LA MARÉCHALE DE KÉDAVT
demandes et ne savait auquel répondre. Colbert obtint facilement du roi son agrément pour faire épouser la rielie et belle héritière au comte de Maulevrier, son frère. Mais l'abbesse ne voulait point s'en séparer et refusait (la la laisser venir à la cour. La complaisance royale alla jusqu'à faire enlever de force M"' de Lenoncourt, par des femmes escortées de douze gardes et d'un exempt. Sidonie, plus flattée qu'irritée d'avoir attiré l'attention du monarque, lui fut présentée en habit de pensionnaire, et telle fut la bonne impression produite par celte première entrevue, que le roi lui permit de demeurer auprès de la reine ou d'une princesse de ' la cour. La jeune fille clioisit la maison de la princesse de Carignan, Marie de Bourbon, mère du comte de Soissons. Elle pouvait certes faire un meilleur choii, car l'intimité de la comtesse deSoissons n'était pas sans danger.
Cependant le comte de Maulevrier était à l'armée d'Espague. Son absence permit à Louvois, toujours jaloux de la fortune des Colbert , d'ourdir, avec l'aide des deux princesses, une habile trame pour déjouer les projets de son rival. Dans ce but , il jeta les yeux sur son neveu , Charles de Champlais , ïnarquis de Courcelles, perdu de dettes et de débauche, et d'une naissance bien inférieure à celle de la jeune fille.
A l'aide de manœuvres aussi adroites que* perfides, on parvint &cilement à dégoûter M"* de Lenoncourt de TalUance des Colbert; et bientôt son mariage avec le marquis de Courcelles fut célébré en grande pompe à l'hôtel de Soissons.
La marquise de Courcelles avait à peine 16 ans et> dès le début de son mariage , elle mani&sta pour son
402 LES DAMS5 DE GRANCET A LA COVK,
mari la plus violente rc^pulsion. Des desordres effrénés dont elle nous a elle-môme retracé les détails, des aventures romanesques dont sa vie tout entière n'est qu'une longue série , furent la conséquence de cette union mal assortie, et durent prompteroent consoler le comte de Maiiievrier de son heureux échec.
On trouve le détail de ces aventures dans la vie de la marquise de Courcelles écrite par elie-môme (1). Qu'il nous suffise d'ajouter que , devenue veuve , la trop célèbre marquise épousa, vers 1680, Jacques de Gautier, seigneur du Tilleul , capitaine de dragons, d'une famille appartenant à notre contrée , les Gautier de Chiffreville , sur lesquels nous avons donné ailleurs quelques détails généalogiques et historiques (2).
Le mariage que contracta quelque temps après le comte de Maulevrier, s'il n'offrait pas d'aussi brillants avantages, lui présentait des garanties de bonheur beaucoup plus solides.
Marie-Madeleine Bautru , qui devint comtesse de Maulevrier, était fille de Guillaume Bautru, comte de Serrant, conseiller ordinaire du roi en ses conseils, chancelier, garde des sceaux et chef du conseil <}e Monsieur, |rère unique du roi , et de Marie Bertrand de La Basinièrc (3).
Bertrand de La Basinière, trésorier de l'épargne, et
<i) Voir auid M. Walckenaâr sur M«* de Sérigné. Un auteur coDleoiporain» eaitna par des productions nombrenies et variées , H* Eugène de Mircconrt, a cru trouver dans la vie de la marquise de CouToelles la matière d'un roman en quatre volumes, qui n*csl assurément point la melUettre descsmuvffes.
(2) Voir notre Histoire de SitignU
(8) Voir le J)ietioiuuiirê de Bajle* «
LA MAAÉCHALE DE MÉDAVT. 403
prévôt grand mattre des cérémonies de Tordre du Sl- Esprit, était, nous dit Saintp-Simon , « un riche, délicieux et fastueux financier qui jouait grand jeu , qui
était souvent de celui de la reine et qui la quittait familièrement à moitié partie, et la faisait attendre pour achever qu'il eût fait sa collation dans l'antichambre , et dont il régalait les dames. Il était si bon homme et si obligeant qu'on lui passait toutes ces impertîr nences (1). »
La Basinière aifait épousé la belle M"* de Chémerault, parée, nous dit M'*° de Montpensier , de tous les agréments de l'esprit. C'est cette fille d'honneur de la reine Anne d'Autriche, qui seconda auprès de sa maîtresse la politique ombrageuse de BichcÂieu , et à laquelle M« Cousin a consacré qudques pages dans son étude sur M"** de Hautefort.
