient surtout hommage à ses vertus. On vit tour à tour au chÀteau de Verneuil l'amiral de Villars, lié à la fortune de Médavy , le maréchal de Fervaques, père de la baronne , le marquis et la marquise du Neuf bourg , la comtesse de Tiîlières, le célèbre cardinal Du Perron , l'évêque de Scez Claude de Morenne , ie baron de Prie , beau-frère de M"* de Médavy , la marquise de

La Londe, sa fille bien aimée, le maréchal de Brissac , les marquises d'O et de Saint-Rhémi , la baronne de

La Loupe, une d'Angennes, et les Évêques d'Évreux.

Le château de Médavy n'était point non plus négligé. Il formait entre les châteaux de Carrouges, de Lignou, d*0) de La Mothe-Fouqué , et quelques autres situés dans le voisinage, comme un point de ralliement pour raristocratie de la contrée. Au mois de février 1594 , Médavy était le rendez-vous d'une société d'élite , réunie quelques jouis auparavant chez la comtesse de Sanzay , au château de La Mothe-Fouqué , alors si hospitalier. On y voyait M"" d'Uarcourt , sa jeune sœur, M*"* de Sacey-Tillon , M. de Saint-Malo , M. de Thiboust, et M"" de Montagu (1).

Le comte et la comtesse de (irancey, celte dernière surtout, semblent avoir joué le rôle de Mécène auprès de plus d*un écrivain de leur temps.

La Normandie, durant les règnes de Henri IV et de Louis XllI, prit une glorieuse part au mouvement qui marqua la rcnovaliou des lettres en France.

Sans parler de Malherbe , le plus illustre de tous , que d'autres à citer après lui , h citnunencer par son neveu , Éléonor de Sarcilly ! Les Vauquelin de Là Fresnaye et des Yveteaux, notre Évéque Jean Bertaut, dont le nom devait encore être rehaussé par sa char^ mante nièce M""" de Motteville , Colomby , le cardinal Du Perion, Scudéry, Bois-Robert, Saint-Amand , Hrébeuf, Benserade , Mézeray , Saint-Évremond, et bien d'autres encore portèrent assez haut le nom Normand.

(1) Joumttl de lo comtesse cle Sanny, ]»ublié par le conte de La Ferrlèi*', Ph 59.

LA 1'" COMTESSE DE GRANCEY

La plupart de ces écrivains appartenaient à la Basse-

Normandie, et devaient chercher des protecteurs dans les familles puissantes de la contrée. Le patronage des Granoey ne leur fit point défaut.

On avait vu, en 1599, le cardinal Du Perron , alors tout puissant auprès du monarque, dont il avait préparé la conversion , venir au château de Verneuil nommer un des enfants du gouverneur , au nom de son royal maître, qui avait voulu en être le parrain.

L'évêque de Séez, Jean Bertaut, qui doit sa célébrité bien plus à ses vers qu*à ses fonctions de 1*' aumônier de la Reine-Mère, venait baptiser, au château de Médavy, la plus chérie des filles de la comtesse.

C'était 1 aiibé de Thiron , frère du poëte Philippe Ûesportes, qui avait négocié l'accommodement du baron de Médavy, en lui ménageant une entrevue, au château de Gondé, avec le grand Sully.

 côté, ({unique au-dessous de ces écrivains, notre contrée fournit nn contingent de poêles moins connus, mais dont le nom est parvenu jusqu'à nous.

L'aventureux Mauchrestien , plus connu sous le nom de Yattevîlle, était de Falaise; Pierre Troterel, écuyer, sieur d'Aves, était né dans les environs, ainsi qu'il se plaît il nous le faire savoir lui-même :

il l';iut , loctfur qup je te die,

Que je demeure eu Normandie j

Le lien do ma uativit*^

Est près Falaise, du eôté

Où le soleil commence à luire,

 Topposile du zéphire.

' Chrétien-de8-Croi.v était d'Argentan même. Ses pw-

tmraîês eurent un certain succès à la cour, dont Taccès

lui fut peut-être ménagé par les seigneurs de Médavy, gouverneurs d'Argentan (1).

Pour Pierre Troterel, nous n'en sommes point réduits aux conjectures. Des liens de reconnaissance le rattachaient au baron et à la baronne de Médavy, auxquels il dédia trois de ses œuvres, qui n'ont point échappé à roubli.

