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I. Lettre du 13 septembre 187H

FANTIN-LATUUR.

qués : Dans l'atelier. Ces succès, se suivant presque sans interruption, ne pouvaient faire autrement que de désigner Fantin pour une distinction que tant d’autres peintres plus jeunes que lui avaient déjà obtenue : le 27 juillet de cette année, il était

Magasin de Deuil. — Mourning orders carried ont at a momonl’s notice by tbe D(reary) Family.

Magasin de Deuil. — Les commandes sont exécutées sur l’heure par la Famille Il(ésolée).

Caricature du Mask , de Londres, d’après la Famille D... (7 juin 1879).

nommé chevalier de la Légion d honneur et. par une reconnaissance bien naturelle, il choisissait pour son parrain dans l’Ordre celui-là même qui, juste vingt ans plus tôt, avait recueilli ses premiers tableaux refusés par le jury et avait convié le public aies venir voir : le peintre Bonvin.

Les années se suivent et se ressemblent toutes alors dans

Salon de 1878. — A i\lmc Fantin-Latour.

LA VIE ET LA CARRIÈRE DU PEINTRE

la vie de Fantin, et l’énumération de ses œuvres capitales suffit à marquer les étapes de cette carrière si sérieusement poursuivie, à l’écart de toute coterie et sans l’ombre d’intrigue. Voici d’abord la Scène finale du Rheingolcl , du Salon de I 8X0, qui, quatre ans plus tard, par le succès qu’elle remporta à l’Exposition d’Anvers, valut au peintre la décoration de l'Ordre de Léopold ; voici les portraits séparés de Mlle Riesener (1880) et de Mlle Callimaki-Catargi (1881), les deux modèles qui avaient déjà posé pour Dans l'atelier. Voici cette délicieuse Brodeuse, portrait de la belle-sœur du peintre, toujours en 1881, l’année même où il obtint pour la lithographie une... mention honorable et où il faisait avec sa femme un quatrième voyage en Angleterre. Ensuite arrivent, en 1882, les portraits de Mm0 Henry Lerolle et de Mmo Léon Maître, plus une étude au pastel d’après sa belle-sœur; en 1883, un nouveau portrait sans nom, celui de sa femme, et le pastel de l'Aurore; au Salon triennal de cette même année, son propre portrait, le dernier de lui qu’il dût faire, et, entre tous ces travaux, sa nomination de Membre de X Institule , à Londres, dont il se trouva fort honoré, le 28 février 1883. L’année 1884, par grande exception, se passa sans nouveau portrait; il expédia au Salon la Nuit de printemps , qui figura cette même année à X Institut e de Londres, comme envoi du nouveau membre, et l'Etude, qui avait paru l’année précédente à 1 Academy ; mais l’année suivante, il se rattrapait en exposant sa dernière grande toile : Autour du piano , avec quatre des lithographies qu’il avait composées pour illustrer le Richard Wagner d'un de ses modèles, tandis qu’il envoyait à l’Exposition d’Anvers, outre

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sa Brodeuse , un deuxième portrait de M'ne Léon Maître, présenté sous le titre, qui n’a jamais varié, de Rêverie.