Quant aux Bautru , ils jouissaient , à l'époque qui nous occupe , d'une grande renommée et d'une immense fortune. Ils devaient, en bonne partie, l'une et l'autre au grand-père de M*"' de Maulevrier» ce Guillaume Bautru dont les bons mots figurent dans tous les onot du temps.
Pçtit-fils d'un premier lieutenant de la prévôté d'Angers, et fils d'un conseiller, grand rapporteur de France, Guillaume Bautru, comte de Serrant, dut sa fortune au cardinal de Richelieu qui prisait fort ce bel esprit , et qui en fit un des premiers membres de TAcadémie française , Tannée même de sa fondation , en i635. * Ménage et Costar n'ont pas peu contribué à la réputation de Bautru , en propageant ses réparties. Par une
(1) Mémoire» 4e Sdnt^moi, L VI, p. Hi.
singulière coïncidence, les quatre diseurs de bons mots de l'époque, ainsi que les appelait M(^na£:e, le prince de Guéménée, Bautru, le comte du Lude et le marquis de Jersey , se troavaient ôtre Angeviiis (1).
Il y avait dans Bautru quelque chose de plus qu'un bel esprit : son dévouement et sa pénétration furent plus d'une fois employés par Richelieu et Mazarin, dont il était le favori, et qui lui confièrent diverses missions en Flandre, en Savoie et en Angleterre. INommé introducteur des ambassadeurs à la cour de France, son crédit ne l'abandonna jamais. Aussi , lorsqu'on 1665 Bautru mourut âgé de 77 ans , Lorel put-il dire de lui :
M. Bautni , ce bel esprit , Vers la fin de l'autre semaine , D'entrer au tombeau prit la peine, Fort regretté des courtisans , Pour ses apopthegmes plaisaus.
Mais de ce p:énic excellent Ce n'était point le seul talent
Et diacun demeui e d'accord
Que pour les qualités de l'âme On voit peu de gens ,'iU)oiird'hui Que l'on pût comparer à lui (2).
Nicolas Bautru, comte de Nogent, son frère, n'était guère moins plaisant que Guillaume. C'est lui qui disait à la reine : <c N'est-ce pas, Madame, qu'il est bien bizarre
yl) MeMgi«Ma^U I", p. «05.
{1) Loret, M«ê9 kisttmque, tetlre 11 da ià mare 16«5.
LA HARÉCHALE DE MËDAVT. 405
que, nés le même jour, M"" de Guéménée et moi, elle soit si blanche et moi si noir. »
Le comte de Nogeot sut lui-môme se créer une grande positdon , à eo juger par la figure que firent ses enfants. Armand, Fatné, fut ce Nogent tué, en 1672, au passage du Rhin, et immortalisé par les vers de Boileau :
La Salle, Beringhen, Nogent, d'Ambre, Cavoye Fendent les Ûots, tremblant sous un si noble {K>id8.
Il avait épousé la sœur du fameux duc de Lauzun, qui, dit Saint-Simon, « n'avait ni moins d'esprit, ni guère moins d*intrigue que son frère. » Cette sœur dévouée prit un tel soin des biens de Lauznn, pendant sa
longue captivité, qu'il en sortit extrêmement riche. Aussi son immense fortune passa-t-elle , après lui', à sa nièce, ^jmc Biron , iille du comte de Nogeot et de M'"" de Lauzun (1).
Marie Bautru, sœur aînée d'Armand, fut marquise de Rambures, et donna le jour au dernier représentant
mâle de cette ancienne famille.
Charlotte Bautru, sa sœur cadette, après avoir épousé Nicolas d'Argouges, marquis de Rânes, colonel général des dragons de France, tué en juillet 1678« à l'armée d'Allemagne, devint princesse de Montauban, par son mariage avec Jean-Baptiste-Armand de Roha'n, fils du duc de Montbazon (2).
Guillaume Bautru, comte de Serrant, iils ainé de
(1) Saint-Simon, t XIII, p« 74 et S6. Le marquis de Vanbron, antre fils de GttiUaaoM Bautrn, Ait tué lieutenant Kéniral , au combat d^Altenlieini» en 1675 , quelques jours après Turenue.
