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veillée de Hagen ; connaissant peu la partition, cela paraît un peu long; mais le dernier acte est très saisissant, le trio des Filles du Rhin, la chasse, le récit, la mort de Siegfried, la marche funèbre, triple chef-d’œuvre : musique, drame, mise en scène. Ou l’emporte sur sou bouclier, escorté par tous les guerriers (admirablement costumés), effet de lune sur une partie du cortège et l’autre dans l’ombre. Les nuages descendent au-dessus du cortège, paraissent le suivre et le couvrent complètement. Admirable. C’est In réussite complète de son idée que cette page, et vraiment on sent alors que rien ne peut soutenir la comparaison. C’est un art nouveau, l’art de l’avenir certainement.
» Pensez à l’ovation finale ! Une tempête, cris, chapeaux, mouchoirs, bouquets, couronnes, etc. Enfin, il paraît! Vous n’avez pas idée de l’émotion qui vous gagne de voir cet homme, le chapeau à la main, attitude très simple, interdit, voulant parler. Derrière lui, la toile baissée, à ses pieds, ces fleurs; 1rs larmes me reviennent aux yeux en vous décrivant ce spectacle. Il parle... Applaudissements, et la toile tombe. Encore de grands cris, elle se relève; alors, tous les chanteurs sont là rangés, il leur adresse quelques mots qu’il accentue par des frappements de pied comme s'il conduisait un orchestre. C’est émouvant! On sort, nous allons donner un coup d’œil à la scène, nous nous promenons dans les coulisses, nous allons voir l’orchestre, on embrasse Wagner, on l’entoure ; Madame embrasse des dames; on pleure, Wilhelmy paraît très ému. On se dit adieu. Liszt est très entouré; c’est une vraie fête de famille. J’entends Wagner qui dit à des dames en français :
UN PEINTRE MELOMANE.
« Prenez garde de tomber! » avec un accent très allemand ; il paraît fatigué, comme éteint. Ah! que je suis content d’avoir assisté à cette fête! Combien l’on sent ici la vie! Est-ce triste pour nous d’être obligés d’aller dehors pour assister à une fête artistique, d’aller chercher du soutien pour notre vie d’artiste, car cela vous fait le plus grand bien, cela rend de l’ardeur. Je ne peux pas exprimer combien je me sens transporté. » Qu’on se rappelle, après avoir lu ces lignes, par quelles plaisanteries furent accueillies en France l’ouverture du théâtre de Bayreuth et les premières représentations de F Anneau du Nibelung ; qu’on se souvienne en particulier des jugements cruellement ironiques que portèrent sur cette entreprise et cette œuvre colossale ceux qui faisaient profession chez nous de juger les productions de l’esprit et les créations d’art; qu’on compare cette ignorance arrogante et têtue aux fraîches impressions d’un artiste qui ressent naïvement les choses sans se targuer de les juger, mais qui exprime avec une chaleur désordonnée ce qu’il a ressenti, et dites de quel côté se trouvent, non pas seulement l’indépendance et la bonne foi avec lesquelles Wagner a toujours demandé qu’on appréciât ses œuvres, mais aussi la clairvoyance et la liberté d’esprit.
Les fêtes de Bayreuth sont terminées. Fantin, après avoir rejoint M. et M110 Dubourg à Nuremberg, s’arrête à Ratisbonnc, va visiter avec eux les musées de Munich (l’affluence des étrangers avait forcé les trois voyageurs de se loger à Augs-
bourg), puis, sans gagner Francfort, en raison d’un deuil survenu dans la famille de Scholderer, il rentre à Paris en passant par Stuttgart et Nancy : « Je suis heureux d’avoir fait ce voyage, écrit-il dès son retour, à Edwards; cela m’a changé les idées. J<> suis gai, content, bien disposé à travailler1 ! » Et, tout aussitôt, germe et monte dans son cerveau cette abondante moisson, si prompte à lever, de compositions idéales, lithographies d’abord, ensuite pastels et tableaux à l’huile, où les œuvres qu’il aime le plus prennent une nouvelle vie par lesquelles les maîtres qu’il admire reçoivent un hommage éclatant; par lesquelles, lui, simple auditeur et spectateur la veille, devient poète et créateur à son tour et remercie à sa façon, en les glorifiant, Berlioz, Wagner et Schumann des souveraines jouissances qu’ils lui ont procurées.
Quelques mois seulement avant d’aller à Bayreuth, après avoir entendu aux concerts du Châtelet la deuxième exécution intégrale donnée par M. Colonne du Roméo et Juliette, de Berlioz (avec Mlle Vergin, MM. Fiirst et Bouhy comme solistes), il avait composé sa grande scène allégorique de T Anniversaire, en écrivant dans la marge : Souvenir du 5 décembre 1875, et cette admirable composition, d’abord esquisse à l’huile, puis dessin de même grandeur, enfin lithographie, d’où est sorti le tableau magistral appartenant aujourd’hui au musée de Grenoble, était la première qui témoignât de son culte pour Berlioz. De même, à peine revenu de Bayreuth, il prenait son crayon et traçait sur la pierre cette délicieuse scène initiale