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LES MÉDAVY-GRANCEY DANS L EGLISE

dans sa famille et qu'il y exerçât une ^nde influence.

Aussi nous est-il présenté comme « le chef et l'âme de sa maison. »

Les affaires d'État n'absorbaient pas tous les loisirs de l'évêque de Séez, qui ne négligeait pas les intérêts de son diocèse. Dès 1653, ayant obtenu du roi des lettrespatentes pour l'établissement du séminaire de Séez, dont Pierre Pavy, curé de Macey, avait jeté les fondements en IGoO , il avait pu voir l'achèvement de cet édifice et de son église.

Le 7 avril 16o8, nous trouvons notre évêque à Argentan, présidant à la translation des reliques vénérées de saint Mansuet. Après la cérémonie, pendant laqudle

il prononça un éloquent panégyrique, il présida le synode des curés et des doyens. Les chroniques de l'époque nous ont laissé une pompeuse description de cette cérémonie, qui ne dura pas moins de huit jours, et à laquelle assistèrent Mgr d'Ardacb, évéque irlandais, 140 religieux en chapes, et plus de 600 prêtres tenant chacun un cierge à la main.

Telle avait été la map^nificence de ces icies, qu'il fut décidé que la relation eu serait envoyée à la Gazette de France^ et transcrite sur les registres de la iabrique (1).

Le 3 juillet suivant, la ville d'Argentan occupait encore le prélat, qui réglementa par ordonnance les paroisses de St-6ermaîn et de St-Martin , dans le but de mettre fin aux longues dissidences qui les divisèrent si souvent.

François de Médavy se trouvait alors au château de Fleuré. Cette belle résidence des évêques de Séez, située

(0 Au mois d'avril 167i, François do Médavy devait encore assister, iwec les évOques de Séez et de lia^t ux, à uuc ncuvaine c»Slébr6e en rUonneur du saiol marier, si vénéré à Argenian.

à une lieue et demie d'Argentan , avait été fondée, dans les premières années du XVI® siècle, par un de sesprédécesseurSy Jacques de Silly, dont la famille était alliée à celle des Rouxel. Mgr du Plessis-d'Argentré la fit reconstruire peu de temps avant la Révolution ; il n'en reste plus que les communs.

En 1G60 , M. deMédavy obtint des lettres-patentes du roi, autorisant l'établissement d'un séminaire pour la philosophie dans la ville de Falaise , qui faisait alors partie de son diocèse.

Ce fut soQs son épiscopat que fut démoli , en 1664 , le temple des calvinistes à Aleuçon.

Vers la même époque, il Ct remplacer la pyramide qui se trouvait sur le chœur de la catliedi aie par un dôme, auquel on substitua plus tard le petit obélisque que Ton y voit aujourd'hui.

L'hôpital de Séez lui doit encore la fondation de son infirmerie; les religieuses de cet hôpital voulurent en perpétuer la mémoire par une inscription du 2o mars

Lesévôques de Séez possédaient, depuis 12^2, un ancien cabtelj nommé le manoir de Thouenne, et situé dans /es commmei de Louvet. Les prédécesseurs de M. de

Médavy l'avaient laissé tomber en ruines , probablement depuis la construction du château de Fleuré par Jacques de Silly. Le prélat lit réparer ces anciennes constructions et y établit une faisanderie (1).

L'administration de François de Médavy ne fat pas exempte de tribulations. Ses démêlés avec le théologal Lenoir eurent un grand retentissement , non-seulement

(I) Odolant Desnos, U I", p. iS ct 19.

436 LES MÉDAVY-GRANGEY DAZVS l'£GLIS£.

dans le diocèse, mais encore à Paris, où l'affaire fut bientôt portée et demeura longtemps pendante.

Jean Lenoir, homme d'un grand savoir» mais d'un caractère indocile et entreprenant, avait été nommé théologal de Séez par M. de Médavy , dès la première année de son épiscopat.

, L'évôqiie et son théologal vécurent assez longtemps en bonne intelligence ; mais en i 660 le prélat ayant été retenu plus longtemps hors de son diocèse , & l'occasion du voyage qu'il fit avec Mazarin à St^Jean-de-Luz, pour la négociation du mariage du roi, Jean Lenoir , qui, selon sa coutume, prêchait alors à Argentan , affranchi de la tutelle de son évêque, s'était livré dans ses sermons à quelques développements entachés de jansénisme.

L'effervescence populaire suscitée par cette prédication menaçait d'être fatale à Jean Lenoir,' lorsque M. de Médavy, de retour de son importante mission, iuL informé des désordres occasionnés par le théoloe-al.

Séduit par les apparences que ce dernier eut soin de présenter à son avantage , l'évêque prît d'abord sa défense et fit supprimer une inscription dont se plaignait Jean Lenoir (1); mais bientôt, mieux informé, il surveilla de près la doctrine du prédicateur , et ses soupçons ne firent que s'aggraver.

Odolant Desnos a cru pouvoir assigner un motif plus personnel à l'hostilité de M. de Médavy ; mais cette opinion ne saurait prévaloir, en présence de la condamnation qui vint , plus tard , donner gain de cause au prélat. D'après l'historien d'Alençon, l'évêque de Séez aurait

(i) Uoe itatae delà Saiate>Vieise^ placée sur le portail principal de Saint- GernMdn, porUât celle loscriptioii : c mageUwn JanuHhtanm , ora pro

voulu se venger sur son théologal de l'attitude hostile que ce dernier avait prise, peudant l'abseiice du prélat, au sujet d'une aventure dont nous avons parlé , et qui eut beaucoup de retentissement, renlèvement par le marquis de

Grancey, neveu de l'évêque, de Al"" Le Conte de Nonant, fille de la marquise de Nonant.

A son retour de St-Jeaa-46-Luz , François de Médavy aurait d'abord dissimulé son ressentiment; mais une nouvelle incartade du théologal le fit bientôt éclater.

Le prélat s'étant rendu à Séez pour les fêtes de NoSU avait pciiiiia à des bateleurs d'élever un théâtre sur la place publique , à condition qu'il ne s'y passerait rien contre la décence. Jean Lenoir, exaspéré, ne craignit point de s'élever, en chaire, contre ce qu'il appelait un scandale.

L'évèque , poussé à bout, obtint une lettre de cachet, le 23 mars 4663, qui enjoignait au théologal de se retirer

h Fougères, comme suspect de jansénisme. Cette rigueur fut bieniùi adoucie par la permission d'aller à La Flèche, chez son oncle.

Jean Lenoir fit l'année suivante une souinission apparente, en signant le formulaire, mais én même temps il demandait au prélat des explications sur son mandement et sur le catéchisme de la mission. Quelques écrits furent échangés de pari et d'autre à ce sujet, et n'amenèrent point la conciliation ; car, en i66â, le théologal adressait à l'archevêque de Rouen une longue lettre sur Fhérésîe contenue dans le mandement de l'évéque de Séez, et, le 4S décembre de la même année, il allait jusqu à le dénoncer formellement comme hérétique à sou métropulitain.

Alors François de Médavy accuse Jean Lenoir devant

438 LES MÉ]>ATY*GRAlfCBY DANS L^ÉGUSE.

les évôques delà province, rassemblés à Paris, et, le 15 février 1666, les évèqu€s déclarent le mandement elle catéchisme exempts d'hérésie.

