DESSERT
Compotes d'âmes de licorne.
Dragées d'âmes de narval.
VINS ET LIQL'EUKS.
Vin d'âme de rhinocéros.
Esprit-de-buffle.
Il ne me reste plus à parler que d'un bateau. Mais quant à celui-là, il est d'une nature ou d'une destination si étrange, qu'en vérité je ne
sais comment m'}^ prendre pour en parler d'une manière honnèle.
Ce n'est pas ce que vous croyez. Je vais tâcher d'arriver par des périphrases.
Vous connaissez bien les bateaux de blanchisseuses? Des femmes sont rangées le long- du bord d'un bateau et elles lavent du linge. Eh bien, le bateau dont j'ai à parler est habité par des femmes. Ce qu'elles y font, c'est ce qui est difficile à dire... Essayons.
Dans une réunion aussi nombreuse que cellelà, où on s'agite et où on parle beaucoup, on a besoin de se rafraîchir : d'autant plus que la foire du Van-ïsa-Kiang a lieu au printemps, et que le corps est en cette saison plus échauffé que d'habitude. Or on peut se rafraîchir de plusieurs façons, vous savez : en buvant, en se baignant...
Non, il n'y a pas moyen de ce côté-là : il faut que je prenne une autre tournure. Je vais recourir au secours ordinaire en pareille extrémité : je vais prier Molière de parler pour moi :
« GÉRONTE, montrant Léandre. Qui eSt CCt llOmmC-
là que vous amenez?
« SGANARELl.E, faisant des signes avec la main pour montrer
que c'est un apothicaire. C CSt...
« GÉRONTE. Quoi?
« sganarelll:. — Celui...
UNK VILLl'] KN BATEAU. 217
« GÉRONTE. — Hé?
« SGANARELLE. Quï...
« GÉRONTE. — Je VOUS cnteiuls.
« SGANARELLE. — Yotro fillu 611 ciura besoin *. »
« La plupart », dit le bon Pinto en parlant de ces sortes de femmes, « n'ont pas tant mauvaise mine. » Ne faut-il pas être voyageur pour s'aviser de noter un pareil détail dans des créatures tombées si bas ?
Nous avons achevé le tour de la ville flottante.
En résumé, on voit : que Tordre y règne; que la police y est admirablement faite ; qu'elle est éclairée la nuit; que les marchands y cherchent à attirer les chalands par l'éclat de leurs devantures ; que des entreprises régulières y sont organisées pour exploiter la crédulité des hommes en abusant de leurs vertus, de leurs vices, de leurs affections ou de leurs besoins ; qu'on y spécule sur leur curiosité; qu'on y tire profit de leurs discordes ; qu'on leur promet la guérison de leurs maux et l'oubli de leurs chagrins; qu'on cherche enfin à leur vendre, par tous les moyens et sous toutes les formes, les deux choses dont ils ne se rassasient jamais : le plaisir et le mensonge.
11 est vrai que Pinto nous fait voir tout cela
* Le Médecin vialt/ré lui, acte III, f^cfiie v.
en Chine, au xv^ siècle, llottant sur l'eau, et cela nous semble une merveille : mais débarquons tout ce monde au quai Saint-Nicolas, chang-eons-les de costume et de langage, donnons-leur, comme au « vrai Chinois », une boutique dans la rue Tronchet, et nous verrons que ces marchands-là sont les marchands de tous les temps et de tous les pays, que sous la diversité des habits et des mœurs Fhomme reste toujours le même, et qu'à Paris comme à la Chine est vrai cet excellent proverbe italien : Tutto lo mondo e fatto corne la nosira famiglia : tout le monde est fait comme notre famille.