FRANÇOIS, ÉVÉQUE-COMTE DE LISIEUX
gr&ce royale^ et le maréchal de Fervaques, gouverneur de lisieuxj fut chargé par le roi de coi^squer ses hiens. Le maréchal de Fervaques, parrain de François de
Médavy, était en outre devenu beau-père de Pierre de ^lédavy. son frère aîné. Il fit nommer son filleul au siège de Lisieux, devenu vacant par la démission du cardinal d'Escars. Les bulles de cette nomination furent données à Rome^ le 42 mars 1598 ; mais le ^nouvel évèque ne prit possession de son siège que le 2S mars
Ce fut sous répiscopat de François Rouxel que fut fondé àLisieux, par le maréchal de Fenaques, le couvent des capucins de cette ville.
Le nouvel évéque de Lisieux, qui était chanoine de Paris, reçut bientôt un autre témoignage de confiance» Il fut fait conseiller du roi en ses conseils ecclésiastiques.
Son pays natal ne lui donna pas une moindre preuve d'estime lorsqu'en i614, il fut nommé par le vicomte d'Argentan député aux Ëtats généraux qui allaient s'assembler au couvent des Augustins de Paris.
François Rouxel appartient donc essentiellement à notre contrée. Enfant du pays, il voulut y repose;-. Sa mort étant survenue à Rouen en 1617, son corps fut rapporté à Médavy, pour y être inhumé dans le caveau de ses ancêtres.
Il laissait sa succession au baron de Médavy, son frère atné, qui mourut lui-même à Rouen quelques mois plus tard.
FEixqm ROUXfiL D£ MÉDAVY, li* oo vm, AidwrttM dt BontB, roa ta troii eournSOtn VÉbA lOBMilirtiqBM
FniDçois RouxéL de Médavy, fils de Pierre P'y comte de Orancey, et de Ghariotte de Femques, naquit le 8
août 1004, probablement au château de la Mothe, non loin de Médavy, où il fut baptisé. 11 eut pour [jarrain son oncle, François Rouxel de Médavy, évêque-comte de Lisieux, et pour marraine Charlotte Rouxel de Médavy, sa sœur « alors dame d'honneur de la reine, et qui fut plus tard mère du maréchal de Gastelnau.
L cvêque de Lisieux. qui était aussi abbé de Corraeilles, étant venu à muurir en 1617, sou iiiieul lui succéda dans cette riche abbaye, quoiqu'il fût à peine âgé de treize ans.
En 1630, il joignit à ce bénéfice l'importante abbaye de St-Ândré de Gouffern ; et trois ans après, le 20 mai 1633, il était fait sous-diacre. Le jeune abbé n'avait donc encore que les ordres mineurs lorsque, le jour de la Toussaint de l'année 1632 , il vint , sur la prière de sa sœur, Guyonne-Scholastique de Médavy, abbesse de St<-NicoIas de Vemeuil, prononcer un discours dans
430 LES MÉOAVY'GRANGET DANS L*ÉGLISE.
réglise de cette abbaye, en présence de Tévêque d'Ëvreux et d'une auguste assemblée, à Toccasion de plusieurs prises d'habit. Il est vrai qu'une des nouvelles religieuses
était sa nièce, M'" Charlotte de La Londe, fille de sa sœur aînée, la marquise de La Londe.
Suivant les mémoires de sa famille, François de Medavy, avant de i*ecevoir les ordres, avait été, en dépit de ses abbayes, capitaine de cavalerie, n paraît même que son frère aîné, qui fut depuis maréchal de France, lui avait laissé le commandement de Montbelliard, auquel le roî l'avait nommé ea 1G3(). François de Rouxel aurait remplacé ?on frère dans ce commandement , de 1637 à 1638. Quelques historiens le présentent en outre comme ayant reçu du roi plusieurs autres commandements , et ayant été chargé de diverses négociations.
B existe à la Bibliothèque Impériale , cabinet des Estampes, une fort belle gravure in-folio, faite en i677, par Antoine Maison, sur un portrait d'après nature du môme artiste, représentant François Rouxel, alors arche* véque de Rouen, en costume de prélat (1).
À voir cette figure mftle, ces traits énergiques et accentués , relevés par une moustache et une royale à la Richelieu, on s'explique facilement la double vocation qui semble avoir sollicité le prélat, avant d'entrer définitivement dans les ordres.
De son côté, Maurey d'Orvilie, auquel nous empruntons quelques-uns des détails de cette notice, trace ainsi, dans son Eistoire de Sées, le portrait de François de ilouxel , qui occupa quelque temps ce siège épiscopal :
(1) Un exemplaire (le colle gravure, conservé aux archives de l'uhljaje de Veroeui!, a été mis obligeamment à notre disposition par madame Palibene, ce qui nous & permis de la faire reproduire avec une complète fid^té.
« Il était d'une haute taille; ses yeux petits, mais pleins de feu , annonçaient un esprit vif, subtil « infatigable. »
Les heureuses aptitudes de François de Médavy furent de bonne heure utilisées par la cour.