(2) Grand IHeUomumrg de Bayle, an mot Bautru.
406 IiES DAMES DE GRANCET A LA COUR.
l'académicien, avec lequel il ne faut pa^ le coiifundre, et père de M"' de Maulevrier^ ne fut pas le moins bien partagé de la £uiiiUe, au moins quant à la fortune. Riche par lui-m6me de plus d'un million, il reçut, en épousant M"* de La Basinière, la dot énorme de 1,400,000 livres. 11 habitait l liùtcl hàti par son père, dans le voisinage du palais Mazarin, et qui devait bientôt pa^^ser aux mains du grand Colbert. Le ministre, alors tout-puissant, ayant paru désirer cet hôtel, Bautru, quoiqu'il y tint beaucoup, se garda bien de &ire la sourde oreille. B fit aussitôt dresser on acte de vente qu'il envoya signer à 0)lberl, en ayant soin de laisser en blanc la fixation du prix. Piqué de courtoisie, Colbert jemplit le blanc du contrat, en portant 220,000 livres à l'endroit demeuré libre. C'était grandement la valeur de l'hôtel, qui devint depuis lors si célèbre, sous le nom de l'illustre acquéreur (1).
Le comte de Serrant mourut en 1711, dans sa belle maison de Serrant, ea Anjou, où il s'était depuis longtemps retiré. Il était, dit Samt-Simon, extrêmement . vieux et extrêmement riche (2).
La comtesse de Maulevrier, sa fiUe atnée, mère de la maréchale de Médavy, était morte au mois de mars 1700. « C'était, dit le Mercure, une dame d'une très-grande vertu »; et ce témoignage e§t coniirmé par baint-Simon dans ses Mémoires. . •
Confiée à de telles mains, il ne faut point s'étonner si la maréchale de Médavy sut eUe-méme se concilier l'estime de ses contemporains.
(i) Mémoires de M. de Bordeaux 1 1* IV, SSS« S57. (S) SaintfSimon, t. VI» p. 165^
lA MAnËCHALE DE MËDATT.
Le comte de Mauievrier, frère alaé de la maréchale de Médavy, trop tôt privé des conseils de son p&n, s'est acquis une sorte de célébrité par sa folle passion pour la
duchesse de Bourgogne, que ses assiduités n'auraient poiûL manqué de compromettre, si la princesse alarmée n'y avait bientôt coupé cuurt. Saint-^imon nous a raconté en détail cette intrigue, dont la mort assea mystérieuse du comte de Maolevrier fut le triste dénouement (i).
Quand de Maulevrier eut atteint TAge de seize ans, elle fut présentée à la cour, où son succès ne pouvait être douteux; car a c'était, d'après le Mercure, une personne très-bien faite, de fort bonne taille et de beaucoup d'esprit. » Saint-Simon dit dédaigneusenient , à propos de cette présentation, a qu'il était fort nouveau de voir, danser à la cour une personne aussi nouvelle* »
Saint-Simon était d'autant plus mal venu à traiter si durement les familles d'illustration récente, que luimême , iiis d'un parvenu , devait bientôt épouser la petite-fille d'un commis enrichi du grand Colbert (2). Plus d'une fois^ du reste, sa morgue aristocratique fut mise à une rude épreuve. La princesse palatine, seconde femme de Monsieur, frère du roi, raconte dans une de ses lettres qu'un jour Saint-Simon s'éiaut mis à la table du roi, devant le duc des Deux-Ponts, elle dit tout baut : « D'où vient que le duc de. Saint-Simon presse tant le prince des Ûeux-Ponts? a-t-il envie de le prier de prendre un de ses fils pour page? — Tout le monde se mit si
(1) Le comle de Maalevrier avait épousé fti''* de Tessé, fille du maréchal deceiMB.
(3) M"* de Loiges, lllle do mréohal de Loties et de Bin* Fi^hiodi, dont le père était garde do tiéier mnu CSolhert.
fort à rire» ajoute la maligne princesse, qu'il &llut qu'il s'en allât. »
On est presque heureux de voir ainsi rabaisser l'orgueil
indomptable de celui dont on a pu dire « qu'il ne voyait en France que la noblesse, dans la noblesse que la pairie, dans la pairie gue lui. »
N'en déplaise à Saint-Simouy M"* de Mauievrier ne pouvait manquer» faite comme die Tétait, d'être fort re» cherchée (1). N'était-ce point du reste à cette époque, parmi les grandes familles de France, à qui s'allierait aux Colbert?
