‹ Fanny, étude. Avec une préf. nouvChapitre 4 sur 16 · FANNY XIII · texte numérisé non relu

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tout, jusqu'à son nom, de celte charmante fi mme, ne iui ayant encore parlé que dans l'escalier de la maison que nous habillons. Ce que je lui disais n'a pas besoin de commenlai res et peut se traduire par toutes les variantes imaginables de celle jolie phrase : « Je vous aime. » Quoi qu'il en soit, à ses manières, àsa démarche, à son langage, même à sa mise, surtout à certaine expérience des choses qui perçait chez elle et n'ajoutait pas peu de charme à nos relations naissantes, il m'était bien facile de deviner qu'elle était mariée, que je n'avais pas affaire à une jeune fille ; mais, quand on m'aurait offert le trône de France et la main de la plus séduisante femme du monde par-dessus le marché, il m'aurait été impossible de donner ie plus léger renseignement sur la personne de répoux supposé de ma bien-aimée.

Or, un matin, comme j'clais accoudé sur la rampe de ma fenôlre, guettant le joli minois que j'avais l'habitude de rencontrer à Tétage au-dessous, au lieu de la peau blanche délicieusement rehaussée par de fins cheveux noirs, des jolis yeux châtains, de la bouche vermeille, de l'air malicieux enfin qui, chaque jour, me plongeaient en de longues extases, j'aperçus — ô

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horreur 1 — un cigare fumant, lequel sortait d'une bouche ornée de moustaches, laquelle bouche appartenait à un monsieur que je n'avais jamais vu jusqu'alors et qui, en manches de chemise, se prélassait chez lui à l'heure matinale. C'était le « maître de la maison. »

Eh bien ! je dois l'avouer, aujourd'hui que je me suis mis en tète de faire une confession complète, bien que je n'en fusse pas à mon coup d'essai dans ces sortes d'aventures, et que tous les fantômes des maris que j'avais pu embàter se dressassent en cet instant dans ma mémoire, ce diable de mari-là, je ne sais pas pourquoi, ne m'allait pas ; il me semblait qu'il m'avait pris en traître ; je ne le pouvais point digérer.

La vérité, c'est que les choses ne s'étaient point passées entre nous comme elles devraient toujours se passer d'habitude. Je n'avais pas choisi mon homme. On ne me l'avait pas présenté. 11 était de mon âge, à peu près de ma taille, presque de ma tournure. Me trouver en rivalité avec de*^ braves gens qui avaient passé la cinquantaine étaient chauves, obèses, affligés de goutte, de gravelle ou de rhumatismes, et exerçaient les professions soi-disant libérales de notaires, médecins, banquiers, comme cela

ïu était arrivé — toute morale à part —je n'y voyais aucun inconvénient pour moi. Mais, avoir pour associé un jeune homme de vingt-cinq ans, grand, mince, découplé, bien sanglé dans sa taille, comme votre serviteur, portant fines moustaches comme lui encore, très-soigné dans sa mise, comme lui toujours, et qui me semblait {proh piidorl) pouvoir être aimé de sa femme; cela me chiffonnait au delà de toute expression. La seule différence qui existait entre nous, c'est quMl était blond et moi brun. Ce n'était pas assez pour me rassurer. Et, mon imagination aidant, me voilà me forgeant toutes sortes de chimères.

La femme que j'aimais me paraissait absolu ment incompréhensible. Tromper un vieux mari ne froissait pas mes idées de justice. Mais un jeune... c'était affreux.

Je n'étais cependant pas jaloux encore. Et si Ton m'avait dit que je pouvais le devenir, j'aurais sauté aux yeux du donneur d'avis. Un amant jaloux d'un mari ! dans quel monde sublunaire cela se passait-il I Hélas 1 si j'avais eu plus d'expérience, j'aurais su que, à Paris même, et dans tout l'univers, il en était cependant toujours ainsi.

ie ne crois pas devoir entrer ici dans le détail

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des causes, la plupart infiniment petites et puériles, qui commencèrent à m'éclairer sur les sentiments tout nouveaux que je sentais s'agiter en moi. Ce que je ne dois pas négliger de mentionner^ c'est un sentiment tout particulier, mélange de colère et d'humiliation, qui me travaillait sans relâche, à l'idée que je n'étais supérieur en rien au mari dont j'avais usurpé la place. En effet, ni par l'âge, ni par réducalion, ni par la position, je ne pouvais me croire autre chose que son égal. Gela me contrariait surtout à cause de sa femme. Je lui en voulais presque de m'avoir choisi, lorsqu'il existait tant d'hommes qui se seraient estimés heureux d'être aimés d'elle et lui auraient fait plus d'honneur. Songez que je n'avais que vingt-quatre ans, que j'étais employé chez le hanquier Jacques Laffilte, aux appointements de quinze cents francs. Que serais-je donc devenu, si le mari m'avait été réellement supérieur? Si j'avais eu affaire à l'un de ces hommes honorablement posés dans la société, qui, par leur expérience, la maturité de leur esprit, toute leur vie enfin, s'imposent à Testime publique, et partout, en toute occasion, prennent tout naturellement, comme si elle leur était duc, la première place ? Certaine-

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ment, j'en aurais été jaloux, et jaloux à mourir. La preuve en est que j'allais l'être, dans une certaine mesure il est vrai, et pour une cause dont je n'avais pas à rougir vis-à-vis de moimCme. Voici le fait :

Certaines femmes s'imaginent que le plus sûr moyen de maintenir dans le droit chemin et de conserver un amant, de la fidélité duquel on n'oserait répondre, est de lui inspirer de la jalousie. Maxime fausse, maxime absurde, mais dont j'allais être victime. Avec le temps, et un pou d'obsessions aidant , j'avais fini par consentir à fréquenter le logis de mes voisins. Ce n'était pas sans répugnance que je m'y étais décidé, car cela m'eût choqué de jouer le rôle d'ami vis-à-vis du mari, et, tant que je pouvais, je résistais à ses avances, au point de ne lui donner à serrer que le bout de mes doigls lorsqu'il me tendait la main.

J'avais beau faire, je le haïssais d'instinct. 11 ne m'avait cependant fait aucun mal. Il était le mari de sa femme, cela suffisait. Il faut dire aussi qu'il l'était trop, et le montrait par trop, comme s'il avait craint qu'on en doutât. Ainsi , il ne se gênait pas assez pour lui prendre la main, moi présent, la lui baiser^

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