La baronne de Médavy eut dans la personne d'Éléonor de Sarcîlly un protégé qui devait lui faire plus d'honneur. Le jeune normand n'avait encore que 16 ans, lorsqu'il fut présenté à la cour par la comtesse,

en 1627.

Éléonor de Sarcilly , plus connu sous le nom de Chandeville, descendait sans doute de ce Philippe de Sarciily , beau-frère de Fleury Rouxel , un des ancêtres du baron de Médavy. Il était né le 24 mars 1611 à Brucourt, terre située aux environs de Caen et appartenant il Sun père. Sa mère était la propre sœur du poëte Malherbe. Il fit ses études de rof borique sous Antoine Halley, professeur royal de l'Université de Gaen. « Il était , nous dit Huet , dans ses Origines de Camy parent de M. de Grancey, et il n'avait que 16 ans lorsque M"' de Grancey, mère du dernier archevêque de Rouen , le mena à Paris et le produisit dans le grand monde. Son esprit y fut goûté. 11 avait un rare talent pour la poésie française. On a imprimé

il) C'est lui qui utiicssait au ^leil ce vers souycuI cilc:

Sourenin roi des céleates cbandeUe».

Voir fur ces poètes de second ordre, V Annuaire Mmumd iNmr jSGO, où M. Gostate Le \axmcaT leur a consacré quelques pages intéressâmes*

LÀ r COMTESSE DE GRÂJSCËY. 3ld

un petit recueil de se.- vers, où Ton rernaïque un génie heureux, noble, élégant, délicat. La plupart sont vers d'amour , dont quelques-uns pour M*"" dt Rambures et pour Isabelle de Bourgoeville , fille d*honneur de Henriette , reine d'Angleterre ^ arrière-petlte-flUe de il. de Bras , qui fut sa première inclination. Il s'attacha au cardinal de La Valette. L'usage de la cour , l'étude et la maturité de Tâge faisaient espérer de lui quelque chose de grand ; mais une mort avancée le ravit à la France, à l'âge de ans, en 1633. H mourut à Paris, d'une fièvre continue, et fut enterré à St-Germàiil' l'Auxerrois. Il supprima ses vers, en mourant, et aucuns n'en seraient échappés , sans M . de Scudéry , qui prit soin de les ramasser, et de publier ce qui nous en reste (i). »

ChandevîUe avait été introduit de très-bonne heure à rhôtel de Rambouillet par son oncle , le grand 31allierbe qui, comme on le sait, avait un culte pour la maîtresse de la maison*

M'^* de Scudéry lui a consacré un chapitre, dans son fameui roman du Grand Cyrus , où elle lui donne le nom de Phérëeide, « Il fit des vers si beaux , si touchants , si passionnés, qu'il était aisé de voir qu'il n'avait pas l'âme indifférente ; et ceux du Grand-Therpandre (Malherbe), son oncle, qui eut tant de réputation, n'étaient pas plus beaux que les siens. » M"* de Scudéry ne manque pas d'ajouter, en parlant de ChandevîUe, « qu'il avait la plus belle tôle du monde (2). »

(1) Hut-t, Origines de Cocu, cité par M. CoQSillt dansson beau Km de la Société française au XVll*tiécle, L II, p. 82.

(2) Le Grand Cyrus, par M"« de Scudéry, livre 1*', p. 53».

Mais c'est surtout dans la direction qu'elle sut. imprimer à sa nombreuse descendance qu'il faut admirer Charlolte de Hautemer.

Dix-sept enfants «kaieiit nés de son mariage , la plupart dans cette ville de Verneuil que tant de pieui souvenirs rendaient chère à M"** de Médavy , et qui devait conserver la dépouille mortelle de quelques^^uns d'entre eux.

Après avoir donné le jour à trois filles , elle eut la douleur de voir succomber successivement , ' en bas fige, quatre fils , qu'elle n'en&nta que pour Dieu. La naissance de trois autres fils , qui devaient lui survivre

et porter haut leur nom, vint la consoler de ces deuils répétés. Enfin sept autres filles allaient encore lui naître.

Dans les dernières années de sa vie, la comtesse de Grancey aurait pu rassembler sous son toit quarante enfants et petits enfants.

