PREFACE. XIII
encore M. Sainte-Beuve; ajoutons, c'est l'œuvre exquise et le récit douloureux d'une âme ouverte à toutes les impressions généreuses , à toutes les passions, à toutes les douleurs. Autant l'auteur ^'Adolphe est un esprit blasé, difficile, ennuyé, autant l'auteur de Fanny est un écrivain puissant et convaincu; sa recherche même est une force, et sa mièvrerie ( en certaines pages) est une grâce véritable. Il va donc tout droit son chemin dans la narration de ces amours défendues, puis tout d'un coup, il s'arrête, et le voilà qui se met à raconter une passion innomée et sans explications jusqu'à présent.
Je vous parle ici, Madame, une langue assez nouvelle à des oreilles délicates; je vous raconte une passion que peu de gens aient avouée, et si je parle ainsi, c'est qu'avant tout, je voudrais ne pas tendre un piège à votre curiosité. Certes, je serais bien malavisé si je m'exposais à voir revenir, dans ma maison, ce charmant livre à peine coupé jusqu'à la page 37.
Car c'est justement, à la page 37, que le jeune amant de Fanny a ressenti les premières atteintes du mal qui le frappe au fond du cœur ; c'est à la page 37, quand sa maîtresse, ignorante du danger, met en présence son amant et son mari, que cet amant furieux se sent pris d'une jalousie infinie, à l'aspect de cet époux florissant, content, superbe, et qui semble un héros, que dis-je? un géant, à cet enfant grêle, amoureux et timide. En ce moment le drame, en effet, commence; à cette heure aussi le châtiment se montre, et c'est parce que voilà enfin l'adultère, emporté dans ces peines, et succombant