ACTE II
inquiiîtucte terrible, c'est que, dans cetle inirigue et dans cette lutte, M. de Maurepas a pour second et p >ur bras droit, tu devines qui?
FANFAN
Le Fitz-Onnall !
Et cette affreuse question retombe sans cesse sur ma pensée: Pojirquoi a-t-il, presque de force, entraîné mademoiselle Blanche à la cour ?
FANFAN
Eh bien , nous le saurons. Angélus ; nous irons demain à Versailles, nous venons Guillemette ; nous avons à nous trois jours : on fait énormément de choses en trois jours ! — En attendant, si nous déjeunions?
ANGÉLUS
Eh ! mon pauvre gai çon, que ferons- nous ? sans argent, puisque nous avons dû tout laisser au brave père François; sans libellé, puisque nous voilà enrôlés tous deux! Qu'est-ce que nous pouvons?... Et qu'est-ce que nous sommes?
FANFAN
Comment ! qu'est-ce que nous sommes? Ah ! dis donc ! parle pour moi si tu veux ! moi, on m'a trouvé dans le chemin nu comme un saint Jean, mes parents inconnus avaient totalement renoncé à moi, évidemment je ne dois pas être grand’chose. >Mais toi. Angélus, toi! je trouve justement que tu as cet avantage-là sur le' commun des mortels qu'ils sont tout de suite, eux, casés, fixés et bornés dans leur naissance; leur lot est tiré, quoi! Tandis que toi, c'e»t sans limites ton espérance! on ne sait pas ce que tu peux être ! je ne te donnerais pas pour un duc et pair!
ANGÉLUS
Mon espérance, ami?(tiiaiitüe SOU sein un ciiapeici) tiens, la voilà, toute mon espérance : c'est ce chapelet en émail que je portais à mon cou, quand on m’a recueilli pleurant aupt ès 'de ma nourrice morte... 11 y a là gravés les mots qui précéder. t la Salutatkn angélique : Angélus Domini nuntiavit .Variœ, c'est ce qui m'a donné mon nom d'Angélus; les notables du village ont signé là-dessus une relation contenant les dates et les laits, et voilà
mon titre... Eh bien! sais-tu, ce matin, pendant que <u m'avais quitté, j'ai failli la vendre, mon espérance, oui, 120 livres, à un brocanteur !
F AN F AN, lui reliraot Tivement le cb.ipelel des maios.
Es-tu fou! Comment! voilà un gage, un moyen de reconnaissance par lequel tu peux devenir, un de ces quatre matins, l'égal de... n'importe qui ! et ce trésor sans prix, qui me fait faire à moi toutes sortes de rêves étonnanis, tu allais le donner pour un morceau de pain! Ah ça! mais tu ne penses donc qu'à toi !
ANGÉLUS
Non, Fanfan, je sais quel cœur tu as pour moi, et c’est dans cette bonne réalité-là qu’est ma seule confiance.
FANFAN
Merci, mon enfant ! Ali ! oui, c’est bien vrai, tu es ma première, ma grande amitié... (riam) parce que Zémire me comprend bien, mais elle ne veut pas me répondre!... oui ma grande, ma seule amitié, c'est toi. Angélus!
ANGÉLUS
Eh bien , et Guillemette ?
FANFAN
La petiote? oh ! un enfant ! — Mais toi, tu es un homme ; tu es mon bon compagnon, mon autre moi instruit et riche de belles idées ; tu es ma fierté, mon esprit, mes jours de dimanche. Mi)i, si tu veux, je serai ton bras, ton ouvrier, tes jours de semaine. Et, en attendant mieux, nous serons l’un pour l’autre un frère, un père et une mère... au lait près. — Tiens, reprends le trésor.
ANGÉLUS
Eh bien, non, garde-le-moi, Fanfan, c'est plus sûr : je pourrais me laisser tenter. Quand je pense qu’il nous faudrait en ce moment tout pouvoir, tout avoir... et que nous n’avons pas de quoi aller à Versailles!
FAN FAN
El tu as besoin de picaillon pour ça! ou pour toute autre chose ! tu as de ces idées-là! Ah ! je crois bien que je garde le trésor, là, dans mon coü're-fort, et tu ne l’auras qn’à bonne enseigne! Mais es-tu bête! qui est-ce qui a besoin d’argent ?