Elle devait être fille, mère, grand'mère, bisaïeule et tante de six maréchaux de France, et d'un nombre à peu près égal de lieutenants généraux.

Un de ses fils devint archevêque de Rouen. La crosse abbatiale fut portée par son petit-Ûls, le célèbre abbé de Grancey, que nous ferons connaître, cinq de ses filles , douze de ses petites-filles et plusieurs de ses arrières petites-filles. Quelle sage direction ne dut-elle point leur imprimer, pour- les rendre dignes de ces éminentes positions 1

La plupart de ses enfants étaient encore en bas âge ,

lorsqu'à la mort du baron de Médavy la garde noble lui en fut confiée , le 8 janvier I6î8.

Sun premier soin fut d'honorer la mémoire de son noble époux par un monument digne de sa renommée.

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LA f COMTESSE DE GRANCaSY. 321

C'est par ses mains que fut élevé dans l'église de Médavy le magnifique mausolée de marbre noir et blanc dont nous avons parlé.

L'année de son veuvage s'écoula au milieu de ces pieuses sollicitudes, dans son château de Médavy, auprès de l'abbaye d'Almenesches y où sa fille Louise inaugurait avec tant de zèle la réforme due à son initiative.

Dans les premiers mois de Tannée suivante » nous retrouvons la comtesse à Paris , où son fils atné débutait dans la carrière des armes. Est-ce au crédit de sa mère * que le futur maréchal dut , précisément à cette époque, sa nomination au gouvernement d'Ai^gentan , quoiqu'il n'eût encore que 16 ans ? Il est permis de le croire.

De Paris , la comtesse s'achemina vers la Bourgogne , où i appelaient des intérêts considérables. Il s'agissait en eiïet de prendre possession du château de Orancey, qui lui était échu en partage dans la succession du maréchal de Fervaques.

La noblesse de la province accourut en foule à* Tantique château de Grancey, où la châtelaine s'était fait accompagner par sa jeune et charmante fille, Guyonne de Médavy, qui allait puiser auprès du tombeau de saint Bernard la résolution de se vouer à Dieu.

De retour en Normandie, la comtesse de Grancey partagea son temps entre l'éducation de ses enfànts, l'administration de leur patrimoine et le séjour des ' abbayes de Vignats et d'Almenesches, dont ses filles étaient abbesses.

Ce fut alors qu'elle dut faire à Dieu un nouveau sa« crificei en lui consacrant encore sa chère fille Guyonne, dont la résolution était inébranlable, et qui prononça ses vœux à Vignats, le iO mars 1624.

322 LES DAUES D£ GRANCET A LA COUR.

Cependant le temps était veiiu où la pieuse veuve, débarrassée du soia de ses enfants, allait eniia pouvoir « ramasser toutes ses affections et cogitations pour les appliquer plus purement à son avancement en l*amour de Dieu. »

Durant son long séjour à Verneuil, elle avait fait vœu de fonder dans cette \ille une abbaye de bénédictines.

Dès le mois de février 1623^ elle avait fait à ce sujet leB premières démarches auprès des magistrats de Ver* neuil, qui avaient accudili sa demande à l'unanimité. La comtesse ne réclamait que l'autorisation d'établir son monastère sur la paroisse de St-Nicolas; les échevins ajoutèrent à cette concession celle d'un prieuré et d'une léproserie situés sur la même paroisse (1).

Quatre ans devaient encore s'écouler avant la réali^ salion d'un projet qui allait exiger tous les soins de la comtesse; enfin, en 1627, secondée par l'évêque d'Évreux, François de Péricard, elle put installer son peUt troupeau dans yn hospice provisoire préparé à la hâte.

Les débuts du monastère étaient bien modestes : 600 livres de rentes à prendre sur la baronnie de Selongey, en Bourgogne, dix cellules garnies d'un chctif mobilier, trois chambres, un réfectoire, une cuisine et deux parloirs grillés, tel était le noyau de la future abbaye.

La comtesse, liée par la reconnaissance avec une religieuse d'Almenesches, Renée des Guets de La Potinière, qui avait élevé deux de ses iiiies, s'apprêtait k lui conlier

(1) Il paraît que cette dernière cou cession fut retirée en 4630, par l'influence et la crainte de la maison de Veudùuie { Aiciiives de l'abbaye de Verneuil).

tk r* GOUTESSE DE GRANCEY. 323

la direction de la communauté, mais elle dut bientôt renoncer à ce projet, à la sollicitation du prélat lui-même, qui voulut mettre à ce poste Guyonne-Schoiastique de Médavy, dont le mérite se laissait déjà deviner.

