‹ Fanny MonoretChapitre 17 sur 29 · LES CADEAUX DE NOCE · texte numérisé non relu

LES CADEAUX DE NOCE

Sans se douter de l'occupalion excessive dont il surchargeait les imaginations des habitants du Jardin du Roy, M. Minoret marchait maintenant plein de quiétude dans la vie. Heureux d'échapper aux altières réprimandes du baron Pardessus, le savant, oublieux du passé et jouissant du présent, eût même au besoin défendu l'administrateur contre ses détracteurs.

— Quelle belle mine vous avez, Minoret! lui 'avait dit familièrement M. Pardessus.

Une autre fois :

— Vous rajeunissez, Minoret, je voudrais bien connaître votre secret.

Rajeunir! Le naturaliste était tout ravi. Il lui restait donc encore quelques années à consacrer à la science. Aussi fallait-il voir M. Mi-

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noret se redresser, le nez au vont, aspirant avec volupté de l'air pur pour le faire circuler dans son corps fatigué par l'étude.

En traversant de grand matin le Gorridorqui-parle, avant que personne y passât, car le savant n'aimait pas commencer la journée par d'inutiles parlottes, M. Minoretse sentait alerte comme l'oiseau qui, secouant ses ailes, fait entendre sa chanson matinale pour saluer la nature, avant de se mettre en quête de provisions pour ses petits. C'étaient des provisions de science que le naturaliste allait quérir de grand matin à son laboratoire ; ses petits, n'était-ce pas le public auquel il donnait la « pâtée » scientifique ?

A l'heure où tant de gens sortent du lit, M. Minoret avait déjà accompli une partie de sa tâche, qui lui était rendue facile par la solitude et le recueillement. A la suite de quoi , le savant faisait le tour du Jardin du Roy, promenant ses pensées, qui coloraient d'un ton vif les arbres, les plantes, les herbes les plus modestes. Tout alors parlait science à l'anthropologiste ; aucune amertume n'en troublait l'harmonie, et c'était grâce à la nouvelle attitude de M. Par-

dessus à son égard que M. Minorât devait cette jouissance de goûter la nature.

Ce fut un matin que M™^ Boutibonne rencontra M. Minoret dans cet heureux état d'esprit. Après l'échange habituel de politesses, la femme du géologue, qui était une personne avisée, mit la conversation sur le compte de M. Pardessus. Répertoire ordinaire des membres de l'établissement. Pour la première fois les oiseaux purent entendre l'éloge de l'administrateur.

— M. Pardessus est au comble des honneurs, disait M'"'' Boutibonne ; malheureusement sa fille ne se marie pas.

M. Minoret ne s'arrêta pas à cette singulière déduction ; les sentiers dans lesquels la femme du géologue cherchait à l'entraîner lui étaient fermés.

— M"" Armance a pourtant tout ce qu'il faut pour faire le bonheur d'un homme.

— Elle est aimable, répondit M. Minoret.

— N'est-ce pas? Je ne vous le fais pas dire.

— Le hasard a fait lier M"" Armance avec ma fille, et je n'ai qu'à me louer de ses prévenances.

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