SCÈNE VI
FITZ-ONNALL, LE MARÉCHAL DE SAXE, SuiTB, puis FANFAN.
FlTZ-ONNALL^ anirant le premier.
Ramponncau est parti, bien I (Haut.) L'homme est là, monsieur le maréchal. (Frappant à la porte du hangar.) Hél marquisi mon cher marquis I
FANFAN, dans l'intérieur du hangar.
Pas ici. La porte en face.
FITZ-ONNALL.
Venez donc, venez, on veut vous voir.
FANFAN
Qui ça? (u sort en gilet, en sabots, relerant sa culotte.} Oh I le maréchal!
LE MARÉCHAL DE SAXE
Approchez, mon brave.
FANFAN, confus.
Oh I mon maréchal, je suis en bien petite tenue !
C'est donc vous qui, cette nuit, avez fait ce joli coup ?
FANFAN
Oui, mon maréchal... Moi et Zémire, ma jument... Une bien bonne bête.
LE MARÉCHAL DE SAXE
Et, dites- moi, comment cela s'est-il passé? Car c'est assez extraordinaire.
FANFAN
Oh ! mon Dieu, noD, mon maréchal, c'est bien simple. On
avait eu l'attention (Regardunt Pitz-onnau.) de me placer à un poste d'observation avancé, très avancé, en sentinelle perdue, on ne peut plus perdue. Ordre de ne pas bouger, de ne pas donner Talarme... Ça parait absurde au premier coup d'œil, mais mon maréchal xdi voir comme ça s est trouvé ingénieux. Dans le brouillard, arrive au trot une patrouille de cavalerie ennemie. J'étais si loin de nos lignes I ils me prennent pour une do leurs vedettes. L'officier qui commandait se détache, vient à moi, et me donne un ordre. £n anglais ! Est-ce que je sais l'anglais, moi? Je lui entrevois des croix, des insignes; l'officier, jargonnant toujours, se dresse sur ses étriers pour m'indiquer de la main je ne sais quoi... U était mince, pas très grand. Bah ! je l'empoigne à bras-le-corps, je le renverse sur le cou de mon cheval, et hop I en avant ! Zémire comprend à demi-mot l'éperon, et part au triple galop. Hop ! hop! Mon homme crie, ça me force de lui appuyer... légèrement ma manche sur la bouche. Hop ! hop I ses cavaliers nous poursuivent; pif! paf! ils nous font siffler six, huit, dix balles aux oreilles. Hop I Zémire va toujours. J'arrive à nos avant-postes, qui étaient tout en émoi, je dépaquette mon milord ; il m'offre pour sa liberté un gros diamant,, valant, à ce qu'il disait, cent mille livres; je me cramponne d'autant plus à ma prise, et il se trouve, en effet, que c'était le général comte de Ligonnier. — Voilà tout bonnement, mon maréchal, comme la chose s'est passée.
LE MARÉCHAL DE SAXE
Et, tout bonnement aussi, vous êtes un héros, mon cher î
FAN FAN
Oh ! oh 1 ce serait donc sans le savoir.
LE MARÉCHAL DE SAXE
Quel est votre régiment?
FANFAN
Lès carabiniers de la Tour-d'Avôn.