Nous verrons, en parlant de cette éminente ahbesse, quels devaient bientôt être les progrès de ia nouvelle maison entre ses habiles mains.

Ën 1631, la communauté avait assez grandi pour ôtre érigée en abbaye, par lettres-patentes du roi Louis XHI, données à Saint-Germain-en-Laye, le 30 juin.

L'année suivante, la fondatrice eut la consolation de voir admettre au numbre des religieuses de Verneuil sa petite-ûlle , Charlotte de Bigars de La Londe.. Dans le but d'adoucir les regrets de la marquise de La Londe , qui avait d'autres projets pour sa fille , et qui d'ailleurs redoutait pour sa constitution délicate les austérités du cloître , la nouvelle religieuse fut admise en qualité de seconde fondatrice. La riche dotation qu'elle reçut de sa mère et de la comtesse ne s'élevait pas à moins de 9,000 liv. et justifiait bien ce titre.

Lorsque le jour de la Toussaint Charlotte de La Londe prit l'habit de son oidre, François de Médavy , son oncle, depuis lors archevêque de Rouen, fut chargé de prononcer le discours, en présoi^ce de la comtesse sa mère , de Tévéque d'Évreux , offîciant , et d'une illustre assistance. De magnifiques présents furent encore offerts à cette occasion par la fondatrice à l'église de l'abbaye.

Cependant, courbée sous le faix des labeurs plus encore que sous le poids des ans, Charlotte de Fer* vaques allait bientôt recevoir le prix de ses œuvres. Une

courte maladie se déclara le 27 février 1633. Com-

prenant dès le premier moment la gravite de son mal, elle ne songea qu'h se préparer à la mort. Un dernier témoignage d'affection envers ses chères Mes fut pour elle le fruit d'une inspiration suprême. Elle voulut revêtir l'habit des Bénédictines , pour se présenter devant Dieu, sous les livrées du saint fondateur et sous son puissant patronage.

A la nouvelle du danger, le prélat était accouru d'Évreux h Verneuil, le troisième jour de sa maladie. Elle reçut de sa main les quatre sacrements de Pénitence , de Confirmation , d'Eucharistie et d'Extrême- Onction.

Ses parents entouraient son lit de mort, les religieuses s'y relevaient, de pieux ecclésiastiques l'assistaient de leurs prières , les médecins lui prodiguaient les secours de leur art; tous étaient touchés jusqu'aux larmes de sa foi et de sa résignation. Elle recomm uidait l'abbaye à la protection de ses ûls, et ajoutait de nouvelles libéralités à ses nombreuses donations. Enfin, le 12 mars i633, joignant les mains, et les yeux élevés vers le ciel, elle rendit son âme à Dieu (1).

La comtesse de Grancey avait voulu donner un dernier gage d'affection à ses filles de Verneuil, en leur léguant sa dépouille mortelle. L'évôque d'Évreux vint présider à ses obsèques > le lendemain de sa mort, « entouré de tout le clergé d^ la ville.

Le corps de la fondatrice fnt d'abord déposé dans une chapelle de l'église abbatiale, où il demeura pendant un an. Au bout de ce temps , il fut transféré dans une crypte pratiquée sous le chœur* Le prélat ,

(1) Archives de ruljbii>e de VemeuU.

Ul COUTESSB DE GRANCET. 325

cette fois, encore , assista , au milieu de tout le clergé de la ville et des environs , à cette cérémonie , dont

la pompe surpassa la première. La fondatrice avait, il est vrai , au moment de sa mort , exprimé le vœu d'être inhumée avec îa plus grande simplicité; cent {Miuvres habillés aux frais de sa succession devaient , d*après ses dernières volontés, former son seul cortège. Mais ses trois fils se firent un point d'honneur de violenter cette humilité. Leur présence avail attiré à Verneuil un grand concours de noblesse , de magistrats et de gens de toute condition. Le convoi funèbre parti de la Madeleine , sous la conduite de révèque , se rendit à Téglise abbatiale, où les cent pauvres, nouvellement habillés, ot portant des cierges allumés, trouvèrent des places réservées autour du catafalque.

