‹ Fanny MonoretChapitre 7 sur 29 · I-AN\V MlNOr.l'.r '}l · texte numérisé non relu

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faut était mort quelques semaines après sa naissance ; son crâne développé annonçait quelque tendance à l'encéphalie.

— J'ai trop pensé, se dit M. Minoret; je ne suis pas suffisamment homme.

Il se mit dès lors à faire de la botanique avec rage ; mais il s'arrêta quelques mois après, s'apercevant que de trop nombreuses classifications lui surchargeaient la mémoire.

— Il faut modifier ces études, se dit M. Minoret.

Pour rendre sa nature plus robuste, avant de mettre en pratique son système d'éducation antérieure, le naturaliste suivit avec acharnement les ti'avaux de jardinage du Jardin du Roy, brouettant et bêchant avec assiduité.

— Dans quel état tu te mets, pauvre ami ! disait Marie.

— Laisse faire, répondait-il, je pense à l'enfant.

M"" Minoret souriait et passait à l'excellent homme ses fantaisies. C'était un caprice de plus à ajouter à ceux de son mari.

Un soir, par une belle nuit d'été, alors que tout reposait à l'étabhssement, M. Minoret pro-

posa à sa femme une promenade au labyrinthe. Marie accepta.

C'est un des beaux points de vue de Paris la nuit, avait dit M. Minoret.

Les deux époux gravirent lentement la roule en lacet qui part du cèdre légendaire que, dit-on, Jussieu rapporta dans son chapeau. Il ne s'agissait guère d'histoire naturelle à cette heure. Les deux époux se donnaient le bras comme deux amants dans un étroit sentier, A un moment, AL Minoret passa le bras autour de la taille de sa femme; Marie laissa sa main dans celle de son mari. Ils étaient seuls, en pleine nature ; la lune était claire ; des senteurs fraîches et embaumées s'échappaient des arbres,.

Tendrement , tous deux se serraient l'un contre l'autre sans se parjer ; leurs cœurs parlaient pour eux et ce qu'ils disaient était bien éloquent. En ce moment, toutes les petites misères de la vie disparaissaient pour ne laisser que ce qu'elle a de bon et de sain.

Par intervalles, la voix d'une bête fauve se faisait entendre dans l'éloignement. Seuls dans la création comme Adam et Eve, le professeur

et sa compagne semblaient entourés d'animaux qui les respectaient.

L'air doux et balsamique passait à travers les arbres des versants du labyrinthe. La nature commandait le silence. Lentement, lentement, les deux époux marchaient, semblant vouloir allonger la route.

Tout à coup un spectacle magique s'offrit à leurs yeux. Du haut de la plate-forme, de nombreuses lumières apparaissaient, dessinant de longues lignes droites ou sinueuses. Une cité orientale illuminée succédait aux ombres épaisses de l'étroit sentier ; des silhouettes de hauts monuments émergeaient de l'immense espace.

Les deux époux, les mains l'une dans l'autre, regardaient ce décor féerique. Le ciel était nuageux ; d'épais nuages s'avançaient les uns contre • les autres, comme des bataillons pour conquérir la lune. Elle était calme cependant, ne semblait pas craindre ses adversaires mena- (janls; froide, immobile et tranquille, on eût dit qu'elle avait la conscience d'en triompher et d'apparaître plus pure au sortir de ce combat.

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M. Minoret regardait l'astre cher aux amants et pressait doucement la main de Marie qui répondait à ces tendres étreintes. Fraisant entendre un doux murmure comme celui des colombes, ils se serraient comme s'ils ne se sentaient pas assez près l'un de l'autre sur le banc circulaire entourant l'arbre qui dominait le labyrinthe.

Les nuages s'étaient rapprochés et avaient voilé la lune.

— Je t'aime, disait à Marie le savant.

Elle se laissa aller dans ses bras sans répondre. Il semblait que la nature le voulût ainsi, qu'elle avait jeté un voile sur la lune dans ce ])ut. Et quel amant a jamais résisté aux ordres de la nature!

Tout à coup Marie poussa un cri. La lune était sortie radieuse de la lutte avec les nuages, et la jeune femme montrait du doigt une touffe d'arbustes.

M. Minoret se leva, craignant un danger.

— Je ne vois rien, dit-il après avoir fait le tour de la plate-forme.

— Rentrons, je t'en ])rie, j'ai peur, disait Marie. J'ai vu quelque chose sous le feuillage.

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Los deux époux redescendirent l'étroit sentier, la jeune femme essayant en vain de trouer du regard les ombres de la route.

Deux jours après, alors que M. Minoiet faisait sa promenade, la figure allègre, le pas plus alerte que de coutume, il fit la rencontre d'un des professeurs du Jardin du Roy.

