‹ Familles illustres de NormandieChapitre 41 sur 50 · LK MARÉCHALE DE MÉDATT · texte numérisé non relu

LK MARÉCHALE DE MÉDATT

et que le roi, avec une partie de la cour, honora de sa préseDce. Le Mmurê ne consacre pas moins de dn» quante-trois pages à la description de œs £6te6, dont la

magnificence fut rarement surpassée.

r.e roi fut reçu par le marquis, à la descente de son carrosse. La comtesse de Médavy, accompagnée des duchesses de Ventadour et de La Ferté , ses couânes, alla reoeroir la dauphine et Madame. Âu souper, elle fut de la table du roi, avec M*** de Grancey, sa tante, dame d'atours de la reine d'Espagne, tandis que la comtesse de Marey, son autre tante, était de la table du dauphin.

Racine avait composé pour cette fètte l'idyle sur la paix :

Un plein repos fïyorise vos vceux.

LuUy lavait mise en musique; elle fut chantée dans l'orangerie de Sceaux, aux applaudissements de l'auguste assistance.

Il ne fut bruit, à la cour et à la ville, que de la merveilleuse féte de Sceaux; M** de Sévigné écrivait, le 22 juillet d68S, à sa fille : « M"* de la Fayette m'a envoyé une relation de la fête de Sceaux, qui nous a fort divertis... je ne crois pas qu'on puisse aller plus loin. »

La brillante réceptioa de Vaux, qui fut si fatale è Fouquet, n'était, disait-on, qu'une fiU de village aupH$ de celle-là»

Le marquis de Seignelay, fils du grand Colbert, avait succédé à son père, en 1683, deux ans avant le mariage de sa cousine germaine, la comtesse de Médavy. Seignelay n'avait que trente««x ans quand il fut nommé ministre ; aussi se récriait-on à la cour contre son extrême

414 LES JUMES DE GRANGEY A Là COUR.

jeunesse. « Que dites-vous de M. de Seignelay, ministre à :treoto-six ans? » écrivait M""* de 8âvigaé.

C'est à l'occasion de cette noiDÎnation que M"* Gornuel, connue par ses bons mots, disait que ce qu'elle avait vu

de plus curieux à Versailles, c'était l amour au Lombeau et les ministres au berceau.

Seignelay prouva bientôt que, cette fois encore, le roi avait eu la main heureuse : c'est de lui que St^Simon , ce éitracUur chagrin et sytténatiqve de toutes les gloires du XVII* siècle , disait , vaincu par l'évidence : « M. de Seignelay avait toutes les parties d'un grand ministre d'État et désespérait M. de Luuvois, qu'il mettait souvent k ne pas avoir mot à répondre devant le roi. »

e La France, dit à son tour le marquis de Porbin, a eu peu de ministres aussi actife, aussi laborieux, aussi vigilants que lui. »

Formé à la grande école de son père, il en avait reçu ce sublime enseignement, qu'on ne saurait trop raofliter: « La principale et seule partie d'un bonnette homme est de iaire toujours bien son devoir à l'égard de Dieu, d'autant qu'il est impossible qu'il s'acquitte de tous les autres, s'il manque à ce premier. »

Le marquis de Seignelay, comblé par son père et par lui des faveurs royales , était un très-grand seigneur ; . rien n'égalait le faste qu'il déployait dans ces occasions; son luxe lui avait môme attiré plus d'une épigramme :

Sdgnelay, de velours habillé^ ete,..

Aussi lorsqu'à trente-neuf ans le mai f|iiis de Seignelay, qui portait la même ardeur dans les affaires que dans les .ptotnrs, mourut, à bout de forces, et atteint d'un épuise-

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ment prématuré» M"" de Sévigoé écrivait-eUe, dans une lettre du 13 novembre 1690 ; « H nous semble que c'est la splendeur qui est morte (1). »

L*abbé Lebeuf, dans son Histoire du diocèse de Paris, nous a donné une pompeuse description du château de Sceaux, de son parc , rival de Versailles, et des fêtes royales dont il fut plus d'une fois le thé&tre. La première visite du roi à Sceaux avait eu lieu en 1677, et le mai^ quis de Seignelay , pour en perpétuer le souvenir ches les habitants, les rassembla, et leur fit payer la taille de l'année, dont il supporta la moitié.

lie bonheur , qui semblait assuré à une union aussi bien assortie, fut cruellement troublé par la perte successive des deux seuls en&nts de la maréchale, qui survécut pendant douze ans à son mari.