Le lendemain , après un service solennel, où quatrevingts prêtres offrirent le saint sacrifice pour le repos de t*âme de la défunte , l'évéque d'Évreux monta en chaire et prononça une éloquente oraison funèbre (1).

De récents travaux , dus à la sollicitude de i'abbesse actuelle, ont permis de retrouver les restes vénérés de la fondatrice , sous les déblais de la crypte encombrée. Une inscription commune à la comtesse et aux deux premières àbbesses, sa fille et sa petîte^lle , doit, en perpétuant le souvenir de cette restauration , arracher leurs noms à l'oubli.

(il Arcbim defabbaye de Vermail. Gett« onisoii fontbie n'est poiot parvenue jusqu*à nous cciminc cclk; de Guyonnc de Médavy.

GuAitLûiTii DE MORNAY dk VILLAHGEâUX,

La cour de Philippe d'Orléans , comme celle du roi, 8on frère, ne brilla pas seulement par son foste et son opulence : elle offrit encore un singulier assemblage de ^ndeur et de dissolution. Il ne faudrait pourtant

pas prend l'c tiop à la lettre les écrits qui nous en ont retracé le tableau. La galanterie, qui caractérise cette époque, n'était souvent qu'une forme, imprudente peut-être, mais obligée, de la politesse de nos pères. Â ce prix seulement , on était ce qu'on appelait, dans une langue depuis longtemps oubliée, « un honnête homme », c'est-à-dire uu lioiurae poli, civilisé, bien appiis, un galant homme en un mot. Tenonsnous donc en garde contre de tristes exagérations.

D'ailleurs» il ne faut point l'oublier, la crudité du langage , la liberté même des relations de société , ne sont pas toujours un indice certain du relâchement des mœurs, surtout quamî l'honnêteté privée a pour sauvegarde des croyances fortement enracinées. Maint passage des lettres de M""' de Sévigné, pour ne citer qu'un

exemple, donnerait au lecteur inexpérimenté, une idée bien fausse d'une réputation qui a résisté aux insinuations les plus malveillantes.

Ces réflexions nous sont inspirées beaucoup moins par la maréchale de Grancey que par ses deux filles , dont nous parlerons après nous être occupé d'elle.

Nous avons vu que Charlotte de Villarœaux épousa le comte de Grancey , veuf de M""* d'Hoctjuiacourt , le 25 juillet 1643.

Quelque élevée que fût la naissance.de sa première femme , le maréchal ne dérogeait point en épousant la seconde (4).

Le père de la nouvelle comtesse était Pierre de Mornay , chevalier , seiirneur de Villarceaux , colonel du régiment de Navarre , conseiller d'état , qu'une mort prématurée empêcha de parvenir à de plus hautes distinctions. Il mourut, en effet , assassiné, dès l'année 1624 , après avoir épousé Anne Olivier de Leuville , fille de Jean de Leuville et de Madeleine de J^aubespine.

Pierre de Villarceaux était an brave gentilhomme du Vexin français. Quant à sa femme , Anne de Leuville , s'il faut en croire Tallemant des Réaux , c'était <c une grande joueuse qui avait de l'esprit , mais mé^ diocrement de cervelle. » Heureusement pour sa mémoire nous avons dans Loret un juge plus indulgent, et sans doute plus véridique, de son mérite personnel. C'est de cette dame qu'il dit, à propos de la maréchale de Grancey , sa fille :

(1) L*aiiciaiiieet aoUe bmille de Vomj lenontall, diaprés le P* An* fdme, ft PUlippe de Mornay, de la preTinee de Berry , ron des conseillera de Lottble nuttin.en U51,

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LA HARÉGHàLE DE GRAMCBY. (^9

L*iUtt8tre VAlarceaux , sa mère ,

A. plnsteun gens dlionneur trèt-dière,

Est au lit gisante à présent ,

Dieu pour elle tant ou priera

Que Je crois qu'elle guérira {!}.

M"' de Villarceaux étant morte quatre mois plus tard, le gazetier normand lui faisait cette oraison funèbre :

De Villarceaux rillustre dame, 0 Dieu ! Quand j*y songe, je pâme.

