Lettre du 57 novembre
UN PEINTRE MÉLOMANE
clans le cœur, écrit-il. Si vous m’aviez vu, Madame, moi dans la salle, vous m’auriez reconnu rien qu’à la rougeur de ma figure. J’étais bien malheureux, et pourtant cela m’a fait l’effet du Schumann que Mme Thompson nous joua : même grandeur, même abondance de belles idées, même caractère de cette musique. Je trouve que, là, au milieu de Haydn, Mozart, Beethoven, il se tient par l’originalité de ses idées qui sont bien de lui, et c’est, je crois, ce qui explique l’opposition qu’il y a contre lui : on a horreur du nouveau, cela nous irrite, nous aimons les redites, nous n’aimons pas les opinions autres, les caractères différents. De ce grand artiste, j’ai entendu chez Mme Meurice, par elle et Mme Manet, les Reflets cl' Orient h quatre mains; ce sont, Madame, les morceaux que jouèrent vos sœurs. Oh! que cela est beau! J’étais transporté, tellement que l’on s’est moqué de moi, Champfleury m’a appelé Schumanniste, le nom me reste. Eh bien ! j’en suis lier. Mais nous n’avions entendu que trois de ces morceaux; les trois autres aussi sont superbes, il y en a un surtout qui est ravissant, c’est inouï1. »
Cette Mme Thompson, à qui Fantin adresse ici un souvenir reconnaissant, était la femme du célèbre chirurgien anglais qui opéra heureusement de la pierre le roi Léopold Ier, de Belgique, eut moins de succès avec Napoléon III, et de qui Fantin disait tout d’abord qu’il lui était peu sympathique, « un médecin ne pouvant pas lui être plus agréable qu’un prêtre », impression qui dut se modifier par la suite, car cet