A la mort de ce dernier, le roi accorda à sa veuve une pension de 10,000 livres, quoiqu'elle jouît d'un douaire considérable.

Nous n'avons pu retrouver aucune trace de la présence de la marécbalc dans notre contrée , mais nous savons qu'elle se montrait pleine de bienveillance pour

la famille de son mari (2).

La maréchale de Médavy mourut à Paris, le 1" juin 1737, âgée de 68 ans.

(1) L'an IievL-qiiP de notien, fii-re du matquis de Seignelay, Jacques- Nicolas de Colhort, qui surrrHa à François de Médavy, n'était pa-; lui-même étranger aux goûls de son frère. Ne voulait-il pas transformer le magnifique châfean de Gaillon, résidence des archevêques dt: P men, lorsqu'il en fut détourné par Fénelon ? — Vie de Pénelon^ par le cardinal df iiaussol.

{%) C'est ainsi qo^en 1786, un an seulement avant sa mort, la maréchale de liédavy aMislaft au mariage de sou petit neveo. Isaae de Hannoni;» idKiiear d*Aubrj, de. noire bisalml malmid, atee Finii(oiae de Vas- MNiry, w conriiie germaine.

LES DANS L'ÉOLISE.

Denis ROUXëL»

érêque-comte de LUieox, Maibanadeiir en Écoste.

A côté de cette longue série de capitaines, que notu offire la maison de Aiédavy, à peine trouvons-nous quatie ou cinq de ses membres voués à l'état ecdésiastique.

Encore ces derniers avaient-ils, pour la plupart, débuté par la carrière des armes, vers laquelle cette vaillante race se sentait entraînée par un penchant irrésistible.

Le premier d'entre eux qui ait été revêtu de la dignité épiscopale , fut Denis Rouxel, neuvième fils de Jacques Rouzel, premier du nom, seigneur de Médavy, etc«, et de Françoise de Pîerrefitte.

Denis Rouxel dut naître à Médavy en 153^). Dernier des fils du seigneur de Médavy, dont les aînés portaient répée, le jeune Rouxel fut d'abord destiné à l'Église, et, dès le 13 avril 1554, il recevait des lettres de tonsure; mais, bientôt, subjugué par sa passion pour les armes, il entrait dans les armées du roi Charles DL, où il ne tarda pas à s'acquérir une grànde réputation de valeur.

Ën iô67, il s'était assez fiait connaître, pour être nommé

420 LES MÉDAVY-GRÂNŒY DANS L ÉGLISE.

ambassadeur du roi très-chrétien, auprès de l'infortunée

Marie Stuart. Le 15 juillet 1568, il était nommé gentilhomme ordinaire de la chambre du roi.

L'année suivante, il recevait une commission de capitaine de deux cents hommes d'armes.

Notre pays fut plus d*une fois le théâtre des exploits de Denis Rouxel.

Au mois de septembre 1568, Gabriel de Lorges, comte de Montgommer}^ à la tête des huguenots dont il était le chef redoutable y se dirigea sur la ville d'Argentan, et tenta de s'en emparer. Étant parvenu à se rendre maître du faubourg Saint-Martin , ses soldats y mirent le feu, brûlèrent et pillèrent la belle église SaintpMartin , qui porte encore l'empreinte de ces odieuses dévastations, et se livrèrent à toutes sortes de violences, renouvelant les actes de vandalisme commis, six ans auparavant, par ramiral de Châtillon (1). Mais cette fois ils trouvèrent à qui parler, Denis Rouxel , secondé par son frère Jacques II, et quelques gentilshommes de la contrée, fit une vigoureuse sortie, et repoussa les calvinistes, qui laissèrent une partie des leurs sur le terrain (2).

Le zèle et la bravoure, déployés dans cette circonstance contre les religionnaires par Jacques de Médavy et son frère, ne Tempéchèrent point de les protéger, quatre ans plus tard, contre les massacres de la Saint-Barthélémy, dans oetteméme ville d'Argentan dont il avait été nommé

(1) Les calvinistes, dit l*aateur du manuscrit possédé par M. Malécange,

pillèrent les églises» et se livrèrent à toutes sortes d'excès, jusqu'à couper tes oreilles des pritres^ qu'ils portaient à leurs chapeaux au lieu de pluinachcs.

(?) Manuscrit Laulour-Montfort, p. 52, cilé par l'abbé Laurent, dans son iuléresâaule liistoife de Tabbaye de Sainte-Claire d'Argentan, p. 3i«

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