‹ Fantasio comédie en trois actes, en prose d'Alfred de MussetChapitre 33 sur 50 · SCÈNE VU · texte numérisé non relu

SCÈNE VU

FANTASIO, seul.

Quel métier délicieux que celui de bouffon ! J'étais gris, je crois, hier soir, lorsque j’ai pris ce costume et que jeme suis présentéau palais; mais, en vérité, jamais la saine raison ne m’a rien inspiré qui valût cet acte de folie. J’arrive, et me voilà reçu, choyé, enregistré, et, ce qu’il y a de mieux encore, oublié. Je vais et viens dans ce palais comme si je l’avais habité toute ma vie. J’ai rencontré le roi; il n’a pas même eu la curiosité de me regarder; son bouffon étant mort, on lui a dit: « Sire, en voilà un autre. » C’est admirable! Dieu merci, voilà ma cervelle à l’aise, je puis faire toutes les balivernes possibles sans qu’on me dise rien pour m’eu empêcher : je suis un des animaux domestiques du roi do Bavière, et tant que je garderai ma bosse et ma perruque on me laissera vivre jusqu’à ma mort entre un épagneul et une pintade. En attendant, mes créanciers peuvent se casser le nez contre ma porte tout à leur aise. Je suis aussi bien en sûreté ici, sous cette perruque, que dans les Indes occidentales. N’est-ce pas la princesse que j’aperçois dans la galerie, à travers ces vitres? Elle essaye son voile de noces devant une glace ; deux longues larmes coulent sur ses joues; en voilà une qui se détache comme une perle et qui tombe sur sa poitrine. Pauvre

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