Il n'était encore qu'abbé de Corraeilles et de St- André , lorsqu'en 1639, François de Médavy fut cliargé d'une importante mission auprès du pariement de Normandie.
A i occasion de nouveaux édits fiscaux , une sédition avait éclaté à Aouen , au mois d'août de cette année. La populace ameutée s'était ruée sur la maison de Le TéUier de Tourneville, receveur des gabelles, et après un véritable siège , Tavait livrée au pillage. La cour, vivement irritée, voulut punir les coupables avec la plus grande rigueur. Une première fois l'abbé de Sainl- André fut envoyé en qualité de commissaire, avec une lettre de créance pour le périment, et vint dire aux chambres assemblées, que « Sa Majesté estoit satisfaicte du debvoir qu*avoit rendu le parlement pour apaiser la sédition. Sa Majesté imputoit aux ennemis d'avoir suggéré ces dangereux mouvements et envoyé des agents souiller le feu de la révolte; il se louoit de la conduite du parlement et de celle des bourgeois. » a Le roy scait bien, dit l'abbé de Médavy à l'hôtel-de-vîUe, que la sédition n'a esté excitée que par deux ou trois coquins de la lie de la populace, et que les bons subjectz n'y ont point adhéré; mais vous dcbvez compte au roy de l'autorité qu'il vous a déposée pour maintenir les peuples en son obéissance, n
Cependant le parlement, intimidé h la fois par la cour et par les séditieux, ne procédait contre ceux-ci qu'avec
432 LES MËDAVY-GRANCET DANS L*ËGLISE*
une certaioe mollesse. Le jeuQe abbé est envoyé de nouveau, et cette fois son langage respire le méconteatement et la menace : c Les séditions, ditpîl, ont eu lieu soubz la couverture que les peuples vouloient donner qu*il y avoit un mauvais gouvernement, ce qui n'estoit pas. » Le parlement exprime la crainte de voir entrer une garnison par la basse porte du palais. « Le roy n'a coustume d'entrer que par les grandes portes i», répond fièrement le commissaire royal (1).
Nommé à l'évéché de Séez en 1651, François de Médavy fut sacré dans l'église des jésuites de Pontoise, le 21 mai 1652; et, huit jours après, le 29 du môme mois, il prêtait serment entre les mains du jeune roi Louis XIY, en présence de Monsieur, au château de St-Germain-en-I^ye (2).
Au commencement de cette même année 16S1, son frère aîné, Jacques do Grancey, avait été nommé maréchal de France, et son élévation n'avait sans doute pas peu contribué à celle de François de Médavy , dont le mérite ne pouvait d'ailleurs être contesté.
Les chansonniers de la Fronde n'épargnèrent pourtant point le nouveau prélat. Son plus grand tort à leurs yeui était d'avoir été choisi en dehors de leurs rangs :
Trois fois le bonhomnie Grancey A manqué net un évéclié, A la fin Nomand il sera.
Cette sorte d'épigramme était d'autant moins fondée, que révèché de Séez, situé dans son pays natal , devait
avoir un grand attrait pour François de Médavy.
(1) Floqoet» HUwinduParUmtntdêNorman^L IV, p, 633» SSSet soIt* (S) Gtuêtu de i65S« p. &43.
FRANÇOIS, AnCHEVÊQUE DE ROUEN. 433
Maurey d'Orville se trompe sans doute en nous montrant le nouvel évéque fiusant son entrée dans sa ville épiscopale le 27 mai i682. Cette dernière date ne saurait se concilier avec celle assignée par la GasetU pour la
prestation du serment à Sl-Gcrmain.
Quoi qu'il en soit, il fut fait une magnifique réception à l'évêque, dans la personne duquel on fêtait i'enlant du pays aussi bien que le prélat éminent. Une nombreuse noblesse et la boui^geoisie en armes sortirent de la ville pour se porter au-devant de lui»
 son arrivée dans son diocèse, il y trouva les esprits fort agités. Un sermon piûciié, le 1" novembre i650, sur la prédestination des saints, avait donné naissance à cette émotion, que ses premiers efforts parvinrent à calmer.
Le 16 septembre i6S3, il tint un synode ot il publia des statuts à peu près semblables à eeui de son prédécesseur, n fit, en outre, un mandement pour promulguer la bulle d'Innocent X contre le livre de Jansénius.
François de Médavy était né administrateur : un sens droit et un jugement sain, soutenus par une fermeté de caractère peut-être un peu trop inflexible, l'avaient désigné au choix du roi qui venait, par un règlement du 3 mai 1657, d'adjoindre à son conseil d'État trois conseillers ecclésiastiques. L'évôque de Séez fut choisi par la cour pour être le second de ces trois conseillers. Ce fut en cette qualité qu'il assista, en 16o9, aux mémorables conférences de nie des Faisans, où le cardinal Mazarin négocia si habilement la glorieuse paix des Pyrénées (1).
On conçoit facilement qu'avec une supériorité si marquée, François de Médavy fût tenu eu haute estime
(i) Maneville, BUtoire detfomandie, année 1659.