L'assemblée du clergé s'émut de cette querelle, et fit laîre des remontrances à Tévêque d'Angers , qui laissait prêcher Jean Lenoîr à La Flèche, oîi il était relégué. Une nouvelle lettre de cachet lui enjoignit de se retirer à Vannes.

Comme Lenoir ne cessait point de remuer, et ne se faisaît pas faute de violer son exil à Vannes , il feUut bientôt le faire arrêter^ Retenu d'abord à rarchevècbé

de Paris, il fût livré à Tofficialité de Rouen, avec Nicolas Bordin, chanoine de Séez, son ami, qui avait sans doute épousé sa querelle.

Ces tristes démêlés durèrent jusqu'en 1671, sans que l'intervention de la cour de France, du grand Golbert , et du pape lui-môme, fût parvenue à les faire cesser.

A cette époque, François de Médavy ayant été nommé à l'archevêché de Roiieii , Lcnuir, toujours achdroe contre lui , s opposa à sa prise de possession j mais il ne fut pas difficile au nouvel archevêque d'obtenir un bref . de Rome , pour qu'il fût passé outre à son installation.

Lenoir ne se tenait pas encore pour battu. Ne pouvant plus rien contre M. de Médavy, dont l'élévation mettait le comble à sa fureur, il s'en prit à son successeur sur le siège épiscopai de Stai, contre lequel il batailla longtemps encore, sous prétexte d'hérésie.

Enfin, en 1682, il poussa la déinence jusqu'à afficher, à la porte de la cathédrale de Paris, un acte d'opposi* tion à la nomination de l'archevêque de Paris, que ^ l'assemblée du clergé venait de désigner pour la présider. Il accusait encore ce prélat d'hérésie, sous le pré-

texte qu'il avait pris le parti de M. de Médavy, sou successeur sur le siège de Rouen.

Arrêté par Deagrais» et conduit à la Bastille, le 24 avril 1684, Jean Lenoir fut enfin condamné aux galères à

perpétuité, et à faire amende honorable devant Notre- Dame de Paris. Celte dure cuiidamnatiou fut bientôt commuée en une prison perpétuelle, qu'il ût à St-Malo, à Brest et h Nantes.

Il mourut en cette dernière ville, le 24 avril 1692, ayant perdu la mémoire.

On est vraiment tenté de croire que, depuis longtemps, cet eb[)rit aigri côtovait la folie.

A son avènement au siège de Séez , M. de Médavy avait eu des difficultés avec les héritiers de Bd. de Pontcarré, son prédécesseur; et, par sentence rendue à Falaise, le 27 novembre 16SI , il lui fut alloué une somme de 20,000 francs, à laquelle furent évaluées des réparations qui restaient à faire, tant a. la cathédrale qu'aux palais de Seez et de Fleuré.

A leur toiir, les héritiers de François de Médavy, le maréchal de Médavy et le marquis de Grancey, ses petitsneveux, durent plaider avec ses successeurs , Mgrs de Forcoal et Savary, qui se plaignaient que la cathédrale était en si mauvais état, qu'il pleuvait sur le célébrant. Un arrêt du grand-conseil , en date du 9 s^tembre 1704, mit fin à ces longues contestations (1).

Nommé à l'évéché d'Autun en 4664, et au siège de

(l)Xes prooiide eetle Mtnreii^éUiieDt point aoui rares qu*on poamdile suppQter. ApHtt la iport de nUastie értqne de Meaoi, mw chapitre iolcoia k TaUié Botsneti too neveu, une aetieo en indeninité, fondée «ir ee qne le prâat »f ait mé ka ornevients ^iiooiiavi, en aiidant penooneUenient ans principale» fêtes ( Vie de Boisueti par U. de Bansset ).

LES MËDAYT-GRANCET DANS L*Ë6US£.

Laogres en i670^ François de Médavy n'accepta ni Tun ni l'autre. Ce dernier évéché avait pourtant pour lui TaTantage de le rapprocher du château de Grancey,

apparteiiaiiL à sa iamille, et situé dans ce diocèse; c'était on outre le troisième, par rang de préséance, des six duchés-pairies ecclésiastiques (1).

Le roi Fayant nommé en 167i à l'archevêché de Rouen, il en prit possession, par procuration, au mois de décembre de la même année, et, en personne, le 48 janvier 1692.

A peine entré en fonctions, le nouvel arclicvequc s'appliqua à réformer les abus qui s'étaient introduits dans son diocèse (2). Ses aumônes lui attirèrent la bénédiction de ses diocésains. Les pauvres honteux eurent surtout à se louer de sa générosité.

Cest à cet archevêque que Ton dut l'établissement des religieuses bénédictines du St-Sacrement , en 1680. L'année suivante, il fondait le petit séminaire de Rouen, et constituait définitivement l'hôpital général de cette ville. On lui doit encore la fondation des sœurs de la Providence de Fécamp, en 4682, et du collège de Pontde-FÂrche, en 1688.

(1) Le siège d'Aulun valait 22,000 livres de revenu, celui de Langres 52,000 livras, tandis que celui de Séez ne rapportait quo 16,000 livres. H est vrai que l'archevêché de Rouen valait jusqu'à 100,000 livres, et possédait en outre le magnillquc chàleau de Gaillon, fondé parle oardiuui ti Au^buise.

Quant aux abbayes d« GonoeillaeldeSt-Ai^ré, nous avons déjà vu qu'elles valaient : la première, 13,000 livres, et la seconde, SA,000 livres, donl an tiers senlement pour Tabbé, un tiers pour les leligteux, et ma dernier tiers pour les charges et réparations. Ces évalnationssont pour l'année 1780.

(2) IVanç€is de ftfédavj succédait au femeui Baiiaj de ClianTalon, pronw à rarchevéclié de Paris. D*apiès rabM de Ghoisy, il aurait été un instant question de nonuner au siège de Rouen les caidinam de CkiiiUn et de Bouillon, successiveineni grands aumânlers de France.

Sa sollicitude ii avait cependant point cessé de s'étendre sur ses ancions administrés. La faveur dont il jouissait auprès du roi, non moins que ses importantes fonctions de GODseiller d'État, rendaient son crédit tout . puissant è la cour. Son influence fut plus d'une fois employée par les habitants de son ancien diocèse. La viDe de Séez, notamment, avait eu recours à lui lorsqu'elle avait cru l'existence de son ilutei-lJieu menacée par les projets du P. Dunod, pour la fondation d'un hôpital général. Ses habitants écrivirent à l'archevêque de Rouen, qui avait toujours protégé l'Hôtel-Dieu, dont il était un des fondateurs. M. de Médavy accueillit d*àbord leurs plaintes avec bienveillance • mais Ijieiitùl, mieux renseigné sur les intentions du roi par le duc de Montausier, gouverneur de la province, il amena les opposants à renoncer à toute résistance , et contribua à la réalisation des pro» jets royaux.

; ; Dès Tannée 1680, François Rouxel, affaibli par l'âge et

les infirmités, sollicita et obtint du roi la nomination d'un coadjuteur. L'al)lj<'' de Cuibert, frère du marquis de Seignelay et fils du grand Colbert , ayant été nommé à ces fonctions, sous le titre d'archevêque de Garthage, fut sacré le dimanche 4 août de la môme année, dans l'église de la Sorbonne, par l'archevêque de Rouen, assisté des évêques de Bayeux et de lisieux. Trenteneuf archevêques et évéques assistaient à cette belle cérémonie, dont réclat fut encore reliaussé par la présence d'un grand nombre de hauts personnages (i).

