‹ Fantin-Latour, sa vie et ses amitiésChapitre 20 sur 61 · I.’ A N N I Y K USA I II F · texte numérisé non relu

I.’ A N N I Y K USA I II F

Salon de Ifspu.

Musée de il renoble.

LA VIE ET LA CARRIERE DU PEINTRE

tral que demandaient ces créations de génie. Et, tout à coup, par l’heureuse entremise d’un ami qui lui offre un billet disponible, il se trouve transporté en pleine Bavière, au pied de la colline où le théâtre érigé spécialement pour la représentation de l'Anneau du Nibelung vient d’être inauguré; il assiste lui-même à la troisième série de ces fêtes mémorables et en rapporte des impressions tellement vives, des souvenirs tellement précieux, qu'il en parlait encore avec émotion de longues années après. Et devant Wagner comme en face de Berlioz, comme en face de Schumann, — « Schumann est avec Wagner la musique de l’avenir », écrivait-il à ses parents dès 1864, — il faut que son enthousiasme éclate aux yeux de tous, par des créations pour lesquelles il fait appel tour à tour au crayon de couleur, au crayon lithographique, enfin à scs pinceaux.

De ce jour-là, par suite de la double commotion qu’il a ressentie, le poète qui sommeillait en lui va se manifester; le poète, enflammé d’admiration, va donner libre cours à son imagination créatrice, en puisant dans les chefs-d’œuvre de la musique nombre de scènes allégoriques, dramatiques ou fantastiques, celles pour lesquelles, plus tard, il marquera peut-être les préférences les plus vives, parce qu’elles auront jailli tout entières de son cerveau sans qu’il ait eu besoin d’aucun modèle ni d’aucune aide extérieure. Est-ce que ce ne fut pas là, somme toute, et sous le coup d’une influence du dehors, l’explosion de désirs qu’il sentait bouillonner en lui depuis des années et qu’il laissait percer dès 1869, dans une lettre à Edwards : « Je fais toujours des

natures mortes, mais mon moi, que je découvre tous les jours, veut paraître. Plus maintenant d’essais d’enfant. Les esquisses que je faisais depuis longtemps : la Féerie , que Whistler a chez lui et que j’exposais aux Refusés en 1863; celle de Tannliæuser, à l’Exposition de 1864, et bien des esquisses que vous avez pu voir chez Whistler, ou celle de Ridley, que je me rappelle que vous aviez trouvée bien, j’y reviens plus de jour en jour. Depuis deux ans les portraits que j’ai faits m’y ont poussé beaucoup. En face des meilleures choses que j’aie faites, j’avais toujours cet idéal devant moi : faire, représenter avec le plus de réalité possible ces rêves, ces choses qui passent un moment devant les yeux1... »?

Le 16 novembre 1876, le mariage de Fantin avec M1Ie Victoria Dubourg, qu’il avait connue au Louvre (ne leur était-il pas arrivé de copier ensemble le Mariage mystique de sainte Catherine , du Corrège, sans s’adresser un mot?), fut célébré à l’église Saint-Thomas d’Aquin dans la plus stricte intimité, ni Scholderer, ni ies Edwards qu’il aurait désiré avoir, n’ayant pu venir. Les deux témoins du peintre étaient naturellement ses deux grands amis : Edouard Manet et Edmond Maître, et ceux de la jeune fille : d’abord un ami de la famille, Paul Iledler, puis le graveur Henri Valentin qui, certain jour, au Louvre, avait présenté le peintre à Mllc Dubourg. A partir de son mariage, l’existence de Fantin, déjà si peu accidentée, se déroula dans un calme absolu, dans le tranquille bonheur qu’il avait prévu et annoncé d’avance à ses amis d’An-

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