En 1 880, il donnait au Salon de Paris, comme peintures, le portrait de M. Léon Maître avec le Venusberg , de Tannhæuser ; puis, en 1887, le portrait de sa belle-sœur, daté de 1882, et celui de l’auteur de ces lignes, qu’il venait de faire; enfin, après la Damnation de Faust et l'Or du Rhin , exposés en 1888, les derniers portraits qu’il dût consentir à peindre : celui de M. Ricada, accompagné de la toile Immortalité, au Salon de 1889, et ceux de Mlls Sonia Yanowski, sa nièce, et de Mme Léopold Gravier, en même temps que le pastel du Jugement de Paris, au Salon de 1890. A partir de ce jour-là, Fantin, comme pour protester contre les éloges qu’on accordait trop exclusivement, selon lui, à ses portraits, n’en fera plus aucun et n’enverra au Salon que des sujets d’imagination, inspirés par la musique, la mythologie ou la fantaisie pure, notamment : Danses et la Tentation de saint Antoine en 1891 ; Hélène et le Prélude de Lohengrin en 1 892 ; ensuite le Songe et Parsifal, ! Aurore, les Troyensà Carthage, les Baigneuses, Vision, d’après VOheron de Weber; la Toilette, la Nuit, une seconde Tentation de saint Antoine, le Lever, Andromède , Ondine, encore des Baigneuses, ces deux derniers tableaux exposés en 1899. Et ce fut aussi la dernière fois qu’il envoya quelque chose au Salon : après avoir fourni sa part à l’Exposition centennale de 1900 (ce qui lui valut la rosette d’officier de la Légion d’honneur) et s’être donné le malin plaisir de présenter là, en pleine gloire, sa Féerie, reléguée en 1863 au Salon des Refusés, il se retira sous sa tente et n’exposa plus jamais rien.

LA VIE ET LA CARRIÈRE DU PEINTRE

Il n’en travaillait pas moins pour cela; mais ses tableaux allaient directement de la rue des Beaux-Arts à la rue Laffitte, où son ami Tempelaere les montrait aux amateurs et n’était pas long à les vendre. Au surplus, un peu de gloire lui était arrivé sur le tard : l’administration des Beaux-Arts avait racheté en Angleterre et placé au musée du Luxembourg son Atelier aux Batignolles ; la Ville de Paris acquérait Hélène et la Tentation de saint Antoine; la ville de Grenoble réparait la bévue qu’avait commise autrefois l’adjoint préposé aux beaux-arts en dédaignant /’ Anniversaire , et achetait ce tableau que le peintre avait envoyé à l’Exposition locale de 1899; le musée de Pau acquérait les Danses et celui de Bruxelles : Dans ï atelier (de 1879), tandis qu’ Anvers s’assurait d’un ancien portrait du peintre, daté de 1858; Lyon de la Lecture et Berlin du portrait de la femme du peintre, fait en 1883; enfin la haute situation que Fantin avait conquise en Belgique lui valait d’être promu officier dans l’ordre de Léopold, en 1894, après l’Exposition universelle d’Anvers.

Mais en combien d’autres circonstances n’avait-il pas eu lieu d’être satisfait de la tournure que prenaient les choses? Une exposition de ses lithographies, qu’il avait faite à Kensington en 1898, décidait h; British Muséum à acquérir une grande quantité de ses compositions sur pierre; une exposition du même genre, organisée par M. Léonce Bénédite, l’année suivante, au musée du Luxembourg, n’avait pas été moins heureuse et l’avait décidé à donner à ce musée presque toutes ses lithographies; enfin une exposition de ses dessins originaux avait attiré beaucoup de monde chez Tempelaere en 1991 el

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lui avait prouvé que ce n’était pas seulement ses peintures que prisaient et recherchaient les véritables amateurs. Or, le succès de ces expositions toutes spéciales, et qui ne s’adressaient pas au grand public, lui avait été particulièrement agréable, car, en ces dernières années et, comme par un mouvement naturel de retour sur son passé, il affectionnait particulièrement ces compositions en noir, par où il s’était échappé des réalités de la vie, où sa fantaisie et son imagination s’étaient librement épanchées tant que le peintre, admis et classé pour ses portraits, ne s’était pas senti assez fort, s’il traitait ces scènes de rêve en couleur, pour les imposer d’abord au jury, puis au public.