(1) Mercure Au mois d'août 1680. Ce grand nombre de prélals faisait dire à M"* de Sévigoé « qu'il n'y en avait guère davaol«^ au ciHiclle de Nicée. » LeltredalOaoûl 1680.

442 LES MÉDAVY-GRÀNCËY l'ÉGUSE.

François de Médavy fut ainsi dispensé de prendre part à TAssemblée de 1 (182 ; mais îe diocèse de Rouen y fut représenté par son coadjuteur , un des trente-quatre prélats signataires de la trop fameuse Déelaratim» Ce dernier dut y apporter d'autant plus de zële que, s'il faut en croâre des témoignages peu suspects, le grand Golbert, son oncle , en avait été le principal promoteur. Bossuet, qui la couvrit de sa grande renommée, en taisait , du reste , assez bon marché , lorsqu'il s'écriait plus tard : « Abeat Declaratio quo libuerit. »

Peu d'années après, le lâ juin i68ô, l'union qui existait entre rarohevéque et son coadjuteur fut encore resserrée par le mariage du comte de Médavy, petitHieveu de François de Rouxel, avec M"^ de Colbert-Maulevrier, cousine-germaine du coadjuteur , qui devait devenir archevêque de Rouen après la mort du prélat.

Quand son fardeau fut ainsi allégé, M. de Médavy résida plus rarement dans son diocèse. Il finit même par aller habiter, en CShampagne, le chfttean de Orancey, appartcuanl h son neveu, Pierre II de Granccy, mais que celui-ci venait de céder k son fils aînt^, le comte de Médavy, devenu depuis maréchal de France.

Une portion du magnifique domaine de Grancey appartenait au prélat, qui Tairait achetée du maréchal de Grancey, son frère, lorsque ce dernier fut obligé de la ■vendre pour payer ses dettes. Le prix de cette vente •n'était pas inférieur à 243,000 francs.

C'est là que François de Médavy passa les deux dernières années de sa longue carrière. Enfin , étant tombé malade à Màcon, il y mourut le 29 janvier 1691, à l'âge de quatre-vingt-six ans et cinq mois. Il lut inhumé dans le caveau de ses ancêtres au château de Grancey ;

FRiLNÇOIS, ARCHEVÊQUE DE ROUEN. 443

mais son cœur fut, dit-on, apporté à Médavy, dans cette antique demeure des Kouxel, non loin de sa première ville épiscopale.

François de Médavy, dont l'administration était aussi sage qu'éclairée, et qui, indépendamment de son patrimoine privé, avait joui si longtemps des riches revenus de ses deux abbayes et de ses deux diocèses , devait laisser un héritage considérable. 11 légua tous ses biens au comte de Médavy, son petît^neveu, J*aîné de sa famille, qu'il affectionnait particulièrement, et qui devait faire revivre la haute dignité du maréchal de Grancey , son grand-père.

L'archevêque avait été pour toute sa famille un constant et généreux protecteur. Une de ses parentes éloignées, la comtesse de Grasse, Angélique Rouxel de Rouville, avait été mise par ses soins, dès Tâge de dix ans, au couvent de St-Mandé, où il payait sa pension, et dont fut quelque temps abbesse Marie-Fàinçoise de Médavy, sa nièce, morte un an après lai.

Les archives de l'abbaye de Verneuil nous apprennent en outre ^ue le prélat fut toujours un zélé protecteur pour cette abbaye, à laquelle il ne donna pas moins de de 7,a00 Jivfw, de 1645 à 1663.

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HABOOU» RODXEL de MÉDAVT, oit L'abbê de 6RANCBT.

Premisr anmônier de Moiuiear, et du duc d'Orlèut, kmi fils.

Dés cinq fils donnés au maréchal de, Grancey par Charlotte de Yiiiarceaux, sa seconde femme, un seul vécut âge d'homme, et fut appelé à d'assez hautes destinées. Ce fut Hardouin Rouxel de Médavy, si oonnu sous le nom d'abbé de Grancey.

Les généalogistes de la famille ne nous ont transmis ni le lieu, ni la date de sa naissance ; mais nous avons tout lieu de croire qu'il naquit à Paris, au mois de mai 1653. Nous lisons, en effet, dans la Muse hùtoriqw de Loret, à la date du A 6 juin de cette année :

« Une dame de grande estime,

Dont je anis aerviteur intime,

La maiédiale de Grancey,

Après quelque péril pané,

D'un petit mâle est accouchée,

Dont la belle ii' sf pas ilMihée,

Ni non plus Monsieur son époux (1). »

(1) Loret, Afitte kistoriquâ, 1. XX3I, du 5 juin 1655.

446 LES MÉDÂVY-GRANGEY DANS L'ÉGLISE.

La maréchale avait déjà perdu deux fils au berceau ; elle ignorait encore quelle fécondité lui était réservée : celte naissance devait en effet la combler de joie.

Mais si Hardouin était le seul fils de Charlotte de Villarceaux, il n'en avait pas moins deux frères aîaés, issus du premier mariage du maréclial.

Ces deux frères suivaient la carrière des armes, où ils s'étaient acquis une JinUaBia niiiommée. Hardouin fut^ donc destiné à TÉglise, selon un usage presque universel dans les mandes familles, et dont il n'est pas nécessaire de moiiti^r les dangers.

S'il ne possédait pas à ud moindre degré que la plupart des siens l'aptitude militaire, le jeune Hardouin y joignait, h coup sûr, de grandes dispositions pour l'étude du droit canon; aussi ne tarda-t-il point à conquérir le double diplôme de docteur en Sorbonne et docteur de la sapience à Rome.

François de Médavy, son oncle, qui passa, en 1671, de l'évêché de Séez à l'archevêché de Rouen, le fît bientôt grand-archidiacre de sa cathédrale, dignité qu'il échangea, le 30 octobre 1686 , pour le doyenné de ce chapitre (l).

L'archevêque de Rouen tenait sans doute en grande estime le mérite et la science de son neveu ; car ce fut ce dernier qui fut désigné pour représenter la province à l'assemblée du clergé, réunie à St-Germain-en-Laye, le 4 juin 1685, comme nous le Usons dans le Mercure de cette année. ,

L'abbé de Grancey avait un protecteur bien puissant dans le duc d'Orléans, irère unique du roi, à la maison

(I) GattUi 9hri$tUttUh

L*ABBÉ DE GBANCET.

duquel étaient attachées la maréchale sa mère, la comtesse d« Marey et M"* de Granoey^ ses sœurs.

An mois de mai 1688, M. de TreestB, érôque du Mans, qm avait remplacé l'aroheféque d'Aix (1) comme premier

aumônier de Monsieur, se démit de cette charge en feveur de l'abbé de Grancey (2).

Deux ans après, Monsieur, qui avait dans son apanage Tabbaye de fieang^cy, au dioeèse d'Orléans, la fit vm à son iNrender aumônier.

Au mois de lévrier île Vannée snivante, Françds de Médavy, archevêque de Rouen, étant ^enu à mourir, il fut question de tionner à son neveu les deux abbayes de Cormeilies et de St-André, devenues vacantes par la mort du prélat ; mais le roi évitait alors de perpétuer les bénéfices dans les mêmes familles, et ceux-ci étaient possédés depuis plus d*un siècle par les Médavy. On cherdia donc une combinaison pour parer à cet inconvénient, tout en sauvegardant les intérêts de l'abbé de Grancev.

