‹ Fanatiques- l: Maximilien RobespierreChapitre 25 sur 27 · LA CHANDELLE DARRAS · texte numérisé non relu

LA CHANDELLE DARRAS

en 1784, et répétées à la Constituante. Il a fait un discours, et qui ne manque pas d'une sévère beauté, contre la peine de mort, et dans lequel les condamnations politiques et les crimes du fanatisme sont énergiquement condamnés. Il a été le défenseur éloquent des droits de Ihomme, Tinterprète passionné des éternelles aspirations humaines vers la justice et le bonheur social, c'est incontestable. Mais écoutons l'antithèse, l'autre son de cloche, déjà si lugubre. Dès 1784, il écrit : « Leur constitution même (des républiques) exige que tous les intérêts particuliers, toutes les liaisons personnelles, cèdent sans cesse au bien général. Chaque citoyen faisant partie de la souveraineté, il est obligé à ce titre de veiller à la sûreté delà patrie dont les droits sont remis entre ses mains ; il ne doit même pas épargner les coupables les plus chers, quand le salut de la République demande leur punition... » Et voici ses paroles, le 23 août 1790 : « Tout le monde sent trop que le salut public est la loi suprême. L'amitié ne consiste pas à partager les fautes d'un ami : le sentiment de l'humanité n'est pas relatif à un seul homme. Quand l'utilité générale rend nuisible à la société un service rendu à un individu, ce n'est point un bienfait pour un individu, c'est

une barbarie pour la société entière. » Celte idée, il l'exprime constamment de diverses manières, et Saint-Just la paraphrasera dans ses rapports homicides. On dirait qu'il est hanté par le besoin secret de faire quelque sacrifice surhumain à la Révolution.

Quelle idée tragique, et au fond stupide, de la société, comme si un homme, quel qu'il fût, dans une grande nation, pouvait jamais, à lui seul, faire échec aux libertés publiques ! César et Bonaparte n'ont-ils pas eu le peuple pour complice ? Mais on sent déjà qu'il est préparé, l'état d'âme de 1 homme qui commettra envers Danton et Desmoulins la plus infâme des lâchetés ; qui immolera ses adversaires, même enchaînés et vaincus, même repentants et soumis. N'est-ce pas encore l'homme de prairial qui parle par la bouche du constituant lorsqu'il prononce cette sentence terrible : « Il n'y a pas de garantie individuelle du caractère moral d'un homme lorsqu'il s'agit du salut delà patrie », ce qui veut dire, je pense, que la probité et l'intégrité de toute une vie ne seront rien contre le soupçon patriotique d'un Robespierre. Dès 1789 (31 juillet), il demande le jugement des dissidents combattifs. « Je réclame dans toute leur rigueur les i)rincipes qui

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