— Quelle belle raine vous avez, mon cheicollègue! lui dit celui-ci... Voilà ce que c'est que de respirer la fraîcheur de la nuit en haut du labyrinthe.

M. Minoret rougit comme s'il avait été surpris par un garde champêtre en flagrant délit amoureux. Confus, l'anthropologiste coupa court à cet entretien dont le début lui semblait particulièrement sarcastique.

Maudit endroit que ce Jardin du Roy où nuhe action, même la plus naturelle, n'échappait à personne!

Ils étaient là une trentaine de pucerons sous un globe de verre que ne quittaient pas dos yeux ardents, des yeux enchâssant des microscopes à lentilles grossissantes , au travers desquelles les faite et gestes insignifiants

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prenaient un volume considérable et se déformaient suivant la malice des regards.

Heureusement, M. Minoret était attelé à tant de recherches qu'il finit par oublier la soirée du labyrinthe. Il avait réalisé le désir de Saint-Simon qui proposa un jour à M""" de Staël de monter avec lui en ballon et là, à la face des nuages, en dehors de toute préoccupation, de léguer au monde un de ces grands génies que le rêveur s'imaginait être à même de fabriquer, d'accord avec la femme supérieure.

Un jour, M™* Minoret s'était jetée dans les bras de son mari. Avec un soupir :

— Mon ami, avait-elle dit, j'ai mal au cœur.

— Quel bonheur! s'écria naïvement le savant... Ce soir, je te ferai la lecture.

La lecture, pour guérir du mal de cœur, eût semblé à beaucoup de femmes une médication insuffisante : elle était commandée par les théories de M. Minoret sur l'éducation antérieure, et Marie l'accepta sans la discuter,

A partir de là, après le dîner, de grands écrivains de l'antiquité succédèrent aux tragiques ; M. Minoret lisait un soir un fragment de moraliste et le lendemain passait à* un auteur

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comique. Les auteurs qui se sont spécialement occupés de la femme au point de vue de la lamille étaient remplacés par des conteurs délicats et aimables.

Ces lectures s'adressaient à une fille aussi bien qu'à un garçon. Ignorant s'il lisait pour un embryon féminin ou masculin, M. Minorcl essayait de faire entendre son enseignement à l'un ou à l'autre.

— Il n'y a pas de mal, disait-il à sa femme, à ce qu'une fille goûte la morale d'Épictéte, et (luand un garçon entendrait la lecture du Ti\iité do r Éducation des filles de Fénelon, où serait le dommaiî:e?

Non pas que le naturaliste s'imaginât que l'embryon fût en état de comprendre un moraliste ou un poète ; il voulait seulement que les sensations de la mère, pendant ces lectures, fussent communiquées cà l'être qui s'agitait dans son sein.

— Jamais je ne me montrerai assez tendre, pensait le savant.

Aussi entourait-il de soins exceptionnels M"" Minoret.

Tout distrait (ju'il était, le naturaliste s'ob-

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servait et avait rejelù, pour la première fois de sa vie, la science en seconde ligne. Plus l'ombre d'une querelle do la part de M. Minoret : l'embryon pourrait en être douloureusement affecté; au contraire, le savant s'efforçait de se tenir en gaieté, ou il inventait de tendres malices, pour égayer l'enfant.

— Un jour viendra, disait M. Minoret, où la science projettera sa lumière à Tintérieur du corps humain et verra clair comme nous voyons les cailloux au fond d'un cours d'eau ; aujourd'hui, le physiologiste marche dans les téncbres, et c'est seulement par induction que nous communiquons avec un cher petit être.

M. Minoret, malgré les obscurités scientifiques, n'essayait pas moins de faire passer ses facultés dominantes et celles de sa femme dans l'intellect en voie de formation de l'enfant.

L'anthropologiste en était arrivé à un essai de classement de ses papiers sur son bureau.

— Il faut que l'enfant ait de l'ordre, disait-iL Marie souriait. Ce prétendu ordre équivalait

à un désordre absolu. M. Minoret perdait maintenant un temps considérable à chercher ses notes.

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— Que le temps de l'enfant soit bien distri- 1)U0, s'écriait-il.

Toutes sortes de faits nouveaux résultaient lie la poursuite du problème de l'éducation antérieure qui troublait la vie du savant. Dans ses rares courses hors du ,Iardin du Roy, M. Minoret poussait parfois jusqu'aux quais et en rapportait des estampes destinées à la chambre à coucher de sa femme.

-- L'enfant, disait l'anthropologiste, doit avoir sans cesse sous les yeux de parfaites représentations de la beauté.

C'étaient des modèles d'Ajax, de Vénus, d'Apollon, de Minerve; mais les menues sommes que le savant consacrait à ces achats ne permettaient guère d'avoir des estampes de choix. M. Minoret n'en restait pas moins persuadé que de telles images devaient avoir une action lente , mais certaine sur les traits de l'enfant.