L'abbaye de JNotre-Dame-de-Aelec, au diocèse de Léon, était à peu près de même valeur que celle de GormeiUes; elle appartenait alors à Tabbé de Pas de Feuquières ; die fut donnée à M. de Grancey, et Feuquières eut l'abbaye

de Cormeilies.

Colbert de Villacerf eut l'abbaye de St-Andro; mais, quelques temps après, au mois d'août ^1691, Hardouiu

(4) Deoiel CosmCt anletir de caiiem mèaultm» Il avait TCçn 39^000 éow de la chMfe.

(2) JcumtU de Oai^gean, du 6 «lai IftSS. Les pramièras aiuadnenas de»

princes du sang étaicoi généralement occupées par des prâaU. Ce Atf le neveu de l'évêquedu Mans, M. de Tressan, mort archevêque de Rouen, qui succéda à TaMié de Ovaneqr, et Ait le denier anméiiiBr du Rég^U

448 LES MÉDAVY-GRANGEY DANS L'ÉGUSE.

était nommé à l'abbaye de Prully, au diocèse de Tours.

Là ne se bornèrent point encore les faveurs de Tabbé de Grancey : une quatrième abbaye, celle de St-Benoitsui^Loire, et c'était la plus importante, lui fut donnée le 31 décembre 1702, sur la demande de Monsieur, qui ne se lassait point d'enrichir son protégé.

Le continuateur du GalUa christiana , exagérant à plaisir ces bénéfices cumulés, va jusqu'à dire que l'abbé de Grancey était en quelque sorte comblé d'innombrables abbayes : « Quan mmnum dives abbatiiê, »

n est certain que Tabbé de Grancey était largement doté. Indépendamment de la première aumônerie de Monsieur, doiil Icû émoluments devaient être considérables, le revenu de ses quatre abbayes n'était guère inférieur à 60,000 livres, sur lesquelles il prélevait une laige part.

En 1694 , il avait hérité , avec ses deux sœurs , de M'^* de VOlarceaux, sa tante; Tarchev^ue de Rouen

lui-même , quoiqu'il eût fait le maréchal de Médavy son légataire universel , n'avait saiis duute pas oublié le doyen de son chapitre , auquel il devait ce beau portrait d'Antoine Masson, dont nous avons eu Toocasion de parler.

L'abbé de Grancey était-il digne k tous égards de ces

grands avantages ? Son entourage pourrait en faire douter. Aumônier de Monsieur: cela se conçoit; mais l'aumô nerie du régent 1 cela ressemble fort à une sinécure. Au moins doit-on croire qu'il ne fallait pas apporter une grande rigidité dans l'eiercice de fonctions aussi délicates. On s'explique donc jusqu'à un certain point Topinion de Saint-Simon, quand il nous dit que l'abbé de Grancey «pétait un médiocre prêtre. » 11 est vrai,

L*ABBÊ DE GRANCEY

ajoutM-il aussitôt, « qu*il-était fort brave et fort bon homme (i). j»

La bravoare militaire 1 voilà du moins une vertu de sa race qui ne saurait lui être contestée , et qui ne dépare

point assurément le premier aumùnier d'un piince. A cette époque, où la vie des grands était partagée entre les armées et la Cour, il fallait bien quelque courage pour les accompagner dans leurs expéditions périlleuses. On verra si Tabbé de Grancey en était dépourvu.

En 4692 , il avait suivi l'armée au siège meurtrier de JNamin', où le roi commandait en personne.

Des pluies conlinuoUes , non moins peut-être que le feu soutenu des assiégés , avaient porté la maladie et la mort dans les rangs de nos troupes. L'abbé de Grancey se multipliait pour animer les combattants, en leur communiquant sa propre ardeur ; quand il &llait consoler un mourant, lui porter les secours de la religion, aucun danger n'arrêtait >on zèle. Le roi, qui fut témoin de ce dévouement , en conçut une telle estime pour le premier aumônier de son frère, qu'il lui donna publiquement une marque de considération de la plus haute valeur, en l'admettant à sa table. Saint-Simon , en rapportant ce foit, affirme que « c'est Tunique abbé qui ait eu cet honneur. Tout le clergé , dit-il , en lut toujours exclu , excepté les Ordinaux et les évôques-pairs, ou les ecclésiastiques ayant

(i) SaiQipSiiiioit, L III, p. 331. L« PaIttiM pftrie d€ Tabbé de Grmoegr en' tennes mdm frTonUe». Sens praidre à la lettre ses médlniM»^ souvent nuiiectes, ewtontà Pendrait des Graneej, on peut supposer que si raUM ne devint point évéqnc^ eonmietons les pcemieffs aontaie» des princes, il fini plutôt raltribuer à sa vie ptifée qn*à toute autre cause. Cest en effi^ vers celte époque que Louis XIV, àlasoUldlatioBde Bossuet, redoubla desétérité dans le choix des évâques.

450 LES m^davy-pGrângey DàNS l'église.

rang de prince étranger. » Ni le cardinal de (loislin, évôque d'Orléans , premier aumônier du roi , avanl de recevoir le chapeau , ni l'archevêque de Rheima , son maître de chapelle , n'avaient , en aaeune occasion , été . admis à la table du roi (1).

Deux ans après, au mois de juillet 1694, l'abbé de Grancey était allé prendre les eaux de Forges. La flotte ennemie paraît inopinément en vue de Dieppe. Le chevalier de Lorraine et M. de Bragelonne, qui se trouvdent également à Forges , accourent en toute hftte dans les murs de la ville; Vàbié de Grancey les suit. À leur arrivée à Dieppe , plus de douze cents maisons avaient déjà cruellement souffert du feu de l'ennemi ; un débarquement était imminent, lorsque le chevalier, à la tête de cinquante gentilshommes résolus, s'avance au-delà du retranchement, et l'attitude de ces braves sauve la ville de nouveaux désastres.

Le roi fut si satisfait de cet acte d'intrépidité , qu'il écrivit au chevalier de Lorraine pour l'en féliciter (2).

L'abbé de Grancey avait pour suii maître la plus tendre affection, et ses regrets l'accompagnèrent bien au-delà de la tombe. 11 est permis de supposer que ses exhortatations contribuèrent à donner au prince les sentiments qui animèrent ses derniers jours, et h le préparer au suprême passage qui le surprit si inopinément, quoiqu'il parût en avoir le secret [)ressentinient. — « Vous êtes bien triste, lui disait à St-Gloud le chevalier de Lorraine, quelque temps avant sa mort. — Oui, répondit le prince : je regarde ces beaux salons, ces beaux jardins, et je

(1) Saint-SimoD, t. VIII, p. 182.

(S) JoMnuU de Dangeau, du 22 juillet 169à«

l'abbé 0£ grangey.

songe que je dois l)icntôt les quitter. » Quelq norois il restait aprôs tout le monde dans la chapelle, plongé dans de longues exUisee. Ënân , le mercredi 8 juin 1701 , Moniieur étant venu dtner avec le roi à Marly : « Vous êtes bien rêveur, lui dit M"' de Maintenon. — Oui : le jubilé m'a t'ait faire de sérieuses réflexions. » Le soir même de ce jour, il était pris à St-Cloud de cette attaque d'apoplexie qui l'enleva dans la nuit.

Nous empruntons à une relation du temps quelques détails sur les obsèques du prince | où son premier aumônier joua le principal rôle.