Il avait eu également la chance, en approchant de la fin de sa vie, de rencontrer deux hommes avec qui il s’était vite accordé et qui lui avaient marqué un dévouement sans bornes : l’un, Gustave Tempelaere, dont il avait fait la connaissance à l’enterrement de Bonvin1, qui s’était attaché à sa fortune et était devenu pour lui un véritable ami, d’excellent conseil; l’autre, Germain Ilédiard, qui, depuis le jour où il s’était présenté timidement chez le peintre afin de l’interroger au sujet de ses lithographies, n’avait fait que monter dans son estime et son affection, tant il apportait dans les moindres travaux

1 . « Je reviens de Saint-Germain, où est mort Bonvin, écrivait-il à Mme Edwards, le 21 décembre 1887. On l'a enterré à midi, là-bas, dans le cimetière du Pecq, au bas de la terrasse que vous connaissez bien. La cérémonie a été des plus tristes. Très peu de monde; rien d’officiel, rien de la direction des Beaux-Arts. Voilà un des meilleurs peintres de ce temps disparu, et sans que le monde s’en doute. Et l’on ne fait rien pour ses funérailles! Pas un mot de discours !... »

!’ Alt A DIS ET LA PÉRI (üÉBU

LA VIE ET LA CARRIERE DU PEINTRE

qu’il entreprenait, outre un goût très prononcé pour l'art lithographique, un esprit très précis, un amour de l’exactitude la plus minutieuse, qui étaient bien propres à ravir Fantin. Aussi fut-ce un gros chagrin pour ce dernier de voir disparaître inopinément celui qui avait dressé un catalogue si clair de ses lithographies, qui s’apprêtait à le compléter et qui avait déjà réuni force renseignements très développés pour s’occuper de l’homme et du peintre après avoir scrupuleusement étudié le lithographe. Peu d’années auparavant, en 1898, Fantin avait déjà vu partir l’ami qui, sans être peintre et justement parce qu’il ne maniait pas la brosse, avait peut-être été son compagnon le plus fidèle et le plus clairvoyant dans la vie, notre cher Edmond Maître, à qui l’attachaient tant de préférences communes en peinture, en musique, en littérature, et tant de souvenirs des années de jeunesse et de combat pour l'art.

Cette double perte avait été très vivement ressentie par Fantin; la disparition subite d’Hédiard, en particulier, au mois de mars 1904, lui avait été des plus sensibles; mais qui donc aurait cru que, vigoureux comme il l’était et de santé toujours égale, il ne survivrait que peu de mois à son zélé commentateur? A l’été de cette même année, il était parti, comme tous les ans, pour sa campagne de Buré, où il allait chercher le repos et ses fleurs bien-aimées, et c’est de là qu’il expédiait à Mtne Edwards, le 18 juillet, un court billet où il gémissait de l'indifférence avec laquelle on avait appris chez nous la mort du peintre anglais Watts : « Ici, on ne paraît pas se douter du grand artiste qu’il était! La mort de Lenbach n'a pas eu plus de retentissement. Drôle de temps! » Dans les premiers jours

FA N TIN-LA TOUR

d’aoùt, il avait eu le plaisir de recevoir la visite du fidèle Tempelaere accompagné d’un de ses fils, — une photographie a conservé le souvenir de cette dernière réunion des deux amis, — et quelques semaines après, le matin du 25 août, à l’heure où des amis du voisinage arrivaient pour déjeuner chez lui, Fan tin, tout à coup, lut pris d’un très violent malaise et tomba comme foudroyé, dans son jardin, entre les bras de sa femme et de sa belle-sœur.

Mais c’est à Paris qu’il devait dormir son dernier sommeil. Le Ie1' septembre, ses funérailles étaient célébrées à l’église Saint-Germain-des-Prés, sans honneurs militaires, sans pompe officielle ni étalage de décorations, mais avec la noble sévérité qui convenait pour un artiste si modeste et si simple, atténuée seulement par l’éclat des fleurs, ces fleurs que le peintre aimait tant et qu’il faisait vivre eu quelque sorte sur la toile. Après quoi, ses amis et ses admirateurs l’accompagnèrent à sa dernière demeure, au cimetière Montparnasse, où le directeur des Beaux-Arts, M. Henry Marcel, louait avec beaucoup de chaleur et de pénétration l’artiste et l’homme; où le peintre Eugène Carrière saluait brièvement, au nom des artistes, l’aîné, l’ami, le maître qui leur avait indiqué quelle route il convenait de suivre, tout droit, sans défaillance.

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