LXI I
Cependant il ine fallut accepter la concession nouvelle du rapprochement des deux époux.
Mais de concession en concession, maintenant, s’en allait en pleurant toute mon estime. Je me soumettais, comme l’esclave qui ne peut pas résister, avec des cris de fage sourde et d’immenses désirs de vengeance. Ah ! si Fanny avait su quelle devait seule s’accuser de mon abominable vengeance 1
Enragé de ne pouvoir vaincre" l’opiniâtreté de son caractère, je la trahis. Je demandai à la débauche de tuer mon amour avec ma jalousie. Je me souillai volontairement, sciemment , au contact des lèvres impures de la luxure stupide. Chaque soir, froidement, comme un voleur qui s’embusque au coin d’une rue, je m’établis, en riant affreuse^ ment de moi-même, dans l’infâme repaire où je comptais, à force de volonté, assouvir ma soif de vengeance. En souriant amèrement encore, comme les traîtres qui songent à la confiance de leurs dupes, je portai avec moi dans les bras de ma maîtresse le hideux souvenir des créatures dégradées dont les vaines
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caresses n’avaient pu lasser ma rancune; et ainsi je trouvai moyen de commettre avec moi Fanny, sans quelle s’en doutât, et de la plonger avec moi dans les mêmes exécrables souillures.
Mais j’étais mille fois plus honteux au retour que je n’avais été aveuglé de fureur au départ. Je me tordais les poings dans les rues et je m’arrachais les cheveux de désespoir. Plus jaloux, plus épris, plus étroitement lié, mal vengé, châtié moi-même et par moi-même, je me sentais accablé par le sentiment profond de l’inutilité de mes efforts. Je ne sais quel dégoût physique me montait aux lèvres. Je me faisais horreur. J’errais toute la nuit, au hasard, comme un malheureux sans asile, espérant vaincre par la fatigue de mon corps le tourment de mon cerveau. Accoudé sur le parapet des ponts, je regardais tourbillonner au-dessous de moi l’onde noire de la Seine, moins sombre et moins fangeuse que les pensées qui se mouvaient dans mon esprit désespéré. Je piétinais dans les boues comme pour effacer sous des souillures palpables l'impalpable mais réelle souillure qui, maintenant, salissait mon amour. Et toujours, devant moi, glissant
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comme un fantôme dans les ombres qui coupaient la longueur des rues, je voyais l’image de ma maîtresse, avec son air calme, son front tranquille, ses yeux surpris, qui semblait vouloir m’irriter encore en me forçant à m’occuper d’elle, alors que je me demandais si je n’allais pas enfin me tuer pour l’oublier. Oh! l’horrible état qui ne laissait ni repos ni trêve à mes angoisses ! qui m’excitait et m’accablait ! qui , plongeant dans le dégoût mon désespoir, flétrissait ma jalousie sans l'apaiser I