« Le corps de Son Altesse Royale fut mis dans un cercueil et placé dans une chapelle ardente... Il y avait aussi deux chapelles dans la même chambre, où Ton disait continuellement des messes... T e 13 juin, M. l'abbé de Graneey, premier aumônier de feu Monsieur, présenta *à Monseigneur (le dauphin) Taspersoir, et ensuite à Mgrs les ducs de Bourgogne et deBerry, puis à M. le Duc, et à M. le prince de Conti, à M. le duc du Maine, à M. le comte de Toulouse et à M. le duc de Vendôme ; après quoi les Feuillants, qui gardaient le corps, chantèrent un Os profunâM , pendant lequel les ducs qui étaient présents allèrent jeter Teau bénite, Taspersoir leur ayant été présenté par Tnn des hérauts d'armes. M. rd>bé de Graneey se trouva mal en disant l'oraison, et eut peine à la finir...

« Le 14, sur le soir, le cœur de Monsieur fut transporté du ch&teau de St-Cloud au Val>de-GrAce; tous les officiers de feu Son Âltesse Royale, de quartier, étaient en longs manteaux sur des chevaux caparaçonnés de

deuil ; les pages, à cheval, portaient des ilambeaux ; plusieurs carrosses drapés, dont les^ chevaux étaient capara-

452 LES MÉDÂVY-GRÀJ^CEY DAMS L'ÉGUSë.

çonnés de deuil, précédaient et suivaient celui oii était le

cœur. Ce carrosse était à huit chevaux, avec des housses croisées de moire d'argent ; il était environné de grand nombre de valets de pied, et de pages portant des flambeaux.

« M. l'abbé de Grancey, premier aumônier de feu Monsieur, était dans le fond, et tenait le cœur de ce

prince. M. le duc de Bourbon, nommé par le roi pour la conduite du cœur, était à côté de cet abbé ; M. le duc de La Trémoille, proche parent de Madame, était aussi de cette cérémonie ; les gardesnlu-corps de Monsieur, avec des crêpes à leurs cbapeaux et des écharpes de crêpe, suivaient à cheval, portant chacun un flambeau. • Le cœur ftit présenté k la porte de Pabbaye, par le même abbé de Graucey, à la supérieure, qui répondit à son compliment par un discours qui ne fut pas moins touchant que c^ui de cet abbé. On passa ensuite dans le " chœur de ces religieuses, qui était tendu de drap noir, avec des lès garnis d*écussons aux armes de feu Monsieur.

« Le cœur fut mis en dépôt sous un dais, et remis à la supérieure par M. l'abbé de Granccy (1).»

Si la vie de i abbo de Orancey fut marquée au coin de rhonneur, on peut dire que sa mort fut le digne couronnement de sa vie.

Lorsqu'au mois de septembre 4706 le duc d'Orléans, subissant la malencontreuse tutelle de Marsin et de La Feuillade, fut enveloppe dans leur défaite sons les mura de Turin , l'abbé de Grancey était , comme toujours, à ses côtés au plus fort de la mêlée. Cette fois, la mort qu'il semblait braver ne l'épargna point : blessé

(1) RdatloD citée par M. Vatout, dau les BéHdeMei Boffalu,

L* ABBÉ DE 6RANCEY.

mortellement à deux pas du prince, il succomba le leodemain à Plgnerol , au couvent des Jésuites , où ii reçut la sépulture.

Telle était Topinion qu'on avait généralement de son courage, qu'en apprenant sa mort, le comte de Roucy s'écria assez plaisamment : « Ce pauvre abbé ! il mourrait de joie s'il pouvait savoir qu'il a ôlé tué (1). »

Belle oraison funèbre, sous une forme aussi concise que piquante (2) I

Quoique l'abbé de Grancey , par la nature de ses attributions, fût en quelque sorte étranger à notre contrée, il y séjourna pourtant h plusieurs reprises, attiré tantôt à Médavy ou à Ariicntau par son hhvii aîné, le comte Pierre 11 de Grancey, gouverneur de celte ville , tantôt à Abneneschesy auprès de Tabbesse, sa sœur , Marie-Marguerite de Médavy.

C'est ainsi que nous avons retrouvé son nom sur les registres de cette paroisse , où il nomma deux enfants, les 22 août 4693 et 81 juillet 1695, avec sa petite-nièce, M"'' d'Oilliamson, devenue depuis M"* deMannoury. Ce fut par les soins de l'abbé de Grancey, comme nous le verrons bientôt, que fut transférée à Almenesches la communauté d'Argentan, en 1705.

A la mort de l'abbé de Grancey, Dubois , dont le triste ascendant commençait à se faire sentir sur le futur régent, fut sur le point d obtenir la riche abbaye de

(1) SaiotSinoD, L III, p. SSl.

(i) Le mot du comte de Uoucy pourrait être considéré oonme une uaÎTeté digne de M. de La Paltce, en le rapproctiaut de plusieurs autres que lui

prête Sailli-Simon qui ne raîinaît point. Cestlui qui conseillait à la marquise de Richelieu de moi tre du Tamier sous ses fcnâtres, pour se préserver du bruit des cloclies (Saint-Simon, t. Vlil, p. 595).

i5ir LES MÊDAVY-GRÂNCEÏ DÂJSS L ÉGLISE.

Saint-Benoît-siir-Loire. Sa cupidité seule y fut un obstacle. Le duc d'Orléans voulait lui imposer une petite pension; Dubois marchandait; le prince impatienté lui dit aigrement : « L'abbé, je ne veux pas te récompenser, tu ne Tauras pas, et pour te prouver combien tu as tort, j'y mets trois pensions de 600 fr. chacune pour ma chapelle , et une de mille écus pour Tabbé Philibert, précepteur de ma fille de Berry (1). »

L'abbaye de Saint-Benoît pou\ait pourtant bien supporter cette légère charge, puisqu'elle valait, d'après Dangeau, 25,000 livres de revenu.

Nous possédons un assez bon portrait de Tabbé de Grancey. Ce portrait doit dater de plusieurs années avant sa mort, crir l'ai)!)*' y est représenté sous les traits de iu jeunesse, plutôt que de l'âge mûr, où il parvint.

Le calme et la douceur de cette physionomie ne trahissent point le secret de son ardent courage.

Nous en avons désormais fini avec la vie des prélats, comme avec le tumulte des camps et les intrigues de

cour.

Il nous laut maintenant pénétrer dans la solitude du cloître , où nous attend le spectacle d'iuanbles vertus , dignes d'un historien moins profane.

Quatre abbayes importantes ont été , tour à tour , et parfois simultanément , dirigées par des dames de Médavy. Nous allons rechercher, dans chacun de ces monastères, la trace de leur passaco . en coniraençant par l'antique abbaye d'Almeoesches , qui appartient plus particulièrement, à notre contrée.

(!') Histoire de M. le cardinal Duhois, premier miiiislic^ nnnuicrU àt h bibliothèque de TArsena], p. 65 el GQ.

ABBAYE D'ALMËNË^HËS ËT m N.-D. D'ARtiËNïAN.

§ i«r ^ ittoa-iats».

LOUISB DB MÉUâVY.

A une demi-liene du château de Médavy, non loin de la ville de Séei, s'élevait la riche abbaye d'Almenesches, fondée au XI' siècle par saint Evroult , et dont sainte Opportune , sœur de saint Godegrand , évôque de Séez, passe assez généralement pour avoir été la première abbessc.

Après avoir donné pendant plusieurs siècles l'exemple des vertus monastiques , Tabbaye d'Almenesches était tombée dans un déplorable relâchement.

