‹ FantaisiesChapitre 11 sur 19 · PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE

duré plus lougtemps qu'on ne peut croire. Je me rappelle avoir entendu un vieux général du premier Empire me raconter que dans ce tempslà, les jours de bataille, on mettait tout ce qu'on avait de plus beau et de plus neuf.

Nous avons changé tout cela, et maintenant on se met en aussi petite tenue que possible lorsqu'on marche à l'ennemi.

C'est un mal : si les uniformes d'une armée étaient dessinés par Lacoste, si les citadelles étaient des chefs-d'œuvre d'architecture, croyez-vous que les armées en présence ne se ménageraient pas un peu plus, crainte de voir abîmer leurs aifaires? Tandis que maintenant, dans des masses humaines vêtues d'étoffe à vingt ou trente sous l'aune, que diable voulezvous? on taille en plein drap, sans se soucier de la dépense.

Quelle différence, et comme la guerre devait être plus amusante alors qu'aujourd'hui!

Un siège, par exemple, c'était charmant.

On installait quatre ou cinq canons de bois en mauvais état à cent pas d'une bicoque en ruine.

On établissait un camp.

Les cuisiniers mettaient des lièvres et des faisans à la broche.

On élevait une superbe salle de festin.

DE LARTILLERIE. 123

Le Roy et les généraux se mettaient à table.

La musique commençait cà jouer des airs.

Et pendant six mois ce repas durait du matin au soir et du soir au matin, tandis que, toutes les deux ou trois heures, on faisait péter un coup de canon, qui produisait sur les remparts ennemis à peu près autant d'effet qu'une boulette de mie de pain sur le nez d'un ivrogne.

Au bout d'un nombre incalculable de ces boulettes, la bicoque s'écroulait de vieillesse.

Et, d'ennui, la garnison se rendait.

Voilà ce qui s'appelle la gloire I

Mais tout cela est loin de nous : adieu les chevaliers bardés de fer; adieu l'écharpe brodée par la main des amoureuses, et que le frère d'armes venait parfois leur rapporter rose du sang de leur bien-aimé !

Adieu, timbaliers empanachés et caparaçonnés de plumets et de galons! Adieu, violons de bataille qui montiez à l'assaut en jouant des menuets etdes gavottes ! Adieu, perruques héroïques dont les Turenne et les Condé savaient faire, aux jours de victoire, des crinières de lion!

Devons, cuirassiers aux casques antiques, de vous, hussards aux dolmans flottants comme des flammes, de vous, lanciers couleur de sang, qui portiez la mort tout aiguisée au fer de votre

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