Le marquis de Seignelay» veuf de M"" d'Aigre» avait épousé Thérèse de Matignon, qui, veuve k son tour du célèbre marquis, devint la seconde femme du beau comte de Marsan, de la maison souveraine de Lorraine.
Le comte de Matignon était, dit Ségrais, allié de si près au roi qu'il n'eût pu épouser sans dispense une fille de France (2).
Les trois sœurs du marquis de Seignelay étaient devenues les duchesses de Beauvilliers, de Ghevreuse et de Mortemart. Saint-Simon, lui-inéme, n'a pas assez d'éloges pour ces trois vertueuses duchesses, cousines-germaines de la comtesse de Médavy, et sœurs de l'archevêque de Rouen.
il est vrai que, lorsque les trois duchesses prirent
(1) Le portrait que nous possédons delà maréchale de Médary ne déuieot
point les appri cialions du Mercure.
(2) Ségruisiuna, La marquise de Seignelay avait clé sur le point <i'épou8er le duc de Luxemboui^;, qui fit manquer le mariage lonqoe les habits étaient d^'à acheté!. (Saiat&ioD, 1. 1, p. 187.)
Le marquis de BhtinTille , antre 6b du grand Golbert, parvenu aa grade de lieutenant général, avait épousé de Rochechouart.
L4 MARÉCHALE DE UfiDAVY. 409
possession du tabouret, la malignité publique n'épargna pas leur fomille :
Les Golberl n*eti «ont pas plu vaines , Qnoiqa'fln k chambre de la reine , On ait làit asseoir leur fessier; Car, en duchesses débonnaires»
A leur cousin le tapissier , Elles donnent leurs dais à Mre (1).
Les plus grands seigneurs, les princes du sang euxmêmes, ne dédaignaient point de se taire les Tyrtées de ces couplets d'antichambre.
Le grand Goibert pouvait à coup sûr se passer d'aïeux ; nous voudrions pour sa mémoire qu'il se fùt épargné le ridicule d*en créer de fantastiques. Son père était Nicolas Goibert, successivement conseiller au présidial de Rheims, puis payeur de l'hôtel-de- ville de Paris. Sa mère était Marie Pussort, fille du conseiller de ce nom. Nicolas Goibert était lui-même fils d'un ricbe marchand de Rheims, appartenant à la bourgeoise de cette viUe.
Ces détails, on peut le croire, n'étaient pas moins connus de son temps que de nos jours ; aussi les quolibets pleuvaient-ils sur les aïeux «écossais, improvisés par Goibert. Dès 1671, on chantait déjà :
Goibert avait un grand*père Qui n*était pas si puissant , Ni n ridie que son père.
Ce fut bien pis , lorsqu'on 1689 le comte de Maulevrier
(1) Bccueil de cbsnsons du tenfs.
reçut le collier des Ordres du roi, cette arche sainte de la haute aristocratie :
Golbent tira de l'Êcosse Ses preuveB de ehawlier Car les Hvm de négoce Ne donnent pas le collier.
M. Gériizez raconte de la manière suivante hi puérile supercherie dont usa Ck)lbert, pour accréditer ses prétentions aristocratiques.