Nous avons parlé ailleurs de Jacqueline Heudé , cette

abbesse mondaine qui résista si opiniâtrement, en 1517, aux projets de réforme édictés par l'évéque de Séez, de concert avec le pape Léon X.

Un siècle ne s'était point écoulé que les troubles religieux et politiques avaient introduit de nouveaux abus dans la vie religieuse; et lorsqu'on lfS97 Louise de Mé-

45ti LES MÉDAVY-GRANGEY DANS l' ÉGLISE.

davy, encore enfant* fut nommée à cette abbaye , une nouvelle réforme était devenue nécessaire.

Louise de Médavy, quatrième iille du comte Pierre P' de Grancey et de Charlotte de Fervaqups , naquit le 5 juillet 1593, probablement au château de Verneuil, dont son pôre était gouverneur.

Dès sa plus tendre enfance ^ Louise avait été mise par sa mère auprès de Madame Marie des Guets de Bellevîlle, abbesse d'Almenesches. Deux ans s'étaient à peine écoulés depuis son entrée au monastère , que l'abbesse étant venue à mourir, le 23 juill^ 1596, Louise de Médavy, quoiqu'elle n'eût encore que quatre ans, fut désignée pour lui succéder, il est vrai qu'en mourant Marie des Guets l'avait confiée aux soins d'une pieuse religieuse, sa parente , M"* Renée des Guets de La Potinière. Jamaib conliance ne fut mieux justifiée. A peine la jeune fille était-elle parvenue à l'âge de neuf ans, qu'on la jugeait mûre pour prononcer ses vœux, et, trois ans après, elle prenait résolûment la direction de son abbaye.

Comme si ce fardeau ne suffisait point à ses jeunes épaules, elle recevait presque en même temps, en 1607, la direction du prieuré de Vignats. Cependant elle se montra, dès le début, à la hauteur de ses doubles fonctions. On le croira facilement, lorsqu'on saura que la jeune abbesse avait été secondée pendant sa minorité par cette Judith deMédavy, dont nous avons parlé à l'article de Denis Houxel , évêque de Lisieux. Judith donna de telles preuves de mérite et de capacité , en dirigeant la jeune abbessse, qu'elle fut envoyée , en 1604, à l'abbaye de Gomer-Pontaine, pour remplir le môme office auprès de Madeleine de Médavy, sœur de Louise.

ABBAYE D*AUfENESCH£S.

Telle était Tabbesse à laquelle allait incomber la tftche si difficile de réformer sa maison.

Dès 1602y elle s'était mise à l'œuvre, sous les auspices et avec le concours de Mgr Le Camus, évêque de Séez.

Le mal était tellement enraciné ^e Louise de M édavy eut longtemps à lutter contre la résistance des religieuses, soutenues par leur famille, et même, semble-t-il , par les propres parents de l'abbesse. Aucun obstacle ne put entraver ses généreux projets. Donnant elle-même l'exemple de l'humilité, de la piété et de la mortification, ses vertus parvinrent enfin à vaincre Tesprit d'opposition qui animait ses filles, et le mercredi des Cendres 1620, elle remportait un triomphe décisif en rétablissant la clôture. Deux ans après, tout était rentré dans Tordre. Pour couper le mal dans sa racinë , elle avait songé à faire venir de Poitiers quatre religieuses d'une piété éprouvée , parmi lesquelles se trouvait Catherine de Gontaut-Biron. Deux ans de séjour de ces saintes filles dans l'abbaye d'Almeneschcs avaient suffi pour en renouveler l'esprit. Louise de Médavy les reconduisit elle-même à Poitiers, pour étudier la règle de leur maison.

A son retour, voulant imprimer à son œuvre un cachet de durée , elle résolut de fonder une pépinière de jeunes novices, façonnées de bonne heure à l'observance.

Les habitants d'Aigentan désiraient depuis longtemps établir dans leurs murs une communauté de bénédictines. Les réformes si habilement opérées par l'abbesse

d'Almenesches n'avaient fait qu'accroître leur désir.

L'ancienne église de N. D. de la Place , cet antique sanctuaire témoin de maintes guérisons merveilleuses , avait eu beaucoup à souffrir de l'invasion anglaise, au

458 LES MÉDAVY-GHANGEY DANS L*ÉGLISE.

XV" siècle, et n'avait été qu'imparfaitement rétablie depuis lors , ies guerres de religion étant venues apporter un nouveau retard à sa restauration. Dans les premières années du XVIP siècle , ce n'était plus qu'une simple chapelle dépendant de l'église Saint-Martin, sa voisine. C*est sur cette chapelle qu'on jeta les yeux pour en faire l'église du nouveau monastère.

Le 12 février 1623, Louise de Médavy présentait au Conseil de ville une requête pour en obtenir la concession. Dix jours après , le Conseil de ville , assemblé sous la présidence de Ouillauroe Brossard, écuyer, sieur de La Féraudière, lieutenant civil et criminel, <( recevait on bonne part la requête de ladite dame , et se portait très-volontiers à seconder ses bonnes et saintes intentions », à condition toutefois de souffrir les sépultures et la célébration des services et messes de fondation , le tout sous le bon plaisir de Févêque de Séez.

Le 2:^ juin suivant , roidoauance épiscopaic était rendue dans les termes suivants :

« Nous inclinant volontiers à la piété et dévotion de la dame d'Almenesches , lui avons permis et permettons établir et faire construire ledit monastère de religieuses de l'ordre de Saml-Benoît, pour tenir nom et qualité de prieuré, dépendant d'Almenesclies , sous le gouvernement de ladite abbesse, avec pouvoir de nomination et destitution de la prieure d'ycelui prieuré, et d*y recevoir telles religieuses qu'il lui conviendra... >

M"* de Médavy s^empresse alors d'acquérir de Jean du Four, sieur de Trcmont, contrôleur au grenier à sel d'Argentan, les maisons et jardins qu'il possédait j)irs de l'église JVotre-Parae , les fait enclore, et vient s'y éta-

ABBATE D*ALMENESCHES. 459

blir, au mois tic décembre, avec neuf religieuses et plusieurs postulantes.

Une contestation ne tarda point à s'élever entre les habitants et Tabbesse, à Toccasion du droit de sépulture dont on vient de parler. Pour pratiquer dans son nou* voau monastère la clôture qui n -;iiait à Almenesches, TiOiiisc de Modavy avait dû faire établir une i^riile qui divisait l'église par moitié. Les habitants prétendaient exercer leur droit dans l'église entière. Des lettres-pa^ tentes du roi, en date du mois de novembre 4630, vinrent donner gain de cause à l'abbaye.

J. iulatiiiabki ahbesse trouvait encore le moyen de iuiider, cette mAme année 1630, le prieuré de la ville d'Exmes. Elle conduisait dans cette antique cité, si déchue de son ancienne importance, deux de ses rdigieuses d'Âlmenesches , M"* Louise du Buat et M"* Catherine du Bouillonnay , destinées à di i r la communauté. Elles s'établirent d'abord dans u[ie maison proclie l'église, en attendant la consti'uction du monastère dans un des faubourgs de la petite ville. Cet emplacement avait été choisi à cause de la proximité d'une église en ruines, autrefois église paroissiale.

Le ô décembre 1638, M"** de Médavy eut la douleur de perdre la comtesse de Grancey, sa belle-sœur, première femme du maréchal de Granci y. C'est à la pieuse abbesse qu'il l'ut donné d'assister la comtesse à ses derniers moments, dans son monastère d'Ârgentan, où elle était tombée malade.