Par une douce et sainte mort , Acheva mercredi son sort.

Et il ne tarit point sur ses lumières, sa charité » sa piété , sa bienlaisance , sa douceur , etc. (2).

L'abbé Lebeuf parle de la famille Olivier de Leuville, dans sou Histoire du diocèse de Parts,

La seigneurie de Leuville , paroisse do doyenné de MoDtlhéry, avait été donnée en 1466 par Jean Alard de Court-Alary et Jacqueline de Germigny , sa femme , à Jacques Olivier , natif de fiourneuf , près La Rochelle, procureur au Parlement de Paris, qui épousa Jeanne de Noviant.

Leur Lils fut premier président du Parlenienl en 1517, et leur petit-fils , François Olivier de Leuville , fut. chancelier de France en Ce dernier était le

grand-pôre de la maréchale de Grancey.

(1) Muie historique, leli. SI du 30 août 1003.

(2) /Wrf., leu, du S Janvier 1054, j.

Louis de Leuville , frère de la maréchale , lieutenant général des armées du roi^ mort en 1663, fit ériger

la terre de Leuville en marquisat (1).

n avait été nommé, en 1651, député de l'ordre de la noblesse aux états généraux , pour la ville , vicomté et prévôté de Paris (â). Ce marquis de Leuville avait épousé Marie Morand , fille de Thomas Morand , baron du Menil-Garnier , conseiller d'état. C'est à propos de la marquise de Leuville , sa venve , que M"" de Sévismé disait en 167d : « Voilà deux bonnes veuves à marier, M** de Senneterre et M"* de Leuville. L'une est plus riche que Tautre , mais Tautre est plus jolie que l'une (3). »

Un personnage plus connu fut le frère aîné de la maréchale , Louis de Mornay , marquis de Villarceaux, seigneur de Chaussy et d'Omerville , baron dé Guérard, du Leuil, des Essards et de Reuilly, successivement capitaine-lieutenant des chevau-légers du Dauphin et du duc d'Orléans , capitaine des gendarmes de ce dernier, et de la meute des chiens du roi, courants pour la chasse du lièvre , aux années 1662 , 1663 et 1664.

M"" de Maintenon, grande amie des Mornay, se

plaisait à passer les étés dans leur intimité, soit à Villarceaux , soit à Montchevreuil (4).

(4) L*abbé Lclieur, Histoire du diaeètt d« Parw^ t» .X, p. 20&. La graod'm^re du marquis de Lenville et de la maréchale de Grancej éttdt Suzanne de Chabanne-La Paliase.

(5) Gatêtie da h septembre 1651.

(3) Lettre da i$ notembre 167i.

(&} Villarceaux, terre et ebàteau do Vexio français, dé|iendall de Fèleetton de Magny. MontclieTrenil, terre du Vexîn, ifee Utie de marquisat et

LA MABÊCHALE DE QBAKCEY. 331

La galanterie bien connue du marquis de ViUarceaox fit soupçonner , dans ses rapports avec la célèbre veuve

de Scarron , quelque chose de moins innocent que de simples liaisons d amitié. Le marquis de La Fare n'hésite pas à dire que a Villarceaux , un des pkis galants de son temps, fut fort amoureux d'elle et bien traité. » Mais rien « dans la vie si digne de M""* de Maîntenon,

n'autorise de semblables imputations. D'ailleurs la véracité de La l^^are ne doit être admise qu'avec une extrême réserve.

Quant à Villarceaux , la droiture de ses intentions pourrait être plus légitimement suspectée. Il semble, en effet, avoir pris une large part dans le dévergondage dont son époque nous montre plus d'un exemple, à côté de grandeurs réelles et non surpassées.

