IV , PREFACE
Soyez sûre, en effet. Madame, que ce Trophonius était un Béotien qui publiait jadis, aux portas d'Alhènes, mais sans y jamais entrer, des romans -feuilletons en vingt tomes in- 8°.
Ne craignez donc pas que, moi-même, je vous envoie un gros tome, un livre épais et solennel, qui fatigue à la fois la main , la tête et les beaux yeux de ma lectrice. Encore une fois , célébrons le petit livre élégant, bien fait, bien tourné, sans reproche et sans peur. Fionsnous à sa plainte, à son récit, à sa chanson, à ses conseils ; sa plainte est brève, et sa chanson se contente d'un couplet ; il vous conseille en deux lignes , il vous raconte en trois pages. II vous mène, à petits pas, dans les sentiers bien tracés ; les longs détours lui sont défendus; les paroles sesquipédales , il les laisse aux faiseurs de sermons ; la déclamation le tuerait, avant de tuer son lecteur ; il méprise à la fois l'emphase et la rusticité. Qiioi de plus? L'élégance et le bien-dire appartiennent par excellence au petit livre; et loin d'ici les tumultes, les bruits, les violences, l'explication, le détail, la discipline, le commentaire. Au petit livre un mot suffit pour toucher une âme, pour faire éclore un sentiment, pour gonfler un cœur, pour faire naître un sourire! Es-tu content?... Une larme!... ah! c'est assez pleurer! Que de chefs-d'œuvre enfermés dans le petit livre! Day^hnis et Chloé, le Chevalier de Grainmont, Manon Lescaut, Paul et f^îrginie, Adolphe, Adèle de Sénanges, la Dot de Suzette; et si j'en voulais chercher dans l'antiquité , nous aurions YJgricola de Tacite , les Dialogues de Lucien, Y Ane d'or d'Apulée, et ce