Dès 1617, Louise de Médavy s'était démis de son prieuré de Vi^uals, en fa\eur d'Anne de Grancey, sa sœur.

En 1649, sa santé altérée par les labeurs et les mor-

^00 LES M£DAVY-aRANC£Y DANS L'ÉGLISË.

liiications , la força de chercher une aide. Elle avait envoyé auprès de Guyonne-Scholastique, la digne abbesse de Veraeuil, pour la seconder dans son administration , leur jeune sœur, Françoise de Médavy, qui promettait de marcher sur leurs traces ; elle songea à la rappeler auprès d'elle, pour lui confier le prieuré d'Argentan. Le !" mai 1049, Françoise de Modavy quittait à regret l'abbaye de Verneuil, le jour même où sa nièce Marie- Beirnarde, qui devait plus tard en devenir abbesse, venait d'y prendre Thabit. Mais la nouvelle prieure ne vit point le terme de son voyage, car, 18 jours après, elle mourait en chemin, de la mort la plus édifiante.

Louise de Médavy jeta alors les yeux sur sa nièce, Marie-Iiouise, fille du maréchal de Grancey, qui plus tard lui succéda, et qui, à partir de ce moment , commença son apprentissage sous sa vénérable tante.

Au mois de juillet IGSl, la santé de l'abbesse allant toujours en déclinant, on parvint enfin à la déterminer à se rendre aux eaux. L'abbaye de Verneuil, qui se trouvait sur son chemin , lui servit tout naturellement d'étape. ËUe y séjourna deux jours, pour l'édification de toute la maison, s'édifiant elle^-mème au contact des vertus de sa sœur et de ses religieuses.

Mais les jours de l'abbesse étaient remplis, et, le 4 septembre de Tannée suivante, elle mourait à son noviciat d'Argentan , dans la soixantième année de son âge.

ËUe eut, à sa dernière heure, la consolation d'être assistée par demc de ses proches. François de Médavy, son frère, nommé récemment & Tévéché de Séez, lui

apporta le saint viatique. Guyonne-Scholastique , sa scBur, aççouruç auprès d'elle, lui prodigua les soins les

ABBAYE D*ALMENESCH£S.

plus dévoués , l'aida , par ses consolations et ses prières , à franchir le suprême passage , et ne quitta la communauté éplorée qu'après avoir présidé aux obsèques

de la sainte abbesse.

La double sollicitude de Louise de Médavy pour ses deux maisons la suivit en quelque sorte jusqu'au delà du tombeau : son corps fut transporté à Tabbaye d'Almenescbes, mais le prieuré d*Argentan fut dépositaire de son cœur.

Son tombeau, dans l'église du prieuré d'Argentan, fut placé au haut, vers la grille, et recouvert d'une magnifique pierre de 18 pieds de long sur 18 pieds de large, empruntée à l'église St-Germatn.

Les panégyristes ne devaient pas manquer à une vie si remplie et si sainte.

Un enfant du pays, Jacques Yver des Rivières, avait, dès 1632, retracé l'historique de la fondation du prieuré d'Argentan par Louise de Médavy, à laquelle il avait dédié son livre (1).

Un dernier et plus précieux hommage devait être rendu à sa mémoire par Jacqueline Bouette de Blémar, qui lui a consacré une notice assez étendue, dans son Histoire des illustres de l'Ordre de St-Benoit,

Maeie-Louise de MÉDAVT.

L'œuvre de Louise de Médavy ne périt point avec

(1) Voici Ir liiiT de cet ouvrage (juc nous ne soimius pas parvenu à nous procurer : « Anliquilcs (PArgcnlan, des anciennes ftmiUes HoUes, dfS fiefs, detûHtknm pkomtéf elc, un vol. în-fo}.

462 LK6 MÉDAYY-L.HA.\CEY DA^'S L ÉGLISE.

elle. Nous avons vu qu'elle avait « dans les dernières

années de sa vie, associé sa iùcce à ses travaux. Ce lut cette nièce qui lui siucéda.

Marie-Louise de Médavy, fille aînée du maréchal de Grancey et de Catherine de Monchy d'Hocquincourt, sa première femme, était née en 1625.

La jeune abbesse alla se faire bénir à Paris, au mois de décembre d()5G, accompagnée de sa sœur, l'abbesse de Yiîrnats. Elle sut profiter de ce voya^re pour s'arrêter à Verneuil auprès de sa tante Gujonne-Scholastique, abbesse de St-Nicolas, dont l'exemple et les conseils lui devaient être si profitables.

Marchant sur les traces de Louise de Médavy , elle partagea sa soUicilude entre les deux maisons d'Argentan et d'Alnicncsches. Grâce à ses soins, le nouveau monastère d'Argentan vit terminer les constructions entreprises par la précédente abbesse. Une infirmerie y fut ajoutée, et les autres parties de Tédifice considérablement augmentées.

C'est aussi à Marie-Louise que, l'on doit la reconi^truction d'une partie de l'église d'Almenescbes, probablement cette portion du chœur qui porte le cachet de répoque oh elle vivait , et qui fait un si triste contraste avec la nef, reconstruite de 1834 à ISSO par l'abbesse Loyse de Silly, grâce aux libéralités de la reine de Navarre, Marguerite, duchesse d'Alençon.

Peut-être ponrrait-on reprocher à notre abbesse un peu trop de magnificence dans ses embellissements. Le chœur de l'église d'Argentan n'avait pas moins de cinquante stalles, dont quinze hautes et dix basses. Au bout, entre deux portes vitrées, s'élevait un trône superbe, qui faisait le siège abbatial; deux anges te-

ABBÀYii ii ALMENESCilES.

naient au-dessus, d'une main une couronne, de l'autre une écharpe qui formait le fond. Le prie-dieu sur le devant était soutenu, en dehors , par un aigle posé sur l'écusson JN. D.

C'est encore cette abbesse qui, le 20 juillet 1673, offrait à Mgr de Forcoal, nouvel évôque de Séez, à son entrée dans la ville d'Argentan , v un dtner si somptueux, que le prélat crut lui devoîi- faire une très-civile et nn peu sévère correotioix de l'excès de son superbe lestin (1). »

Marie-Louise de Médavy mourut à Almenesches, le 22 octobre 1674 , « irès-pinétrée du mespris dei digniîéi et de la vanité des grandeurs du siècle, aussi bien que du grand bonheur d'avoir satisfait aux obligation^, de sa profession Ji ^ comme l'indique sa pierre tumulaire, placée dans la nef d* Almenesches, non loin du tombeau de sainte Opportune.

Nicolas Gosset , docteur en Sorbonne , chevecier-curé de Ste-Gpportune à Paris, ayant eu l'inspiration d'écrire, en JGoi, la\in do Sio-Opiiortune , patronne de sa paroisse, en 00'rit la dédicace à Marie-Louise de Médavy (2).

Marie-Madeleine de MÊDAVT.

Marie-Madeleine de Médavy, qui succéda à sa sœur, était fille du maréchal de Grancev et de Charlotte de

(1) Manuscrit de Thomas Prouverre.

