‹ Fanatiques- l: Maximilien RobespierreChapitre 26 sur 27 · LA CHANDELLE DARRAS · texte numérisé non relu

LA CHANDELLE DARRAS

doivent soumettre les hommes suspects à la nation, à des jugements exemplaires. Voulezvous calmer le peuple ? Parlez-lui le langage de la justice et de la raison. Qu'il soit sûr que ses ennemis n'échapperont pas à la vengeance des lois, et les sentiments de justice succéderont à ceux de la haine. » Guérir la haine par la vengeance : ô raison ! Constamment il revient sur cette idée, et lui qui a demandé l'abolition de la peine de mort, réclame aussi l'extermination des ennemis de la Révolution ; lui qui soutient que la liberté de la presse doit être illimitée, définit ainsi les crimes de lèsenation : « Il en est de deux espèces, ceux qui attaquent son existence physique et ceux qui cherchent à vicier son existence morale. » D'où il résulte évidemment que les écrits contraires à l'orthodoxie des principes et des sentiments dominants seront punissables. Or, qu'est-ce qu'une liberté qui sera doublement un crime presque chaque fois qu'on l'exercera avec indépendance ? Le plus affreux des bâillonnements, comme on le verra bientôt.

On remarquera également que Robespierre, dès la Constituante, a le front sombre, l'âme bourrelée de soupçons ; qu'il est déjà en proie à ce délire de l'accusation qui va devenir si

funeste. Il serait monotone d'énumérer toutes les circonstances dans lesquelles Robespierre montre déjà la trame, le fil àe la conspiration, avec des gestes d'effroi. Un jour, Cazalès, irrité, le somme de donner des précisions. Naturellement, il ne répond pas, ses preuves étant tout imaginaires. Jusqu'au 9 thermidor, il tâtonnera ainsi dans les ténèbres, inventant des romans absurdes contre ses ennemis, et affectant un air d'augure pour montrer son mérite spécial à débrouiller les imbroglios fantastiques dans lesquels sa méfiance s'égare. Son système sera toujours de tout condamner autour de lui et d'opposer ensuite la pureté de son moi au mal universel. Dans son fameux discours aux Jacobins qui, au dire de Camille et de M"^^ Roland, fit verser des larmes ^ après avoir accusé la majorité de ses collègues, il se frappe sur la poitrine, loue ses mérites et se montre prêt à mourir sous le poignard des assassins. On le dirait constamment obsédé par l'idée qu'il doit mourir pour la liberté, et l'on dirait que, vivant, il voudrait jouir de sa légende future. C'est pour cela, sans doute, qu'il joue si souvent le simulacre de son immo-

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