‹ Fantin-Latour, sa vie et ses amitiésChapitre 16 sur 61 · I. Lettre à Edwards, du “21 mars ISti'J · texte numérisé non relu

I. Lettre à Edwards, du “21 mars ISti'J

PANTIN-LATOUR

Aussi quel découragement perce alors clans ses lettres! « Je travaille pourtant beaucoup, même trop; j’ai constamment des rages de travail et je n’avance à rien. Depuis le printemps, j’ai fait beaucoup de natures mortes; je vais en même temps au Louvre et tout cela ne mène à rien de sérieux : une commande de temps en temps, à peine de quoi vivre. Si je n’étais incapable de faire autre chose, je renoncerais. Le Salon dernier a été pitoyable : un tableau refusé; l’autre est entré par pitié, placé tout en haut et a excité la critique générale. Les gens les mieux disposés pour moi n’osaient pas m’en parler. Pensez, quand ces deux tableaux sont rentrés chez moi, combien ils étaient tristes à voir. L’auteur a tant de raisons pour découvrir des défauts en plus de tous ceux qu’on lui montre ! Il faut être bien certain que c’est encore le seul travail qu’on peut faire, pour continuer1. » Encore un effort, et les choses allaient complètement changer de face: en envoyant au Salon de 1870 une grande toile où il avait représenté Manet travaillant au milieu d’amis qui le regardent peindre, Fantin allait retrouver, plus général encore et presque sans restriction, le succès qu’il avait obtenu trois ans plus tôt, avec le portrait du même peintre. Et lui-même en avait Je secret pressentiment lorsqu’il écrivait à Edwards, dès le 7 avril : « Que ce serait agréable, dites-moi, de venir voir ensemble notre Exposition, car au fond (je n’ose pas trop le dire, ayant peu de chance), il me semble que mes efforts, cette année, devront être remarqués! Si cela n’était pas, je serais très malheureux. »

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