(2} L'ouvrage publié par Tabbé Gosset n'él.iit uu'rc que rhlslolic de la «ainlo, écrite au IX*^ si»Vir, par S. Adelin, évtquL- tic Sàz, cciiiservéc daiis le c:irluloire de tu coll«^iale de Slc-Opporlun(*> cl tcructilie plus lard par le» Bo)laiidi»l«s,

464 LES MÉDAVÏ-GRÂIS(;£Y DAiSS l'ÉGUSE.

Villarceaiix, sa seconde femme. Née le 6 juin 1649, elle avait eu pour marraine M"* de Villarceaux, sa tante, abbesse de Gif, au diocèse de Paris. Mais telle était, dès cette époque, la réputation de sainteté dont jouissait Guyonne-Scholastiqoe de Médavy, abbesse de Yerneuil, que la maréchale 8*empressa de lui confier sa jeune fille encore au berceau, au lieu de la mettre auprès de sa marraine.

Le 1" mai 4664, Marie-Madeleine recevait à Verneuil rhabit des bénédictines, des mains de l'évôque d'Ârdach, suffragant de révêque de Séez.

Le maréchal et la maréchale de Grancey voulurent

assister à cette cérémonie , entourée de beaucoup d'éclat (1). Trois mille écus et cinq cents livres de pension furent la dot de la nouvelle religieuse. L'église de l'abbaye eut en outre part aux générosités du maréchal, qui Tenrichit d'une magnifique croix d'argent et d'un ornement complet, également en argent, aux armes de sa maison.

Marie-Madeleine semble avoir elle-même marché sur les traces de Louise de Médavy. Elle ajouta de nouvelles constructions à celles des deux précédentes abbesses , tant à l'abbaye d'Âlmenesches qu'au prieuré d'Ârgentan. Les trois beaux autels de l'église d'Âlmenesches, dont un auteur contemporain a dit qu'ils réconcilieraient un antiquaire avec les autels du siècle de Louis XIV, furent, avec d'autres travaux, l'œuvre de Madeleine de Médavy. Le prieuré d'Argentan n'était point négligé, et son

(1) Vemprettement était tâ grand, et la foule si compacte, que l'asàtance fit irruption dans Tintérieur de Tabbayc, nn mépris de la clôture. Mgr de Maiipas fut obligé plus lard de rassurer les personnes qui s'éluteol pennis cette infraction, et que Toa a?ait menacées d*exoommunicatioo.

ABBAYE D^ALMENESCHES.

église était dotée d'un rétable; mais i'abbesse voyait avec regret les revenus de l'abbaye diminués par ce double entretien , et songeait déjà sans doute à sacrifier

l'une des deux maisons.

Aux injures du temps s'étaient joints , pour l'abbaye d'Almenesches, les ravages de llnceDdie : les séjours de Tabbesse devenaient de plus en plus rares au prieuré d'Argentan, qui ne lui servait bientôt plus que de piedà-terre ; il fallut donc y renoncer. Hardouin de Rouxel, cet abbé de Gr.incey, premier aumônier du régent, dont nous aujiib esquissé la vie, joi^^niL ses instances à celles de sa sœur pour obtenir de Mgr Louis d'Aquin, évéque de Séez, la translation de la communauté entière à Almenesches. C'était en 1705 ; Tabbesse devait encore vivre vingt-deux ans , et ce ne fut que le 8 janvier 1727 qu'elle mourut a Almenesches. Elle avait soixantedix-huit ans, et gouvernait les deux maisons depuis cinquante-trois ans.

Nous ne quitterons point le prieuré d'Aigentan sans dire qu'il devait bientôt supplanter à son tour l'abbaye d' Almenesches. Les habitants se résignaient sans doute avec peine à la suppression de cette comnumauté. Aussi quand les PP. jésuites voulurent s'y installer, après la translation, pour y fonder un collège, leur demande fut-elle repoussée. Quelque temps après, la nouvelle abbesse, Hélène-Marthe de Ghambray, ayant sollicité le rétablissement du prieuré, une lettre de cachet du 4 mai 1731 vint lui interdire d'y entretenir des novices. Mais, le i9 septembre 4736, une autre lettre de cachet, bien différente de la première, vint transférer à Argentan l'abbaye d' Almenesches, qui se trouva supprimée, et dontles matériaux furent apportés à Ai^ntan.

466 LES MÊDAVY-GBANCKy hXSS LÉGIJSË.

Le roi donna dix milles livres pour aider à compléter les bâtiments de la nouvelle communauté.

Ainsi finit la célèbre abbaye d'Almenesches, après une existence d'environ sept cents ans. Elle est représentée de nos jours par la communauté des dames bénédictines de St-Jacques, à Argentan.

ABBAYE DE VIGNATS.

l<MM>-iMS.

Ahme be MÉDAVY.

Bans le voisinage de l'abbaye de St-André-de-Gouffern^ non loin de la ville de Falaise, au diocèse de Séez, se trouvait le prieuré de Vignats, de Tordre de St-Benoît, fondé en 1130 par Guillaume Taivas , érigé eu abbaye en 16^5, à la demande d'une dame de Médavy.

Nous avons dit , en parlant de Denis de Médavy , seigneur du Crocq, que ce vaillant capitaine, avant

d'entrer dans les ordres , avait eu deux filles naturelles qui embi'fissèrenl la vie religieuse; noyi^ venons de voir avec quelle sagesse l'une d'elles, Judith de Médavy, avait su guider les premiers pas de i'abbesse d'Aiménescbes.

La faveur dont jouissait Denis auprès de François , duc d'Alençon , lui fit obtenir pour Tautre, Marguerite

de AK'd'ivy , le prieuré de Vi^uats, devenu vacant par la mort de Charlotte de Falaise, arrivée dans les premiers mois de 1582. Quoique nommée dès le il juin de cette même année, Marguerite de Médavy ne prit pos-

468 LES MÉDAVY-GRAXGEY DANS L*ÉGLISE.

session de son prieuré que le 6 juin {S83. Combien

de temps et de quelle façon Marguerite exerra-t-elle sa charge ? nous ne saurions trop le dire : le Gallia christiana garde un silence prudent sur cette prieure, ou plutôt il en dit assez, dans son laconisme, pour ne nous point faire regretter de plus amples détails ; on y lit en effet, à son article : « Cum autem nec religiose née hmeste viveret, a tùparchis de Medavy in nemore prope Vinacium rapta^ et in domo quadam eorum inclusa, ibidem obiit. )>

Cette disgrâce dût avoir lieu vers Tannée 1607 , car on se souvient que ce fut à cette époque que Louise de Médavy joignit à Tabbaye d'Âlroenesches le prieuré de Vignats.

Le contraste entre les deux régimes devait être complet. De Marguerite à Louise il y avait en effet toute la distance du relâchement à la stricte observance.

Celle de ses sœurs qui, dix ans après, fut appelée par Louise de Médavy à lui succéder dans la direction du prieuré de Vignats, n'était point indigne de cette tftche.

Anne de Médavy, fille du comte de Grancey, gouverneur de Yerneuil, et de Charlotte de Fervaques , était née en cette ville, le 9 novembre l(iOO. Elle n'avait donc que dix-sept ans lorsqu'elle succéda à sa sœur, mais elle prouva bientôt que, formée à l'école de son aînée, elle saurait se montrer son émule.

Anne de Médavy partagea avec Louise ITionneur d'avoir initié à la vie religieuse leur jeune sœur Guyonne- Scholastique, qui devait encore les surpasser en sainteté. Sa sollicitude pour l'abbesse de Yerneuil, qui aimait à rappeler sa mère, la suivit dans les principales phases de isa vie lùonastique. Elle la visita à plusieurs reprises, et

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