‹ Fanny, étude. Avec une préf. nouvChapitre 8 sur 16 · F A N N Y XXV · texte numérisé non relu

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tenant par quelle suite d'observations et de circonstances fut conçu le plan de Fanny,

La disposition générale de Touvrage étant logée dans ma tête, il me fallut songer aux caractères. Il n'y en a que trois, comme on le sait, et celui du personnage principal, de l'héroïne, était déjà trouvé. Pour obéir à la loi des contrastes, la plus impérieuse de l'art, je composai celui du mari d'après les principes les plus rigoureux de cette loi. Quant à l'amant, je ne disconviens pas de lui avoir donné les traits les plus saillants du caractère que j'avais à son âge. Dans les situations différentes où il se trouve, j'avoue que, si je m'étais trouvé à sa place, à vingt-quatre ans, je me serais conduit comme lui. Quelques-uns de mes amis, les plus anciens et les plus intimes , m'en dit souvent qu'ils avaient retrouvé dans le langage du personnage en question , les formes de phrases qui, en parlant^ m'ont toujours été les plus familières. « Tu t'es dédoublé pour te peindre dans le rôle de l'amant et celui du mari, » m'écrivait mon ancien condisciple Alexandre Dumas fils, quelques jours après la publication de mon livre. La vérité, — ne lui en déplaise,

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— c'est que j'avais bien peu mis de moi dans le caractère du mari.

Le livre cependant s'élaborait tout seul en moi, presque en dehors de moi, pendant que je vaquais à mes occupations ordinaires. Mais je ne pouvais pas me décider à en écrire la première ligne. Je ne sentais pas le germe assez mûr. Le temps n'était pas venu. Tout tournait dans ma tête autour de deux idées, comme de deux pôles : r amant jaloux du mari^ le supplice secret de l'adultère. Je demeurai longtemps — qu'on me passe la comparaison — comme une femme enceinte de sept mois, et qui attend de jour en jour le moment de sa délivrance, se demandant si ce moment tardera longtemps encore, se dépitant de ne pouvoir rien faire pour l'avancer. Gomme je voulais écrire sous la pression d'une émotion directe, d*uno passion sincèrement ressentie, j'en arrivai, à force de memonterl'imagination, à croire que l'aventure qui vivait en moi était réelle, et que j'étais réellement amoureux, jaloux et malheureux. Et je puis affirmer que je l'étais. Mais je n'écrivais toujours pas.

Enfin, un jourdu mois de janvier 1858, comme j'entrais dans la rue de la Ghausséed'Antin,

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me rendant à la Bourse, — si je pensais à mon roman, il serait superflu de le demander — une ondée mêlée de givre vint à tomber, et, n'aimant pas élrc mouillé, je me réfugiai sous la porte de l'hôtel du Cardinal-Fesch. Là, au milieu de vingt personnes qui, toutes, avaientchercbé un refuge sous la porte, je sentis en moi quelque chose qui me reprochait ma paresse. Le moment était arrivé. J'aurais pu rentrer chez moi pour me mettre au travail. Je préférai profiler immédiatementde la disposition — j'allais dire de l'inspiration — que je sentais.

Et me voilà, tirant de ma poche un crayon et un petit carnet de Bourse, sans accorder la moindre attention aux personnes qui m'entouraient, me voilà commençant a écrire le premier chapitre.

« La maison est plantée de travers, sur une butte de sahle^ au bord de la grève, regardant VOcéan de côté, comme si elle se méfiait de lui. »

J'écrivis ainsi, sous la porte, le chapitre tout entier, et j'éprouvaisune émotion indescriptible. Emotion si douce et si forte 1 Je me rendais parfaitement compte de la valeur qu'elle avait pour moi, et maintenant que je la tenais enfin, je ne voulais pas la laisser passer. La pluie ne dis* continuant pas, je montai dans un fiacre et me

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