‹ Fanchon la vielleuseChapitre 9 sur 52 · LES PRÉCÉDENS, C H A M P AG N E. CHAMPAGNE · texte numérisé non relu

LES PRÉCÉDENS, C H A M P AG N E. CHAMPAGNE

Voici une lettre pour madame.

F A N c H o N , prenant la lettre.

Je ne suis point madame.

FLORiNE,à Champagne.

Je VOUS l'ai déjà dit.

CHAMPAGNE

Pardon ; j'oubliais.... On attend la réponse de madame.

FANCHON

Encore!... C'est de l'abbé de i'Atlaignant ; je reconnais son €critiire,,... (Lisant.)

« Ce vendredi , i5 juin. 1766.

AIR : La femme de mon procureur.

<( Ennuyé du maudit sermon « D'un Jésuite voix aigre, « Sans façon,

. « Chez voas , Fanchou, <s Pour avoir r.ime allègre ,

or Je dînerai ,

« Et j'oublierai « Que c'est aujourd'hui maigre. »

Ce gros abbé , je ne saurais trop bien le recevoir ; il me fait tous les couplets que je cliaate aux boulevards. 'A Champagne. J Dites que je l'attends.

c H A îM P A G N E. CPLorlnefait signe à Champagne J

Il suffit. ^

Vinceat est-il de retour ?

CHAMPAGNE

Non , madame.

Toujours madame ! Vous me l'enverrez dès qu'il sera rentré.

CHAMPAGNE

Oui , ma.... oui , Fan.. . ( Avec effort. ) Oui.

( Il sort. J

Mais le voici.

F A N c H o N, à Florine.

Laissez-nous.

F L o R I N E , sortant.

Ils out toujours des secrets à se coaimuniquer.

E xV iVT G H O N , V I N C P: "i T e/i grande livrée.

Hé bien , mou cker Vincent, avez-vous passé à la diligence de Ghambéry ?

VINCENT

Votre frère Audré n'est point encore arrivé.

■Depuis le le:ns que vous lui avez écrit de venir... Cela m'inquiète : mais vous paraissez' bien fatigué.

VINCENT

J*ai fait ce matin des courses au-d'=>s3us de mes forces. F.\NCHON, allant cliercker un siègt^', forcnni Fincent à s'asseoir, et restant debout près de lui. Mettez-vous là.

VINCENT

Que de bontés !

Ponrqiîoi aussi ne pas prendre de tems en tems une voiture ?

VINCENT

Cela diminuerait d*aufant les sommes que vous me chargea de distribuer. Qui croirait qu'une simple vielleuse, que cette Fanchon que l'on dit si légère secoure en secret tant d'infortunés !

Quel usage plus délicieux pu's-je faire de tout cet or qu'on prodigue à mes faibles ralens ! Vous le save:;. bon Vincent le basard m"a mise à ia mode : dans ces brillantes soirées , où tout Paris vient étaler son luxe au boulevard , c'est à qui m'entourera , me fera répéter sur ma vielle des chansons dont la gaîlé fait (ont le mérite II n'est pas de grand seigneur j pas de finaucier opulent qui ne s'arrête pour les entendre, pas de femme de la cour qui ne désire en être l'objet. Chaque soir je rentre chargée de présens, dont la valeur m'étonne toujours. En vérité, ma fortune me parait un songe; mais l'emploi qua vous m'aidez à eu faire en épure la source, et; c'est alors que j'en reconnais to :le la réalité.

Ft moi je suis le distributeur de vos bienfails. Vous ne pouviez me confier une mission plus d'accord avec mon cœur, Vingt-cnicf ans maitre d'hôtel d'un baron étranger fixé à Paris , i'avais amassé quelque argent , légitimement gagné , et m'étais retiré du service après avoir placé mes; économies chez des gens que je cro3'ais honnêtes: je perdis tbul. On vous

parla de moi ; vous me donnâtes un logement dans cet hôiel que vous veniez d'acheter ; vous me prîtes à votre service, et vous fite8 de moi un messager de bienfaisance, AIR : La faite en Egypte jadis.

Aux malheureux j'ai fait Au bien; A ce bonheur on s'accoutume :

Le sort m'en ôta le moyen , Et remplit mes jours d'amertume.

Donnez encore aax indigens, Et calmez leurs inquléludeg ;

Conlinuez toujours )e sen»

Que l'on tient à ses habitudes.

Hé bien , avons-nous fait unebonne matinée ?

VINCENT

J'ai su pénétrer chez la veuve de cet ofEcier.. .

Hé bien ?

VINCENT

Je lui ai présenté les vingt-cinq louis dont vous m'aviez chargé ; et , à l'aide de cette livrée de madaime de Gervilliers , l que vous me faites souvent porter, et que la veuve a reconnue^ J elle a accepté, en Isenissant cette dame qu'elle croit sa bienfaitrice.

Bien ! très-bien !

Mais je crains de ne pouvoir me servir long-tems de cet "habit.

Pourquoi ?

VINCENT

Madame de Gervilliers, instruite sans doute qu'on rép:Hidait des bienfaits sous son nom , m'a déjà fait suivre plusieurs fois; ce matin même encore, et malgré les détours que j'ai cherché à pren*lre, je crains qu'un de ses gens ns m'ait vu en-i trer dans votre hôtei.

F A îî C H o y.

Nous chercherons la Kvrée de quelque maison respectable.

VINCENT

J'ai bien eu une autre alerte! en passant tout à l'heure flans la rue des Lombards, n'ai-js pas été reconnu par Bertrand , cet épicier dont vous avez empêché-Ia banqueroute , et qui ignore encore la main qui l*a secouru ! F A N c H o N.

Tout de bon ?

VINCENT

II est sorti de sa boutique , a couru après moi , m'a accablé de questions , de caresses et de reproches de ma discrétion. J'ai tenu ferme , et l'ai laissé . grâce à cet habit , dans la persuasion que la personne qui lui asauvé la fortune et l'honneur est d'une grande maison : mais j'ai eu un mal à m'arracher de ses main?....

Aîr du vauiiefine des Jumeaux de Bergame.

Fuir (les créanciers d'ordinaire Est un travail pour bien des gens :

Avec soin j'évite au contraire Ceux qui reçurent vos présens.

Fanchon , ne soyez plus si bonne :

Car dans Paris, dès qu'on me voit, Je n'ose plus fixer personne ; Chacun peut me montrer nu doigl.

FANCHON

Je suis plus heureuse que vous , moi; je puis me montrer sans crainte d'être soupçonnée : aussi je rae livre souvent en

secret au plaisir de voir ceu^ Je passe presque tous

les jours devant la boutique de ce Bertrand, je lui joue sur ma vielle quelques airs qu'il croit payer généreusement en m'olFrant la petite pièce,de monnaie. Je la reçois avec ivresse , et je me dis : c'est à moi qu'appartient ca calm^ qui règne sur tous ses traits , ce sourire qui erre sur ses lèvres ; j'en suis la cause : ce magasin bien garni, cette

activité, cet air d'abondance, tout cola est mon ouvrage

Oh ! cela fait au bien!. . mais ^e n'y ai jamais vu sa fille ; on m'a dit qu';l en a une. Cort jolie même.

VINCENT

Elle est chez uns tanle nie Saint - Laurent , faubourc» Saint-Martin.

D'où savez-vous cela ?

VINCENT

De Ducontis, votre tapissier : il vise la jeune personne.

Lui! ah ! ah !.... Voici monsieur Edouard.

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