Il est question du marquii» dans les historiettes de Tallemant des Réauz, qu'il ne faut pas du reste accueillir toujours à la lettre. Ses liaisons avec la trop célèbre Ninon de JLenclos eurent beaucoup de retentissement. Un dernier trait achèvera de le faire connaître. La beauté de M"' de Grancey, sa nièce, dont nous parlerons bientôt plus longuement, passait, à tort ou à raison, pour avoir attiré l'attention du roi, Villarceaux, qui sollicitait une place pour son fils, voulut faire servir à son ambition l'inclination naissante du monarque, et ne rougit pas de lui pioposer ses bons offices, pour le succès d'une odieuse intrigue. Le roi , raconte M"' de Sévigné , se mit à rire et dit : « Villarceaux, nous sommes trop vieux, vous et moi,

banlc justice, ^it dans rtieelioD de Ciiiiuraool. (MaMeville, Huioire d« NormoHitie* )

pour attaquer des deinoiseUes de quinze ans, et, comme un galant homme se moqua de lui, et conta ce discours chez les daines. »

On comprend Findignalion qui dut s'emparer de la jeune fille et de sa sœur, la comtesse de Marey, en entendant répéter de pareils propos. Elle fut telle, toujours d'après M^* de Sévigné« c qu'elles ne voulaient plus voir leur oncle , qui de son c6té était un peu honteux (1). »

Le fils unique du marquis de Villarceaux, Charles de Mornay , marquis de Villarceaux , avait succédé , du vivant de son père, à toutes les charges de ce dernier. Il fut tué, le 1'^ juillet 4690, à la baudlle de Fleurus,

sans laisser de postérité.

Le comte de Bussy-Rabutin écrivait, le 31 juillet, à l'occasion de cette mort , à M*"* de Sévigné : « Tout le monde plaint, les Viiiarceauz , père et fils , et sur ce sujet on remarque combien la Providence se joue de la conduite des hommes. Villarceaux, le père, refuse le cordon bleu pour le faire avoir à son fils, et, par cette action , mérite Testime générale. A la vérité , c'est ce cordon bleu qui a fait tuer son fils. Il le montra pour s'attirer par là des égards et des respects de ceux qui l'avaient pris. Ceux-ci , disputant entre eux à qui aurait un prisonnier de cette conséquence , le tuèrent, ne pouvant s'accorder (2), »

Lorsque de Villarceaux épousa, en 4643, le comte de Grancey , le futur maréchal de France n'était encore que maréchal de camp. Mais déjà de brillantes

(I) M**« deScvignÊ» Ictt. du 23 décembre ia71, à II** de Grjgiiao. (3) Recueil de» ktirtt de M** de Sévigné,

LA MARÉCHALlj DE GKANCfiY. 333

campagnes faisaient pressentir son rapide avancement. Quelques mois avant son mariage , il prenait part, sous le grand Gondé, à la mémorable victoire de Rocroy. Un an après, il obtenait le gouvernement de

Gravelines.

Nommé lieutenant général en 4646 , il recevait le bâton de maréchal en janvier 1651.

Deux ans plus tard, il fut déâgné pour commander en chef l'armée de Piémont. Nous avons vu avec quel

succès il y comLattit les Impériaux.

T.a maréchale, on le pense bien, malgré l'honneur qui lui en revenait, ne vit pas sans peine cette séparation ; Loret du moins nous Tassure :

Le preux maréchal de Grancey , Dès dimanche dernier passé , Se mit pareillement en voie , Tirant vers la cour de Savoie.

Si sa très-aimable moitié , Digne d*ane extrême amitié , Pour son absence aussi soupire»

Il est superflu de le dire.

Le séjour du maréchal devant se prolonger en Italie , de Grancey n'y pouvant plus tenir, se résolut à Taller rejoindre, au printemps de Tannée suivante.

Loret, toujours si bien disposé pour la maréchale, s'empresse aussitôt d'annoncer cette nouvelle :

La inni-Hcliale âe Gi ancey, A son ('quipayo di estjê , Pour aller bientôt en Savoie , Combler son cher époux do joie,

Qui la réclame nuit et jour , Pressé de son ardent amour; Gai" , étant de beauté pourvue, Il ne se peut faire autrement Qu'il n'en ait grand contentement.

J'ai toujours été dans mon âme»

Serviteur de la dite dame (1).

La Gastelie parle à son tour du voyage de la maréchale et de son accueil à la cour de Savoie.

Elle arriva à Turin le 20 mai l6o4. Le duc de Savoie, et à son exemple toute la cour , M"" Royale , cette digne fille d'Henri IV , sœur de la reine d'Angleterre et de la reine d*£spagne , s'empressèrent auprès de la maréchale , en laquelle on fêtait la compagne du vainqueur de La Roquette (2).