En chemin, il cherchait les pauvres avec autant de soin que certains passants en mettent â les éviter.

— Il est bon, disait- il en leur donnant quelque aumône, que l'enfant soit charitable.

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M. jSIorateur, le naturaliste, était certainement l'homme le plus calme du Jardin du Roy. Il ne posait jamais de questions à personne, écoutait ou avait l'air d'écouter, faisait entendre un murmure approbateur à tout ce qu'on disait, et s'arrangeait de telle sorte qu'en face de deux contradicteurs, il laissât croire à chacun d'eux qu'il était de son avis. Il n'avait jamais ri, jamais pleuré, il n'avait jamais haï; personne ne l'avait entendu élever la voix ; mais si un de ses collègues faisait une découverte, M. Morateur semblait dire chut, comme si cette découverte eût dû troubler l'harmonie du monde scientifique.

Le teint frais, pas une ride à soixante ans,

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avaient récompensé M. MoraLeur du cette prudente Ugno de conduite.

Efpourtnnt il était marié à la créature la plus venimeuse de l'établissement. Si quelque nouvelle désagréable se répandait dans le Jardin du Roy, elle avait été lancée par M"" Pélagie Morateur, une personne dont les yeux avaient le froid de la faïence. Emportée, les narines mobiles, cette femme, à qui deux arcs en demicercles rouges tenaient lieu de sourcils, se sentait laide sans se l'avouer, jalousait toutes les dames du jardin, et propageait sur leur compte des histoires , scandaleuses ; aussi Pélagie, la terreur de son entourage, avait-elle été surnommée par un naturaliste, qui garda prudemment l'anonyme : Echidna gahonica, la vipère du Gabon.

Pélagie semblait avoir des veux derrière la tête et voyait tout. Une porte s'ouvrait-elle chez ses voisins, il fallait qu'elle sût qui entrait, qui sortait. Un fournisseur apportait un paquet, Echidnn gahonica, de sa fenêtre du premier étage, ouvrait des yeux de douanier pour sonder ce que contenait l'enveloppe. Faisant ses provisions elle-même au marché, elle interrogeait les

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Marie avait fait un ])eu de musique avant son mariage.

— Tu serais bien aimable de te remettre à ton piano, lui demandait M. Minoret,

Mais l'instrument, qui avait été à peine ouvert depuis trois ans, ne rendait que des accords imparfaits.

— Non, dit le savant en fermant le piano. Pas maintenant... Nous fausserions l'oreille de l'enfant.

Quand l'instrument fut accordé, M. Minoret, quoiqu'il eût une voix chevrotante, pria sa femme d'accompagner la jolie chanson de Désaugiers, Paris à cinq heures du matin:

L'ombre s'évapore, Et déjà l'aurore De ses rayon? dore Les toits d'alcnlour.

— Voilà, dit M. Minoret, ce qu'il faut faire entendre à l'enfant, quelque chose de gai, de simple, de dair.

Un autre soir, le savant chantait le légendaire cantique de V Enfant prodigue.

— Crois-tu que cela lui plaira? demandaitil à Marie.

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— Je trouve ta complainte un peu longue, répondait-elle en souriant.

— Les enfants ont de la patience et ne nous ressemblent guère, disait M. Minoret... Tu chanterais toute la journée le même air à un nourrisson qu'il éprouverait la plus vive satisfaction.

Des discours et des actes du naturaliste résultait un mélange de chimères et de réalités que Marie admettait sans les discuter. Tout convergeait à l'enfant; tout était tendre et bon.

— Qu'il ait les quahtés de son père, se disait Marie; je m'efforcerai de le rendre aimant et affectueux.

Elle-même av^it fini par croire qu'elle parlait à l'enfant et qu'il lui répondait par ses remuants piétinements.

Education antérieure ! Le mot plaisait à Marie, qui maintenant comprenait son époux, voyait clair dans son cœur et pénétrait dans les bizarres enfantillages du savant dont il n'y avait plus à sourire.

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marchands sur ce qui avait été acheté par tel ménage, et ses conversations familières avec les boutiquiers du quartier lui permettaient d'établir une enquête sur les consommations de chaque intérieur.

Douée d'une mémoire merveilleuse, Echidna excellait dans l'art de grouper des faits, de les travestir et leur préparait des rôles importants dans les drames qu'elle échafaudait. C'est pourquoi elle s'était fait une cour. Les femmes des professeurs, qui craignaient ses méchancetés, n'auraient manqué sous aucun prétexte de se rendre à ses mercredis ; elles y allaient avec crainte, pour éviter le venin cVEchidna gahonica. Les visiteuses faisaient preuve de tendresses excessives à son égard; en entrant, chacune d'elles embrassait Pélagie aussi affectueusement que possible, espérant que ces prévenances empêcheraient la langue de la vipère de s'agiter. On lui portait des fleurs, des primeurs; les plus timides lui faisaient cadeau de rubans, de menus bijoux et saisissaient tous les anniversaires possibles, celui de la naissance de M"'' Morateur, la date de son mariage, pour désarmer cette puissance redou-

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table et obtenir au besoin quelques adoucissements de cette langue empoisonnée.

