‹ Fanny, étudeChapitre 4 sur 22 · F A N rï Y · texte numérisé non relu

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lard, A la prunelle ardente, an ventre essoufflé, qui, de temps à autre, au risque de mille dangers, en s’exposant à mille humiliations dégradantes, aux coups de fouet, comme aux coups de fusil, lui dérobait dans l’ombre, en se cachant, pendant qu’il dormait! quelques restes de sa part.

Oh! c’était bien cela qui m’humiliait! Mais voici maintenant ce qui me déchirait le cœur. Je ne pouvais pas parvenir à suspendre le travail incessant de mes évocations. Comme aveo plaisir, je les complétais en ruminant mes douleurs. La scène changeait alors, et je me représentais Fanny, le soir, seule avec lui, après le départ des enfants, dans la chambrexlose où le thé fumait dans les tasses, sous la lueur adoucie de la lampe, auprès du feu qui doucement bruissait dans les cendres chaudes. Alors , de ces mêmes yeux que j’aimais tant, elle le regardait. Elle causait avec lui, aimable, facile, parlant peu pour lui laisser le plaisir de parler, soumise comme il convient à la femme quand elle est belle et que le maître est fort. Et ne croyez pas que je . m’arrêtasse à ces images d’une intimité si captivante! Ce n’était pas possible. Je les continuais, je les exagérais, que

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dis-je? je leur en adjoignais d’autres. Cela d’ailleurs devait être. Il était tard, la flamme agonisait dans l’âtre obscurci, la lampe mourante étouffait Sfts lueurs sous l’abat-jour, tous les bruits s’éteignaient dans la maison et dans la rue; le pas du passant attardé, sur le pavé redevenu sonore, marquait l’heure du repos et du plaisir. D’ailleurs les valets étaient couchés, comme les enfants. Ils étaient donc seuls. Ils étaient époux !...

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Quand j’en étais arrivé là, je devenais pâle. Dans le plus profond, de mon âme, quelque chose se débattait et se mourait avec des convulsions de désespoir. Ces images, chaque nuit évoquées, me rendaient plus malheureux que si on eût frappé devant moi ma maîtresse. Je me levais sur mon séant, je regardais l’heure à la pendule; et puis, j’éclatais de rire, comme un fou, ou bien, m’enveloppant la tète dq mes deux bras, je m’enfouissais dans mon lit et je pleurais.

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Le matin je m’éveillais de mon cauchemar, plus brisé qqe n’est le blessé par le tétanos! Et toujours en me traînant à ma fenêtre pour aspirer un peu d’air pur, la même question venait éclore sur mes lèvres brûlantes, comme une fleur vénéneuse : — Pourquoi donc autrefois l’ a-t-elle aimé? Car elle l’a aimé, je l’ai appris; elle s’est laissé enlever par lui à sa famille qui ne voulait pas s’allier à un homme sans fortune et sans position. Il s’est enrichi depuis, car il est énergique et patient. Il sait vouloir. Mais pourquoi donc l’a-t-elle aimé?

Et surtout pourquoi m’aime-t-elle aujourd’hui ? Nous sommes si différents l’un de' l’autre !

Un jour enfin, à force de creuser cette pensée et d’en vanner les éclats dans ma cervelle, je crus que j’allais pénétrer la conduite de n;a

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maîtresse. En me rappelant combien elle était sensible aux caresses ; en me représentant les scènes les plus enivrantes de notre amour, et me epmparant à son mari, je me sentis rougir, et quelque chose de plus âcre que le dé-

goût, de plus amer que le mépris, de plus empoisonné que la haine, me monta du cœur aux lèvres. — Cela ne m’explique pas pourquoi elle m’aime aujourd’hui , — me dis-je en secouant la tête. Alors l’analyse vint une fois de plus à mon aide, mais c’était pour me frapper lâchement d’un nouveau coup de couteau. — Eiler m’aime pour changer, — me dis-je, avec amertume; — pour satisfaire, par un contraire exagéré, un désir plus délicat , plus sentimental. A moins que ce ne soit, — ajoutai-je, sans songer d’abord à la cruauté de ma supposition, — pour compléter son idéal....

Mais alors, — m’écriai-je, en me dressant sur les pieds avec une indicible terreur, — je ne suis donu pour elle que la moitié d’un homme! Je n’emplis que la moitié d’un cœur!

On m’a mesuré. On m’a trouvé incomplet! Je ne suis qu’une addition ! Je ne suis qu’un complément !

Quelquefois je m'échappais de chez moi comme d’une prison et j’allais égarer mes interminables rêveries dans la foule qui encombre les promenades. En me" retrouvant au milieu de gens heureux, indifférents, affairés-, en savourant, malgré moi, les premières effluves embaumées du printemps, je cessais de me croire aussi absolument misérable, et je qualifiais mes monstrueuses hallucinations d’enfantillages. — C’est la jalousie, me disais-je, — qui me rend absurde. Et rencontrant h chaque pas tant de femmes jeunes, élégantes, pendues aux bras de cavaliers qui, d’un air de fatigue, tournaient les yeux autour d’eux et leur parlaient à peine, j’ajoutais : — Combien de femmes habitent sous le ;nêine toit que leurs maris salis jamais les apercevoir! Après quatre ans de mê-

nage, le mari devient nn ami; même pas!

11 existe pour tout le monde, hormis pour sa femme !....

Mais les doutes ne tardaient pas à me ressaisir, mille fois plus navrants, et je cherchais vainement à les chasser de mon esprit. Je me connaissais assez pour savoir que je ne pourrais jamais acquérir cet esprit d’accommodement de mon siècle qui permet à l'amant d’une femme de serrer la main de son mari , fût- il son ami ! D’ailleurs je ne voulais pas courtiser ce dominateur, ni me plier à son humeur, ni chercher à gagner sa confiance et son amitié, ni devenir pour lui l’homme indispensable. Je présageais — si les soupçons devaient jamais l’assaillir — combien de platitudes il me faudrait faire, combien de mensonges inventer, combien d’humiliations et de dégoûts supporter pour les faire disparaître. Et je 11 e me sentais déjà que trop avili ! — Je n’irai pas plus loin , — me disais-je, — il n’y a déjà que trop de fange sur ma route !

Plus fatigué, plus inquiet qu’au départ, je reprenais alors le chemin de ma maison. Les sourires du printemps me donnaient envie de pleurer. La tiédeur de l’atmosphère alourdis-

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