Loret, atix aguets de tout ce qui touche h sa protectrice , ne manque pas de nous tenir au courant de ses &its et gestes :

Une dame de grande estime , Dont je suis serviteur intime, La nurédiale de Grancey,

D'un petit mftle est accouchée (3).

Nous verrons , à propos de l'abbé de Grancey , seul fils né du mariage de Charlotte de Villarceaux qui lui ait survécu , qu'il s'agissait probablement de lui.

(1) Lorel, Musc historique, leU. 17 du 25 avril 1654.

(2) Gazelte de 165i, p. 547.

(3) Lorel, m»se hislûn(juc,\e[l, 22 du à juin 1655.

Lk MABÉCHAUS DE GKANCEY. 335

Deux autres fils étaient morts au berceau. Nous par* Ions plus loin de ses filles y dont l'eiistence fut particulièrement liée h la sienne.

Lorsqu'au mois de décembre Î679 la inaruchale de Clérembault revint d'Espagne , où elle avait accompagné , en qualité de gouvernante , la jeune reine , fille de Monsieur et d'Henriette d'Angleterre, sa disgrâce était résolue. Tandis que de Sévigné ne tarissait point sur le compte de M"' de Grancey , dame d'atours de la princesse , elle n'avait que des épigrammes pour le triste pers^onnage qu'avait fait la gouvernante.

Quand il s'agit de remplacer cette dernière , on jeta

les yeux sur la marquise d'Effiat , nièce de la maréchale de Grancey.

t C'était, dit le Mercure, une dame d'une très-gi ande vertu , qui r^rda la mort comme un passage à une vie plus heureuse. » Elle était fille de Louis Olivier , raaiquis de Leu ville, frère de M"' de Grancey, et avait épousé Antoine Ruzé, marquis d'Effiat , premier écuyer favori de Monsieur, petit-til> du maréchal d'Effiat, et neveu de l'infortuné Cinq-Mars (I).

La nouvelle gouvernante ne jouit pas longtemps de sa charge. Elle mourut, en effet, au mois de février 1684, jeune encore et tort regrettée.

(I) Le marquis d*Rfllat eonserva jusqu'à sa mort, arrivée en 1719, & de Si ans, Feilrème hrens de Monsieur el du rCgent son fib. Il laissa une rortnne prodifficose, qu*it tninsmU en mourant au duc de Mazarin, son nereo. La maiéebale de Granoqr» sa tanle par alliance, avait dû hériter des Mens comme de la chaire de la ntanioise d*EfBal, asorte sans post£rit& Saint-Simon et Hadame maluaitcnt Ibrt le marquis d'Effiat, dans lequel ils voyaient un dangcrcni rirai auprès des princes.

« Ces sortes de postes y disait , quelques semaines après, le Mercure^ ne devant être occupés que par des personnes d'une vertu singulière et d'une grande con*

duite, le choix que Son Altesse Royale a fait de M'"'' la maréchale de Grancey fait un éloge de son mérite, auquel je n'ai rien à igouter ({). »

S'il fallait en croire M*"** Palatine, seconde femme de Monsieur, si prévenue contre les Grancey, la maréchale n'aurait été nommée gouvernante de ses enfants que pour éloigner la maréchale de Cléreiobault, sa fevorite. C'est , du moins , ce qu'elle écrivait longtemps après , le 26 avril 1718, dans une de ses înter^ minables lettres. La date de la nomination de M""" de Grancey dément suffisamment cette allégation, puisque quatre ans s'étaient écoulés depuis la disgrâce de M"" de Clérembault. Nous venons , d'ailleurs , de voir qu'il fallait attribuer à une autre cause l'éloignement de cette dernière.

A peine entrée en fdnctions, la maréchale de Grancey fut désignée pour accompagner, en qualité de dame d'honneur, la princesse Anne-Marie d'Orléans, fille de Monsieur et de sa première femme, Henriette d'Angleterre , lorsqu'elle fut donnée en mariage au duc de Savoie, YictoiyÀmédée. M""** de Grancey assista à Turin, le 7 mai 1684, au mariage de la princesse, et reprit, trois jours après, la route de France, comblée des présents de ses augustes hôtes (2).

La laveur constante dont jouit la maréchale à la cour

(!) Mercure de mars IGSj, p. iàO.

(S) Mercure d'fivril p. aU, çt de juin, p. el 23,

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