INIarie Minoret commit la faute de ne pas témoigner assez d'empressements pour la vipère. Occupée de son intérieur, elle ne se rendit pas assidûment aux réceptions de Pélagie. M. Minoret était trop absorbé pour dire à sa femme, ainsi que le faisaient ses collègues : — N'oublie pas que c'est aujourd'hui le mercredi de M"" Morateur.

Marie en porta le poids et fut l'objet d'une surveillance très particulière de la vipère du Gabon, qui s'était faite son ombre pour ainsi dire.

Marie ne s'était pas trompée lorsque, en haut du labyrinthe, elle avait vu le feuillage remuer et une forme se dessiner et disparaître.

Ecbidna, se glissant à travers les arbres, avait assisté aux tendresses des deux époux qu'elle suivait depuis la sortie de leur domicile.

Pélagie n'était pas toutefois entièrement satisfaite de son exploit nocturne. Elle éprouvait le besoin d'en parler, et à deux heures du matin M. Morateur pouvait seul lui servir de confident.

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Les deux époux faisaient lit à part ; mais leurs chambres étaient contiguës. Pélagie n'osa toutefois réveiller son mari ; aux premiers mots de conildence, elle eût été accueillie par un de ces chut qui faisaient autorité de la part de M. Morateur.

Ayant entendu le jjruit d'un fauteuil renversé à dessein dans l'appartement de sa femme :

-^ Qu'est-ce? Qui va là? s'écria M. Morateur troublé dans son [)remier sommeil.

— Si tu savais! dit la vipère en pénétrant dans la chambre de son mari.

M. Morateur ouvrit des yeux inquiets. I

— Quel événement vient de se passer au la- f byrinthe! reprit Echidna.

Le naturaliste, qui avait cru tout d'abord à un feu, s'emmaillotta de nouveau dans ses draps lorsqu'il fut question du labyrinthe. Un incendie ne pouvait s'y déclarer.

Toutefois Pélagie s'était assise sur le bord du lit et racontait la scène dont elle avait été témoin, avec des développements et une insistance si particulière que M. Morateur flaira un danger. Depuis de longues années il avait réussi à se retirer dans son cabinet, prenant

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pour prùtexte ses travaux du malin et Tétat de ses nerfs. En voyant l'attitude de sa femme, qui n'avait jamais accepté qu'en récriminant cette séparation, M. Morateur s'enroula hermétiquement dans les draps, de façon à se présenter recouvert d'une sorte d'armure ; se rapprochant insensiblement du bord du lit, le naturaliste dirigeait ses balteries de telle sorte ([u'il empêcha sa femme d'y séjourner plus longtemps.

Echidnn avait puisé d'abord son sujet aux entrailles de la morale indicrnée; une occasion s'offrant qui se présentait rarement, elle changea de thème et le modifia en parlant de devoirs conjugaux. M. Morateur lit la sourde oreille; les crises de cette nature lui semblaient dangereuses pour sa santé, et le manège qu'il poursuivait avec insistance força sa femme à se lever du bord du lit, puis à se retirer, ce qu'elle lit en lançant à M. Morateur cette flèche :

— Ce n'est pas toi qui monterais au labyrinthe!

Le mot resta dans l'établissement, car Echidna le colporta chez ses voisins, parmi lesquels il devint légendaire.

Il y avait parmi les professeurs un naturaliste qui passait pour gaillard. S'il manquait à une soirée, on disait de lui avec un sourire piquant :

— Il est encore allé au labyrinthe.

Certaines femmes se plaisent à ce genre de propos. M. Pardessus était pris parfois de douleurs rhumatismales lombaires. On le plaignait médiocrement. — Pourquoi, disait-on, est-il trop monté au labyrinthe dans sa jeunesse?

Ni M. Minoret ni Marie ne se doutaient qu'ils avaient fourni un thème incessant aux imaginations des dames de l'établissement. Ils avaient pourtant un mot sarcastique attaché maintenant à tous leurs actes, et quand M""*" Minoret accoucha de sa lllle, Echidna, se livrant à des calculs approximatifs, la baptisa du surnom de l'enfant du labyrinthe.

Ces méchancetés s'effacèrent dans le malheur qui devait atteindre M. Minoret; la mort de Marie à quelques mois de là, la mise en nourrice de l'enfant, hrent q\i Echidna dirigea ses batteries dans une autre direction, l'intérieur d'un savant isolé dans son veuvage ne fournissant qu'une mince pâture à ses observations.

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