‹ Fantin-Latour, sa vie et ses amitiésChapitre 4 sur 61 · T.IU'J · texte numérisé non relu

T.IU'J

LA VIE ET LA CARRIERE DU PEINTRE

maculait-il son papier, comme par accident, pour passer à un autre genre d’exercices.

Fantin, cependant, n’était pas un élève indocile, tout au contraire; mais il aurait déjà voulu voler de ses propres ailes. Après qu’on l’eut mis à l’école des Frères de la rue Saint-Benoît pour préparer sa première communion et qu’il l'eut faite, il revint chez son père, à côté de qui il travaillait tout le jour sans désemparer. Le soir, la distraction préférée de ses parents était d’aller, l’été, dîner dans quelque restaurant de la banlieue, ou l’hiver, au spectacle, de préférence au Palais-Royal ou même aux Funambules, où l’enfant s’amusait follement; mais sous cette apparence docile, le jeune Henri donnait déjà des signes d’indépendance. Il avait d’abord copié furtivement des dessins de Flaxmann que lui avait prêtés un pharmacien du voisinage, ancien second prix de Rome pour la sculpture, puis il s’était mis, toujours en cachette, à faire de l’aquarelle, en copiant des scènes romantiques de Baron ou des paysages de Soulès; bref, l’heure approchait où son père ne pourrait plus le tenir sous sa rude discipline.

Un jour qu'il passait rue de l’Ècole-de-Médecine, il lève les yeux et lit cette inscription : « Ecole de Dessin », au-dessus d’une porte ouverte; il entre et se trouve dans une salle où l’on avait organisé une exposition de dessins en fin d’exercice. Et quels étaient ces dessins? Des académies, justement comme il rêverait d’en faire. Il monte au secrétariat, s’informe, apprend qu’il faut avoir quinze ans pour être admis à suivre les cours et reste penaud en pensant qu’il s’en faut de trois

Page 1