« Ayant voulu faire un de ses fils grand-bailli de Malte» voici comment il s*y prit pour avoir les quatre quartiers de noblesse qu*on lui demandait. H fit febriquer une épitaphe pour un de ses ancêtres prétendus, né dans le XIU*^ siècle, et nommé Richard Colbertly, écossais. Il s'agissait de la placer dans l'église des Cordeliers» où était la sépulture de plusieurs de ses aïeux. On promit au P. Valéry» alors gardien» un évéché qu'il n*eut pas, et Tépitaphe fut mise la nuit dans cette église, où on la voyait encore avant la Révolution (1). »
Ces artifices généalogiques n'étaient point sans exemple, a une époque où la naissance était prisée si haut j à
(1} Voir sur le mCmc sujet Saint-Simon, t. IV, p. 51, cl les Mémoires de Choisy . collection Miciiaiid, t. VI, p. 576. Le grand Coltert lui-même ne £ii8idt4l point bon mardié de sa Doblene, en écrivant, dans ëc$ instractfona à ton llb, cette phrase ligoiflcative, zatarée dq»Qis par le vtarquis : « Il ddtMen Adre réflexioa turce que sa naissaDoe raurait fttt être, A IMen ii*af ait pas béni mon travaU, et ^ ce travafl n^avait pas été cxtrtaie. »
A propos d*une publlcalloii dlSuB^ Sue {BUi, dt tamarbu frmtftdie), oft se trouve reprodnite cette instruction de Colbert à un fils, les descendants du grand ministre ont produit une note pour contester Toriginc plébéienne de leur illustre ancêtre» ^ Voir rfftstotrc de CoUmrt, par M. P. Clément,
LA MABÉCHALE SE HÉDAVT. 411
peine la tradition s'en est-elle perdue sous notre régime démocratique; mais alors, sans doute, l'opiaiou publique était plus difiBciie h égarer que de nos jours.
Les mômes doutes avaient accueilli les prétentions aristocratiques de Mazarîn, sans r^roidir l'ardeur des prétendants à la m;îin de ses nièces. C'est que sous Mazarin, comiiie suus Culbert, la protection d'un puissant ministre pouvait mener à tout. Les cinquante millions , amassés par Mazarin, étaient un autre app&t, déjà fort goûté de son temps. Le grand Colbert n*en laissait que douze , mais le ro! n*avait pas cru trop payer , en Tenrichissant, la prospérité dont il dotait k I raiicc , et les derniers moments du grand homme ne furent pas , comme ceux de Mazarin, empoisonnés par un tardif remords, que la munificence royale parvint à peine à calmer (1).
En mariant la duchesse de Ghevreuse, le 2 février 1667, Golbert lui avait donné 400,000 francs. La dot de M^^ de Maulevrier ne fut guère inférieure. Le maïquis de Dangeau ne manque pas de nous dire qu'elle reçut 100,000 écus en mariage , et qu'elle avait beaucoup de bien à espérer.
Les partis devaient se présenter en foule « en présence de si grands avantages. Le comte de Médavy n'eut point de peine à se faire agréer. Aîné d'une famille depuis longtemps illustre, il s'était déjà signalé par des actions d'éclat , à la téte de son régiment de Grancey, et un avenir brillant lui semblait réservé. Le comte Pierre 'II, son père, retiré dans son gouver-
(1) On sait qu*eii mourant , Mmario crut defoîr oflHr m fortune au ni» qui la refusa générauaeuienl.
412 LES DAMES DE GRANGEY A. Là COUA.
nement d'Argenlan , lui avait abandonné la baronnie de Médavy et le cMteau de Graocey. Le vieux maréchal était mort depuis quelques années seulement. L'archevêque de Rouen, son grand oncles lui avait voué une affection toute particulière. Le vénérable prélat , que nous avons déjà vu si prtbccupé de l'établissement des siens, dut songer le premier à M"*' de Maulevrier , cousine germaine de son coadjuteur et successeur, Jacques- Nicolas de Colbert.
La demande du comte de Médavy reçut le meilleur aecueil de toute la famille Golbert.
Le jeune prélat voulut lui-même marier sa cousine. La cérémonie eut lieu à l'église St-Eustache, dans la nuit du lundi au mardi 12 juin 1685, en présence d'une nombreuse et brillante assistance (1).
Le contrat de mariage avait été passé devant M* Mathurin Lamy, notaire à Versailles, en présence, de l'autorité et de l'agrément du roi, de monseigneur le dauphin, et autres princes et princesses et seigneurs de la cour.
« Le lendemain du mariage, nous dit le Mercure de France, les mariés allèrent à Sceaux, après dîner, accompagnés de tous les parents des deux familles, à la réserve de M"* Colbert, qui crut que cette réjouissance ne s'accordait pas avec la douleur de son veuvage. M. le marquis de Seignelay, qui les attendait, leur donna un souper très-magnifique. Cette compagnie était de près de cinquante personnes,
Cette brillante réception n'était pourtant que le prélude des fêtes splendides données, vingt jours après, par le marquis de Seignelay à ce même château de Sceaux,
(i) ËMi-il déji d'usage de se marier la nuit?